Étienne-Gabriel Morelly, né vers 1717 et mort peut-être en 1778, est un philosophe français méconnu, qui s'inscrit dans le mouvement des Lumières. Son ouvrage principal, le Code de la nature repose sur le postulat que l'homme est naturellement bon, et que tous ses maux proviennent de la notion de propriété.

Biographie La vie de Morelly est très mal connue : aucun des documents habituels d'état-civil, ni aucun manuscrit n'a été retrouvé. Il a même été avancé qu'il y aurait eu deux Morelly philosophes, le père et le filsCette théorie, avancée par Michaud, Hoefer et Lichtenberger, mais réfutée par Barbier, est définitivement mise en pièce par . Les recherches de Coë et de Wagner sont restées infructueuses face aux sources contradictoires, mais Guy Antonetti pense avoir levé une grande partie du mystère et a reconstitué l'arbre généalogique de la famille.

Le grand-père d'Étienne-Gabriel Morelly, prénommé Jean-Jacques, est né en 1659 à L'Isle-sur-Sorgue. Il est tabellion, puis contrôleur au grenier à sel d'Avignon. Son père, Gabriel, probablement né en 1687, est employé dans les fermes du roi puis dans le service des vivres des armées. Il décède en 1764 à Vitry-le-François. Étienne-Gabriel est probablement né en 1717 à Paris, paroisse Saint-Gervais, et non à Vitry-le-François comme l'indiquent tous ses biographes . Par contre, il est arrivé dans cette ville dans sa toute prime enfance.

Étienne-Gabriel Morelly ne vit plus à Vitry-le-François en 1764, à la mort de son père, mais y vit encore en 1743 à la mort de sa mère. C'est à cette période qu'il rencontre son premier protecteur, Armand de Rohan-Soubise, qui vient d'être nommé évêque coadjuteur de Strasbourg, à qui il dédie son Essai sur le cœur humain. Par l'intermédiaire de son père, le jeune Morelly fait la connaissance d'Helvétius, alors fermier général chargé d'inspections dans la région, ainsi que de Dumarsais, qui l'accompagnait dans ses tournées. Ceux-ci l'introduisent auprès de Fontenelle.

Il s'installe à Paris entre 1743 et 1745. Jusqu'en 1748, ses œuvres sont celles d'un jeune moraliste traitant surtout des sujets d'éducation, dédiant Physique de la beauté à une membre de la famille Conti, qui n'est pas encore brouillée avec Madame de Pompadour. Vers 1748-1749, il devient un écrivain politique, fidèle à la monarchie, opposé à l'Autriche, au clergé, mais toujours fidèle à Madame de Pompadour. C'est ce qui ressort du Prince des délices, qui paraît en 1751. Puis il change d'attitude : l'auteur de La Basiliade et du Code de la nature, visiblement déçu par le gouvernement de Louis XV, se fait le porte- parole de l'opposition à la Cour des Parlements et des princes après le renversement d'alliance au profit de l'Autriche et au détriment de la Prusse, citant considère ce comme provoqué par une désillusion face à Frédéric II de Prusse.

Souvent absent de France, Morelly a peut-être été employé comme courrier diplomatique par le prince de Conti, chargé du Secret du roi, en lien plus ou moins occulte en particulier avec l'ambassadeur en Pologne Louis-Adrien Duperron de Castera, également précepteur du prince Adam Kazimierz Czartoryski.

Cette lecture de Morelly comme plume et agent du prince de Conti, faite par Antonetti, s'oppose à celle de Coë. Pour ce dernier Morelly aurait séjourné à la Cour de Frédéric II de Prusse, ce qui lui aurait inspiré Toujours selon Coë, c'est ainsi que, dès 1752, il découvre sa vocation réelle et, dans la Basiliade, prêche le socialisme, non plus dans les termes d'un sycophante cherchant à plaire à son mécène, mais avec toute la ferveur du prosélyte nouvellement converti. L'ouvrage ne connaît aucun succès. Plus tard, le Code de la nature est reçu avec le même silence indifférent, rompu seulement par les quelques sarcasmes de critiques scandalisés.

On perd la trace de Morelly après 1755, date de la parution des Lettres de Louis XIV. Peut-être vit-il jusqu'en 1778, date de publication de L'Hymen vengé, mais sa paternité de l’œuvre est remise en cause.

Œuvres principales

Basiliade du célèbre Pilpai redresse=1.25|bordure|gauche|sans_cadre|Basiliade du célèbre Pilpai Naufrage des iles flottantes, ou BasiliadeBasiliade signifie en grec du célèbre Pilpai, Poème héroïque, traduit de l'indien par M. M*****, paraît en 1753. Trois éditions sont connues, dont deux sont sans doute des contrefaçons. Malgré une forme désastreuse l'ouvrage qui connaît un succès éphémère se trouve toujours en circulation cinq ans plus tard et fait l'objet d'une traduction anglaise.

La Basiliade raconte comment Zeinzemin, le roi d'un peuple innocent et heureux, enlevé par des envahisseurs européens, revient chez lui après avoir mesuré la turpitude des civilisations propriétaires qui fleurissent dans les Îles Flottantes, c'est-à-dire l'Europe. Dans ce texte, , Morelly, contrairement à ses prédécesseurs en Utopie, défend l'idée que la communauté de biens est la matrice de l'organisation sociale, et la propriété privée, son détournement.

Un compte-rendu paraît en novembre 1743 dans La Nouvelle bigarrure : Un autre article, paru dans la Bibliothèque impartialeNovembre-décembre 1753, p. 401-415. Lire en ligne, paraît suffisamment important à Morelly pour qu'il consacre les premières pages du Code de la nature à le réfuter point par point.

Pour Abdelaziz Labib, la Basiliade, , décrit la constitution d'une république égalitaire. Son peuple vit sans contrainte politique ou domination religieuse. Son roi n'est que l'âme du peuple et ne renvoie à aucune réalité contingente ou personnifiée. Pacifiste et anticolonialiste, la Basiliade dépouille l'univers de toute relation de crainte, d'étrangeté et de violence.

Selon l'analyse de Nadia Minerva, Morelly se range dans une forme littéraire dont il respecte la forme et le contenu , mais en fait un usage désinvolte et quelque peu désacralisant : ce n'est plus le représentant de notre civilisation qui part à la découverte d'Utopie, c'est l'utopien qui en sort et nous observe de son regard révélateur. Quant au cadre fabuleux, dépassant les impératifs structurels du genre, il contamine le contenu spéculatif. Ainsi l'organisation socio-politique de la société utopique n'est nullement détaillée. Il s'agit là d'une conception providentielle de l'histoire : les problèmes sont miraculeusement résolus aussitôt que posés, la réponse fantastique déforme le fond même des questions en assignant aux problèmes une solution qui les dissout.

Morelly ressent l'urgence d'extraire de son utopie : ce sera le Code de la nature.

Code de la nature

Historique Lors de sa publication, ce texte , daté de 1755 mais paru en 1754 , est attribué à La Baumelle, à François-Vincent Toussaint ou à Diderot. Cette paternité est reprise par Babeuf, jusqu'à ce qu'elle soit réfutée par Barbier en 1805. L'ouvrage fait l'objet de plusieurs rééditions jusqu'en 1773, malgré sa mise à l'Index par le pape Clément XIII en janvier 1761.

Contenu Le Code de la nature est structuré en quatre parties :

Défauts des principes généraux de la politique et de la morale. Morelly définit sa conception de la nature humaine, fondée sur l'égalité, l'amour de soi et la dépendance qui l'oblige à collaborer avec ses semblables. Pour lui, l'homme est bon. Il récuse donc le présupposé de départ des moralistes . Pour lui, ce présupposé provient de leur aveuglement quant aux effets dévastateurs de ce qu'il considère comme la cause majeure, voire unique, des maux de l'humanité : la notion de propriété.

Défauts particuliers de la politique. À partir de l'exemple de est esquissée l'histoire fictive, mais possible, d'un progrès historique sans violence sociale, car sans partage

Défauts particuliers de la morale vulgaire. Dans cette partie polémique, Morelly dénonce les maximes du Droit civil et du Droit des gens, la déchéance de l'esprit originel du christianisme qui rapprochait les hommes des lois naturelles, et le sacrifice de l'intérêt général à l'intérêt du seul souverain.

Modèle de législation conforme aux intentions de la nature. Ce code législatif marque une rupture avec la fiction utopique, qui laisse la société idéale dans l'imaginaire. Sont définies des , des lois distributives ou économiques, des lois de police, des lois de la forme et de l'administration du gouvernement, des lois conjugales, des lois d'éducation et des lois pénales.

Réception Morelly a la malchance de publier son ouvrage en 1755, à peu près en même temps que paraît le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes de Rousseau, qui l'éclipse par son retentissement extraordinaire.

Le premier compte-rendu, relativement favorable, parait dans la Bibliothèque des sciences, et des beaux arts d'octobre-1754 :

Puis les critiques s'accumulent. Raynal, dans les Nouvelles littéraires de janvier 1755, remet en cause l'hypothèse fondamentale du livre :

Grimm, dans sa Correspondance littéraire de février 1755 assassine l'auteur :

Fréron, dans son Année littéraire écrit, en avril 1755p. 93-99. Lire en ligne :

Quant à La Harpe, il qualifie la communauté de biens et de travaux de

Analyses Pour Coë,

Selon le fouriériste Villegardelle,

Jacques Droz considère que

Benoît Hepner relit Morelly à la lumière d'événements postérieurs :

En synthèse, selon Nicolas Wagner, le Code de la nature est un de nos grands pamphlets politiques.

Œuvres mineures vignette|gauche LEssai sur l'esprit humain ou principes naturels de l'éducation, écrit en grande partie en 1741, publié entre le 15 mars et le 18 mai 1743, est un L'''Essai sur le cœur humain, ou principes naturels de l'éducation, sans doute composé à la même période que le précédent, ne paraît qu'en 1745 et inaugure une longue série d'échecs. Physique de la beauté, , paru en 1748, passe inaperçu et ne fait l'objet d'aucun compte-rendu. droite|sans_cadre

Le Prince, les délices des cœurs, ou Traité des qualités d'un grand roi et système général d'un sage gouvernement, publié en 1751, est à nouveau un échec. L'ouvrage ne s'attire qu'un compte-rendu peu flatteur dans une revue des Pays-Bas. Les Lettres de Louis XIV aux princes de l'Europe, sont écrites en 1751 et paraissent au début de 1755 avec un assez fort tirage. La Bibliothèque des Sciences et des Beaux-ArtsJanvier-Mars 1755, p. 263. Lire en ligne. considère que l'ouvrage aurait dû être réduit à un seul volume, et s'étonne parfois du contenu : LHymen vengé, paru en 1778, est attribué à Morelly car deux courts passages en vers sont des versions retouchées en mauvais alexandrins de passages de la Basiliade. Il n'apporte pas la preuve que Morelly vivait encore à la date de parution et Wagner considère l'ouvrage , comme apocryphe.

Influence L'influence de Morelly, penseur isolé, méconnu des Lumières, est faible.

Il inspire la Conjuration des Égaux menée par Babeuf. Même s'il confond Morelly avec Diderot, celui-ci voit en l'auteur du Code de la nature

Proudhon s'inspire largement de Morelly, non seulement dans son collectivisme, mais peut-être également dans son antiparlementarisme. Les idées d'Étienne Cabet et de Théodore Dézamy sont influencées par le Code de la nature.

Morelly a quelque succès en U.R.S.S. Le Code de la Nature y parait en 1923 puis en 1947. Pour son éditeur, Morelly est le représentant de l'intelligentsia obscure issue de la petite bourgeoisie urbaine du . Mais .

À la suite de Lichtenberger et d'Édouard Dolléans, Jacques Droz considère que Morelly , tandis qu'Alfred Sudre le critique dans son Histoire du communisme ou Réfutation historique des utopies socialistes'', de même que Gilbert Chinard.

Publications

Lire en ligne : Tome I. Tome II.

et mettent en cause l'attribution à Morelly Bibliographie

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Notes et références

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