Le Musée national de Zurich, officiellement Musée national Zurich (en allemand : Landesmuseum Zürich), est un musée situé à Zurich (Suisse), à côté de la gare centrale. Il fait partie des Musées nationaux suisses. Cette institution a accueilli au fil des dernières décennies des annexes dans différentes régions de la Suisse. Le Landesmuseum Zürich est le siège central d'un organisme qui s'est par ailleurs doté d'un Centre des collections, doté de services hautement spécialisés en conservation-restauration.

Il s'agit du musée historique le plus visité de Suisse ( en 2025).

Inauguré en 1898, il présente la culture et l'histoire de la Suisse, de la préhistoire au .

Histoire du musée

Historique C'est sous la République helvétique (1798-1803) qu'apparut l'idée d'un musée national, chargé de collectionner et de préserver des biens culturels menacés. Ministre national de la culture et des sciences, Philipp Albert Stapfer avait élaboré le projet d'une université, d'une bibliothèque et d'un musée nationaux, ainsi que d'un Bureau national de la culture chargé d'inventorier non seulement les collections artistiques et scientifiques, mais également les sites archéologiques et les monuments d'art et d'histoire de la Suisse. L'échec du régime de l'Helvétique condamnera les ambitieux projets de Stapfer.

L'essor des musées locaux et cantonaux au cours de la seconde moitié du plaça le jeune État fédéral, fondé en 1848, devant la nécessité de clarifier sa politique culturelle. Une première intervention parlementaire en faveur d'un musée national échoua en 1880. C’est le conseiller national zurichois Salomon Vögelin qui lance le débat sur la fondation d’un tel musée en 1883, inspiré par le succès de l’exposition d’art national organisée à l’occasion de l’exposition nationale suisse à Zurich. Le risque de voir vendre à l'étranger des « antiquités patriotiques » d'une grande valeur, l'abondance surprenante des objets mis au jour par des archéologues aux activités soutenues et l'intérêt porté aux conditions de vie, du bas Moyen Âge et de l'époque moderne, poussèrent la Confédération à agir.

En 1890, le Musée national suisse (MNS) fut officiellement créé, par une votation du Parlement fédéral, et son siège fut fixé à Zurich en 1891, après de vifs débats quant à son lieu d'implantation, entre Zurich, Lucerne, Bâle et Berne.

Le Musée national suisse a été inauguré en 1898. Son premier directeur était Heinrich Angst, désigné comme tel en 1892 par le Conseil fédéral. Il a pris place dans un bâtiment, en forme de château, empruntant des éléments à divers styles locaux, construit à cet effet par Gustav Gull, à côté de la gare centrale de Zurich. L'architecte a laissé une trace dans le bâtiment, dont la forme reproduit l'initiale G. La pierre de tuf a été utilisée pour la construction.

Cette nouvelle institution se fondait sur les collections de la ville et du canton de Zurich, systématiquement complétées. Les points forts étaient l'archéologie, les témoignages sur la vie au Moyen Âge et à l'époque moderne, ainsi que les arts appliqués. Après la Deuxième Guerre mondiale, l'institution occupa de nouveaux sites : en 1956 des salles d'exposition dans la maison de la corporation de la Mésange et en 1976 le Musée de la Bärengasse, tous deux à Zurich.

Agrandissement de l'infrastructure Dès l'ouverture du musée, il apparait que les collections qui s'étoffent à un rythme rapide vont nécessiter un agrandissement du musée nouvellement construit. alt=|vignette|171x171px|Sir Heinrich Angst, premier conservateur du Musée national Suisse. Huile sur toile de Caspar Ritter, 1897 Un avant-projet est proposé en 1906. Gustav Gull décide donc en 1912 de présenter un plan prévoyant l’aménagement à l’ouest d’une annexe en direction de la Sihl et l’édification, à l’est du bâtiment, d’une nouvelle aile le long de la Museumsstrasse. Or, le fait que la planification soit confiée à Gull n’est pas du goût de la commission du Musée national, notamment de l’ancien directeur Heinrich Angst, qui s’insurge avec véhémence contre ce choix. La mésentente des deux hommes et l'insécurité liée au financement du projet retardent plusieurs fois le projet. Le Parlement estimera en 1924 que celui-ci n'est pas une priorité…

En 1932, l’école des arts appliqués de Zurich et le Musée des arts décoratifs (le Musée du design actuel), déménagent dans un nouveau bâtiment situé sur l’Ausstellungsstrasse. La voie est ainsi libre pour « l'annexion » par le musée de l’aile abandonnée. Mais le plan d'agrandissement est de nouveau rejeté par la Confédération, à l'exception de la rénovation de l'aile pour répondre au besoin du musée. L'inauguration de cette aile a lieu le . vignette|Croquis de l’extension du musée côté Sihl prévue par Hermann Herter, 1941 Malgré cette extension, la place manque toujours au sein du musée. L'approche de la Deuxième guerre mondiale nécessite le besoin de construire également un abri de protection. Gustav Gull s'y oppose, de crainte que les nouveaux concepts n'abiment l'aspect extérieur de l'ancien musée. La direction du musée exigera que le nouveau projet s'adapte aux besoins du musée, et non l'inverse. L’architecte de la ville, Hartmann Herter, un ancien élève de Gull, dessine alors en 1941 de nouveaux plans d’agrandissement, qui prévoient la construction d’une annexe du côté de la Sihl. Sa mort l'empêchera de mener ce projet à terme.

Son successeur, Albert Heinrich Steiner, lors de sa prise de fonction en 1943, abandonne les plans de ses prédécesseurs. Il présente de nouvelles idées, qui traduisent une conception moderniste de l’architecture, avec des constructions indépendantes les unes des autres et très différentes de celles de l’ancien musée. Ses plans ne nécessitant pas de toucher à l'ancien bâtiment, les dirigeants du musée les approuvent. Des espaces d’exposition, une salle de conférence, des monte-charges et une collection d’études sont prévus dans la nouvelle extension. Cependant, ses projets ne sont pas jugés prioritaires à la sortie du conflit. Les années suivantes, le Musée national choisit de se décentraliser. Des sites extérieurs sont créés et les locaux d’autres institutions sont utilisées pour présenter des expositions : la maison de la corporation zur Meisen en 1956, le Wohnmuseum de la Bärengasse en 1976, le Musée suisse des douanes de Cantine di Gandria en 1978, le Forum de l’histoire suisse Schwytz, créé en 1995. En 1998 est ouverte la principale annexe au Château de Prangins (1730) au bord du lac Léman. Devenu l'antenne romande du MNS, il met l'accent sur les s.

En 2000, la mise au concours du projet d’assainissement et d’extension du musée débute et est ouverte aux architectes étrangers. Contrairement aux solutions précédentes, une extension en direction du parc du Platzspitz est envisagée. Les architectes bâlois Christ & Gantenbein remportent le concours, notamment grâce à une idée d'allier l'ancien et le moderne, tout en respectant le parc, et en faisant la liaison entre les deux ailes. Le nouveau bâtiment reprend la façade en tuf de l’ancien et les planchers en béton poli offrent une réinterprétation contemporaine du sol de la terrasse de l’édifice initial. Le projet d’extension est remanié plusieurs fois au cours de la planification et de la mise en œuvre des travaux qui durent une bonne vingtaine d’années.

Dès 2005, le bâtiment zurichois est en cours de rénovation afin d’adapter l’infrastructure aux exigences d’un Musée national moderne. Sa réalisation est prévue entre 2010 et 2012. En 2016, les nouvelles parties du musée ont été inaugurées, avec un espace d'expositions de , une bibliothèque et une salle de conférence.

Le Musée national dans le paysage muséal suisse La création du musée national suisse est étroitement liée au contexte général de fabrication d’une identité locale et nationale. La naissance de l’état fédéral en 1848 est un évènement marquant de l’histoire de la Suisse. Afin de consolider son identité, il va s’appuyer sur l’archéologie et les antiquités « nationales » pour exprimer les origines et les caractéristiques de la nation naissante. Durant le , sur le plan européen, les États-Nations édifient alors de grands musées, afin d’affirmer leur légitimité. C’est dans ce contexte qu'il convient d'envisager l’ouverture du musée national suisse en 1898 : celui-ci doit en effet incarner le sentiment national suisse.

La position du Landesmuseum dans le paysage muséal suisse du a toutefois donné lieu à de vives discussions. La relation entre le musée d'État et les musées cantonaux et régionaux a été controversée dès le départ ; la crainte d'une politique culturelle centralisée était profonde .

Le message de 1889 parlait d'un . Dans les intentions des fondateurs, le Landesmuseum ne devait pas être un solitaire, mais faire partie d'un paysage muséal suisse avec des contacts et des échanges animés. Cependant, cette partie de l'idée fondatrice n'a été mise en œuvre que de manière très incomplète. Au cours des premières années, des situations de conflit n'ont pas facilité l'intégration du Landesmuseum dans le paysage muséal suisse. Surtout la relation avec le Bernisches Historisches Museum était très froide. L'achat d'une chaise d'église à l'église de Spiez est même devenu une affaire d'État ; en 1900, le Landesmuseum a dû restituer à l'église de Spiez la chaise gothique Sigrist, acquise dans des conditions peu claires .

La relation entre le Musée d'État et la Fondation Gottfried Keller était également difficile. Les animosités personnelles, mais aussi les luttes directionnelles pour la politique culturelle suisse ont conduit à une véritable « guerre de l'art » en 1904, qui a de plus en plus isolé la gestion du Landesmuseum. La structure fédérale du musée a été mise en cause à plusieurs reprises, par exemple en 1924, par , dans le cadre du projet d'agrandissement du musée.

Montenach propose un musée décentralisé axé sur les objets dans différentes villes :

Histoire des collections Les principes et les intentions muséologiques sont exprimées dans le rapport annuel du Landesmuseum en 1898/1899. Les responsables du musée y indiquent à plusieurs reprises leurs intentions et leurs idéaux, qu'ils avaient en tête lors de la création du musée : Cette attitude éclectique introduite dans le travail de conception par le directeur Angst caractérise le type spécial et nouveau du musée historique .

Grâce à son activité de collectionneur-marchand et de directeur du musée national, Heinrich Angst a pu intervenir sur le développement des collections du Musée national Suisse. Celui-ci décide d’y mettre à l’honneur des collections basées sur les « arts anciens, dits mineurs, comme la peinture sur verre, la sculpture sur bois et la céramique ». Dès 1887, la Confédération pousse les institutions à acquérir des objets qui doivent témoigner d’un génie helvétique. Après 1890, ces acquisitions rejoignent les collections du nouveau musée.

En 1891, le musée prend possession de la plupart des collections acquises par la Conférération pour la sauvegarde des antiquités suisses, mais aussi de pièces acquises à cet effet dès 1884. enrichissent donc le nouveau musée : vitraux, intérieurs anciens, mobilier, produits textiles, retables, auxquels s’ajoutent l’ensemble de céramique cédé par Heinrich Augst en 1891 , la collection d’objets lacustres du Dr. Victor Gross, ou le legs du conseiller national zurichois Salomon Vögelin. Parmi les dépôts les plus significatifs, figurent des objets réunis par Ferdinand Keller pour la Société des antiquaires de Zurich, des découvertes archéologiques des époques préhistorique, burgonde, alamane et surtout romaine, des vitraux, des portraits, des sceaux et des monnaies. Le musée hérite aussi des collections de monnaies et des médailles des archives de l’État. À partir de 1892, la Commission du musée a le privilège de pouvoir intervenir sur l’orientation des collections du musée, en acceptant ou refusant les propositions d’achat que lui soumet la direction .