Le racisme anti-Nord-Africains est l'ensemble des discriminations, préjugés et comportements hostiles subis par les personnes originaires d'Afrique du Nord.

Étymologie Le racisme et les discriminations à l’encontre des personnes d’origine nord-africaine constituent une forme spécifique de racisme qui cible les populations issues ou perçues comme issues du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), ainsi que, parfois, de Libye et d'Égypte.

Cette forme de racisme se manifeste à travers une marginalisation sociale, des préjugés, des stéréotypes et des discriminations dans divers domaines, tels que l’emploi, le logement, l’éducation et les interactions avec les institutions publiques.

Le terme « racisme anti-arabe » est souvent employé comme synonyme, bien qu’il soit inexact dans de nombreux cas, en raison d’un amalgame entre « Arabes » et « Maghrébins ». Ce flou sémantique contribue à une compréhension approximative des réalités vécues par les populations concernées.

En effet, les Arabes, originellement venus de la Péninsule arabique, vivent dans tout le monde arabophone, y compris hors de l'Afrique du Nord, et les Nord-Africains ne se définissent pas tous comme Arabes, les personnes d'appartenance ethnique arabe (c'est-à-dire originaires de la péninsule arabique) étant très minoritaire, les identités nord-africaines sont souvent plurielle, incluant des composantes Amazighe (la majorité des populations nord-africaines étant d'ethnie amazighe mais arabophones), Sahariennes, ou même Moyennes-Orientales non arabes (Juives, Syriaques, Phéniciennes, Turques...).

Par ailleurs, le terme « racisme anti-maghrébin » est également utilisé, bien qu’il ne rende pas toujours compte des discriminations qui peuvent toucher des personnes originaires d’autres régions d’Afrique du Nord, comme l’Égypte ou la Libye. Cependant, les racismes visant les personnes perçues comme arabes en général existe, et les personnes maghrébines (algériennes, marocaines, tunisiennes), notamment de langue arabe, sont parfois plus particulièrement ciblées.

Bien que le racisme anti-Nord-Africains puisse exister dans de nombreux territoires, y compris africains et américains par exemple, il fait l’objet de recherches approfondies en Europe, notamment en France. En effet, l’histoire française est marquée par une mobilisation massive des populations nord-africaines par les différents gouvernements successifs, que ce soit pendant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction du pays ou encore les Trente Glorieuses. Dans ce contexte, il s'agit plus souvent de personnes issues du Maghreb et plutôt d'ethnie arabe, avec une tension particulière liée au cas de l'Algérie et une dimension culturelle et religieuse qui crée des discriminations tout-à-fait distinctes mais fréquemment intersectionnelles notamment à travers les représentations stéréotypiques (islamophobies).

Ces mobilisations ont joué un rôle clé dans le développement économique et social de la France, mais elles ont également contribué à une présence significative de personnes d’ascendance nord-africaine sur le territoire français, en dehors de l'Afrique du Nord.

Cette dynamique historique a laissé des traces profondes, tant dans la composition démographique que dans les tensions sociales, faisant du racisme anti-Nord-Africains un sujet central dans l’analyse des discriminations en France.

Histoire En France, le racisme envers les personnes nord-africaines trouve ses racines dans l’histoire coloniale et l’héritage impérialiste, marqués par une défiance envers les populations perçues comme étrangères ou éloignées. Ces discriminations, alimentées par des stéréotypes hérités de l’époque coloniale, se manifestent dans divers domaines tels que l’emploi, le logement, et les interactions avec les institutions, reflétant une marginalisation structurelle persistante.

Héritage colonial Les discriminations à l’encontre des personnes d'origine nord-africaine sont profondément ancrées dans l’histoire de la colonisation et de l’impérialisme post-colonial.

En France, ces discriminations trouvent leurs racines dans le contexte de l'occupation coloniale des pays d'Afrique du Nord, notamment le Maroc, l'Algérie et la Tunisie. Cette période coloniale a contribué à la construction de stéréotypes dévalorisants, qui ont perduré au-delà de l'indépendance de ces pays, et à l’établissement d’inégalités structurelles qui continuent de marquer les relations sociales et raciales en France aujourd’hui. Les peuples nord-africains ont souvent été perçus comme inférieurs, alimentant une hiérarchisation raciale qui persiste dans les représentations sociales, les politiques publiques et les interactions quotidiennes.

Rejet, crainte et animalisation des Nord-Africains et Nord-Africaines Les études du sociologue Abdelmalek Sayad ont également mis en lumière la manière dont les personnes immigrées d'Afrique du Nord en France ont été perçus et traités comme des travailleurs immigrés et travailleuses immigrées plutôt que comme des personnes citoyennes à part entière alors même que dans certains cas ces personnes avaient officiellement la nationalité française, bien que la réalité officieuse ait été très différente".

Dans le contexte colonial, les hommes nord-africains inspiraient la crainte et la peur ainsi qu'une des français blancs (puisque les Algériens étaient considérés comme français bien que non-citoyens durant l'essentiel de la période d'occupation coloniale entre 1830 et 1962).

Outre la peur irraisonnée à l'égard des personnes originaires d'Afrique du Nord, l'idée pourtant infondée pouvait entretenir le racisme dans certaines classes populaires que leurs conditions de vies étaient meilleures que celles des français blancs : .

Les relations mixtes entre un homme nord-africain et une femme blanche étaient, en France, fortement stigmatisées et perçues à travers le prisme de l'imaginaire colonial. Cette perception, marquée par des stéréotypes dégradants, associait souvent l'homme nord-africain à des représentations bestialisantes, le réduisant à une figure « sauvage » ou « primitif », héritée des idéologies racistes de l’époque coloniale. Ces stéréotypes alimentaient la peur et la désapprobation sociale, renforçant l'idée d'une frontière raciale difficilement franchissable et entretenant les inégalités entre les groupes : .

Les stéréotypes dont étaient l'objet les personnes nord-africaines ne relevaient pas d'une réalité sociologique mais étaient plutôt le fruit des fantasmes des français blancs : .

Ressentiment post-colonial À la suite des guerres de décolonisation, en particulier celle menée par l'Algérie pour son indépendance et des victoires des territoires anciennement occupés, une partie de la droite et de l'extrême droite françaises a nourri un ressentiment profond à l'égard de la figure de l'"Arabe", du "Maghrébin" et de l'"Algérien", plus généralement en lien avec l'Algérie.

Ce ressentiment, alimenté notamment par une partie des anciens colons (ou pieds-noirs et des anciens mobilisés de la Guerre d'Algérie) a conduit à la construction d'une image négative et stigmatisée des populations issues de l'ex-colonie. Cette figure de l'« Arabe » a été instrumentalisée par certains courants politiques pour renforcer des discours de rejet et de peur, exacerbant ainsi les clivages sociaux et raciaux au sein de la société française.

L'effet Algérie En France, le ressentiment généré par la victoire algérienne lors de la révolution algérienne, couplé avec le départ de certains colons vers la métropole, a eu un impact profond sur la culture de la xénophobie en France. Ce départ, souvent motivé par les violences perpétrées par l'OAS (Organisation de l'armée secrète) mais aussi par un refus de vivre à égalité avec les populations anciennement colonisées, a nourri un climat de méfiance et d'hostilité envers les personnes issues des anciennes colonies.

Ce contexte a contribué à l'implantation d'une culture xénophobe, renforcée par la stigmatisation de l'immigration maghrébine, et a façonné des dynamiques sociales et politiques de rejet et de marginalisation des populations perçues comme "étrangères" ou "indésirables".

En 1992, un sondage publié par le Monde a confirmé le rôle majeur de la guerre d'Algérie dans le ressentiment des français(e)s à l'égard des Nord-Africain(e)s :

Par ailleurs, une tendance au sein de la droite française a consisté à établir un parallèle entre les colons français en Algérie durant la période coloniale et les immigrés ou Français d'origine algérienne. Ce rapprochement a conduit à la perception des Algérien(ne)s, et plus largement des personnes d'origine nord-africaine, comme des "colons", bien que cette comparaison n'ait aucune fondation historique ou structurelle.

Cette assimilation erronée a renforcé les stéréotypes négatifs et la méfiance à l'égard de ces populations, les réduisant à une image simplifiée et trompeuse qui occulte leur vécu et les complexités de l’histoire coloniale et post-coloniale, cela a notamment été renforcé par la nationalisation des ressources naturelles algériennes par le gouvernement Algérien :

Le racisme anti Nord-Africain post-colonial Depuis le , de très nombreux attentats visant les Nord-Africains, motivés par le racisme et le ressentiment, se sont multipliés. Ces attaques servaient à divers groupes terroristes à particulièrement dans le contexte français.

Parmi les groupuscules terroristes ayant mené des attentats contre des Nord-Africains, on peut citer :

Le Club Charles Martel L'Organisation Armée Secrète (OAS) Justice Pieds-Noirs Maquis Résurrection Patrie

De nombreux membres des forces de l'ordre et des groupes paramilitaires ont également eu recours à la violence (meurtres, tortures, ratonnades, viols) après la période de décolonisation, et ce, jusque dans les années 2000, pour des raisons racistes et/ou néocoloniales.

Islam et Afrique du Nord À la dimension ethnique s'ajoute la dimension religieuse : un phénomène de racialisation de la religion musulmane dans certains pays a lieu : en Belgique, en Suisse, en France, en Espagne, en Italie, au Canada, la religion musulmane est principalement incarnée et portée par des populations liées directement ou indirectement à l'Afrique du Nord.

Dans l'imaginaire colonial et post colonial l'image de l'Islam perçu come une religion primitive, sexiste et violente impact la vision occidentale des Nord-Africains et Nord-Africaines selon le sociologue Ralph Schor

Conséquences Le racisme à l'égard des Nord-Africains découle en une discrimination structurelle :

Discrimination au travail En France, en 2023 : Comparées aux personnes sans ascendance migratoire, les personnes d'origine nord-africaine (particulièrement du Maghreb) voient leurs candidatures moins souvent suivies d’un entretien d’embauche :

Le taux de rappel après un entretien est de 23 % pour les personnes ayant une ascendance migratoire nord-africaine, contre 33 % pour les personnes sans ascendance migratoire. Leur risque d’être au chômage est de 16 %, contre 6 % pour les personnes sans ascendance migratoire. Elles subissent un écart de chômage, non expliqué par d’autres caractéristiques (non ethniques), de 66 %.

Association de défense

Tajmaât Service est une plateforme collaborative, créée en 2020, dénonçant le racisme antimaghrébin. Elle est suivie par environ en 2025..

Discrimination au logement En France, la discrimination raciale au logement contre les personnes d'ethnie Nord-Africaine (ou supposée Nord-Africaine) se matérialise par leur moindres possibilités d'accès à la location : le taux de réponses positives pour un rendez-vous de visite obtenu par un candidat maghrébin est inférieur de 26,7 % à celui du candidat français à l’échelle nationale, et d’un tiers à Paris.

Selon SOS Racisme, dans le contexte d'une enquête sur l'obtention d'une réponse positive à la suite de la recherche d'un logement en location en 2019,