Kwadwo Egyir, rebaptisé plus tard Brempong Kojo (ce qui signifie distingué Kojo) puis européanisé en Caboceer Cudjo (qui signifie chef Cudjo), nait vers 1700 à Ekumfi dans une chefferie fanti de la côte de l'Or, le village étant situé dans l'actuel district d'Ekumfi (actuel Ghana), et meurt le à Cape Coast. Il est un marchand d'esclaves au service de la Côte-de-l'Or britannique de Cape Coast.

Il est l'un des plus importants personnages africains de la côte de l'Or au en raison de son influence commerciale, politique et diplomatique. Il crée et structure l'État Oguaa de Cape Coast, contribue à l'expansion de la colonie britannique au travers de missions diplomatiques et militaires. Son influence politique est telle qu'il est l'un des principaux acteurs du conseil des chefs fanti et des échanges diplomatiques avec le royaume ashanti.

Il lègue à la postérité les fondations de la future confédération Fanti et contribue au développement de Cape Coast, capitale coloniale britannique, qui devient en cinquante ans la seconde ville côtière après Elmina. Il y crée le plus important ordre asafo qui permet aux notables africains d'asseoir leur pouvoir.

Contexte alt=Grande place de marché autour de laquelle se trouvent plus d'une vingtaine de maisonnées avec des comptoirs de vente d'esclaves et un espace couvert pour la noblesse africaine et les Caboceers.|vignette|Illustration du marché aux esclaves de Cape Coast (nommé Cape Korso) en 1602 par Cornelis Claesz van Wieringen. Au , la ville de Cape Coast est l’une des plus importantes du royaume de Fetu (ou Efutu). Cependant, ce royaume est démantelé après une défaite en 1720 contre la première confédération Fanti, ce qui permet l’émergence de plusieurs petits États, comme celui d'Oguaa qui désigne un roi de Cape Coast. Ce glissement d'autorité n'est pas récent puisqu'il s'engage déjà à la fin du , en 1694, lors d'une première sécession durant laquelle se forme une coalition pro-britannique soutenant plusieurs petits États efutu.

La perte de pouvoir efutu et la dissolution de l'État au début du provoquent un vide qui permet aux personnalités enrichies par le commerce triangulaire d'augmenter leur influence et leur pouvoir. L'histoire de Kwadwo est similaire à celle de plusieurs marchands africains contemporains qui établissent de nouveaux États.

De nombreux caboceersCe terme désigne les chefs d'État, de ville, de guerre ou princes-marchands africains. profitent de ce contexte pour développer leur influence économique et politique, tels que John Cabess à Komenda, John Canoe au cap des Trois-Pointes et John Currantee à Anomabu. Un vide politique existe également à Cape Coast.. Les Britanniques cherchent alors à renforcer leur influence dans les rouages politiques inter-étatiques africains en s'associant à ces caboceers et en soutenant leur installation en tant que dirigeants locaux.

Biographie

Jeunesse et légende orale alt=Page de titre d’un livre décrivant la Côte de l'Or.|vignette|Œuvre de Pieter de Marees décrivant la Côte de l'Or. Kojo (en twi : Kwadwo) est le prénom donné par les Fanti aux garçons nés un lundi. La naissance et la jeunesse de Kwadwo sont méconnues. Les historiens supposent qu'il est né dans les dernières années du ou les premières du . Les généalogistes supposent qu'il est né en 1701 puisqu'il meurt à , en 1779. Cependant, il n'est apparemment pas originaire d'Oguaa (Cape Coast) mais natif d'Ekumfi, en Adanse (actuel district d'Ekumfi), et de culture fanti..

Ces informations sont confirmées par la tradition orale qui ajoute qu'il est le fils d'une femme nommée Akuwa mariée à un homme d'Ekumfi-Adanse nommé Kwadwo Mensa. Sa mère aurait demandé l'assistance financière de l'Oguaahene Egyir Panyin (chef Oguaa de Cape Coast) afin de divorcer de son mari. En contrepartie, Egyir Panyin exige d'avoir à son service son fils, Kwadwo, qui prend alors le nom d'Egyir KwadwoLe récit oral du mariage et du divorce des parents de Kojo est décrit comme suspect et peu probable.. Sa mère se remarie avec le roi d'Efutu, ce qui fait de Kwadwo son beau-fils. Cependant, les conséquences des conflits internes sur le royaume Fetu coupent tout lien avec Cape Coast.. Kwadwo parle et écrit couramment l'anglais, gère les affaires coloniales et maîtrise différentes langues locales.

Kwadwo porte plusieurs noms, surnoms et titres honorifiques. Avant d'être surnommé Caboceer Cudjo, il est nommé Brempong Kojo. Brempong est un titre honorifique de Cape Coast relevé à la fin du par Pieter de Marees et confirmé en 1660 par W.J. Müller, un marchand brandebourgeois. Ce titre désigne selon Pieter de Marees un gentilhomme ou un grand seigneur, tandis que Müller le traduit par « homme distingué riche ». Cette information, associée à la tradition orale et au témoignage de Thomas Thompson, premier missionnaire anglican en côte de l'Or, fournissent un éclairage sur ses activités avant de rejoindre les officiels britanniques. D'après F. Crowther, historien du , Kwadwo n'est effectivement pas chef d'Oguaa jusque 1751, siège occupé par son frère, mais occupe le siège de chef dynastique conformément à la pratique successorale efutu. Les deux fonctions sont fusionnées au milieu du pour mettre fin aux conflits de succession.

Caboceer des Britanniques alt=Un caboceer menant ses soldats, illustration de 1877.|vignette|Un caboceer menant ses soldats, illustration de 1877. Dans les années 1730 ou 1740, il s'affirme en caboceer influent qui agit comme courtier en esclaves pour le compte de la Royal African Company (RAC). Il apparait dès 1728 dans les livres de comptes du fort de Cape Coast, où il est d'abord rémunéré en qualité de messager extraordinaire et traducteur.

Il reçoit un salaire bimensuel de lors de ses premières années de fonction et peut récolter une taxe sur les ventes qu'il conclut pour le compte de la Compagnie. Il devient, pour les Britanniques, le dirigeant de facto de Cape Coast, bien que le siège de chef soit occupé par son frère. Le pouvoir reconnu par les Européens provient en réalité de la richesse qu'il accumule..

Marchand d'esclaves alt=Sept hommes se trouvent sur cette illustration. À gauche, un homme blanc fume un cigare tout en observant l'esclave que lui présente le second homme blanc. Celui-ci montre tâte le visage de l'esclave qui se tient debout. Derrière l'esclave se trouvent trois marchands d'esclaves noirs, armés de fusils et en train de négocier avec un marchand blanc. Ils sont reconnaissables par leur tenue et leurs couvre-chefs.|gauche|vignette|Illustration de la traite transatlantique avec des marchands européens et des marchands africains dans le fond. L'influence de Kwadwo auprès des Européens dérive d'abord de sa capacité à faire fructifier son activité de marchand d'esclaves. Il débute comme marchand exclusivement employé par la RAC, puis s'intègre au circuit commercial avec la Compagnie africaine des marchands et les marchands britanniques libres. Il intègre ensuite la confédération Fanti afin d'ouvrir des voies commerciales intérieures, jusqu'au royaume ashanti.

Les activités de Kwadwo permettent de comprendre les deux catégories distinctes d'esclavage qui coexistent à Cape Coast. D'une part, les esclaves traditionnels d'Afrique de l'Ouest nommés esclaves de naissance. Ceux-ci ne sont pas vendus dans le commerce triangulaire et possèdent les mêmes droits que les individus libres. La majorité des clients de Kwadwo font appel à ce type d'esclaves. La seconde catégorie est celle des esclaves achetés qui proviennent de l'intérieur du pays et qu'on appelle également Duncoe ou Donko. Ceux-là sont revendus dans le cadre de la traite transatlantique.

Missions diplomatiques alt=Fortification militaire faisant face au rivage avec deux tours visibles sur les murs latéraux et une tour centrale qui surplombe l'entrée du fort. Le drapeau du Royaume-Uni flotte au vent|vignette|Fort de Cape Coast au . Les Britanniques l'emploient également pour mener des négociations diplomatiques avec les États de la côte de l'Or. En 1740, il part en Ahanta accompagné de afin de mener des négociations. L'allégeance de cet État est fragile après la période indépendante sous John Canoe et représente une opportunité pour les Britanniques. En 1746, il représente les Britanniques lors des négociations avec les Néerlandais de Komenda. En 1751, dans un conflit qui oppose les Fanti aux Ashantis, il est dépêché à Mankessim afin d'y rencontrer le Conseil des chefs de la confédération Fanti et d'y négocier une résolution pacifique.

De manière générale, ses talents de diplomate sont reconnus dans tous les témoignages. Durant la guerre de Sept Ans, lorsque les tensions sur la côte de l'Or sont à leur paroxysme, l'officier Bartels souligne notamment qu'ils seraient tombés à court de provisions sans l'intervention de Kwadwe, et son collègue Priestley ajoute qu'.

On peut juger de la qualité de l'exécution de ses missions pour les Britanniques au travers des commentaires justifiant l'attribution de cadeaux à son attention. Son réseau d'influence dans les territoires intérieurs est particulièrement apprécié. Il reçoit ainsi une épée . On le remercie également pour ses interventions militaires, comme lorsqu'il est allé .

Influence politique

Création de l'État Oguaa alt=Rives verdoyantes de la Côte de l'Or sur laquelle on peut voir quatre villes ainsi qu'un fort au font, il s'agit du fort d'Elmina. Quatre navires marchands approchent de la baie de la ville de Cape Coast.|vignette|Illustration de Cape Coast en 1665. En , une pétition rassemblant les caboceers de Cape Coast est adressée à la Royal African Company : . On y trouve la signature de signifiant « Cudjoe, Caboceer en chef ». Kwadwo possède alors une fonction de chef dans la ville, ce qui permet de supposer que la création de l'État de Cape Coast date d'avant 1751. Il établit des fonctions de Dey et Fetera, titres traditionnels des conseillers royaux, pour asseoir la structure du nouveau royaume.

Dans son témoignage, Thomas Thompson indique qu'en 1752 il est accueilli par lOmanhene (chef) de Cape Coast, nommé Amrah Coffi, qui est le jeune frère de Kwadwo. D'après Thompson, Kwadwo refuse initialement d'occuper le siège de Cape Coast, mais c'est avec lui qu'il échange ensuite puisqu'il l'invite à créer une école chrétienne à Cape Coast en mettant son fils Frederick Adoy à son service en tant qu'interprète.

Bien que Kwadwo ne soit pas Omanhene de Cape Coast, il détient un important rôle au sein du Tribunal royal, du Conseil des PininsCe terme désigne les anciens et les conseillers « sages »., puisqu'il mène des débats avec ces derniers avant de fournir les conclusions à Thomas Thompson, à propos de ce qu'il souhaite créer à Cape Coast.

En effet, Kwadwo semble intéressé par les actions missionnaires de Thomas Thompson et ce rapprochement lui permet de faire envoyer à Londres trois enfants de Cape Coast pour leur éducation. En effet, il le convainc de soumettre une requête à la Société de propagation de l'Évangile pour les prendre en charge.

En 1754, Kwadwo est couronné roi efutu et de Cape Coast en présence du gouverneur Tymewell et des officiels du fort. Son instauration est saluée par d'armes à feu. Afin de légitimer cette accession, son lien avec la famille royale efutu est mis en avant car la succession à Cape Coast se fait par tradition patrilinéaire efutu, or Kwadwo est à l'origine fanti..

Groupe armé personnel Dans les années 1750, Thomas Thompson décrit les hommes armés qui répondent aux ordres de Kwadwo. Ils se nomment Werempe et représentent le plus important ordre asafo du à Cape Coast (il prend le nom de Ntin ensuite). On les appelle également Ankobia ou Kojo Nkum (esclaves de Kwadwo). Ces soldats habitent en dehors de Cape Coast et forment les villages de Kakumdu, Mpeasem et Siwdu, aussi surnommés Werempedom. Ces villages forment des quartiers de Cape Coast aujourd'hui.

Emprise politique élargie