L'élection présidentielle sénégalaise de 2024 a lieu le afin d'élire le président de la république du Sénégal.
Douzième élection présidentielle depuis l'indépendance du pays, elle est initialement prévue le après deux mandats du président sortant, Macky Sall, dont la présidence est marquée à chaque élection présidentielle par les condamnations successives de ses principaux opposants politiques à des peines d'inéligibilité, dont notamment Karim Wade, Khalifa Sall et Ousmane Sonko, ce dernier étant remplacé par Bassirou Diomaye Faye. L'opposition organise à partir de 2021 des manifestations intermittentes pour s'opposer à un éventuel troisième mandat du président sortant, perçu comme inconstitutionnel. Les manifestations sont réprimées par les autorités et plusieurs opposants emprisonnés à partir de 2023, dont Sonko et Diomaye Faye. Le président sortant finit par renoncer début à se présenter à sa réélection.
Confronté à une polémique sur les conditions de refus de plusieurs candidatures par le Conseil constitutionnel, le report du scrutin est annoncé par Macky Sall le , puis voté le 5 par l'Assemblée nationale, qui prolonge ainsi le mandat du président sortant. Ces décisions, qui provoquent une crise politique, sont cependant invalidées deux semaines plus tard par le Conseil constitutionnel, qui les jugent inconstitutionnelles et ordonne la tenue du scrutin avant la fin du mandat de Macky Sall le . Une conférence nationale boycottée par l'opposition propose un compromis, avec un report de la présidentielle en juin mais organisée sous un président par intérim à qui Macky Sall cèderait sa place à l'issue de son mandat. La proposition est à son tour invalidée le par le Conseil constitutionnel, ramenant la date du scrutin au .
L'Alliance pour la République (APR) de Macky Sall présente la candidature de l'ancien Premier ministre Amadou Ba. Le scrutin conduit cependant à une alternance avec la victoire dès le premier tour de l'opposant Bassirou Diomaye Faye, des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (PASTEF), libéré de prison en compagnie de Sonko à neuf jours du scrutin. Sa victoire est rapidement reconnue par Amadou Ba et Macky Sall, qui qualifie le scrutin de . Après plusieurs mois de vives inquiétudes, cette dernière sort ainsi renforcée par une transition démocratique et pacifique, dans le contexte de nombreux coup d'Etat militaires ayant marqué l'Afrique de l'Ouest au cours des années précédentes.
Bassirou Diomaye Faye prête serment le , et devient à 44 ans le plus jeune président de l'histoire du Sénégal ainsi que le premier officiellement polygame.
Contexte Premier mandat de Macky Sall Élections, réformes et référendum
vignette|130px|gauche|Le président Macky Sall en 2023. L'élection présidentielle intervient à l'issue du second mandat de Macky Sall, qui renonce courant 2023 à en briguer un troisième dans le contexte d'un important mouvement de contestation anti-gouvernementale. Élu pour la première fois à la présidence en , Macky Sall l'emporte au second tour sur son ancien mentor, le président sortant Abdoulaye Wade, dont la décision controversée de se présenter à un troisième septennat consécutif avait provoqué d'importantes manifestations. En conflit avec son fils Karim Wade, qu'il avait cherché à auditionner sur sa gestion en tant que ministre de plusieurs centaines de milliards de francs CFA avant d'être chassé de son poste de président de l'Assemblée nationale, Macky Sall avait quitté quatre ans plus tôt le Parti démocratique sénégalais (PDS) de Wade pour fonder avec une trentaine de transfuges sa propre formation politique, l'Alliance pour la République (APR). L'élection de 2012 le voit alors réunir un peu moins des deux tiers des voix, porté par un programme axé sur le développement économique et la mise en œuvre de réformes institutionnelles afin d'accorder davantage d'indépendance au système judiciaire, à développer la lutte contre la corruption, et à réduire à cinq ans la durée du mandat présidentiel.. Les élections législatives organisées quelques mois plus tard voient la victoire de la coalition menée par l'APR, Unis par l'espoir (BBY), qui remporte à elle seule la majorité absolue des suffrages et 119 sièges sur 150.
Fort de sa majorité parlementaire, le nouveau président entreprend une large révision de la Constitution de 2001 qui accroit notamment les pouvoirs de l'Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, approfondit la décentralisation, impose une limitation à deux mandats présidentiels et ramène la durée de celui-ci de sept à cinq ans, y compris celui en cours.. Saisi par le chef de l'État, le Conseil constitutionnel juge le projet conforme, à l'exception de ce dernier point, pourtant l'une des promesses de campagne phares de Macky Sall lors de la campagne électorale. S'il approuve le passage au quinquennat, le Conseil juge en effet inconstitutionnelle la modification par un président de la durée de son mandat en cours... Ôtée de cette disposition, la révision constitutionnelle est approuvée par référendum à une large majorité en .. Le gouvernement met par la suite en place un Office national anticorruption et une Commission nationale de restitution des biens et de recouvrement des avoirs mal acquis.. Condamnations de Karim Wade et Khalifa Sall
L'opposition se structure en réaction autour de trois personnalités : l'ancien président Abdoulaye Wade et son fils Karim Wade, ainsi que le maire de Dakar, Khalifa Sall qui prend la tête de la coalition Manko Taxawu Sénégal. Ces deux derniers font cependant l'objet de poursuites judiciaires qui fragilisent leur position sur la scène politique.
Karim Wade est ainsi accusé et placé en garde à vue dès 2013 pour détournements de deniers publics, corruption et enrichissement illicite. Blanchi des deux premiers chefs d'accusation, il est condamné deux ans plus tard à six ans de prison ferme et 138 milliards de francs CFA d'amende pour le troisième, à l'issue de ce qu'il dénonce comme un en s'appuyant notamment sur la position du Groupe de travail de l'ONU, qui qualifie la même année sa détention d'.... Affaibli par les révélations sur les activités de ses sociétés offshore lors de la fuite des documents des Panama Papers, il est finalement gracié de sa peine de prison par Macky Sall le . N'ayant cependant pas retrouvé ses droits politiques, il quitte rapidement le pays tandis que son père se maintient à la tête du PDS...
Accusé quant à lui d'avoir détourné les fonds publics de Dakar pour un montant d'1,83 milliard de francs CFA, Khalifa Sall est placé en garde à vue avec plusieurs de ses collaborateurs le .. Ses soutiens accusent alors le gouvernement d'instrumentaliser le pouvoir judiciaire pour le rendre inéligible avant les élections législatives de juillet 2017..
Législatives de 2017 Face à une opposition privée de ses principaux dirigeants et se présentant divisée , Unis par l'espoir sort à nouveau vainqueur des législatives. Si la coalition présidentielle connait un léger recul en termes de suffrages en manquant de peu la majorité absolue, elle accroit en revanche ses résultats en sièges avec 125 sur 150, tandis que le taux de participation grimpe à 53 %, soit près de 20 points de plus qu'en 2012. La Coalition gagnante Wattu Sénégal menée par le PDS de Wade et la coalition Manko Taxawu Sénégal de Khalifa Sall arrivent respectivement deuxième et troisième du scrutin, avec 19 et 7 sièges... L'opposition conteste les résultats, qualifiés de , au point d'amener Abdoulaye Wade à annoncer le boycott de toutes les futures élections organisées sous la présidence de Macky Sall.. Malgré la victoire du camp présidentiel, le climat de tensions émaillées de violences dans lequel se déroule la campagne électorale marque un cran supplémentaire dans la détérioration du climat politique du pays.. Second mandat de Macky Sall Seconde élection
Avec la campagne pour le boycott menée par Abdoulaye Wade et la condamnation courant 2018 de Khalifa Sall à cinq ans de prison pour escroquerie sur deniers publics, qui le prive de ses postes de maire de Dakar et de député, ainsi que de ses droits civiques, l'élection présidentielle de intervient en l'absence de candidats des deux principales formations de l'opposition.... Bénéficiant d'un bon bilan économique et d'un programme de grands travaux ayant porté à 6,8 % la croissance économique l'année précédente, malgré un taux de chômage toujours très élevé chez les jeunes, le président sortant est réélu dès le premier tour avec 58 % des voix, tandis qu'Idrissa Seck du parti Rewmi et Ousmane Sonko du parti Patriotes du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité ( PASTEF), réunissent respectivement 20 et 15 %. Macky Sall entame par conséquent son deuxième mandat et premier quinquennat, en accord avec la révision constitutionnelle de 2016.. La bonne tenue du scrutin est soulignée par les missions d'observation de l'Union européenne et de la CEDEAO, qui décrivent un scrutin calme et transparent malgré un blocage du dialogue politique et un manque de confiance entre majorité et opposition. Manifestations de grande ampleur vignette|redresse=0.7|Ousmane Sonko.
Deux ans plus tard, Ousmane Sonko est accusé de viols par une employée d'un salon de beauté âgée de vingt ans, qui l'accuse de l'avoir menacée de mort avec une arme lors de quatre viols successifs, dont le dernier aurait eu lieu le , avant qu'elle ne finisse par déposer plainte le jour même. Ousmane Sonko nie catégoriquement ces accusations, qu'il qualifie de et de par le président. Son arrestation le après la levée de son immunité parlementaire le provoque une série de manifestations et d'affrontement avec les forces de l'ordre qui provoquent la mort de treize personnes. Macky Sall finit par prononcer une allocution à la nation dans laquelle il appelle au calme, tandis qu'Ousmane Sonko invite les manifestants à renforcer leur mobilisation tout en rejetant l'idée d'un renversement du pouvoir par une voie autre que celle électorale... Si elles finissent par s’essouffler au bout d'une semaine, avec la libération sous contrôle judiciaire de Sonko, les scènes de choquent l'opinion publique et internationale par leur violence dans un pays considéré comme un modèle régional de stabilité. La prise de parole jugée tardive de Macky Sall est également critiquée, provoquant une montée d'impopularité supplémentaire pour le président....
Impopularité grandissante