Alexeï Gorinov, né le à Moscou, est un homme politique et opposant russe, élu municipal de l’arrondissement de Krasnosselski à Moscou. Le , Gorinov est condamné à sept ans d’emprisonnement au titre de l’article 207.3 du Code pénal russe, après avoir dénoncé l’invasion russe en Ukraine.

Il est reconnu comme un prisonnier politique.

Biographie

Études Né le à Moscou, il est diplômé de l'université d'État de géodésie et de cartographie de Moscou en 1984 et de l'université de droit d'État Koutafine de Moscou en 2004.

Engagement politique De 1990 à 1993, Gorinov est élu municipal de l’arrondissement de Dzerjinski à Moscou. Depuis 2017, il représente l’arrondissement de Krasnosselski en tant que député indépendant, soutenu par le mouvement Solidarnost dont il est membre.

Opposition à l'invasion de l'Ukraine et condamnation

Réunion des députés du conseil municipal Le , peu de temps après le début de l’invasion russe, les élus du Conseil des députés municipaux de Krasnosselski évoquent, lors de la réunion du Conseil consacré à l’approbation du calendrier consolidé des événements pour le deuxième trimestre de 2022, l’organisation d’un concours de dessins pour enfants. Gorinov s’exprime sur l’organisation de ce concours, dans le contexte de la guerre en Ukraine, qui ressemblerait à . Au cours de la réunion, Gorinov qualifie aussi le conflit en Ukraine de « guerre » et non d'« opération militaire spéciale », et affirme que des enfants meurent chaque jour. Il prononce le discours suivant:

Il est soutenu par la chef de la municipalité Elena Kotionotchkina qui, peu de temps après, doit quitter la Russie en raison d'une procédure pénale engagée contre elle.

Procédure pénale Pour son discours considéré par le pouvoir russe comme « anti-guerre », Gorinov est accusé au titre de l’article 207.3 du code pénal russe, qui sanctionne la . Selon l’enquête, le crime est commis avec préméditation, par abus de fonction, pour des raisons de haine ou d'hostilité.

Le , Gorinov est arrêté et son domicile fouillé. Les locaux du conseil municipal sont perquisitionnés. L’enquête dure 5 jours, du au .

La première audience publique a lieu le au tribunal de l’arrondissement de Mechtchanski à Moscou. Le procureur demande une prolongation de 6 mois de la détention de Gorinov. Celui-ci dit souffrir de la tuberculose et affirme que le centre de détention provisoire lui refuse un traitement médical. Malgré ce fait, le juge satisfait la demande de prolongation de la détention.

Le procès de Gorinov se déroule partiellement à huis clos. Le procureur estime que les spectateurs et les journalistes pourraient exercer une pression psychologique sur les témoins de l’accusation.

Le procureur affirme également que Gorinov et Kotionotchkina sont délibérément de connivence pour l'armée russe au cours de la réunion des députés municipaux.

Dans sa défense de Gorinov, son avocat déclare que les exigences de ne pas qualifier l’« opération militaire spéciale » comme étant une guerre ne s’appliquent qu’aux médias et qu’aucune loi n’oblige les Russes à s’y conformer.

Le , la juge Olesya Mendeleïeva condamne Gorinov à une peine de sept ans, à exécuter dans une colonie pénitentiaire de sécurité moyenne.

Lors de l’une des audiences, Gorinov condamne ouvertement l'invasion russe en Ukraine. Il déclare:

Le , en raison d’une modification de l’accusation, la peine d’Alexeï Gorinov est réduite d’un mois pour atteindre 6 ans et 11 mois. La charge selon laquelle un (comprenant Gorinov et Kotionotchkina) auraient agi par conspiration préalable est retirée.

En prononçant son dernier mot, il s’excuse auprès du peuple ukrainien pour ne pas avoir réussi à arrêter la guerre et évoque également que la possibilité de poursuivre les personnes ayant des visions pacifistes est .

A la fin , Gorinov est transféré à la colonie pénitentiaire « IK-2 » dans l'oblast de Vladimir. Le militant Konstantin Kotov et le politicien Alexeï Navalny y ont notamment purgé une partie de leurs peines. L'avocate Maria Eismont, de l'affaire Kotov, visite aussi à plusieurs reprises cette colonie pénitentiaire. Elle estime que le personnel fait tout son possible pour priver les prisonniers politiques qui y sont enfermés d’une assistance juridique.

Sentence et réactions En 2022, le projet indépendant de défense des droits de l’homme « Soutien des prisonniers politiques. Memorial » reconnaît Alexeï Gorinov comme prisonnier politique.

Selon Bruce Millar, directeur adjoint pour l'Europe de l'Est et l'Asie centrale à Amnesty International: .

D’après Marina Litvinovitch, défenseuse des droits de l’homme, la condamnation de Gorinov vise à intimider les députés et autres fonctionnaires pour qu’aucun représentant du gouvernement n’ose dire quoi que ce soit contre la guerre.

Gorinov lui-même estime que le montant de la sanction fixé par le tribunal est disproportionné par rapport à l'ampleur des dommages causés à l'Ukraine par la Russie:

Affaire sur l’apologie du terrorisme L'affaire a été ouverte à l'automne 2023 ; selon l'enquête, lors d'une conversation avec un autre détenu dans l’hôpital de la prison, Alexeï justifiait le Régiment Azov ukrainien déclaré organisation terroriste en Russie, l’explosion du pont de Crimée et les actions de Unité spéciale ukrainienne «Kraken»«Я против войны. К терроризму отношения не имею». Суд начал рассматривать второе дело Алексея Горинова.

L'avocat d'Alexeï estime que le témoignage a été obtenu illégalement, par provocation : en , un poste de télévision a été installé dans la chambre de Gorinov et d'autres détenus ont été installés avec lui. Ces derniers s’intéressaient à son opinion sur les actualités (selon d'autres sources, il a été transféré dans une salle avec un poste de télévision au lieu d'être sorti de l’hôpital). Il y a des incohérences dans les déclarations des témoins, en revanche, les protocoles d'interviews des témoins sont identiques jusqu'aux erreurs de ponctuation, sur 14 heures d'enregistrements audio en 20 jours, des éléments constitutifs de crime ont été trouvés dans deux phrases. Gorinov a plaidé non coupable, mais dans sa dernière déclaration, il a déclaré que [sa] “culpabilité réside dans le fait que, en tant que citoyen de mon pays, j’ai permis cette guerre et n’ai pas su l’arrêter. Je vous demande de le noter dans le procès-verbal. Mais je voudrais que ma culpabilité et ma responsabilité soient également partagées par les organisateurs, les participants, les partisans de la guerre, ainsi que par les persécuteurs de ceux qui se prononcent pour la paix"Alexei Gorinov condamné à trois ans de prison dans une nouvelle affaire.

En , le tribunal militaire du 2e district ouest condamne Alexeï à trois années supplémentaires dans une colonie à régime stricte. Après l'entrée en vigueur de la nouvelle peine, Gorinov doit passer un total de cinq ans en détention (en raison des deux peines)Nouvelle affaire contre le député Alexei Gorinov. Verdict.

Le , une plainte a été déposée auprès de la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie dans le cadre de l'affaire Alexeï Gorinov, alléguant que cet article viole les droits et libertés constitutionnels des citoyensDes juristes ont déposé une plainte auprès de la CC contre un article sur des « faux » concernant l'armée russe.

Dégradation de son état de santé L'état de santé d'Alexeï Gorinov était mauvais avant son incarcération : il y a plusieurs années, avant d'être mis au centre de détention provisoire, il avait subi une opération sur les poumons. En raison des conditions de détention et de l'impossibilité de recevoir des soins médicaux, l'état de santé de Gorinov s'est aggravé et, le , le député est tombé malade. Après une visite de deux jours à l'unité médicale, Alexeï ne s'est pas rétabli, il avait toujours une forte fièvre et le souffle courtmedia/osuzhdennyj-za-fejki-mundep-aleksej-gorinov-opasaetsya-za-svoe-zdorove-v-kolonii/ Le député Alexeï Gorinov, condamné pour « fakes », craint pour sa santé dans la colonie. Selon le média en ligne Radio Liberty, après un tollé général, les autorités pénitentiaires ont accepté de transférer Gorinov à l'hôpital pénitencier IK-3 dans la région de Vladimir Ex-député Alexei Gorinov transféré à l'hôpital de la prison. La colonie où se trouve l'hôpital, est connue pour l’usage de tortures : c'est également là que l'homme politique Alexeï Navalny a été amené pour être soigné en ru/2021-04-19/odna-iz-samyh-strashnyh-chto-zaklyuchennye-rasskazyvayut-obik3-vovladimire-kuda-pereveli-navalnogo-dlya-lecheniy « L'un des plus terribles » : ce que les prisonniers disent de l'IK-3 à Vladimir, où Navalny a été transféré pour être soigné.

Selon les rapports des défenseurs des droits humains, Alexeï Gorinov est détenu dans des conditions de torture : dans une cellule froide sans matelas, ni couverture, ni eau chaude, fiché comme prétendument susceptible de s'évader et de se suicider (ce qui implique d'être réveillé toutes les deux heures), privé de visites de proches et de correspondance, et régulièrement placé en cellule disciplinaire (notamment 48 jours consécutifs en 2023)L'ex-député Alexeï Gorinov exhorte depuis le tribunal : " Arrêtez de tuer. Arrêtons la guerre". En , dans le cadre de la seconde affaire, Gorinov est inscrit sur le registre des personnes susceptibles de commettre des actes terroristes avant même sa condamnationAlexeï Gorinov est condamné une seconde fois, pour "apologie du terrorisme". Dans sa dernière déclaration, il s'est à nouveau exprimé contre la guerre. Mais le juge a refusé d'écouter le prisonnier politique.

Reconnaissance internationale En , Gorinov reçoit le prix Magnitski, décerné depuis 2015 à des personnes qui ont contribué à la lutte pour la défense des droits de l'homme.

Début , 34 membres du Parlement européen signent une lettre ouverte en soutien à Gorinov où ils expriment leur solidarité avec le député dans son désir d'une Russie libre et pacifique.

Les 20 et , des actions en soutien aux prisonniers politiques en Russie ont eu lieu dans plus de 20 pays, mentionnant notamment Alexeï Gorinov.

En , en réponse à une plainte déposée par des défenseurs des droits de l'homme, l'ONU demande la libération immédiate d'Alexeï Gorinov et exige des autorités russes l'ouverture d'une enquête indépendante.

Références

Voir aussi

Liens externes Enregistrement de la réunion au cours de laquelle Gorinov s'exprime contre la guerre.

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