La sobriété énergétique est la diminution des consommations d'énergie par des changements de modes de vie et des transformations sociales. Ce concept politique se traduit notamment par la limitation, à un niveau suffisant, des biens et services, produits et consommés.. Centrée sur les comportements, l'organisation et la structure de la société, la sobriété énergétique se distingue des autres démarches de transition énergétique par son approche non techniciste. Sa confusion avec l'efficacité énergétique demeure fréquente.
La sobriété énergétique peut amener à reconsidérer les besoins au regard de leur coût environnemental. Leur perception peut en effet être fortement modifiée par la publicité.
La sobriété énergétique s'applique au regard d'un cadre constitué par les limites environnementales. Celles-ci se définissent par des stocks épuisables (ressources disponibles, notamment en énergies fossiles) et des seuils à ne pas dépasser (émissions de gaz à effet de serre, pollution).
Étymologie La sobriété, du latin , se rapporte à la tempérance, la mesure, la modération, notamment dans la consommation alimentaire : « le fait de manger, de boire avec modération ».. L'adjectif « sobre » se réfère quant à lui également aux notions de frugalité, de simplicité, voire d'austérité, de jeûne, d'ascèse ou de privationValérie Guillard, Nathan Ben Kemoun, Penser la sobriété matérielle. Synthèse, ADEME, novembre 2019 (consulté le 27 mars 2020)..
La sobriété énergétique se rapporte donc à la modération dans la consommation d'énergie.
Caractéristiques
Définitions Selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la sobriété peut être définie comme ..
Jean-Marc Jancovici distingue sobriété, efficacité, et pauvreté. ..
La sobriété énergétique se différencie de l'efficacité énergétique par l'effet rebond.. La sobriété énergétique est mise en œuvre par une baisse de la consommation. Pour aller dans le même sens, l'efficacité énergétique doit être associée à une prise de conscience sociale du but recherché. En effet, . Ce phénomène est provoqué par l’effet rebond qui réduit les gains des améliorations technologiques dans l'utilisation des ressources..
La sobriété économique est le juste niveau en matière de limitation qu'on s'impose, abstinence, ascèse, décélération et rejet de ce qui encombre et est inutile.. Il s'agit avant tout de changement de comportement et de transformations sociétales. Cela remet en cause la société de consommation.
Considérée comme , la sobriété énergétique s'oppose à la notion de gaspillage énergétiqueSobriété énergétique , Le labo de l'économie sociale et solidaire, octobre 2018, 60 pages (consulté le 27 février 2020)..
Typologie La sobriété énergétique peut se mettre en œuvre selon différents champs d’application, c’est ainsi qu’elle est conceptualisés par l'association négaWatt... :
la sobriété dimensionnelle : en privilégiant un équipement adapté au besoin, lors du choix d'achat ou d'investissement ( préférer un logement de faible surface, utiliser un véhicule adapté à la charge et au nombre de passagers) ; la sobriété collaborative : en mutualisant les usages des espaces, des biens ( covoiturage, autopartage, colocation, prêt de matériel entre voisins). Cet aspect est aussi mis en avant par les partisans de l'économie collaborative ; la sobriété d'usage : en gérant raisonnablement l'utilisation des appareils et des biens ( écoconduite, précautions d'emploi pour limiter la casse et l'usure prématurée des biens, régulation du chauffage) ; la sobriété organisationnelle : en structurant différemment dans l'espace et le temps les activités ( promotion du télétravail, aménagement du territoire, mise à disposition de transports en commun) ; la sobriété matérielle : en diminuant la consommation de biens et de produits matériels ( réduction du taux d’équipements, limitation des emballages). Ces mêmes biens nécessitent en effet indirectement de l'énergie pour être conçus, assemblés, transportés On parle alors d'énergie indirecte, ou d'énergie grise.
L'association Virage énergie propose quant à elle une catégorisation par axes stratégiques, impliquant plusieurs passagesBarbara Nicoloso (association Virage-énergie), Stéphane Baly (association négaWatt), « La sobriété énergétique, un levier pour la transition énergétique », visioconférence du , sur YouTube, de à (support de la présentation ), association négaWatt. :
De la surabondance à la suffisance matérielle ; De la centralisation à la relocalisation ; De l'omniprésence du travail salarié à la valorisation des activités autonomes ; De la propriété au service partagé ; Du culte de la vitesse à la mobilité économe ; De l'artificialité anthropocentrée à la transversalité nature-culture.
Choix et imposition de la sobriété La sobriété s'exprimant en partie par une limitation des consommations de biens et de services, elle est souvent associée à une démarche volontaire. A contrario, la sobriété peut être subie et dès lors assimilée comme étant une sobriété involontaire, imposée. Elle peut alors être assimilée à la pauvretéJean-Marc Jancovici, Les économies d'énergies , cours, École des mines de Paris, 2019, à 40-41 min., notamment dans les cas de précarité énergétique.
Selon Luc Semal et Bruno Villalba, le caractère volontaire ou imposé de la sobriété est plus ambigu. L'étude de différents acteurs (AMAP, Forum Permanent de l'insertion...) met en avant une « adaptation choisie à un faisceau de contraintes subies ». Les contraintes sont en effet de diverses natures économiques (prix de l'énergie, des biens de consommation...), matérielles (pénuries...) et sociales (tensions...). En d'autres termes, la sobriété consiste à choisir la manière dont la limite est subie, notamment en faisant évoluer cette limite.
Dominique Bourg et Christian Arnsperger proposent quant à eux trois types de scénarios de réduction des consommations. Si une sobriété choisie est selon eux plus désirable, une sobriété involontaire pourrait être imposée par les pouvoirs publics si le processus démocratique ne suffit pas à tenir les impératifs climatiques et d'épuisement des ressources. Si aucune de ces deux solutions n'est retenue, c'est la finitude du monde et les contraintes naturelles qui feront advenir le troisième scénario : un effondrement subi...
Pour la sociologue Sophie Dubuisson-Quellier . .
Selon Dominique Méda, . ..
Besoins La sobriété énergétique est intimement reliée à la notion subjective de besoin. L'association négaWatt classe les besoins sur une échelle allant des besoins « vitaux » aux besoins « nuisibles », qu'elle invite à comparer, dans son manifeste, à « la mesure de l'impact de ces pratiques ».
Pour Christian Arnsperger, l'Humanité devrait se déconditionner du dogme de la croissance. Dans son ouvrage "L’existence écologique" analysé par Le Monde, ..
La connaissance des impacts devient donc nécessaire pour évaluer la nécessité des besoins. Il s'agit de distinguer les désirs des besoins véritables, comme y enjoint la sociologue Dominique Méda, afin de sortir d'une société de consommation : . Il faudrait substituer à des objectifs de croissance ..
La consommation ostentatoire n’a ainsi pas vocation à satisfaire un besoin, mais à revendiquer son appartenance à un statut social supérieur. Ce rôle social de la consommation a été mis en avant en particulier par l’économiste américain Thorstein Veblen..
Selon Philippe Dessertine, un développement durable au niveau mondial doit remettre en cause de la population. L'Occident fait la promotion, par-delà la publicité, de son modèle économique d'hyperconsommation en s'appuyant sur la diffusion des produits culturels Philippe Dessertine, Le Grand Basculement, Arion éditions Robert Laffont, 2022, chapitre « Inégalités et modèle social », p. 175-176..
Publicité
La publicité est susceptible de créer des besoins. Pour La Quadrature du Net, elle ne crée pas de valeur et l’énergie qui y est investie peut être perçue comme gaspillée ; ainsi elle entraîne des conséquences environnementales et sociales par la surconsommation de biens.. De fait, la grande majorité des dépenses publicitaires ( d’euros par an en France) sont réalisées par des multinationales spécialisées dans la vente de produits et de services énergivores : SUV, voyages en avion, restauration rapide, équipements numériques.
La publicité a des conséquences directes sur les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation du papier et la consommation d’énergie par l'infrastructure d'internet ou des médias audiovisuels. En cela elle s'opposerait à la sobriété énergétique..
La feuille de route sur l’économie circulaire publiée par le ministère français de l'écologie en . prévoit en son de « renforcer la lutte contre la publicité incitant à la mise au rebus prématurée des produits et au gaspillage des ressources ».
Selon l’économiste Tim Jackson, les incitations à réduire son empreinte carbone .
Histoire
Énergie disponible à la demande Depuis le début de l'ère industrielle, la société a vu ses consommations d'énergie croître quasi constamment.
Selon Barbara Nicoloso, cette croissance a été multipliée par sept au cours du , du fait de l'explosion démographique et d'autres facteurs, sur connaissancedesenergies.org.. . .
En permettant un développement économique sans précédent, cette croissance fait face à de nombreuses critiques à partir des années 1970, du fait des impacts environnementaux associés (changements climatiques, pollution atmosphérique, dégradation des écosystèmes, impacts sanitaires...), ainsi que des dépendances s'instaurant et de la finitude des ressources.
Le Club de Rome d’, la conférence de Stockholm de , le rapport Meadows (Les Limites à la croissance) posent déjà la contradiction de la croissance infinie dans un monde fini. Ces positions sont inaudibles à l'époque dans une économie mondiale en plein développement, le discours n'est pas suffisamment fédérateur pour entraîner le virage vers la sobriété.
Chocs pétroliers
En premier lieu, ce sont les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 qui provoquent les premières mesures de sobriété énergétique, connues notamment en France sous le nom de « chasse au gaspi ». Les incitations et appels à la modération vont de pair avec les contraintes réglementaires, tels que la réduction des vitesses sur les routes dans plusieurs pays.
Ces crises d'approvisionnement amènent une prise de conscience, qui entraîne alors une première transition énergétique : lancement du programme nucléaire en France, développement des pompes à chaleur et des énergies renouvelables, mise en place de la réglementation thermique des bâtiments
Temporaires, les chocs pétroliers sont rattrapés par des contre-chocs, permettant la reprise de la croissance dans la consommation d'énergie.
Catastrophe nucléaire de Fukushima
En 2011, le tsunami au nord-est du Japon a entraîné l'accident nucléaire de Fukushima, le Japon a dû faire face à l'arrêt de ses centrales nucléaires et de certaines centrales thermiques décidé par le gouvernement. Une politique de sobriété énergétique en temps de crise a été mise en place.
Les entreprises ont réduit leurs consommations en éteignant les enseignes, les grands écrans, les vitrines, en optant pour l'éclairage LED, en choisissant des équipements plus économes en particulier pour la climatisation.
Les particuliers ont fait de même pour leurs éclairages, l'électroménager et leurs climatisations. Les efforts ont permis de réduire de 15 % la consommation électrique en journée
L'effort n'a pas été poursuivi par une politique de long terme..
Changement climatique
Dans les années 2000, la prise de conscience des impacts environnementaux dus à l'utilisation importante d'énergie fait apparaître la nécessité d'un changement de modèle énergétique..