La mort de Nahel Merzouk, un adolescent franco-algérien de , est causée par le tir à bout portant d'un policier le lors d'un contrôle routier à l'issue d'une course poursuite, à Nanterre dans les Hauts-de-Seine (Île-de-France). Les deux autres passagers à bord de la voiture sont des adolescents âgés de 14 et 17 ans.

La version policière, celle d'une voiture refusant un contrôle avant de foncer sur un fonctionnaire de police qui a ouvert le feu dans son bon droit, est initialement reprise par les médias, mais contredite dans les heures qui suivent par les témoignages des deux passagers. La victime est également présentée à tort dans plusieurs médias comme ayant un casier judiciaire, allégations qui sont démenties par la suite, son nom ne figurant qu'au fichier des antécédents judiciaires. Le , le policier Florian M. est mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire avant d'être remis en liberté quelques mois plus tard.

L'événement provoque des émeutes dans de nombreuses villes françaises ainsi qu'en Belgique et en Suisse, dont le bilan des dégâts et de la répression dépasse celui des émeutes de .

Cette affaire relance le débat sur les violences policières, la question du racisme au sein de la police française et son usage des armes à feu, ainsi que son traitement par les médias qui se sont d'abord appuyés sur des sources policières. Elle provoque de nombreuses réactions en France de personnalités politiques, sportives, artistiques et religieuses, ainsi que de gouvernements étrangers et de l'Organisation des Nations unies. Une marche blanche et des cagnottes sont par ailleurs organisées.

En 2025, l'auteur du tir est renvoyé devant la cour d'assises pour meurtre, son procès devant se tenir au deuxième ou troisième trimestre 2026. En 2026, la cour d'appel confirme le renvoi, mais pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Cette requalification est annulée par la Cour de cassation.

Contexte Loi sur l'usage des armes à feu par la police

À la suite de l'affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon, la loi sur l'usage des armes à feu par les policiers est modifiée en et alignée sur celle des gendarmes, autorisant les policiers à faire usage de leurs armes sur un véhicule alors qu'ils devaient jusqu'alors justifier d'être en situation de légitime défense d'eux-mêmes ou autrui pour pouvoir faire usage de leurs armes... Le terme leur laisse ainsi la possibilité d'évaluer la situation, et rend l'appréciation ambiguë en leur permettant d'agir avant qu'un délit ne soit commis. Cette loi, dite , est critiquée par les groupes de défense des droits, qui affirment qu'elle élargit de manière dangereuse le cadre juridique permettant à un policier d'utiliser son arme à feu..

L'application de cette loi s'est traduite par une forte augmentation des cas de tirs mortels de policiers sur des véhicules en mouvement : une étude statistique indépendante montre qu'ils sont multipliés par cinq entre avant et après le vote de la loi de 2017.. L'inspection générale de la Police nationale (IGPN) reconnaît que la mortalité des tirs augmente de 2 à 13 personnes, chiffre aussi observé par le criminologue Sebastian Roché, spécialiste des polices dans l'Union européenne.. L'IGPN observe que le nombre total de tirs, mortels ou pas, reste constant, dans une fourchette de 137 à 170 entre et .. Sebastian Roché précise que dans la gendarmerie, qui n'est pas concernée par cette loi, le nombre de tirs mortels n'a pas augmenté.. Même si les comparaisons avec les pays voisins sont délicates, car les catégories statistiques diffèrent, Sebastian Roché, note, en dix ans en Allemagne, un seul tir mortel à la suite d'un refus d'obtempérer contre 13 pour la seule année 2022 en France. Selon lui, d'obtempérer graves (avec risque de mort ou de blessures) ont été enregistrés en 2021 par la police nationale, avec , soit .

Le , le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti indique ne pas être opposé à une révision de cette loi. Sur France Inter, il déclare : .. Le , le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est auditionné devant la commission des Lois du Sénat et se montre opposé à une telle réforme, en déclarant : ..

Accusation de racisme systémique à l'encontre de la police française

Selon un pointage fait par Reuters, la majorité des personnes tuées par la police en France depuis 2017 à la suite des refus d'obtempérer lors d'un contrôle de circulation sont ....

En , une note rédigée par le conseil scientifique de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) indiquait : Mais cette note n'avait pas été suivie d'effets..

En , le Comité des Nations unies pour l'élimination de la discrimination raciale avait exprimé sa profonde préoccupation visant les . Cette évaluation est confirmée par le sociologue de la police Sebastian Roché pour qui . Pour , les dénégations du gouvernement semblent contredites par les sondages d'opinion : . Le même jour que la condamnation de l'ONU, les syndicats Alliance Police nationale et UNSA Police ont publié un communiqué appelant au , qui prennent part aux émeutes nocturnes depuis la mort du jeune Nahel, considéré comme un appel à la guerre civile par Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier..

En , l'ONU, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, le Brésil, le Japon et le Danemark avaient exprimé leur inquiétude et avaient critiqué le ..

Le , la police française est mise en cause après la mort de Nahel Merzouk par la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Ravina Shamdasani pour qui .... Emmanuel Macron y répond par un démenti du racisme systémique au sein de cette institution..

Protagonistes Nahel Merzouk

Nahel Merzouk ( en arabe) est franco-algérien... Fils d'une mère algérienne, Mounia Merzouk., et d'un père d'origine marocaine, Hicham Hammouti.., il a étudié au collège Jean-Perrin de Nanterre, puis au lycée Louis-Blériot de Suresnes, où il a suivi des cours d'électricité en vue d'un CAP et ensuite de mécanique. Après avoir arrêté les cours au bout de six mois lors de l'année scolaire .., il s'est mis à travailler comme livreur de pizzas..

Passionné de football, il a été un joueur remarqué à l'Entente Sportive Nanterre. Ses amis d'enfance le décrivent comme , très mûr pour son âge, serviable et complice avec une mère attentive, séparée du père avant la naissance et qui n'avait qu'un fils... Depuis , tous deux habitaient rue Salvador-Allende, à côté des tours Aillaud et du stade Jean-Guimier où chaque mardi et jeudi depuis trois ans il jouait au rugby à XIII avec , dont une partie a assuré le service d'ordre pour la venue de la Coupe du monde de rugby à , organisée par l'association Ovale Citoyen, œuvrant à l'insertion par le sport. Son président, Jean-François Puech, a souligné sa .. Une semaine avant sa mort, pour la journée mondiale des réfugiés, il intégrait une session de d'Ovale citoyen, assortie d'un entretien d'embauche minute..

Tiré au sort, il a participé à Nanterre le au tournage du clip Ragnar, du rappeur Jul, publié sur YouTube en suivant et qui comptabilisait plus de de visionnages le jour de sa mort....

Ne possédant pas le permis de conduire., son nom est apparu au fichier des antécédents judiciaires en lien avec des affaires de délits routiers et pour usage et détention de stupéfiants, mais sans mention au casier judiciaire car il n'a pas fait l'objet d'une condamnation... Il a été arrêté deux fois pour refus d'obtempérer, la dernière le , avec garde à vue..

Florian M.

Le policier auteur du tir mortel, originaire du Sud-Ouest de la France, est un motard de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC)..

Âgé de , il a été formé à l'École nationale de police de Sens, et est un ancien militaire du ayant participé à la guerre d'Afghanistan...

Il a fait partie de la compagnie de sécurisation et d'intervention 93 (CSI 93), dont le préfet de police Didier Lallement avait annoncé la dissolution avant d'y renoncer : la compagnie était visée par judiciaires pour .. Il a également fait partie de la brigade de répression de l'action violente motorisée (Brav-M)., pour les consignes reçues qu'il a rejointe peu après sa création, le .

Il reçoit plusieurs distinctions au cours de sa carrière, notamment deux de Didier Lallement : pour ses actions de maintien de l'ordre lors du mouvement des Gilets jaunes en 2020, puis pour l'interpellation d'un auteur d'une séquestration et d'un vol à Bernes-sur-Oise en 2021.. Après la mort de Nahel Merzouk, il est présenté comme par des collègues policiers, selon des témoignages recueillis par Le Figaro..

Son casier judiciaire est vierge mais il n'est pas inconnu des services de police pour autant puisque mis en cause pour exhibition sexuelle le en forêt de Chauvry et cité comme victime dans seize affaires différentes...

Deux enquêtes sont ouvertes, une concernant la divulgation par Oise Hebdo du nom de famille du policier et de sa commune de résidence, la seconde pour des menaces de mort publiées sur Twitter à son encontre.. Le directeur de la publication d'Oise Hebdo est condamné en pour cette divulgation..

Il reprend le travail en après avoir été réintégré par arrêté ministériel. Il est muté au Pays basque, conformément à ses souhaits et officiellement dans l'intérêt du service, tout en conservant son contrôle judiciaire qui lui interdit notamment de porter une arme.. L'arrêté de réintégration est à l'initiative de la direction générale de la Police nationale (DGPN), et validé par délégation au nom du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau. Sur décision de Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, le policier a bénéficié de l'intégralité de ses revenus pendant sa suspension, y compris pendant son incarcération, soit près de deux ans de rémunération sans activité effective. Le policier bénéficie également de la protection fonctionnelle, un dispositif de la fonction publique qui prend en charge les frais juridique des agents poursuivis dans le cadre de leurs fonctions, pour un coût estimée à ..

Passagers du véhicule Le récit des circonstances de la mort de Nahel Merzouk est contredit par les témoignages de ses deux passagers, chacun des deux écrivant un texte envoyé au quotidien Le Parisien. Tous deux affirment que le conducteur n'a pas redémarré sciemment mais sous l'effet d' des policiers l'ayant et d'une menace de lui tirer , l'amenant à , dans un mouvement qui lui a fait , le véhicule à boîte de vitesse automatique n'ayant pas été placé sur la position stationnement. Le passager à l'avant écrit le premier texte, publié le , qu'il lit aussi dans un enregistrement diffusé sur les réseaux sociaux. Le second texte, publié le , émane du passager à l'arrière, que Nahel Merzouk emmenait au collège de Nanterre pour y passer les épreuves du brevet des collèges. Son père l'a aidé à rédiger car il était encore choqué par l'événement.

Faits Version du parquet vignette|left|Mercedes-Benz Classe A (Type 177) AMG.