Philip Quaque, né Kweku en à Cape Coast (Côte-de-l'Or britannique, actuel Ghana) et mort le dans la même ville, est le premier Africain ordonné prêtre et ministre par l'Église d'Angleterre. Il est le fils d'un marchand africain influent de Cape Coast et est envoyé à Londres pour y étudier. Il appartient au cercle fermé des hommes noirs du qui reçoivent une éducation au Royaume-Uni et apprennent à lire et écrire en anglais.
Durant sa formation à Londres, il entre en relation avec les cercles méthodistes émergents par l'intermédiaire de son tuteur John Moore qu'il accompagne lors de séances de spiritisme qui ont lieu durant l'affaire du fantôme de Cock Lane. Au terme de sa formation, il est ordonné prêtre en 1765 et rejoint sa ville natale afin d'y poursuivre la christianisation amorcée par Thomas Thompson, premier missionnaire anglais en Côte-de-l'Or. Le programme de la Society for Propagation of the Gospel (SPG) convoite les élites africaines afin de les former et profiter des facilités linguistiques pour garantir la christianisation.
Cependant, Philip Quaque fait face à de nombreux problèmes qui ne lui permettent pas d'atteindre les objectifs de sa mission. Au travers de son volumineux témoignage écrit et de ses lettres, la vie de Philip Quaque se caractérise par un très faible soutien de ses contemporains dans ses activités. En s'intégrant dans un lent processus anti-esclavagiste, il perd le soutien de sa famille, des chefs locaux et de la Royal African Company.
Il meurt le et est inhumé dans la cour intérieure du fort de Cape Coast. La première école de Cape Coast, qu'il fonde en 1766, est nommée Philip Quaque Boys School en son honneur et une cérémonie commémorative a lieu chaque à l'intérieur du fort.
Biographie Enfance et formation Éducation à Londres vignette|Sceau de la Society for Propagation of the Gospel, fondée en 1702.|alt=Sceau représentant un navire marchand, le soleil, la mer, et une côte avec des habitations et des individus. Le tout cerclé du nom de la Société en latin.
Philip Quaque naît en 1741 à Cape Coast (alors dans la colonie britannique de la Côte-de-l'Or) sous le nom de Kweku, au sein d'une famille qui fait partie de l'élite Fanti. En effet, il est le fils de Brempong Kojo, un caboceerTerme désignant initialement les chefs locaux, puis étendu à tout Africain influent, chef militaire ou marchand. Au , le terme désigne tout Africain agissant comme intermédiaire pour l'approvisionnement d'esclaves. influent de Cape Coast. En 1754, Thomas Thompson, le premier missionnaire anglican en Afrique de l'Ouest, envoie à Londres Kweku et deux autres enfants Fanti de Cape Coast afin d'être éduqués en Angleterre pour devenir missionnaires de la Society for Propagation of the Gospel (SPG ; littéralement « Société pour la propagation de l'Évangile »). Les deux autres enfants sont Thomas Caboro (qui meurt en 1758 de la tuberculose) et William Cudjo (mort en 1764 après un confinement à la suite d'une dépression)..
En effet, l'éducation de l'élite africaine dans l'anglicanisme permet de placer des missionnaires en lien avec les chefferies locales, comprenant la langue et parvenant à convertir plus efficacement les populations locales. Philip Quaque fait partie d'une première vague de programmes de conversion de ce type, qui s'observent dans d'autres colonies britanniques.
À son arrivée, il est placé sous le patronage d'un maître d'école d'Islington, nommé Hickman, avec les deux autres enfants. Ce dernier les instruit jusqu'au début de l'année 1759. Après avoir satisfait aux attentes du comité de la SPE, sa bourse annuelle passe de à .
Le , il est baptisé à l'église St Mary à Londres aux côtés de William Cudjo.. Kweku y prend le prénom de Philip. Ensuite, il est mis sous la tutelle du révérend John Moore, vicaire et lecteur de l'église du Saint-Sépulcre de Londres. Philip vit durant sept ans dans la maison de son tuteur qui achève son instruction. Il étudie également la théologie à l'université d'Oxford.
Le fantôme de Cock Lane alt=Le fantôme de Cock Lane est représenté tout en haut du thermomètre, en train de frapper pour la fillette dans le lit. On voit un prêcheur méthodiste glisser une icône du fantôme dans le corset d’une jeune femme. John Moore préside tandis que Philip Quaque est caricaturé comme somnolant.|vignette|Dans l’illustration de William Hogarth Crédulité, superstition, et fanatisme (1762, Metropolitan Museum of Art), le fantôme de Cock Lane est représenté tout en haut du thermomètre, en train de frapper pour la fillette dans le lit. On voit un prêcheur méthodiste glisser une icône du fantôme dans le corset d’une jeune femme.. John Moore préside tandis que Philip Quaque est caricaturé comme somnolant.
En , on rapporte qu'une maison de Cock Lane est hantée par un fantôme. Une fille, Elizabeth Parsons, aurait été prise par les pieds puis possédée. Son père consulte alors John Moore, qui a, à ce moment-là, William Cudjo et Philip Quaque sous sa tutelle. Ils établissent une méthode pour communiquer avec le fantôme et assistent aux différentes séances. Dans le rapport de l'une d'elles, il est précisément fait mention des qui accompagnent le révérend John Moore dans une pièce, entourés de vingt personnes. Une caricature le représente également endormi, aux côtés de son tuteur qui mène une séance. Il est intéressant de noter que cet événement témoigne des sympathies de Moore à l'égard du méthodisme, et des influences que Philip Quaque reçoit durant sa formation.
Malheureusement, Philip Quaque n'écrit rien à ce sujet. Si sa présence est attestée lors des rituels de spiritisme, rien ne permet de déterminer l'exacte interprétation qu'il en fait. Cependant, en vivant avec John Moore, principal impliqué dans l'affaire du fantôme de Cock Lane, il est certain qu'il doit également nouer des connexions avec le méthodisme.
Missionnaire de l'Église d'Angleterre En 1765, il est ordonné dans l'Église d'Angleterre, le premier Africain à l'être. Après cela, il demande à la SPG de recevoir une maison et une chapelle pour sa future mission en Côte-de-l'Or, demande à laquelle la SPG ne répond pas favorablement : il ne l'obtient finalement jamais. Le , il épouse Catherine Blunt, une Anglaise. Le , il est nommé par l'archevêque de Salisbury missionnaire catéchiste et maître d'école pour la Côte-de-l'Or. Il voyage avec sa femme et arrive en .
Cependant, en tant que missionnaire, il obtient moins de succès qu'espéré avec assez peu de baptêmes recensés. En 1768, par exemple, il ne baptise que quatre enfants à Cape Coast, quatre adultes à Anomabu et deux à Winneba.. Philip Quaque attribue cet échec à l'influence néfaste du commerce des esclaves. Il fait part de cette frustration en 1775 dans une lettre adressée à un contact américain, dans laquelle il développe une critique claire de la pratique esclavagiste :
Employé de la Royal African Company Première école vignette|Liste des officiers noirs employés par la Royal African Company à Cape Coast. Philip Quaque se trouve en dernière ligne. Son père, toujours en activité lors de l'établissement de cette liste, se trouve en première position.|alt=Liste de 8 officiers noirs.
À Cape Coast, le président du conseil de la Royal African Company (RAC), John Hippersley, l'installe dans le fort de Cape Coast et fait de Philip son aumônier. Il crée une petite école ... Ces enfants sont des Euro-Africains issus d'union par cassare, qui bénéficient déjà d'une forme d'éducation de base car ils appartiennent à l'élite dirigeante. Toutefois, aux yeux des Anglais, ils sont perçus comme pauvres et Philip reçoit du matériel scolaire prévu pour l'enseignement aux pauvres ainsi que des ouvrages de catéchisme. En plus de l'anglais, l'enseignement de Philip inclut également l'écriture et la lecture. Les progrès de Philip sont par ailleurs soulignés et soutenus par le secrétaire du comité de la SPG qui répond à ses demandes fréquentes de fournitures.
En 1768, à la suite d'une demande de la Compagnie commerciale qui finance l'école, Philip Quaque demande du matériel à la SPG afin d'enseigner les mathématiques. En effet, cet enseignement représente un investissement utile pour la Compagnie qui tend à employer de plus en plus d'Africains et d'Afro-Européens. La maîtrise de l'écriture, de la lecture et des mathématiques est donc indispensable pour remplir les fonctions de base de greffier ou d'assistant administratif.
Jusqu'alors, il enseigne dans ses appartements et il espère un jour construire une école avec une chapelle en annexe. Mais ses souhaits ne se réalisent pas. Cette situation limite donc le nombre d'élèves. Il lui faut attendre jusqu'au pour qu'une autorité locale pour l'éducation soit fondée sous le nom de Torridzonian Society.
Torridzonian Society Le nombre d'élèves augmente et il devient rapidement nécessaire d'engager des fonds pour construire une école capable d'accueillir une douzaine d'élèves. Philip Quaque en prend la charge avec l'aide de son fils qui a suivi un enseignement à Londres. Les membres de la SPG souhaitent que l'école reprenne les codes des écoles anglaises et dotent ses élèves d'un uniforme scolaire.
Philip continue de fournir des rapports réguliers dans ses lettres concernant l'enseignement délivré aux enfants. Cependant, l'enthousiasme est de faible durée en raison de tensions entre certains membres de l'école, menant à des négligences sur la tenue de l'établissement, si bien que ses activités cessent en 1792. En 1794, l'école est relancée, mais six ans plus tard, l'enseignement est à nouveau interrompu du fait de nombreuses difficultés.
Missions inhabituelles En tant qu'employé de la RAC, Philip Quaque est parfois soumis à des missions qui le mettent en lien direct avec l'esclavage et qui dépassent son devoir de prodiguer un enseignement religieux. Il doit parfois aider la RAC à garantir la bonne exécution de transactions. Par exemple, en 1775, il prend temporairement le commandement des forts de Dixcove, Sékondi et Komenda. En 1789, il endosse une charge d'assistant administratif, en plus de sa charge d'aumônier.
Les difficultés rencontrées par Philip Quaque s'accompagnent d'une tentation de mettre fin à son activité de missionnaire et se livrer au commerce. Le système de rémunération au sein des forts coloniaux lui permettrait ainsi de fortement dépasser la rente allouée par la SPE. En 1780, la SPG estime qu'il est trop investi dans les activités marchandes de la RAC plutôt qu'en tant que missionnaire, et il se retire de ces activités.
Luttes anti-esclavagistes Les relations avec les officiels de la RAC se dégradent fortement lorsque Philip Quaque affiche de plus en plus ouvertement ses opinions anti-esclavagistes. En 1791, il entre en conflit avec le gouverneur du fort de Cape Coast, William Fielde, qui lui demande de l'accompagner au fort William d'Anomabu afin de participer à une action militaire contre une révolte d'esclaves. Il refuse et décrit cet événement comme un . Le gouverneur suspend les fonctions de Quaque au service de la RAC et l'expulse de son logement au fort de Cape Coast.
Vie de famille Philip Quaque épouse en 1765 Catherine Blunts, qui meurt du paludisme en , l'année de leur arrivée en Côte-de-l'Or. Il épouse par cassare deux Africaines qui lui donnent deux fils. Il envoie ces derniers étudier à Londres. En 1784-1785, il retourne à Londres afin de garantir la prise en charge de l'éducation de ses enfants. Pendant son voyage de retour, vers Cape Coast, son navire est pris dans une tempête dans le golfe de Gascogne, et il est secouru, puis accueilli en France pour quelques semaines, avant de retourner en Côte-de-l'Or.