La rafle des 4 et 5 janvier 1944 s'est déroulée à Amiens et dans d’autres localités du département de la Somme. Elle avait pour but l’arrestation de tous les Juifs vivant encore dans le département.
Contexte historique
L’Association cultuelle israélite de la Somme
C’est en 1933 que l’Association cultuelle israélite de la Somme est créée et la synagogue d'Amiens inaugurée le , en présence de Jean Moulin, alors secrétaire général de la préfecture. A partir de 1938, des réfugiés autrichiens et allemands, juifs pour la plupart, arrivèrent à Amiens.
L'arrestation de Juifs étrangers ou apatrides (1940-1943)
La rafle d’Amiens est à replacer dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et la mise en œuvre de la Solution finale de la question juive en Europe par les Allemands.
Le une ordonnance allemande établissait, en zone occupée, le premier statut des Juifs et l'obligation pour eux de se faire recenser au commissariat de police. Le une deuxième ordonnance plaçait sous séquestre les entreprises et biens appartenant aux Juifs absents ou arrêtés (aryanisation).
Dans le département de la Somme, 93 Juifs furent recensés en 1940. Un certain nombre de Juifs étrangers furent dirigés en dans les camps du département de l'Yonne, dans les Pyrénées-Orientales etc.
Le , le commissaire de police d'Amiens ouvrait un registre pour la distribution des étoiles jaunes dont le port était imposé désormais aux Juifs. 49 d'entre eux présents encore dans le département de la Somme se virent attribuer ce signe infammant David Lee Rosenberg, « L'Étoile jaune dans la Somme : mise en place et résistance » in Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, Amiens, juillet 2016.
Le , dans le sillage de la Rafle du Vel' d'hiv', sur ordre du Sicherheitspolizei Kommando (S.P.K.) de Saint-Quentin, la gendarmerie française procédait à l'arrestation de Juifs étrangers ou apatrides à Amiens, Pierrepont-sur-Avre et Ault. Ils furent dirigés vers le Camp de Drancy et de là vers les camps de la mortDavid Rosenberg, « L’Ombre de la Rafle du Vel’ d’hiv’ dans la Somme, : la rafle des Juifs étrangers et apatrides en juillet 1942 », in Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie du 2014, Amiens février 2015 – . Les Juifs français, dans la Somme, échappaient au pire, provisoirement...
A l’été 1943, Alois Brunner arriva à Paris avec pour mission d’intensifier la déportation des Juifs résidant en France, français comme étrangers ou apatrides.
A partir de , il fit procéder à des rafles en région parisienne comme en province, à commencer notamment par les départements de l’Aisne, l’Oise et la SommeSerge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, la « Solution finale » de la question juive en France, Paris, Fayard, 2001 p. 330.
Déroulement de la rafle
« A l’aube du , la Gestapo procède à l’arrestation de tous les Juifs français ou non, encore vivants à Amiens et dans la région », écrivait Ginette Schulhof Ginette Hirtz, Les Hortillonnages sous la grêle, Histoire d'une famille juive en France sous l'Occupation, Paris, Mercure de France, 1982, p.92. En réalité, ce fut la Feldgendarmerie qui mena la rafleArchives départementales de la Somme.
Les Juifs arrêtés furent détenus à la gendarmerie d’Amiens, rue des jacobins où ils attendirent toute la journée debout dans la cour avant d’être conduit à la gare d’Amiens pour être acheminés en train au camp de Drancy. 4 personnes réussirent à s'enfuir et échappèrent à l'arrestation : les enfants Schulhof, Ginette, Gisèle et PierreGinette Hirtz, Les Hortillonnages sous la grêle, Histoire d'une famille juive en France sous l'Occupation, Paris, Mercure de France, 1982 p. 93 à 98, et Marguerite Louria, née AraniasLettre du commissaire de police, chef de la sûreté d'Amiens au préfet de la Somme, le 8 janvier 1944.
20 personnes furent arrêtées à Amiens parmi elles, une fillette de 14 ans qui tenta de s'échapper mais fut finalement arrêtée Claude Watteel, A la Recherche de Cécile, p. 77, Paris, Rue de Seine, septembre 2022. Deux personnes furent hospitalisées à Amiens. A ces Juifs amiénois, il faut ajouter trois Juifs habitant Rosières-en-Santerre dont un garçon de 9 ans et deux Juives habitantes de Bouquemaison près de Doullens qui furent conduits à Amiens après leur arrestation.
L’ensemble des Juifs fut acheminé au camp de Drancy par le train de 20 h 30. A la gare d’Amiens, une Juive arrêtée réussit à s’échapper grâce à l’aide d’un cheminot. Jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’elle est devenue. 4 Amiénois arrêtés restèrent détenus à Drancy, parce que reconnus aryens ou conjoint d'aryen, les autres furent déportés à Auschwitz-Birkenau, le par le convoi n° 66, une Juive le fut par le convoi n° 67 du .
Le , le préfet de la Somme, Charles Daupeyroux, après lui avoir téléphoné, écrivit au délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, à Paris, pour lui signaler l’arrestation des israélites du département de la Somme parmi eux se trouvant trois enfants, le délégué de l’UGIF qui devait être tenu en dehors de toutes mesures d’internement lui et sa famille et deux non Juifs. Il demandait au délégué général d’intervenir auprès des autorités supérieures allemandes pour faire libérer 8 personnes, les démarches effectuées auprès de la police allemande localement n’ayant pas abouti.
Liste des israélites arrêtés par les autorités allemandes le 4 janvier 1944
+Liste des israélites arrêtés par les autorités allemandes le 4 janvier 1944Liste établie par le cabinet du préfet de la Somme. Nom date et lieu de naissance adresse nationalité internement / déportation AARON Lucien 22 avril 1878 à Constantine (Algérie française) 44, rue des Trois Cailloux, Amiens française Interné à Drancy. Dirigé sur l’hospice Rothschild (hospice de la rue Lamblardie) à Paris (12e), le 5 février 1944, puis du 15 juin au 5 septembre 1944, 11 rue des Abondances à Boulogne-sur-SeineEtre Juif dans la Somme, 1940-1945, livret de l'exposition à la bibliothèque de la citadelle d'Amiens, Université de Picardie Jules-Verne, 8 janvier-18 février 2019. Libéré, rentré à Amiens début septembre 1944. DOUBCHAK née FREYER Rosa 19 janvier 1903 à Paris 30 rue de la Contrescarpe, Amiens française S’est échappée à la gare d’Amiens HIRSCH GeorgesFrançoise Bouygard, Les Bûcherons de Cazaux-Debat, des Autrichiens dans la Résistance 1934-1945, Paris, Editions Tirésias, 2013 p. 100 à 110Ginette Hirtz, Les Hortillonnages sous la grêle, Histoire d'une famille juive en France sous l'Occupation, Paris, Mercure de France, 1982 p.81 à 85Recueilli par la famille Schulhof, sa mère étant détenue à la prison d'Amiens, puis déportée14 juin 1934 à Vienne (Autriche) 14 rue Albéric de Calonne, Amiens autrichienne convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparu à Auschwitz-Birkenau HUBAULT née ZIMMANNE Rachel 20 mai 1899 à Paris 39 boulevard Thiers, Amiens française convoi 67 du 3 février 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau KASMINE née SOBOL Dvoira 5 avril 1901 à Brest-Litovsk (Russie) 131 rue Delpech, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau KASMINE Vladimir 24 décembre 1900 à Voronège (URSS) 131 rue Delpech, Amiens française Interné à Drancy. Libéré le 2 février 1944 parce qu' arrêté sans motif valable (« aryen arrêté en même temps que son épouse »). LAZARD Ferdinand 15 septembre 1879 à Santiago du Chili 8 place Saint-Rémi, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Tué pendant le transport LAZARD née DREYFUS Berthe 13 septembre 1879 à Anvers 8 place Saint-Rémi, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau LEHMANN AndréPar le jugement du tribunal civil d'Amiens du 4 juin 1943, il ne pouvait être reconnu comme appartenant à la « race juive », son père étant enfant naturel de père inconnu, il n'avait pas trois grands-parents juifs et son épouse étant aryenne. 1er novembre 1873 à Besançon 118 rue Lemerchier, Amiens française interné à Drancy, libéré LOURIA LéonPrésident-fondateur de la communauté israélite de la Somme. 4 juillet 1879 à 24 rue Robert de Luzarches, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparu à Auschwitz-Birkenau LEVY née WIMPHEN Louise 26 février 1873 à Thionville 14 rue Albéric de Calonne, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau PONTHIEU née LOURIA Renée 20 octobre 1921 à Amiens 24 rue Robert de Luzarches, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Seule rescapée amiénoise du convoi 66Le Courrier picard des 3, 4, 5, 7, 9 et 11 mai 1945, « Rescapée d'Auschwitz » RAKHOWITZ née ZACHAYUS Fernande 26 juin 1887 à Paris Bouquemaison (Somme) française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau RAKHOWITZ Ginette 22 mai 1923 à Paris Bouquemaison (Somme) française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau REDLICH CécileClaude Watteel, A la Recherche de Cécile, Paris, Rue de Seine, septembre 2022 29 avril 1929 à Paris 9 rue Cottrel-Maisant, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau ROOS Louis 1er janvier 1870 44 rue des Trois Cailloux, Amiens française conduit à la clinique Saint-Joseph d'Amiens SCHULHOF née LEVY Fleurette 2 avril 1901 à Verdun 14 rue Albéric de Calonne, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau SCHULHOF Raymond Délégué de l’Union générale des israélites de France (UGIF). 25 mars 1898 à Paris 14 rue Albéric de Calonne, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparu à Auschwitz-Birkenau SZENTGYOGYI Robert 23 juin 1900 70 boulevard de Pont-Noyelles, Amiens hongroise Interné à Drancy. Libéré le 18 août 1944 WAJNBERG née AJENBERG AssiaLes Wajnberg, une famille assassinée 14 septembre 1904 à Rowno (Russie) rue de Méharicourt, Rosières-en-Santerre (Somme) française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparue à Auschwitz-Birkenau WANJBERG BenjaminMobilisé le 1er septembre 1939 en tant que médecin. Cité à l'ordre du régiment, le 10 juillet 1940. 3 mai 1900 à Rowno (Russie) rue de Méharicourt, Rosières-en-Santerre (Somme) française convoi 66 du 20 janvier 1944. Interné à Auschwitz-Monowitz puis à Birkenau - matricule 172 830 à Auschwitz-Birkenau. Présence signalée à l'infirmerie du camp le 3 mai 1944. Décès enregistré sans date. WANJBERG Jean-Louis 24 avril 1935 à Amiens rue de Méharicourt, Rosières-en-Santerre (Somme) française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparu à Auschwitz-Birkenau WEILLER Benjamin 24 août 1866 à Krautergersheim (Alsace) 150 rue Laurendeau, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparu à Auschwitz-Birkenau WEILLER née HANEAU Estelle 2 septembre 1867 150 rue Laurendeau, Amiens française conduite à l'hôpital d'Amiens WEILLER Marcel 11 février 1894 à Saint-Quentin 150 rue Laurendeau, Amiens française convoi 66 du 20 janvier 1944. Disparu à Auschwitz-Birkenau
La rafle d'Amiens eut un prolongement sur le littoral picard où 6 ou 7 Juifs de nationalité française furent arrêtés, internés à Drancy et exterminés à Auschwitz-Birkenau.