vignette|Aire linguistique du parler thiernois dans le Puy-de-Dôme (en rouge et ville de Thiers en bleu).|290x290pxLe parler thiernois est la forme locale du français parlé dans la région de Thiers, dans le Massif central.
Ses caractéristiques lui viennent de sa position de carrefour linguistique. L'élément majoritaire qui le constitue est le substrat linguistique auvergnat mais il n'est pas seul. De nombreuses autres influences linguistiques de langues et parlers proches se croisent dans la région de Thiers (les parlers arverno-bourbonnais du Croissant, le francoprovençal, la langue d'oïl bourbonnaise, etc.).
Histoire
Contexte national linguistique
Au Moyen Âge, la France n'a pas d'unité linguistique, car au début du le latin n'est plus qu'une langue « sacrée », on y parle différentes langues germaniques, basque, celtique, et romanes, ces dernières morcelées en différents dialectes, que l'on peut regrouper en trois différents groupes :
français-langues d'oïl dans le nord avec le picard, le normand, ou encore le champenois ; cette région était encore très germanisée et de nombreux seigneurs composaient le système féodal ; le francoprovençal (ou arpitan) ; le Croissant : langue de transition entre la langue occitane et la langue d'oïl (bourbonnais). l'occitan dans le sud avec le limousin, l'auvergnat, le languedocien, le gascon, le provençal ; les dialectes de cette région, qui baignent durant des siècles dans la culture romaine, se rapprochent du latin (l'usage du droit romain était d'ailleurs courant). À cette époque le français n'était qu'une langue parmi d'autres, appelée le « françois ». Mais elle a pour atout de se trouver dans une région en explosion démographique, Paris et sa régionHistoire du français en France ...
En 1539 débute officiellement la francisation de la France avec la proclamation de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par François Ier : elle impose le français comme langue du droit et de l’administration en France, en remplacement du latin. Cependant, il ne faut pas en conclure que tous les Français parlent cette langue : les historiens estiment que 10 % à 20 % de la population parle la langue du roi au ...
Les lois Jules Ferry qui en 1881 instituent la gratuité de l'école primaire et en 1882 la rendent obligatoire, imposent la langue nationale sur tout le territoire français et la démocratisent. Alors qu'en 1863, sur de Français on en comptabilisait toujours ne connaissant pas la « langue nationale »..
Au cours du et jusque dans les années 1960, les gouvernements ont adopté pas moins de quarante lois concernant surtout l’enseignement, la presse, l'administration et l'orthographe. Au début du , le ministère de l'éducation nationale trouvait que la francisation était trop lente: les autorités décidèrent donc de nommer dans les régions non francophones des professeurs venant d'une autre région pour améliorer l'apprentissage français et réduire l'influence des patoisClaude Duneton, Parler Croquant, Éditions Stock, 1973..
Contexte local linguistique vignette|290x290px|Carte linguistique du département du Puy-de-Dôme : Bleu : Croissant (langue intermédiaire oc / oïl) ; marron foncé : auvergnat ; marron grisé : auvergnat pré-oïlisé (fortement francisé, dont Thiers et sa région) ; en vert le francoprovençal. Les origines du parler thiernois remontent à la seconde moitié , époque où une majorité des habitants d'Auvergne parlaient encore l'auvergnatSomme des populations au recensement de 1806 des actuels départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes, des Alpes-Maritimes de l'Ardèche, de l'Ariège, de l'Aude, de l'Aveyron, des Bouches-du-Rhône, du Cantal, de la Corrèze, de la Creuse, de la Dordogne, de la Drôme, du Gard, de la Haute-Garonne, du Gers, de la Gironde, de l'Hérault, des Landes, de la Haute-Loire, du Lot, du Lot-et-Garonne, de la Lozère, du Puy-de-Dôme, des Pyrénées-Atlantiques (moins les des communes bascophones indiqués par Coquebert de Montbret), des Hautes-Pyrénées, du Tarn, du Tarn-et-Garonne, du Var, du Vaucluse et de la Haute-Vienne, ainsi que les 23 communes occitanophones des Fenouillèdes (Pyrénées-Orientales). Voir base de données Cassini : .
Un carrefour linguistique Le parler thiernois est situé à un véritable carrefour linguistique. Est traditionnellement parlé à Thiers et dans sa région, un parler de langue auvergnate comme c'est aussi le cas dans la grande majorité du département du Puy-de-Dôme.
Si le tiarnoés / tiarnoé est bien de l'auvergnat, il appartient à une zone interne à part. La langue d'oïl, c'est-à-dire le français, influe fortement les parlers auvergnats septentrionaux comme celui de Thiers. Pierre Bonnaud inclut ainsi la ville de Thiers et sa région, tout comme celle de Riom, dans une zone où l'auvergnat est pré-oïliséPierre Bonnaud, Introduction générale à l'onomastique d'après l'exemple du fichier onomastique de l'Auvergne (FOA), Centre régional de documentation pédagogique de Clermont-Ferrand, 1979, carte « Faits généraux et interférences interrégionales », ., c'est-à-dire fortement francisé mais sans pour autant que ces régions fassent partie du Croissant comme c'est le cas pour les communes plus au nord du Puy-de-Dôme et celles de la moitié sud de l'Allier.
Un peu plus au nord de la région thiernoise se situe justement le Croissant, zone où la langue est intermédiaire entre la langue d'oc et la langue d'oïl. Les deux communes de Ris et Lachaux en font partie..
Un peu plus à l'est, ont été parlés dans communes de Chabreloche et d'Arconsat à la fois l'auvergnat (pré-oïlisé) mais aussi le francoprovençal.
L'accent thiernois L'accent thiernois, lui aussi résultant de cette histoire linguistique ne semble pas s'apparenter totalement à l'accent du Midi - comme l'indiquent subjectivement une enquête réalisée près de Thiers en 1999, mais d'une variété de français où coexistent des traits du français standard, quelques traits du français méridional, d'autres de régions situées plus à l'est telles que la Bourgogne ou la Franche-Comté ainsi que de traits tout à fait originaux.
Usage et diffusion L'enquête subjective réalisée en 1999 auprès d'habitants du bassin thiernois indique qu'une géographie exacte du parler thiernois n'existe pas réellement. Les contours dans l'espace étant flous, l'approche la plus réaliste dirait que le parler thiernois s'étend de Peschadoires à l'ouest à Noirétable (département de la Loire) à l'est, et de Vollore-Ville au sud à Châteldon et Puy-Guillaume au nord. La même étude fait remarquer que dans ces dernières communes, l'accent thiernois est moins prononcé et plus influencé par les autres sous-dialectes adjacents.
Dans l'ouvrage « Le parler de Thiers et de sa région » préfacé par Jean Anglade, en 2004, les auteurs déclarent au sujet du sous-dialecte thiernois que « le patois du pays de Thiers ne s'entend quasiment plus que par bribes, le jour de la Foire du Pré »...
Lexique
+Lexique de mots et expressions du parler thiernois.Mot ou expressionDéfinitionArbalandgrand flandrinArcandierindividu inquiétant, qui cherche à se donner une allure importante, et dont on ignore le genre de ressourcesArgauxdéchets, rebuts, guenilles (s’emploie aussi comme insulte)ArniquecrapuleArpionsorteilsArtaizonscirons du fromageAtoutgifle ou claqueAulagniernoisetier dont le fruit est l’ "aulagne"Bachas/Bachatbac de fontaine, baquet, auge à cochonsBadailler/Baderrêvasser la bouche ouverteBade-culflatteur, lèche-culBado-bébadaudBalandentraînement produit par la pesanteurBamerocher à demi immergé ou surplombant une rivièreBaralhepersonne qui divague par momentsBarateleraller et venir en s’affairant et en faisant du bruitBargeotpou de têteBarnaudniais ; simple ; imbécile ; gogoBarolhedétraqué, toqué Bartavelleverrou, loquet de porteBarouftapage, grand bruit de querelleBechinerlâcher des vesses, des petsBeleterfaire palpiter d’impatience, d’obsessionBeraudspiquants des écorces de châtaigneBelouchéri, joliBerchuà qui il manque une ou plusieurs dentsBeugneenflure provoquée par un coup au front ou au crâneBichesorte de cruche en terre à une seule anse latéraleBogegrand sac, large et profondBonnes gensexclamation signifiant : pauvre petit !Bordeminuscule éclat de fer, de fonte, ou d’acierBouameflatteuse, mielleuse, insidieuse et perfideBouèrevaironBouinéplissé, ridéBoulaquegrosseur, protubérance, kysteBoulaquerbattre, cabosser, tuméfierBoulhefagot de genêtsBousingottabatière à fond plat, et à paroi verticale, généralement en écorce de merisier pour les bousingots ordinairesCacherfaire mal, gênerCacolepièce de tôle emboutie formant coquilleCacolonpetit chapeau emboîtant la têteCafarotetanière, endroit obscur manquant d’air et de lumière (variante: cafurote) Cafignonpetit recoin sombre et closCagnardà Thiers, le sens de douilletCalamastred’humeur rude et cassanteCalet, calettedénudé, dépouillé de sa crasse ou de sa gangueCancaillehannetonCanfouinerse tenir obstinément dans un endroit fermé et sans airCarafésgirofléesCarineCasseCassiCastibrailleCatonChabraqueChatilleChérantChichambeChiclerChignolerpleurnicher, geindre, faire un capriceCibolerClavelerCorgnolleCorniauCoucourleCoufleCouinerCoumiCourandelerCouraud, couardeCralhat ou craillatCralhe ou crailleCralheux ou écailleuxCramerCraméCramouillerCreuCuitDaruvolontaire, entêté, difficile à menerDébadigouillerparler d’abondance et très rapidementDécorniolé / décournioléqui a le cou à l’air, sans cache-colDécoutirsortir du lit vivement, se dépêcherDégueuladjimatières vomiesDélandéqui n’a pas envie de travailler/ dévergondé Djaquerfouetter, mener à vive allureDélhonguermettre les vêtements en désordreDéparlerdélirer, déblatérer, tenir des propos scandaleuxDépatouillerdébrouillerDéquillerse sauver à toutes jambesDétramermettre en ordre des objets rassemblées pêle-mêleDînerrepas de la mi-journée, de midi ; bon repasDjinguéétriqué, trop juste, en parlant d’un vêtementDonquer piquer du nez en avant en dormant sur un siègeDringueflux de ventreDrudgineardeur juvénile, besoin de mouvement
Références
Voir aussi
Bibliographie
. . . Pierre Bonnaud, Introduction générale à l'onomastique d'après l'exemple du fichier onomastique de l'Auvergne (FOA), Centre régional de documentation pédagogique de Clermont-Ferrand, 1979, carte « Faits généraux et interférences interrégionales », . .
Articles connexes Variétés régionales du français Auvergnat, Occitan Thiers
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