La Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), est un mouvement de jeunesse et d'éducation populaire. La JEC française est membre d'une coordination européenne (JECI-MIEC) et d'un mouvement international (JECI- IYCS). Ses membres sont appelés les « jécistes ».
Histoire De la naissance à la Seconde Guerre mondiale Dans la mouvance du catholicisme social, la JEC née en 1929, et la JECF (Jeunesse étudiante chrétienne féminine) l'année suivante, en 1930.
Elle est d'abord constituée par des étudiants issus de l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF) qui s'inspire de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) de l'abbé Joseph Cardijn, pour mettre en œuvre un apostolat mené « par les étudiants pour les étudiants ». Parmi les fondateurs on retrouve des cadres de l'ACJF : Louis Chaudron, étudiant agrégé, et Paul Vignaux, étudiant à l'École normale supérieure.
Le mouvement s'organise en branches spécialisées. La branche des plus jeunes, les Cadets, est notamment créée et dirigée par le futur journaliste de montagne Philippe Gaussot. Auteur d'un manuel de pédagogie de la branche et d'une dizaine de Carnets de route, ce dernier a laissé de très nombreuses photos, notamment des camps et des randonnées organisés dans les années 1930 et 1940 pour les jeunes de la JEC.
En 1933, Juliette Payet, professeur d’Histoire-Géographie fonde avec l'aumônier national de la JEC, le père Eugène Roche, le camp de lycéennes de Pralognan. Viendront ensuite les camps de Vallorcine pour la JECF mais aussi Barèges pour les garçons. Comme d'autres mouvements de jeunesses à la même époque, les camps deviennent un moment fort mais facilitent également la formation des cadres. Après la Seconde Guerre mondiale, des camps internationaux d’étudiantes, toujours à « Pralo » ou Vallorcine, regroupent des jeunes françaises et allemandes dans un esprit de paix et de rapprochement des peuples.
Le mouvement connaît une première « crise » en 1933.
Dès 1935, la JEC, s'oppose au nazisme.
Elle connaît un essor rapide : en 1936, sa première rencontre nationale accueille .
Pendant l'Occupation de la France par l'Allemagne, les réseaux de la JEC et JECF sont actifs dans la Résistance.
Des personnalités comme Maurice-René Simonnet se mobilisent, après la défaite de 1940, pour que les associations catholiques de masse ne tombent pas sous la coupe du régime de Vichy, qu'il combat d'abord par la propagande. Ils sont nombreuses et nombreux, on peut citer Jean Verlhac, Germaine Ribière...
Dans un témoignage, Yves-Marie Hilaire déclare : La Jeunesse étudiante chrétienne 1929-2009 Textes réunis par Bernard Barbiche et Christian Sorel, Chrétiens et Sociétés Documents et Mémoires .. Le journal de l'Action française cite lui-même (en la critiquant) une circulaire jéciste datant du : . Le premier point affirme : Michel Alain-René, La JEC face au nazisme, Presses universitaires de Lille, 1988, ..
De nombreux militants jécistes sont fusillés par les Allemands, dont Gilbert Dru, Pierre Alviset (fusillé le ), Jean Gay, Jean Desfarges et Jean-Pierre Dudraisil (fusillés de la cascade du bois de Boulogne en ).
Durant l'après-guerre En 1946, la JEC est partie prenante de l'élaboration de la Charte de Grenoble, qui stipule que , ce qui (Y-M Hilaire).
Entre 1955 et 1969, plusieurs branches se développent avec des dynamiques propres : lycées (JEC), classes préparatoires aux grandes écoles (JEC-prépas), universités (JEC-U).
Guerre d'Algérie et la première crise de la JEC Pendant la guerre d'Algérie, les désaccords se confirmant, l’équipe dirigeante de la JEC démissionne le pour n’avoir ni à abandonner ses positions, ni à rompre par une désobéissance ouverte avec la hiérarchie à l’intérieur de l’Église"Années 1960 : crise des jeunesses, mutations de la jeunesse" par Robi Morder, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps, 2004.
Parmi ces dirigeants démissionnaires de la JEC, Robert Chapuis, vice-président outre-mer au bureau national de l’UNEF en 1955/ 1956, tandis que François Borella qui s’était engagé à la JEC en 1944, incarne le changement de majorité au conseil d’administration de l'UNEF, du , dont il est élu président, le syndicat étudiant prenant position pour le rétablissement des relations avec l’organisation des étudiants algériens, l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA). Les deux dernières années de la guerre voient converger la montée de la lutte des Algériens en France, l'aspiration croissante à la paix d'une population peu désireuse d'envoyer ses enfants au « casse-pipes », aspiration décuplée chez les étudiants, des années aussi marquées par la radicalisation des forces répressives (Journée du , massacre au métro Charonne) et des ultras de l'Algérie française.
Le Front universitaire antifasciste, fondé en 1961, réunissait des militants de la gauche de l’UEC mais comprenait aussi en son sein un certain nombre d’étudiants du PSU et de la Jeunesse étudiante chrétienne"Jeunesse et engagement pendant la guerre d'Algérie", par Ludivine Bantigny dans Parlement, Revue d'histoire politique, en 2007.
L'évolution à partir de 1963-1964 Dans les années 1960, alors qu'elle est très influente au sein de l'UNEF, la JEC prend position contre la guerre en Algérie. Pendant ce conflit, la JEC s'illustre en dénonçant l'utilisation de la torture et en militant pour l'autodétermination du peuple algérien.
Depuis 1963 les dirigeants du Conseil national de la JECF, qui se réunit au 18 de Saint-Germain, insistent davantage sur l’aspect action. Au Conseil national de la JECF, en 1964, on invoque la nécessité de prendre en charge toutes les dimensions des problèmes des jeunes.
Les prises de positions du mouvement et la politisation de la branche étudiante engendrent des tensions en interne, mais également avec l'épiscopat, en particulier sur la question du "mandat" donné par l'Église aux mouvements d'Action catholique comme la JEC/JECF.
L’épiscopat craint alors que l’action ne prenne le pas sur la mission évangélisatrice. Au point qu’en 1964 la démission de Henri Nallet, secrétaire général de la JEC, est demandée par Pirollet. Il est remplacé au poste de secrétaire général par Pierre Le Strat.
Les démissions imposées en mars 1965 : la seconde crise de la JEC Le 20 et , les équipes nationales se réunissent, pour mener une réflexion en vue de la campagne d'année 1965-1966, et pour débattre de la nature du mouvement. Le texte finalement adopté ne fait pas l'unanimité au sein de l'équipe dirigeante, une importante minorité menée par le secrétaire général adjoint Pierre Vanlerenberghe et le trésorier le rejette. D'autant plus que ce texte a été récusé par les évêques quelques jours plus tôt.
Quelques jours plus tard, Veuillot, président de la commission épiscopale du Monde Scolaire et Universitaire (CEMSU), mandaté par le Conseil permanent de l’Épiscopat, intervient, la situation au sein du secrétariat général étant bloquée. Après de longs débats, il pose cinq questions aux Secrétaires Nationaux de la JEC et de la JECF. À la suite d’une réponse négative de la majorité des équipes dirigeantes garçons et filles (13 contre 10 à la JEC, 12 contre 6 à la JECF), la hiérarchie exige la démission des opposants.
Le débat est public, avec des lettres collectives publiées dans la presse nationale.
L'équipe en place de la JEC refusant de laisser sa place, réclame que les secrétaires fédéraux se prononcent les 8 et , lors d'un comité national, nouvelle instance de délibération créée l'année précédente. Les minoritaires qui avaient la confiance d'une grande partie des départements et avaient reçu celle des évêques, convoquent un Conseil national (l'équivalent d'un congrès, seule instance décisionnaire) pour le début mai
Marie-Thérèse Saboureau et Pierre Le Strat, respectivement secrétaire national de la JECF et de la JEC, ainsi que la moitié de l'équipe nationale masculine mais la grande majorité de l'équipe nationale de la JECF, démissionnent à l'issue du comité national le . Le Conseil National convoqué par les "minoritaires" élit Pierre Vanlerenberghe à la tête de la JEC le . La JEC n'eut alors à connaître que de rares démissions de fédéraux, c'est-à-dire de responsables départementaux.
Certains démissionnaires nationaux constituent alors une nouvelle organisation, indépendante de la hiérarchie : la JUC (Jeunesse universitaire chrétienne).
Le secrétariat général de la JECF est repris par Marie-Dominique Duvivier en . Dès cette rentrée, JEC et JECF, travaillent de concert, la Campagne d'année est commune, les journaux fusionnent. Les Conseils nationaux des deux organisations à Pâque 1966 furent communs et y fut décidée la fusion des deux mouvements, les deux secrétaires généraux devenant coprésidents de la nouvelle organisation.
Le contexte de 1965 À partir du milieu des années 1960, dans le sillage de la guerre d'Algérie et d'évolutions sociales, ce sont tous les mouvements de jeunesse en général qui se transforment en lieux de contestation.
Au même moment ou peu avant, les jeunes protestants qui animent la revue Le Semeur, très engagés dans le progressisme et le tiers-mondisme, subissent également une reprise en main .
Des jeunes de l'Union des étudiants communistes font de même que quelques mois plus tard, avec la création de la Jeunesse communiste révolutionnaire le puis de l'UJCml (maoïste) par un congrès de janvier-.
Plusieurs dirigeants de la JEC seront également les fondateurs, comme Henri Nallet ou Nicolas Boulte, du Centre de recherche et d'intervention révolutionnaire, l'un des groupes de réflexion à l'origine de Mai 68 qui a servi de point de jonction entre les militants catholiques, protestants et athées et d'éditeur d'analyses politiques et sociales.
Naissance de la Mission Étudiante En , la nouvelle direction de la JEC s'oppose à son tour à la hiérarchie, qui lui impose la fusion de sa branche universitaire (qui prend alors le nom d'Action catholique universitaire / ACU) avec la Fédération française des étudiants catholiques, pour donner naissance à la Mission étudiante. Privée de sa branche universitaire, la JEC déjà affaiblie par les crises successives, perd un précieux vivier de cadres.
Mai 68 et après En , les dirigeants de la JEC/JECF se retrouvent à Limoges, pour faire le point alors que la seconde "crise" du mouvement semble à peine éteinte. De nouvelles équipes nationales, présidées par Jacques Vercamen (à partir de 1966) et Thérèse Savès (à partir de 1967), s’emploient à faire revivre les mouvements sur des bases moins politiques.
Mais le mouvement de Mai 68, qui marque une politisation très forte des jeunes en général, n'épargne pas les jeunes chrétiens. Nicolas Boulte, par exemple, ancien secrétaire général de la JEC et secrétaire du Comité Viêtnam national, proche de la JCR, est arrêté le . Sa libération sera l'une des revendications du mouvement étudiant (notamment par le Mouvement du 22-Mars de Nanterre).
Le , la JEC publie un communiqué pour dénoncer le gouvernement qui a "une grave responsabilité dans le développement de la violence". Puis le , dans Message, la revue du mouvement, deux secrétaires nationaux signent un articule intitulé "Nous refusons d'être sages".
Les départs de 1965, la crise qui s'ensuivra ainsi que le mouvement contestataire de Mai 68 laissent des traces profondes : alors qu’en 1965, il y a à la JEC, ils ne sont plus à la fin de la décennie que 10 000 dans les lycées et universités
Le Conseil National d'Amiens en 1970, le premier depuis les événements, est une manifestation significative d'une nouvelle politisation du mouvement dans sa vision de la société à construire. Mais contrairement à ce qui s'était passé en 1957 et 1964, la hiérarchie catholique adopte alors une attitude souple et volontairement discrète.
L'équipe nationale de 1970 signe "de la colère à l'espérance" (éditions du Cerf)De la colère à l'espérance, Équipe Nationale JEC 1970, éditions du Cerf, un livre préfacé par Vie Nouvelle et Mouvement Témoignage Chrétien.