Cet article se propose de traiter l'histoire des femmes en Occident au Moyen Âge.

Contexte . Ainsi, les représentations des femmes proviennent de ce corpus. Les commentaires qui sont faits à partir de la Bible sont le fruit d'hommes d'Église. La Bible, en plus de présenter des figures masculines, présente aussi des figures féminines, qui sont interprétées pour justifier l'infériorisation des femmes. Les figures féminines sont d'ailleurs moins nombreuses que celles masculines.

La Genèse, qui est le premier livre de la Bible, raconte la création du monde. Il n'y a pas de hiérarchisation des sexes puisque l'homme et la femme ont été créés en même temps. L'homme est destiné à dominer toute la création. Néanmoins, dans un second récit, l'homme est créé en premier, et la femme en seconde, ce qui signifie qu'il y a une hiérarchisation des sexes. Le troisième chapitre raconte l'épisode de la chute, dans lequel l'homme croque dans le fruit de l'arbre de la connaissance, sous l'influence d'Ève. Il s'agit là du péché originel. La femme en est rendue responsable et est punie en devenant soumise à l'homme, ainsi que par l'enfantement dans la douleur. L'homme est quant à lui condamné à travailler. Pour bon nombre d'exégètes médiévaux, la femme est donc responsable des malheurs de l'humanité car il s'agit d'un être faible. Cette vision n'est pas partagée par saint Augustin qui estime que la femme n'est pas le résultat de la faute. Selon lui, elle a été créée dans un but de perpétuation de l'espèce. Certains exégètes expliquent l'infériorité de la femme pour trois raisons ; elle a été créée après l'homme, à partir de lui, n'est pas à l'image de Dieu, a été nommée par l'homme et est responsable du péché originel. D'autres pensent même qu'il y aurait eu une autre femme avant Ève, mais pas suffisamment docile. Dieu en aurait donc créé une autre plus sage.

Dans le Judaïsme et l'Islam, Ève n'est pas tenue comme l'unique responsable de la chute. En revanche, en Occident, l'iconographie médiévale renvoie une image négative de la femme, qui est présentée comme une pécheresse et comme soumise à l'homme. Cela est quelque peu paradoxal puisqu'il y a une inégalité entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le salut. De plus, certaines figures féminines de la Bible occupent une place fondamentale, comme Marie Madeleine, qui est la première à témoigner de la résurrection de Jésus.

Corps des femmes Comme vu dans la section précédente, les commentaires de la Bible sont réalisés par des hommes d'Église. Ces derniers justifient l'infériorité des femmes par leur anatomie. Trois grands principes empêchent d'observer l'anatomie des femmes à l'époque médiévale ; elles sont soumises à l'autorité absolue de l'Église, la finalité (à savoir la reproduction) et l'analogie (à savoir la soumission à l'homme). Il y a aussi l'idée que le seul corps terrestre valorisé est celui du Christ, qui a souffert pour le rachat des péchés. Le corps était perçu comme l'enveloppe de l'esprit, qui apparait supérieur. Or, la femme est associée au charnel, tandis que l'homme est associé au spirituel.

Interprétation L'anatomie et la physiologie médiévale de la femme sont inspirées de la philosophie et de la médecine antique. L'utérus occupe une place fondamentale, puisque la femme est vouée à la reproduction. Pour les médiévaux, l'utérus est un sac de peau poilu à l'intérieur afin de retenir la semence masculine. Pour certains, il comprendrait deux cavités ; l'une à droite pour accueillir l'embryon masculin, et l'autre à gauche pour accueillir l'embryon féminin. D'autres pensent que l'utérus possède sept cavités. Les femmes sont considérées comme des êtres plus fragiles que les hommes, et seraient traversées par des souffles. Les fluides associés au corps féminin sont le sang, le lait et le sperme, qui fait l'objet de querelles. Le sang menstruel servirait à nourrir l'embryon. Pour Galien, les femmes sont froides et humides, elles sont donc associées à la reproduction.

Le corps doit rester secret, c'est pourquoi certaines femmes se cachent à leur médecin. Le vêtement est rendu indispensable par la chute qui donne lieu à la pudeur. Les premiers chrétiens ont la volonté de se vêtir humblement car le vêtement est périssable. L'apparition de la mode est à mettre en parallèle avec le développement de l'industrie textile. Les femmes sont surveillées par les ordres mendiants, qui prêchent les normes vestimentaires et bannissent la séduction. Il y a tout de même une certaine indulgence à l'égard des femmes mariées de haut rang social. Les veuves portent le voile à la manière des nones. Les ordres mendiants tentent d'ailleurs d'imposer le port du voile aux femmes mariées, ce qui est un échec. Ils préconisent aussi des talons plats pour les pieds. On voit aussi se généraliser le port de manches de plus en plus longues, au grand damne des ordres mendiants. Enfin, des lois somptuaires tentent aussi de réglementer l'habillement des femmes, mais elles sont rarement respectées.

Le corps féminin est aussi perçu comme un danger. Ainsi, dans certaines campagnes, les femmes sont écartées de certaines activités en période de règles car il y a l'idée que le sang menstruel empêche le blé de germer, fait rouiller le fer et terni les miroirs. Est également répandue une idée selon laquelle les enfants engendrés en période de règles seront roux ou lépreux. Enfin, l'âge avancé des femmes entraine la vigilance des hommes à leur égard car il y a l'idée que les femmes ménopausées ne sont plus purgées des impuretés par le sang menstruel.

La conception de la femme d'Aristote demeure également toujours en vigueur ; il estime que les femmes sont moins vigoureuses que les hommes, sont faibles et ont un cerveau plus petit. Elle devrait donc rester cantonnées à l'univers domestique. Il est indéniable qu'Aristote propose là le portrait d'un être inférieur.

Le corps voué à la reproduction À l'époque médiévale, une forte pression sociale est palpable sur le fait d'avoir des enfants. La stérilité est toujours attribuée à la femme, bien qu'il existe des remèdes pour la guérir (selon les croyances communes). Il est aussi nécessaire d'obéir aux préconisations de l'Église pour avoir de bons enfants. L'Église s'associe aussi à la Sciences pour établir des positions sexuelles à privilégier lors des rapports sexuels ; les positions dans lesquelles les hommes sont soumis sont interdites. L'idée de plaisir n'est pas revendiquée dans les relations sexuelles puisque l'objectif premier est la reproduction. On note enfin une distorsion entre les laïcs et les clercs, puisque les seconds promeuvent le mariage chaste.

La contraception et l'avortement sont tous deux condamnés par l'Église ; la contraception est considérée comme un délit, alors que l'avortement est perçu comme un crime. La contraception est aussi associée à la fornication, qui désigne toute pratique sexuelle sans but procréatif. À la fin du Moyen Âge, les rapports sexuels sans but reproductif sont tout de même mieux tolérés. L'avortement est délicat pour les femmes, qui sont passibles de la peines de mort. D'autres solutions s'offrent donc à elles, comme les accidents domestiques ou l'abandon.

La grossesse est bénie et le corps de la femme enceinte perçu comme un miracle. Le meurtre d'une femme enceinte est considéré comme un crime absolu. Les femmes enceintes sont particulièrement protégées, elles sont aussi mieux traitées et mieux nourries. Pour autant, la grossesse présente des risques puisqu'on déplore 25 % de morts en couche à l'époque médiévale. D'ailleurs, on relève une pratique testamentaire répandue avant l'accouchement. Cette forte mortalité est liée à des connaissances médicales réduites, ainsi qu'à la douleur. Un enfant mort en couche va directement en Enfer puisqu'il n'est pas baptisé ; la mort de la femme est donc moins importante que celle du nouveau-né. La mortalité infantile est d'ailleurs énorme. Après l'accouchement, les femmes sont réintroduites dans la communauté de fidèles à l'issue d'une cérémonie.

Mariage

Mariage aristocratique Avant la réforme grégorienne, le mariage n'était pas considéré comme un sacrement. Le douer désigne la protection de la jeune fille par les mâles de sa parentèles. Cette protection est transférée à l'époux lors du mariage. La femme se trouve alors au cœur d'une série d'échanges. Le mariage apparait comme un contrat signé entre deux pater familias. Dans certains cas, il se peut que la femme fasse l'objet d'une tentative de rapt, c'est-à-dire de mariage sans l'accord de ses parents, ce qui peut donner lieu à des conflits.

La femme mariée peut posséder des biens et les administrer. Elle est aussi régulièrement consultée par son mari en vue de la gestion du patrimoine commun. À la mort de ce dernier, la veuve a le droit de conserver ses biens, ainsi que la dot offerte par celui-ci. Les veuves sont généralement remariées.

L'endogamie, qui désigne le mariage à l'intérieur du groupe, est souvent pratiquée par les familles fragilisées, pour éviter un émiettement du patrimoine. L'homogamie (mariage avec une personne de même condition sociale) est la norme. Il existe aussi des cas d'hypogamie ou d'hypergamie. La monogamie est principielle mais elle n'est pas toujours respectée. La polygamie est donc interdite, tandis que le concubinage est autorisé. Il existe aussi des cas de monogamie sérielle, surtout chez les princes, où les divorces et les remariages sont fréquents.

La société du début du Moyen Âge est une société fondée sur l'honneur. Ainsi, l'honneur des femmes est primordial. Comme les femmes sont plus faibles que les hommes, ces dernières sont davantage protégées. La période du - est une période d'opportunité pour les femmes, puisqu'on voit un certain nombre de reines assurer la régence. En revanche, à partir de l'époque carolingienne, il y a moins de fluidité et de liberté sociale, et on assiste au retour d'une homogamie stricte. Au sein de l'aristocratie, les mariages en dehors du groupe sont favorisés. De plus, les concubines sont nombreuses. Enfin, le mariage avec l'infidèle reste interdit. Un premier tournant s'opère au sous le pontificat de Nicolas Ier, avec deux épisodes ; le rapt de Judith, la fille de Charles le Chauve, le petit-fils de Charlemagne et le divorce de Lothaire II. À la suite de ces deux affaires, le mariage commence à se fonder sur le consentement mutuel des deux époux et l'indissolubilité. De plus, la nécessité de perpétuer la lignée devient fondamentale.

Réforme grégorienne