Laffaire des viols de Mazan, dite également l'affaire Pelicot, est une affaire judiciaire française, dans laquelle ont été accusés et 46 ont été reconnus coupables de viol aggravé, deux de tentatives de viol et deux d'agression sexuelle sur la même femme, Gisèle Pelicot. Celle-ci avait été droguée à son insu par son mari, Dominique Pelicot, l'accusé principal. Un est condamné pour avoir utilisé le même procédé de soumission chimique sur sa propre épouse, afin de la violer, en compagnie de Dominique Pelicot.
Les crimes jugés se sont déroulés du au , principalement à Mazan, commune du Vaucluse, à partir de , mais aussi en Île-de-France et sur l'île de Ré.
Le procès qui se déroule du au à Avignon est fortement médiatisé, en France et à l'international. Rendu possible par les milliers de photos et de vidéos prouvant les faits, il est exceptionnel, à la fois par le nombre d'accusés et par la décision de la victime qu'il se déroule en public . Ces éléments, et les arguments de défense des accusés, qui, pour une bonne part, refusent de reconnaitre leur culpabilité, interrogent sur les violences contre les femmes, leur caractère et la , tandis que le procès se déroule dans un silence des hommes politiques français jugé .
Le verdict est rendu le , les sont jugés coupables, avec des peines allant de trois ans de prison, dont un ferme, à vingt ans de réclusion criminelle pour Dominique Pelicot.
Dominique Pelicot ne fait pas appel du verdict. Parmi les autres accusés, un seul, qui nie le viol, fait appel du jugement. Il voit sa peine alourdie d'un an à l'issue d'un procès aux assises de Nîmes tenu en . Cette dernière condamnation met fin au volet pénal de l'affaire des viols de Mazan.
Contexte et faits reprochés Le , vers , Dominique Pelicot, alors âgé de ., est surpris par un agent de sécurité du supermarché E.Leclerc de Carpentras, via la vidéosurveillance, à filmer sous les jupes de plusieurs clientes à leur insu. L'agent de sécurité l'interpelle lorsqu'il en est à sa quatrième victime.. La police appelée intervient rapidement ; Dominique Pelicot est menotté et arrêté.... Le sous-brigadier Laurent Perret constate les premiers éléments problématiques sur le matériel numérique de Dominique Pelicot et débute l'enquête.
Le lendemain matin, le parquet de Carpentras lève sa garde à vue, mais l'enquête préliminaire se poursuit avec une expertise psychiatrique et avec l'inspection du matériel informatique saisi à son domicile.. Cette inspection met au jour des échanges sur coco.gg. (un site de rencontres fermé en ) dans un salon de discussion intitulé ., au cours desquels Dominique Pelicot invite des inconnus à violer sa femme, inconsciente sous l'effet de fortes doses d'un puissant anxiolytique qu'il lui administre, le Temesta (lorazépam) ; il leur propose également de regarder les vidéos des viols.. Sur l'ordinateur de Dominique Pelicot, les enquêteurs trouvent un dossier intitulé qui contient plus de et vidéos., dont des centaines de vidéos aux titres explicites., et déterminent ainsi que les faits se sont déroulés de à . Ils dénombrent de la victime, qui ont eu lieu à Mazan dans la chambre du couple.
Après cette découverte, Dominique Pelicot est de nouveau placé en garde à vue, le , et passe aux aveux.. Au même moment, dans une autre pièce du commissariat de Carpentras, un officier de police judiciaire explique la situation à son épouse Gisèle Pelicot, qui découvre les faits.. Le , Dominique Pelicot est placé en détention provisoire à l'issue de sa garde à vue.
vignette|gauche|Le village de Mazan. Mariée à Dominique Pelicot depuis près de cinquante ans., la victime, qui était soumise chimiquement, n'a aucun souvenir des faits et n'en prend connaissance qu'au moment de l'enquête.
Les policiers constatent que la fille du couple apparaît également inconsciente et en sous-vêtements sur certaines images, mais aussi que Dominique Pelicot a filmé à leur insu ses belles-filles pour ensuite en diffuser les vidéos sur le site de rencontre.. Caroline Darian se considère comme victime d'inceste et grande oubliée du procès.
En , à la suite de ces découvertes, Caroline Darian, fille de l'accusé et de la victime, publie le livre aux éditions Jean-Claude Lattès..
Profil de la victime
Désignée comme par la presse ou parfois appelée Marie (il s'agit de ses autres prénoms réels), Gisèle Guillou épouse Pelicot., septuagénaire, mariée à Dominique Pelicot., apparaît à visage découvert sous son vrai nom lors du procès.
Elle s'est plainte durant de longues années de douleurs gynécologiques, d'absences et de fatigue.
Gisèle Pelicot est nommée en par la BBC comme étant une des () marquantes de l'année.. Elle est perçue internationalement comme une héroïne féministe.. et ..
Conséquences pour la victime Malgré le grand nombre de violeurs et l'absence de protection la plupart du temps, Gisèle Pelicot a échappé au VIH, à la syphilis et aux hépatites. Elle a néanmoins contracté quatre infections sexuellement transmissibles dont un papillomavirus, et est en cours de dépistage d'un cancer du col utérin. En outre, la soumission chimique lui a fait courir un risque vital, sans compter les risques dans sa vie quotidienne dus à son état selon l'experte médicale Anne Martinat Sainte-Beuve... Elle souffre d'endormissements diurnes longs et involontaires, de trous de mémoire, d'une perte de poids et de chute de cheveux, ce qui l'angoisse car elle se pense atteinte d'une maladie mortelle à brève échéance.
La découverte a posteriori des viols alors qu'elle était inconsciente cause un traumatisme psychologique grave, selon un psychiatre qui l'a examinée. Dès la connaissance des faits, elle demande le divorce et déménage. Au procès, elle exprime un profond sentiment de trahison face à un mari qu'elle estimait parfait jusque-là, elle déclare être détruite de l'intérieur, et ne pas savoir si elle arrivera à se reconstruire..
Profils des accusés Entre et , de viol sont commis sur la même victime.. Les policiers dénombrent possibles, parmi lesquels 54 sont identifiés (les 51 du procès, un décédé entretemps et deux autres hommes relâchés faute de preuve). Le mari de la victime fait partie des violeurs. Tous ont été arrêtés lors d'une dizaine de vagues d'interpellations puis incarcérés.
Il s'agit d'hommes présentés comme , ayant en entre et au moment des faits entre , pour une moyenne de et demi., venant tous de la même région que le couple. Au moins 37 des hommes accusés sont pères. Certains sont retraités, d'autres exercent des professions et des fonctions diverses, pour certaines d'utilité publique : pompier, militaire, gardien de prison, conseiller municipal. Ces hommes sont sans pathologies psychiques, mais nourrissent un sentiment de sur les corps féminins.. 13 accusés déclarent aux enquêteurs une consommation, voire une addiction aux drogues (alcool, cannabis, cocaïne). 13 accusés dont Dominique Pelicot déclarent avoir été victime de violence sexuelle pendant leur enfance, dont deux d'inceste.
Parmi les accusés, 23 hommes ont déjà été condamnés par la justice, et en particulier six l'ont été pour des faits de violence conjugale et deux pour des violences sexuelles. 49 hommes sont jugés pour viol avec des circonstances aggravantes, un pour tentative de viol et un pour agression sexuelle. D'importantes quantités d'images pédopornographiques sont retrouvées lors de l'enquête et cinq hommes sont mis en examen pour détention de ce type d'images.
Parmi les accusés, 10 hommes se sont rendus plusieurs fois chez les Pelicot et 39, une seule fois.
Lors du procès, 18 accusés (dont Dominique Pelicot) comparaissent détenus, 32 comparaissent libres sous contrôle judiciaire et l'un est en fuite, jugé en son absence.
Profil de Dominique Pelicot
Dominique Pelicot est né le à Quincy-sous-Sénart, en Seine-et-Oise (Essonne depuis 1968). À la fin des , sa famille déménage dans l'Indre, où son père Denis est embauché comme contremaître du domaine d'Oublaise, centre de réadaptation pour vétérans de l'armée créé par le commandant Jean-François Perrette (), au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à Luçay-le-Mâle..
Dominique Pelicot décrit son père comme quelqu'un de et .. Il est témoin des violences qu'il exerce sur sa mère, Juliette.. Avant de vivre avec Denis Pelicot, cette dernière a eu deux enfants avec le frère de Denis, André. Le frère de Dominique, Joël, de quatre ans son aîné, est le de Denis, en raison, notamment, de sa réussite scolaire. Entré au collège d'Écueillé vers 1963 (converti depuis en école primaire), Dominique Pelicot abandonne quant à lui l'école en cinquième et intègre très tôt le monde du travail et des chantiers..
En , la famille quitte le domaine d'Oublaise pour s'installer dans le centre de Châtillon-sur-Indre, où elle accueille l'année suivante une enfant de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) prénommée Nicole et porteuse d'un handicap intellectuel. Dominique Pelicot soupçonne son père d'abuser d'elle. À l'âge de , il obtient un Certificat d'aptitude professionnelle d'électricien.
En , la famille emménage dans une longère deux kilomètres plus loin. La même année, Dominique Pelicot rencontre Gisèle dans une entreprise d'Azay-le-Ferron. Pour lui, c'est le . Il l'épouse deux ans plus tard, en , dans ce village. Le couple a trois enfants : David, né en , Caroline, née en , et Florian, né en ... La même année, Dominique Pelicot est par la mort de sa mère, et dont il . De façon générale, la famille Pelicot est présentée comme profondément patriarcale, marquée par une atmosphère possessive et notamment d'inceste.
À la fin des années , il dit avoir découvert l'infidélité de sa femme. D'après Gisèle Pelicot, le moment où elle admet cette relation extraconjugale est la seule fois où il se montre à son égard.. Par la suite, lui-même la quitte quelques mois pour une autre femme, avant de revenir au domicile conjugal.
Examen de personnalité, aspects sexuels de son enfance Lors de son examen de personnalité, Dominique Pelicot se présente comme la victime de viols multiples, commis par un infirmier dans une clinique de Châteauroux en . Un épisode que certains de ses proches minimisent ou contestent.. Il dit par ailleurs avoir assisté au viol collectif d'une femme en , alors qu'il était apprenti sur un chantier, et être hanté par ce souvenir.
Autres affaires judiciaires et allégations concernant Dominique Pelicot Il est souligné que la personnalité de Dominique Pelicot et les faits qui peuvent lui être reprochés constituent un ensemble cohérent, ne se limitent pas aux viols subis par son épouse et semblent concerner aussi bien d'autres personnes de sa famille que d'autres faits allégués.
Le , Dominique Pelicot est mis en examen pour le viol précédé ou suivi du meurtre non élucidé de Sophie Narme, âgée de en à Paris.., stagiaire dans une agence immobilière, qui présente des similarités (notamment l'usage d'éther) avec l'agression d'Estella B., une autre jeune agente immobilière de , victime d'une agression le à Villeparisis. Il nie être l'auteur des faits. L'ADN n'a pu être comparé.
Son ADN, prélevé à la suite des agressions sexuelles commises en , correspond à celui retrouvé sous la chaussure d'Estella B. (citée sous le prénom de Marion dans certaines sources), qui a réussi à échapper à une tentative de viol à Villeparisis. Dominique Pelicot, qui dans un premier temps nie les faits, finit par reconnaître avoir agressé Estella B. tout en rejetant l'intention de viol.. L'affaire est relancée en . Au début du procès pour les viols de son épouse, en , l'affaire est toujours en cours d'instruction..