Le labyrinthe spirituel (en ) est un type rare dans l'iconographie russe, que les chercheurs datent du (plus rarement au début du ). Dans le registre central de telles icônes un labyrinthe est représenté, présentant dans le haut une image de la Jérusalem céleste, et dans le bas de l'enfer. Dans l'histoire de l'art contemporaine, ces icônes sont perçues comme la représentation visuelle du chemin vers la Jérusalem céleste à travers le labyrinthe de la vie, rempli d'impasses et de fausses routes. De telles icônes ne se rapportaient pas au culte religieux mais servaient à des fins d'édification. En 2023, dans les collections des musées de la fédération de Russie et du christianisme orthodoxe n'ont été enregistrées que deux icônes de ce type labyrinthe spirituel: l'une se trouve au musée national d'histoire de la religion à Saint-Pétersbourg, et l'autre dans les collections du musée national d'histoire et d'art de la Nouvelle Jérusalem à Istra dans l'oblast de Moscou.

Les chercheurs ont tenté de déterminer l'origine de l'iconographie du labyrinthe spirituel. Sont apparues alors les hypothèses d'une source littéraire sous-jacente, l'influence des techniques de l'estampe d'Europe occidentale et de Russie, celle des fresques et des tracés de labyrinthes sur le sol des églises catholiques en France, l'apparition en Russie au de la secte protestante des frères moraves. Cette iconographie a également été considérée dans le contexte du développement du symbole-dogmatique dans les icônes de la fin du -début du . Les critiques d'art russes actuels en culturologie tentent de déterminer le sens figuratif de l'iconographie du labyrinthe spirituel Parmi ceux-ci figurent le docteur en histoire de l'art Igor Orlov, travailleur émérite de la culture de la fédération de Russie, Galina Zelenskaïa, candidate en histoire de l'art et Anastasia Dolgova, critique d'art, Sergueï Zotov, chercheur à l'Université de Warwick, Natalia Merzlioutina.

Représentation sur les icônes

Icône du musée national de la Nouvelle Jérusalem vignette|gauche|Labyrinthe spirituel Musée national d'histoire et d'art de la Nouvelle Jérusalem à Istra La plus grande partie de l'icône est occupée par un labyrinthe arrondi. , chercheur doctorant à l'Université de Warwick considère cette icône comme une riche version iconographique du Labyrinthe spirituel .

Au centre de l'icône et du labyrinthe, sur les marches de la pyramide de pierre, sont représentés les âges de la vie humaine sous forme de figure d'un homme et d'une femme. De l'enfant jusqu'au vieil homme décrépit ils sont placés sur une sorte d'escalier. Au-dessus de chacune des figures est inscrit son âge (de 1 à 90 ans). Au centre, au sommet, est représenté un sablier, qui plane grâce à de grandes ailes. Il mesure le temps de la vie humaine. Il est accompagné d'une inscription: « Le temps de Dieu durant les jours et les nuits entre ses ailes ». Dans le bas du dessin central sont représentés des scènes de naissance et de mort (elles représentent de manière symbolique le début de la vie de l'homme et sa fin), et entre ces scènes se trouve l'image de la mort sous forme de squelette couronné tenant une faux dans ses mains . Selon Sergueï Zotov, le spectateur se perçoit dans la position de l'âme du défunt et c'est au centre que commence son voyage mental à travers le labyrinthe dont il est entouré. vignette|300px|Labyrinthe spirituel. Vidéo des fragments de l'icône Durant son trajet vers la Jérusalem céleste l'âme peut lire des inscriptions figurant sur l'icône. Il existe deux sorties du labyrinthe dans le haut de celui-ci. Le voyageur croise aussi l'inscription: « Dans l'amour, le Christ appelle et le paradis ouvre largement ses portes ». Dans la partie supérieure de l'icône est représentée la Jérusalem céleste avec ses douze portes, au sein de laquelle sont amenées des âmes pures accompagnées par deux anges. Au-dessus d'elle, dans les nuages est représentée une déisis. Marie et Jean le Baptiste demandent au Seigneur de sauver l'humanité. Au-dessus de la Jérusalem céleste, sous la déïsis, plane le Saint-Esprit sous l'image d'une colombe. Si le spectateur ne passe par le labyrinthe avec succès, il se retrouve au bas de l'icône. Il trouve là l'inscription: « mon âme est remplie de colère et mon corps se rapproche de l'enfer ». Douze routes mènent à l'enfer (certains historiens n'en comptent que onze) qui correspondent à différents péchés : fornication, beuverie, amour de l'argent et de la gloire, ivrognerie, vanité, orgueil, meurtre, colère, méchanceté, jalousie, calomnie et gourmandise. Avant de rentrer dans l'enfer, on trouve à gauche des images de démons, équipés d'armes les plus modernes de cette époque (canons et fusils, ainsi que d'arcs, qui, selon Zotov, symbolisent les passions. Selon Ananstasia Dolgova , c'est une image frappante de « la race humaine avec ses passions de pécheurs » et des démons). L'entrée de la géhenne est décalée sur la droite dans cette icône. Parmi les diables on peut voir aussi des anges qui extraient des âmes repenties de l'enfer. Fragments du Labyrinthe spirituel du musée de la Nouvelle Jérusalem

Icône du musée national de l'histoire de la religion vignette|Auteur anonyme, XVIII s. Labyrinthe spirituel du musée national d'histoire de la religion, labyrinthe de Saint-Pétersbourg. La composition de l'icône utilise des techniques de perspective inversée. L'action se déroule dans le même plan. L'image est traitée de manière plane sauf pour l'homme agenouillé du registre central et le Christ sur son trône du registre supérieur sont représentés avec plus de volume. La critique Anastasia Dolgova note l'utilisation des techniques d'illustration et de la gravure surtout pour la représentation du labyrinthe lui-même. Le texte qui apparaît sur l'icône nécessite une lecture attentive. Cela diffère des textes d'icônes traditionnelles qui jouent un rôle explicatif de soutien pour compléter l'image.. vignette|Partie centrale du labyrinthe du musée d'histoire de la religion. Homme agenouillé Anastasia Dolgova analyse la structure composite de cette icône. Celle-ci est divisée par un axe central vertical en deux parties opposées ; l'une avec l'image d'un jeune pêcheur accueilli par un ange d'un côté; l'autre, à droite, celle d'un homme pécheur accompagné d'un démon. Une division similaire est produite horizontalement qui sépare l'enfer de feu en bas de la Jérusalem céleste en haut. La composition est complétée par un texte et l'émotion quelle produit est renforcée par la solution de couleur choisie.

L'icône Labyrinthe spirituel est composée de trois parties. La partie supérieure représente la Jérusalem céleste, la partie centrale, le monde terrestre, la partie inférieure représente la géhenne avec le feu de l'enfer. Au centre de la composition se trouve un labyrinthe au milieu duquel , sur un fond assez réaliste de paysage, est placé un homme agenouillé selon l'historienne d'art Anastasia Dolgova. Ses vêtements rouges contrastent avec le fond vert foncé de la scène. Au-dessus de cette figure représentée au centre du labyrinthe se trouve l'inscription: « comment je veux aller par la voie ». Le labyrinthe est de forme ronde, de couleur ocre sur un fond jaune et n'a qu'une seule sortie par le haut. Plusieurs chemins mènent par contre aux enfers, chacun correspondant aux douze péchés : l'envie, la calomnie, le meurtre, la fornication, l'ivresse, l'orgueil, la vanité, le désespoir, la colère, l'avarice, la gourmandise. Dolgova remarque qu'aux sept péchés capitaux (orgueil, envie, gourmandise, luxure, colère, avarice et la paresse) le peintre d'icône, guidant le chrétien par la vraie voie, en ajoute d'autres. Cela permet de pénétrer dans le monde spirituel de l'homme à cette époque.

Sur les bords du labyrinthe se trouve un texte que Dolgova n'a réussi à déchiffrer que partiellement. Elle a trouvé la source de deux lignes : 1) « Éternel ! fais-moi connaître tes voies, enseigne-moi tes sentiers.» La Bible, traduction de Louis Segond, Psaume 25:4 ; 2) « Ne m’emporte pas avec les méchants et les hommes iniques Psaume 28:3.

De chaque côté du labyrinthe sont représentées deux scènes de mort ; celle d'un homme juste et celle d'un pécheur. Le juste est un homme vénérable avec une barbe peignée et des vêtements vert foncé sous une couverture rouge. Il se trouve dans la partie gauche. Son âme, représentée comme une figure de bébé, est prise par un ange vêtu de rouge lui aussi. L'âme du pécheur a aussi l'apparence d'un bébé et lui-même a l'apparence d'un homme sans barbe. Un monstre avec des plumes et des pattes griffues tient des volumens en l'air dans chaque main (Anastasia Dolgova admet en pas pouvoir déchiffrer les textes figurant sur ces volumens.

Un petit arc dans le style de l'architecture de la Renaissance ouvre l'entrée de la Jérusalem céleste. Jésus-Christ portant un chiton rouge et un himationvert foncé est assis sur un trône de style baroque. Les vêtements du Christ se détachent clairement sur un fond rouge-ocre rempli de chaleur et de lumière dans le registre supérieur de l'icône. Des rayons de lumière émanent du Christ. L'âme du juste, vêtue de blanc, est à côté de l'ange vêtu de rouge. La critique russe Dolgova présente les bâtiments de la Cité céleste comme des édifices de différents styles réalisés dans l'esprit de l'architecture occidentale de la Renaissance. Entre ceux-ci, on distingue également des arbres qui se distinguent par leur couleur vert foncé sur un fond relativement plat.

Le registre inférieur de l'icône est réalisé dans une couleur ocre rougeâtre, mais ce n'est plus la couleur de la chaleur et de la lumière, qui remplit la Jérusalem céleste, mais celle du feu qui condamne le pécheur aux tourments éternels. L'enfer en feu est représenté comme un monstre avec des yeux rouges et une énorme gueule. Dans cette gueule, les flammes jaunes indiquent la direction de l'enfer. Fragments du Labyrinthe spirituel du Musée national d'histoire de la religion

Icônes de la collection des musées russes vignette|gauche|« Labyrinthe spirituel » à l'exposition du musée d'histoire de la religion, 2021. En 2023, les critiques d'art ne disposaient que de deux icônes sur le sujet Labyrinthe spirituel (cependant, l'historienne d'art Galina Zelenskaïa considère que : « le contenu spirituel et édifiant profond exprimé par ces icônes a contribué à l'émergence de plusieurs versions iconographique du Labyrinthe dans les images populaires russes, les louboks »). L'une des deux icônes se trouve dans les collections du Musée national d'histoire de la religion à Saint-Pétersbourg. La seconde fait partie des collections du musée Musée national d'histoire et d'art de la Nouvelle Jérusalem à Istra dans l'oblast de Moscou . vignette|Labyrinthe spirituel présenté à l'exposition du musée de la Nouvelle Jérusalem en avril 2023 Dolgova considère que la première des deux icônes a été réalisée par un maître de l' à la fin du , et y retrouve une technique traditionnelle d'exécution à tempera sur bois. Ses dimensions sont de cm. Le site de donne des informations légèrement différentes , et la date de la seconde moitié du . Dolgova note que l'origine de cette icône et son emplacement avant le moment où elle est entrée dans la collection du musée sont inconnus. L'icône de la collection du musée d'histoire de la religion a été présentée plusieurs fois lors d'expositions et elle est bien connue des spécialistes. Mais Dolgova estimait en 2011 qu'elle n'avait pas été étudiée correctement et que son iconographie dans le catalogue du musée est donnée trop schématiquement, parfois avec des références erronées .