La mort d'Alhoussein Camara, un jeune Guinéen arrivé en France en 2018 et travaillant dans une base logistique, résulte du tir d'un policier, le à Saint-Yrieix-sur-Charente dans la banlieue d'Angoulême en Charente. Le drame se produit peu avant la mort de Nahel Merzouk et dans des circonstances apparemment identiques, à ceci près qu'il n'y a ni témoin ni vidéo. Les résultats de l'enquête affaiblissent la thèse policière de la légitime défense.

Contexte À la suite de l'affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon, la loi sur l'usage des armes à feu par les policiers est modifiée en pour être alignée sur celle des gendarmes, autorisant les premiers à faire feu sur un véhicule alors qu'ils devaient jusqu'alors être en situation de légitime défense pour pouvoir faire usage de leurs armes..

Le terme laisse ainsi aux policiers le loisir d'évaluer la situation, et rend l'appréciation ambigüe en permettant aux policiers d'agir avant qu'un délit ne soit commis.

Ce changement dans la loi se traduit dans les faits par une augmentation des cas de tirs mortels de policiers sur des conducteurs récalcitrants, une étude statistique a montré que les tirs policiers mortels sur les véhicules en mouvement ont été multipliés par cinq entre avant et après le vote de la loi de 2017. Selon l'inspection générale de la Police nationale (IGPN) le nombre de tirs est resté constant, dans une fourchette de 137 à 170 entre 2016 et 2022. Selon le sociologue Sebastian Roché, spécialiste des polices dans l'Union européenne, en 2021, ont été enregistrés par la police nationale, pour 157 tirs, soit . De plus, . En comparaison, Mort de Nahel : Un chiffre « trompeur » du ministère de l’Intérieur sur les refus d’obtempérer, 20minutes, 29/6/2023.

La mort de Alhoussein Camara constitue la deuxième fusillade mortelle lors d'un contrôle routier en France en 2023. En 2020, il y a eu 3 décès, suivis de 2 en 2021 et 13 en 2022.

Protagonistes Alhoussein Camara

Alhoussein Camara est un jeune Guinéen de 19 ans arrivé en Charente en 2018. Originaire de Matam, l’une des six communes de Conakry, il résidait au foyer de jeunes travailleurs (FJT) Pierre-Sémard, dans le quartier de Bel-Air, à Angoulême. Il travaillait à la base d'Intermarché de Roullet..

Policier Âgé de 52 ans, il exerce en brigade de nuit de police-secours depuis 2006.

Version policière Selon la version de la police dans le cadre de l'enquête pénale en cours, la seule version disponible en l'absence de témoin ou de vidéo, Alhoussein Camara est repéré par la police alors que sa voiture (mais les policiers se sont contredits sur les raisons du contrôle, l'un d'eux a d'abord affirmé qu'il qu’Alhoussein Camara roulait de « manière saccadée », avant de dire en garde à vue que rien de particulier n'avait motivé le contrôle). Il est poursuivi sur environ . Quand une seconde patrouille , il accélère avant de s'arrêter à un feu rouge, où il est enserré par les deux voitures de police. Il aurait alors fait marche arrière puis . . Alhoussein Camara décède, atteint d'une balle dans le thorax. Le policier présente quant à lui une entorse au genou avec une incapacité totale de travail estimée à .

Enquêtes Garde à vue et information judiciaire Le , la famille d'Alhoussein Camara est reçue dans le bureau de la procureure de la République d'Angoulême, Stéphanie Aouine. Plus tard dans la matinée, la tante du jeune homme dépose une plainte pour homicide, au siège départemental de la gendarmerie.

Le , à du matin, le policier auteur du tir mortel est placé en garde à vue. Durant cette dernière, il maintient sa version des faits. Dans la soirée, il est mis en examen pour homicide volontaire et placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de détenir une arme et d'exercer son métier.

Les résultats de l'enquête contredisent la version policière: selon l'autopsie, Alhoussein Camara aurait été tué dans le dos par un policier, ce qui affaiblit la thèse de la légitime défense. Les vidéos de surveillance montrent que le jeune homme ne zigzaguait pas sur la chaussée, et n'attestent pas d'une course poursuite après l'interpellation. Les analyses toxicologiques sont négatives, alors qu'un policier décrivait un état d'ivresse.

Avocats Famille Le , l'avocat Arié Alimi, spécialisé dans les violences policières, fait savoir sur Twitter que la famille d'Alhoussein Camara l'a choisi pour défendre ses intérêts.

Policier

Réactions Dans Libération, le journaliste Daniel Schneidermann relève que la mort de ce jeune Guinéen n'a été pratiquement couverte que par la presse régionale.

Conséquences Marches blanches Une marche blanche en hommage à Alhoussein Camara est organisée le à Angoulême. Elle rassemble près de au départ du Champ-de-Mars parmi lesquelles Senkoun Sylla, ambassadeur de Guinée en France.

Un rassemblement pour Alhoussein Camara est organisé le à Grenoble par l'Association des Guinéens de Grenoble-Isère (AGIS) en partenariat avec plusieurs autres associations locales, dont l'Association pour les droits et l’accompagnement des livreurs indépendants (ADALI).

Enterrement de la victime Le corps d'Alhoussein Camara est rapatrié en Guinée, à Conakry, le ou le pour y être enterré le .

Références

Voir aussi Article connexe Refus d'obtempérer en droit français

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