Les textes bouddhiques anciens, ou discours bouddhistes anciens sont des textes parallèles, partagés par les dix-huit écoles bouddhistes anciennes, qui ont une origine pré-sectaire.

Les textes anciens les plus importants sont les quatre nikayas palis, ainsi que les agamas chinois correspondantsTse-Fu Kuan. Mindfulness in similes in Early Buddhist literature in Edo Shonin, William Van Gordon, Nirbhay N. Singh. Buddhist Foundations of Mindfulness, page 267.Mun-Keat Choong (1999). The Notion of Emptiness in Early Buddhism, Motilal Banarsidass, .Rupert Gethin (1998), The Foundations of Buddhism, OUP Oxford, .Shulman, Eviatar. Mindful Wisdom: The Sati-paṭṭhāna-sutta on Mindfulness, Memory, and Liberation. Vol. 49, No. 4 (May 2010), . Cependant certains spécialistes considèrent que des textes du vinaya, comme les patimokkhas des différentes écoles bouddhistes, ainsi que des textes du premier Abhidharma pourraient également être très anciensFrauwallner, Erich. Kidd, Sophie Francis (translator). Steinkellner, Ernst (editor). Studies in Abhidharma Literature and the Origins of Buddhist Philosophical Systems. SUNY Press. , 100..

En plus des grands ensembles en pali et en chinois, il existe également des ensembles fragmentaires de textes bouddhiques anciens en sanskrit, khotanais, tibétain et gāndhārī. L'étude moderne du bouddhisme pré-sectaire repose fréquemment sur l'analyse comparative de ces diverses sources bouddhistes anciennese.g. "Mun-keat, Choong (2000), The Fundamental Teachings of Early Buddhism" and "Analayo. Early Buddhist Meditation Studies (Volume 1)".

Différents spécialistes en bouddhologie, tels que Richard Gombrich, Akira Hirakaa, Alexander Wynne et A. K. Warder pensent que certaines parties des textes bouddhiques anciens pourraient provenir Bouddha historique lui-même, ou du moins des premières années du bouddhisme pré-sectaireWynne, Alexander. Did the Buddha exist? JOCBS. 2019(16): 98–148.. Selon l'universitaire japonais Akira Hirakawa, Hirakawa, Akira (1993) A History of Indian Buddhism: From Śākyamuni to Early Mahāyāna, Motilal Banarsidass Publ. ..

Dans le bouddhisme mahāyāna, ces textes sont quelquefois désignés comme des textes Hinayana ou Shravakayana et ne sont pas considérés comme des appartenant aux œuvres Mahayana.

Aperçu Les textes bouddhiques anciens appartiennent à différents genres, incluant les sūtras en prose (Skt : sūtra, discours), les règles monastiques (Vinaya), diverses formes de compositions versifiées (comme les gathas et udânas), des œuvres mixtes en prose et vers (geya), ainsi que des listes de règles monastiques ou de thèmes doctrinaux (matika). Une grande part de la littérature bouddhiste ancienne appartient au genre sūtra, généralement organisée en différents recueils (nikayas ou agamas) et constitue la section dite Sūtra Pitaka (panier des sūtras) des divers canons bouddhistes anciens appelés Tripiṭakas (trois paniers). Les sūtras ont généralement un contenu doctrinal, spirituel et philosophique.

Il existe des textes bouddhiques anciens provenant de diverses écoles bouddhistes, particulièrement des écoles Theravāda et Sarvāstivāda, mais également des écoles Dharmaguptaka, Mahasamghika, Mahishasaka, Mulasarvastivada, ainsi que d'autres textes de provenance incertaines.

Selon l'indianiste allemand Oskar von Hinüber, le principal objet de la composition de ces textes était . Il ajoute que cet effort littéraire fut influencé par la prose védique des brahmanes. Ainsi que noté par Oskar von Hinüber, ces ensembles contiennent également les tout premiers textes indiens commémorant des événements historiques, comme le Mahaparinibbana Sutta, qui relate la mort du Bouddha. De même, l'introduction des sūtras anciens contient presque toujours la position géographique de l'événement décrit, toujours précédée de la phrase (evaṃ me sutaṃ).

Les indications textuelles de diverses traditions montrent que du au , de légères différences se développèrent entre ces textes parallèles, et que ces variantes reflétaient les différences entre Marcus Bingenheimer, Editor in Chief; Bhikkhu Anālayo and Roderick S. Bucknell, Co-Editors. The Madhyama Agama: Middle Length Discourses Vol I (Taishō Volume 1, Number 26). Bukkyo Dendo Kyokai America, Inc. 2013. BDK English Tripiṭaka Series, p. xviii.

Oralité Ces textes furent initialement transmis de façon orale. Selon le bouddhologue Marcus Bingenheimer,

Ainsi que noté par le bouddhologue australien Mark Allon, diverses raisons expliquent pourquoi les spécialistes considèrent que ces textes ont été transmis oralement : des éléments internes aux textes eux-mêmes attestant que ceux-ci devaient être mémorisés et récités, l'absence totale d'indices (archéologiques ou internes au textes) indiquant que l'écriture était utilisée pour préserver ces textes, et les caractéristiques stylistiques des textes eux-mêmesAllon, Mark (1997), The Oral Composition and Transmission of Early Buddhist Texts, in Indian Insights: Buddhism, Brahmanism and Bhakti, Luzac, .

Une caractéristique importante des premiers textes bouddhiques est l'emploi de structures formelles typiques de la littérature transmise oralement, telles que l'utilisation de répétitions et de formules rhétoriques. D'autres caractéristiques stylistiques qui trahissent l'oralité comprennent : l'utilisation de multiples synonymes, des phrases et des passages standardisés, des comparaisons de résumés de versets, des listes numérotées et des structures narratives standardisées.

Ces caractéristiques stylistiques contrastent avec celles d'œuvres ultérieures telles que les sutras Mahayana, qui contiennent des récits plus élaborés et complexes, plus difficiles à mémoriser. En outre, les textes bouddhiques anciens font toujours référence à d'anciens lieux indiens historiques, contrairement à de nombreuses œuvres ultérieures du Mahayana, qui indiquent avoir été enseignées par le Bouddha dans les royaumes célestes ou dans d'autres circonstances surnaturellesReat, Noble Ross. “The Historical Buddha and his Teachings”. In: Encyclopedia of Indian Philosophy. Ed. by Potter, Karl H. Vol. VII: Abhidharma Buddhism to 150 AD. Motilal Banarsidass, 1996, .".

Les spécialistes pensent que les premiers textes bouddhiques ont été transmis par des lignées de bhāṇakas, des moines spécialisés dans la mémorisation et la récitation de recueils particuliers de textesCousins, L.S. (2013) The Early Development of Buddhist Literature and Language in India. Journal of the Oxford Center for Buddhist Studies 5:89-135, jusqu'à ce qu'ils soient finalement enregistrés par écrit après le Ainsi que noté par Alexander Wynne :

Certains savants comme Wynne et Bhikkhu Anālayo considèrent que ces textes étaient mémorisés sous une forme fixe, afin d'être récités textuellement (par contraste avec d'autres formes de littérature orale comme l'épopée), et que ceci était réitéré lors de récitations en commun (qui laissent peu de place à l'improvisation), tandis que d'autres (L. S. Cousins, Rupert Gethin) estiment qu'ils auraient pu être récités selon des méthodes laissant plus de place à la poésie et à l'improvisation au moyen de listes ou de formules minimalesShulman, E. Forthcoming. 'Orality and Creativity in Early Buddhist Discourses.' In L. Gomez and N. Gummer (eds.), The Language of the Sūtras..

Les textes bouddhiques anciens reflètent également l'influence des textes védiques, comme attesté par l'adoption de certaines métriques, certaines formes d'organisation, ainsi qu'une terminologie et des idées similaires à celles des textes védiquesGombrich Richard (2009). What the Buddha Thought. Oxford Centre for Buddhist Studies monographs. Equinox, , 43–44, 80–81, 122–128, 133–137, 182, 188, 202–206.. Ils partagent également certaines métaphores et images avec des textes comme le Brihadaranyaka Upanishad (comme l'unique goût salé de l'océan, AN 8.157 vs. Bṛhadāraṇyaka 2.4.11).

Lieux et dates

Les lieux indiqués dans les textes bouddhiques anciens correspondent généralement au monde de la seconde phase d'urbanisation, constitué de petites villes et de villages, ainsi que de petits états concurrents (les Mahajanapadas) avec une urbanisation moins développée que dans l'empire maurya. Ils décrivent la plaine indo-gangétique avant le développement de l'empire Nanda, qui unifia tous ces petits états concurrents durant le .

Ils décrivent également Pataliputra comme le petit village de Pataligama, alors qu'il deviendrait ultérieurement la capitale de l'empire maurya et la plus grande ville de l'Inde. Ils ne mentionnent pas Ashoka, mais mentionnent le maître jaïn Mahavira comme étant contemporain du Bouddha.

Les textes bouddhiques anciens décrivent également une économie locale peu développée, à une époque antérieure à l'établissement des grands réseaux commerciaux, ainsi que noté par Brahmali et Bhante Sujato :

Comme indiqué par Oskar von Hinüber, l'absence de toute mention aux Mauryas dans ces textes, par contraste avec d'autres textes bouddhiques ultérieurs qui les mentionnent, est également une preuve de leur origine pré-Maurya :

Selon Alexander Wynne,

Archéologie

Les édits d'Ashoka font partie des plus anciens documents historiques indiens, et ils concordent avec les anciens textes bouddhiques dans une certaine mesure.

D'après Sujato, l'édit MPE 2 (Sārnāth) emploie divers termes spécifiques aux textes bouddhiques anciens, tels que : .

Sujato note également que l'édit RE 5 (Kālsī) indique : , , qui pourrait être une citation de l'udâna (5:8). De même, l'édit RE 9 (Girnār) indique , qui pourrait être une citation des textes bouddhiques anciens (cf AN 9:5 ou Dhp 354).

A. Wynne note que l'édit mineur sur rocher mentionne quelques textes bouddhiques qui ont été identifiés, ce qui pourrait indiquer qu'à l'époque d'Ashoka (304–232 av. J.-C.) ceux-ci étaient déjà stabilisés. Par exemple le Rāhulāvada pourrait se référer au Ambalaṭṭhikā Rāhulovāda Sutta (MN 61)Reat, Noble Ross. “The Historical Buddha and his Teachings”. In: Encyclopedia of Indian Philosophy. Ed. by Potter, Karl H. Vol. VII: Abhidharma Buddhism to 150 AD. Motilal Banarsidass, 1996, ..

Quelques sites archéologiques primitifs comme celui du stūpa de Bharhut (dont l'essentiel du matériau visible date du ) contiennent beaucoup de détails des textes bouddhiques primitifs, tels que la mention du Bouddha Gautama et des cinq Bouddhas du passé, ainsi que des rois Ajatashatru et Pasenadi. Des événements majeurs de la vie du Bouddha rapportés par les textes bouddhiques anciens y sont mentionnés, comme son éveil, son premier enseignement et sa mort. D'après Lüders, et Luders, H., Waldschmidt, E., and Mehendale, A. Corpus Inscriptionum Indicarum: Vol. II Part II Bharhut Inscriptions. Government epigraphist for India, 1963..

D'autres inscriptions indiennes des incluent des termes tels que dhamma-kathika, peṭakin et suttantika, indiquant l'existence d'une littérature bouddhiste à cette époque.

Matériaux textuels

La plupart des recherches modernes ont porté sur les nikāyas paḷis (qui ont été intégralement traduits dans les langues occidentales) et les agamas chinois (seulement partiellement traduits). Dès la fin du , il était connu que les nikāyas et les agamas contenaient un grand nombre de textes parallèles. En 1882, publia Buddhist Literature in China, dans lequel il écrit :