vignette|Sebastian Kneipp, au , est généralement considéré comme un des pionniers de la naturopathiePour une approche intégrée en santé: Vers un nouveau paradigme par Jean-Claude Magny, Gilles Harve, PUQ, 2009, Les Nouveaux Métiers du bien-être, Georges Margossian, Éditions Ellebore, 2007 , avec ses traitements par l'eau et les plantes.|alt=Une gravure du dépeint des personnes se faisant arroser d'eau le genou et la tête, ainsi que des personnes marchant pieds nus dans l'herbe mouillée.
La naturopathie est une pratique de soin non conventionnelle qui affirme équilibrer le fonctionnement de l'organisme par des moyens considérés par celle-ci comme naturels : changement d'alimentation, jeûnes, hygiène de vie, phytothérapie, massages, activité physique..
Le concept de naturopathie apparaît à la fin du aux États-Unis, avant de s'étendre à d'autres pays du monde occidental au cours du .
Les principes de la naturopathie, issus de méthodes disparates, n'ont pour la plupart pas été scientifiquement validés. Ses pratiques et conseils, aux contours flous, sont caractérisés par une grande hétérogénéité. Parmi ceux-ci, une minorité sont fondés sur des faits et relèvent du bon sens (alimentation saine, exercice physique) mais ils ne sont pas propres à la naturopathie.. La naturopathie peut donc être considérée comme une pseudo-science. et peut être associée, dans certains cas, à de la désinformation et à diverses pratiques dangereuses (dont des dérives sectaires)Voyage cauchemardesque en naturopathie par Olivier Hertel sur lepoint.fr du 30 septembre 2025La naturopathie, son intérêt et ses risques en 6 questions par William Audureau sur lemonde.fr du 6 février 2023.
Étymologie Le néologisme aurait été inventé par John Scheel en 1895Toward An Integrative Medicine: Merging Alternative Therapies With Biomedicine par Hans A. Baer, Rowman Altamira, 2004 - . Il mélange une racine latine , « la nature, l'essence » et une issue du grec ancien , cf. pathos, « la maladie, la souffrance ».
Devant la contradiction étymologique du terme avec son objet, le soin des personnes, certains suggèrent de l'interpréter plutôt comme « le mal étudié en fonction de la nature », Présentation du film., quand d'autres praticiens préfèrent le terme de « naturothérapie »Le Point, 1986, à 727, , lui aussi fondé sur une racine latine et une grecque, soit le « soin par la nature ».
Une autre voie, parmi les praticiens professionnels, évacue l'oxymore en trouvant l'origine du néologisme dans une hellénisation, aux États-Unis au début du , de l'expression anglaise , « chemin de la nature ». Aucune référence n'est donnée de l'emploi à cette date.. Cette étymologie ne désigne pas d'emblée une pratique de soins.
Caractéristiques
Selon Barrett, elle repose sur un sophisme, l'appel à la nature : ce qui est naturel serait bénéfique, et ce qui ne l'est pas serait néfaste. Le principe central de la naturopathie consiste à faciliter les mécanismes curatifs de l'organisme par des moyens présentés comme étant naturels, notamment une réforme de l'alimentation et du mode de vie, mais aussi des préparations homéopathiques, phytothérapeutiques ou encore la pratique du jeûne..
Les naturopathes affirment que la maladie est pour l'organisme un moyen de se purifier, et que la guérison résulte d'une augmentation de la « force vitale » du patient. La naturopathie prétend qu'il existe une telle qui est censée aider à la guérison de l'organisme pour n'importe quelle maladie, mais cette notion n'a aucun fondement scientifique.
À cet égard, on peut classer la naturopathie parmi les théories vitalistes. Elle fait aussi partie des approches dites « holistiques », ce qui signifie qu'elle prétend soigner absolument tous les maux du corps et de l'esprit (voire de l'âme) au moyen d'une même approche.
La naturopathie a émergé au début du , et n'a pas intégré la plupart des progrès de la recherche médicale et notamment la découverte par Louis Pasteur des pathogènes. Ainsi, les naturopathes continuent généralement de rejeter certaines connaissances de la médecine pour expliquer l'apparition des maladies, et invoquent pour cela quelques théories jugées désuètes ou simplistes par la communauté scientifique. Celles-ci peuvent comprendre selon les théoriciens les actions de mystérieuses « toxines » omniprésentes (certains y classent la plupart des médicaments dans une approche anti-médicale), les allergies alimentaires, une diététique sucrée, grasse (ou à base de gluten à l'époque de la mode du gluten-free), une consommation insuffisante de vitamines et minéraux, une candidose épidémique, de mauvais alignements vertébraux (emprunt à l'ostéopathie), des dysbioses intestinales, et quelques autres encore. Il est à noter que le terme « toxine » a en naturopathie une signification différente de la notion scientifique : il désigne « des molécules issues de la dégradation cellulaire et du métabolisme ». dont l'existence reste à démontrer.
Pour établir les diagnostics, les naturopathes vont retracer l'historique des pathologies du patient au travers d'une anamnèse. Un bilan naturopathique est aussi mené pour tenter de cerner la problématique du patient, qui comprend un interrogatoire et un examen physique si besoin. Certains naturopathes emploient des techniques issues d'autres traditions pseudo-scientifiques telles que l'iridologie, qui prétend que le corps humain entier est représenté dans l'iris de l'œil, la kinésiologie appliquée, par laquelle une allergie serait détectée en mettant l'aliment concerné dans une des mains du patient et en observant la faiblesse résultante de l'autre main, ou encore l'électrodiagnostic, qui aurait le pouvoir de détecter la présence de parasites en mesurant simplement la résistance électrique de la surface de la peau.
Histoire vignette|Sebastian Kneipp (1821-1897), un des principaux inspirateurs de la naturopathie. Le mouvement naturopathe apparaît à la fin du dans un contexte marqué par le développement des courants hygiénistes et de la Lebensreform dans les pays germaniquesJean Solchany, L’Allemagne au , Paris, PUF, 2003..
Si l'on considère que la naturopathie est une prophylaxie qui vise à équilibrer le fonctionnement de l'organisme par des moyens jugés « naturels » (régime alimentaire, hygiène de vie, phytothérapie, techniques manuelles, exercices, etc.), plusieurs courants plus anciens peuvent en être plus ou moins rapprochés, comme, entre autres, certains principes de la médecine posés par Hippocrate en Grèce antique, ou encore plus loin avec l'ayurveda originaire d'Inde ou bien la médecine traditionnelle chinoise, même si des différences fondamentales empêchent d'assimiler ces traditions. Une lecture fine des préceptes de ces différentes traditions montre par ailleurs des incompatibilités profondes, à la fois entre elles et par rapport à la naturopathie, qui ne s'en inspire que superficiellement : il s'agit essentiellement d'une filiation par récupération opportuniste, et la naturopathie est une discipline très typique de la lebensreform germanique post-romantique, infusée de vitalisme.
Le terme « » naît aux États-Unis, et semble employé pour la première fois par John Scheel en 1895., puis popularisé par l'homme d'affaires américain d'origine allemande , principal promoteur de la discipline, qui dépose rapidement la marque. Tous deux sont déjà praticiens de médecine non conventionnelle, et très inspirés par les théories hygiénistes allemandes telles que celle de Sebastian Kneipp.. À cette époque, Lust définit la naturopathie comme une discipline plutôt que comme une médecine précise, et décrit surtout une hygiène de vie rigoriste fondée sur le refus du tabac, de l'alcool, de la caféine et des abus alimentaires, associée à la phytothérapie et à l'homéopathie.
Benedict Lust fonde en 1901 l’American School of Naturopathy à New York, qui deviendra en 1919 l’American Naturopathic Association. Il commence à délivrer des diplômes, qui sont progressivement reconnus dans plusieurs États américains. Cette démarche est très typique du foisonnement des théories médicales controversées à cette époque en Amérique, et qui voit à la même époque la naissance de la chiropraxie et de nombreuses autres pseudo-sciences médicales. Seul un petit nombre d'entre elles réussit à survivre aux vastes campagnes de modernisation des soins qui suivirent l'accablant Rapport Abraham Flexner de la Fondation Carnegie pour la promotion de l'enseignement, qui mit en évidence l'énorme écart de santé entre les Américains essentiellement sous l'emprise d'une médecine pré-scientifique et les Européens qui bénéficiaient à cette époque de nombreux médicaments modernes (comme la pénicilline), permettant de réduire drastiquement la plupart des maladies et la mortalité.
Après un bref succès, la naturopathie décline donc aux États-Unis dans les années 1930, du fait de vastes études médicales fédérales (notamment le Rapport Abraham Flexner), qui la décrivent comme une pseudo-science archaïque et sans efficacité, ayant contribué à un important retard sanitaire entre l'Amérique et l'Europe. En 1968, un rapport accablant du département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis dénonce l'absence de fondements empiriques comme théoriques de la naturopathie ainsi que son absence d'efficacité clinique, et invite à son éviction des systèmes de sécurité sociale.
Cependant, la naturopathie avait entre-temps conquis une partie du public allemand et suisse, préparé par l'idéologie de la lebensreform et l'ésotérisme théosophique (avec des théoriciens comme Rudolf Steiner). L'Allemagne est le premier État européen à instituer un statut officiel de praticien de naturopathie (Heilpraktiker) en 1939.. Après-guerre, la naturopathie demeure populaire en Suisse et en Bavière, et s'installe progressivement en Angleterre et en France, puis regagne les États-Unis à la faveur du mouvement New Age, où sa pratique et son succès se stabilisent, malgré des critiques toujours constantes de la part des institutions médicales face à l'absence de théorie cohérente pour unifier et définir la discipline, et l'absence d'effet démontré pour de nombreux soins proposés.
vignette|Britt Marie Hermes, ancienne naturopathe désormais critique majeure de cette discipline.
Encadrement
Les méthodes ou produits présentés comme ne sont pas forcément plus sûrs ou plus efficaces que ceux qui sont artificiels ou synthétiques : tout traitement capable de susciter un effet peut aussi avoir des effets secondaires délétères, notamment en matière d'herboristerie ou phytothérapieNaturopathic medicineThe Skeptic's Dictionary : NaturalNCAHF Position Paper on Over the Counter Herbal Remedies (1995). Le recours aux vitamines ne tient pas toujours compte des risques de surdosage, notamment quand elles sont prescrites à des enfants. Les huiles essentielles peuvent être perçues comme inoffensives car « naturelles » ; elles peuvent pourtant avoir des effets dangereux (intoxication sévère, signes neurologiques) en cas de mauvais usageCentre antipoison de Lille, Huiles essentielles : attention à vos p’tits bouts., notamment chez les enfants avec des ingestions accidentelles.
Par ailleurs, il est abusif de définir une pratique ou une substance comme : toute substance est à l'origine naturelle et subit une transformation artificielle, de degré variable. Par exemple, les huiles essentielles utilisées en aromathérapie sont des hydrocarbures qui ne sont jamais présents purs dans la nature.
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