Les élections générales gabonaises de 2023 ont lieu le afin d'élire le président de la République gabonaise et les de l'Assemblée nationale.

Le président sortant Ali Bongo est candidat à un troisième mandat consécutif. Après sa réélection controversée en 2016, à l'origine d'une violente crise post-électorale, le gouvernement et une partie de l'opposition se sont entendus en 2017 sur une série de profondes réformes constitutionnelles lors du dialogue national d'Angondjé. Une partie de ces réformes a cependant été remise en cause par une nouvelle révision constitutionnelle six ans plus tard. L'élection présidentielle de 2023 voit ainsi le passage du septennat au quinquennat ainsi que la tenue simultanée de l'élection présidentielle avec les élections législatives, départementales et municipales.

Ali Bongo affronte notamment Albert Ondo Ossa, candidat unique des principaux partis d'opposition réunis au sein de la coalition Alternance 2023.

La tenue du scrutin est marquée par de graves dysfonctionnements, qui amènent l'opposition à accuser le pouvoir d'avoir délibérément organisé ces conditions de vote chaotiques afin de mettre en œuvre une fraude électorale. L'annonce de la victoire de Bongo le 30 août est instantanément suivie d'un coup d'État. Réunie au sein du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), l'armée annule le scrutin, qualifié de , place Ali Bongo en résidence surveillée et dissout l'ensemble des institutions. Le général Brice Oligui Nguema devient .

Contexte Élection présidentielle de 2016

vignette|gauche|redresse=0.7|Ali Bongo (ici en 2016), président de la République depuis 2009. La mort du président Omar Bongo en juin 2009 après 42 ans d'un pouvoir autoritaire provoque une succession dynastique à la tête de l’État, malgré le caractère républicain de la Constitution gabonaise. Son fils, Ali Bongo, est ainsi élu deux mois plus tard, après avoir pris la tête du parti de son père, le Parti démocratique gabonais (PDG).

Ce premier septennat est suivi de la candidature d'Ali Bongo à l'élection présidentielle d'août 2016, qui se révèle extrêmement serrée. Une grande partie de l'opposition réunie dans le Front uni de l'opposition pour l'alternance se rallie en effet derrière un candidat unique, Jean Ping, une première dans un pays où l'opposition est .. Ancien directeur de cabinet puis ministre d'Omar Bongo, ainsi que le compagnon de sa sœur, Pascaline Bongo, Jean Ping apparait comme un homme qu'Ali Bongo, mais parvient pourtant à rassembler autour d'un désir d'alternance à la tête de l'État...

Le président sortant l'emporte par moins de voix selon les résultats officiels, mais ces derniers sont rapidement remis en cause par l'opposition, qui accuse le pouvoir d'avoir eu recours à la fraude électorale.... La province du Haut-Ogooué retient en particulier l'attention, les résultats officiels donnant un taux de participation de 99,93 % des inscrits contre 59,46 % au niveau national, avec 95,46 % de suffrages exprimés pour Ali Bongo contre 49,80 au niveau national....

La crise post-électorale se transforme rapidement en d'importantes violences opposant partisans de l'opposition et forces de l'ordre. Les premiers mettent notamment feu à l'Assemblée nationale dans la capitale Libreville, avant d'être dispersés par la garde républicaine qui tire à balles réelles.. Plus de sont arrêtées, tandis que le QG de Jean Ping est pris d'assaut à l'arme lourde en pleine nuit par des militaires.. Les affrontements font au moins et des dizaines de disparus., et conduisent le gouvernement à procéder à une coupure totale du réseau internet et des réseaux sociaux, qui s'étend plusieurs semaines jusqu'au 5 septembre 2016....

Dialogue national d'Angondjé

La sévère remise en cause du scrutin de 2016 aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'international conduit Ali Bongo à chercher à se redonner une légitimité en organisant le dialogue national d'Angondjé entre le gouvernement et une partie de l'opposition du au . Le dialogue aboutit à la formation d'un gouvernement d'union nationale et la mise en place de plusieurs réformes politiques et institutionnelles.... Reportées depuis deux ans., les élections législatives gabonaises de 2018 sont ainsi organisées au scrutin uninominal majoritaire à deux tours au lieu d'un, et le nombre de députés augmenté de 120 à 150. L'âge plancher de 40 ans pour être candidat à l'élection présidentielle est supprimé au profit du seul âge de la majorité (18 ans), tandis que l'élection présidentielle passe également au scrutin à deux tours. La Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) est remplacée par un Centre gabonais des élections (CGE), dont le président n'est plus nommé par la Cour constitutionnelle. Le ministère de l’Intérieur voit son rôle réduit, le CGE récupérant la mission d’annoncer les résultats électoraux. De même, les neuf juges de la Cour constitutionnelle ne disposent plus que d’un mandat unique de neuf ans, en lieu et place de mandats de sept ans renouvelables. Très controversée pour son rôle dans l'annonce des résultats de 2016 malgré son concubinage passé avec le président de la république avec qui elle a eu deux enfants, Marie-Madeleine Mborantsuo doit à terme céder la présidence de la cour constitutionnelle.

Après plusieurs reports dû au tensions politiques dans le pays et l'incapacité du gouvernement du Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet à organiser le scrutin, la Cour constitutionnelle décide le de dissoudre l'Assemblée nationale, ordonne au Premier ministre de démissionner, et confie le pouvoir législatif au Sénat jusqu'à l'organisation du scrutin.. Cette décision provoque la surprise dans le pays, d'autant plus que la Cour était jugée très favorable au gouvernement d'Ali Bongo., de qui la présidente de la cour Marie-Madeleine Mborantsuo est la belle-mère. Le lendemain, Emmanuel Issoze Ngondet s'exécute et présente sa démission. Le , cependant, il est reconduit dans ses fonctions..

Le Centre gabonais des élections (CGE) organise comme prévu les élections en lieu et place de la Cenap. Bien qu'en léger recul, le Parti démocratique gabonais conserve la majorité des deux tiers au parlement avec 96 sièges sur 143.

AVC de Bongo et tentative de coup d'État de 2019

vignette|Véhicules de l'armée à Libreville lors de la tentative de coup d'État. Les élections législatives s'avèrent cependant une déception pour l'opposition. Bien qu'en léger recul, le Parti démocratique gabonais conserve en effet la majorité des deux tiers à l'assemblée. Les résultats sont cependant éclipsés par l'annonce de l'hospitalisation surprise d'Ali Bongo en Arabie saoudite, officiellement pour une due à du surmenage, mais que de nombreux journaux de la presse internationale avancent être la conséquence d'un accident vasculaire cérébral.... Après une hospitalisation de plus d'un mois à Riyad, Ali Bongo est transféré le à l'hôpital d’instruction militaire Mohammed V, à Rabat, au Maroc, qu'il quitte le pour poursuivre sa convalescence dans une résidence privée à Rabat. Prétextant une dans la constitution, la Cour constitutionnelle ajoute sur demande du Premier ministre Emmanuel Issoze Ngondet un alinéa à son article 13 permettant à ce dernier ou au vice-président Pierre Claver Maganga Moussavou d'exercer certaines des fonctions du président, dont la présidence du conseil des ministres..

Cette longue période d'hospitalisation et de convalescence hors du pays conduit à des débats quant à la nature de la transition politique à mettre en œuvre en cas d'incapacité du chef de l'État, tandis que de fausses annonces de son décès se multiplient et entretiennent la confusion.. Le , une unité de soldats de la garde républicaine dirigée par le lieutenant Ondo Obiang Kelly entre en mutinerie, prend brièvement le contrôle de Radio Gabon, déclare l'établissement d'un Conseil national de restauration et appelle au soulèvement. La tentative de coup d'État échoue le jour même, mais provoque un choc dans le pays, qui n'avait pas connu de telle tentative depuis le Coup d'État de 1964.

Le président retourne au pays du 14 au pour assister en fauteuil roulant à l'investiture du gouvernement, avant de retourner en convalescence à Rabat jusqu'à son retour définitif le .. L'incertitude quant aux capacités du chef de l'État à poursuivre son mandat suscite une lutte de pouvoir entre les différents hommes forts du PDG. La crise est résolue par une modification de la constitution en décembre 2020. Cette dernière prévoit ainsi qu'une éventuelle vacance du pouvoir soit résolue par la mise en place d'un triumvirat d'intérim composé du ministre de la Défense et des présidents des deux chambres du Parlement...

À l'issue d'un congrès organisé en décembre 2022, le Parti démocratique gabonais appelle son Ali Bongo à briguer un troisième mandat.. Largement rapportée dans les médias mais restée l'objet d'un silence de la part du gouvernement, la thèse d'un accident vasculaire cérébral (AVC) intervenu quatre ans plus tôt est alors évoquée par Ali Bongo en avril 2023 devant un congrès de militant du PDG réunis pour le lancement officiel de sa candidature...

Nouvelle révision constitutionnelle Le gouvernement procède peu après l'annonce de la candidature du président sortant à une nouvelle révision de la Constitution, une démarche facilitée par la détention par le Parti démocratique gabonais de la majorité qualifiée des deux tiers des membres de l'Assemblée nationale...

Après une nouvelle concertation politique avec l'opposition du 13 au 23 février, le gouvernement d'Ali Bongo se félicite d'un et entreprend ainsi de rétablir le scrutin uninominal majoritaire à un tour pour les élections présidentielle, législatives, sénatoriales, départementales et municipales, et de faire coïncider le calendrier électoral de ces scrutins en réduisant la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans, tout en entérinant le caractère illimité du nombre de réélection possible de l'ensemble des élus, dont le président de la République. L'âge minimum de candidature est par ailleurs relevé de 18 à 30 ans pour le président, et abaissé de 40 à 35 ans pour les sénateurs.... Les élections législatives, départementales et municipales sont ainsi organisées en même temps que l'élection présidentielle le ...

Le retour à un scrutin en un tour avant même que le passage à deux tours voté cinq ans plus tôt n'ait pu être appliqué lors d'une élection présidentielle est vivement critiqué par l'opposition. Un tel mode de scrutin favorise en effet le président sortant, à moins d'une candidature commune de l'ensemble de l'opposition. Au moment de la révision, cette dernière se trouve au contraire particulièrement désunie entre partisans d'une poursuite des appels à reconnaître Jean Ping comme président légitime et ceux désirant de la présidentielle de 2016.

Le 6 juin, Jeune Afrique annonce en exclusivité le choix par le gouvernement de la date du 2 septembre pour la tenue de l'élection présidentielle, ce qui provoque un démenti formel du gouvernement et de vives critiques de la part de ses soutiens, qui appellent la Haute Autorité de la communication (HAC) à sanctionner l'hebdomadaire pour s'être substitué aux autorités compétentes..... Le 26 juin, le scrutin est finalement fixé au 26 août par le gouvernement, sur proposition du Centre gabonais des élections (CGE). Pour sa part, le journal maintient que la date du 2 septembre était envisagée mais que la commission électorale a réussi à rattraper le temps perdu, permettant ainsi la tenue du scrutin dans les délais constitutionnels..

Mode de scrutin Le président de la République gabonaise est élu au scrutin uninominal majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans, sans limitation du nombre de mandats. Les candidats doivent être âgés d'au moins trente ans, et disposer de leurs droits civiques..

L'Assemblée nationale est composée de 143 sièges pourvus pour cinq ans au scrutin uninominal majoritaire à un tour...