Francisco Sánchez Gómez, connu sous le nom de Paco de Lucía En français, on doit prononcer son nom « à la française » ainsi : [pako de lusi:a] en alphabet phonétique international (API) appliqué au français ; et non « à l’italienne » : /Paco de Loutchia/ [pako de lutʃia], comme on l’entend souvent par erreur ; sachant qu’en espagnol-castillan standard son nom se prononce : [ˈpä.ko̞ ð̞e̞ lu.ˈθi.ä] en API appliqué à l’espagnol avec ses signes diacritiques, et que la prononciation andalouse se situerait un peu entre la prononciation à la française et le castillan standard. (né le à Algésiras, dans la province de Cadix, en Espagne, et mort le à Playa del Carmen, au Mexique) est un guitariste et compositeur espagnol. Il est considéré par plusieurs flamencologues, notamment Félix Grande et Guillermo Castro Buendía comme le meilleur guitariste de flamenco de tous les temps, et l'un des meilleurs instrumentistes de l'histoire de la guitare. Compositeur prolifique, il a notamment apporté des innovations importantes à la guitare flamenca. Nombre de ses pairs guitaristes se réclament de son influence. Il est le guitariste de flamenco contemporain le plus connu dans le monde. Sa reconnaissance est attestée par les nombreux prix et distinctions qui lui ont été décernés, dont le prix Prince des Asturies des arts, le plus prestigieux d'Espagne, et la médaille d'or du mérite des beaux-arts.
Enraciné dans une longue tradition dont il a su exprimer la quintessence, puis devenu pour le public le plus large la figure principale et la plus universelle du flamenco des dernières décennies, il a pu imposer l'évolution, voire la réforme, qui a porté cet art, pour un temps, sur les devants de la scène musicale internationale, en important de nouveaux rythmes issus du jazz, de la bossa nova ou des musiques caraïbes, de même que des traits empruntés à la musique classique. En témoignent, entre autres, la diversité de ses enregistrements ainsi que ses collaborations avec des musiciens internationaux comme Carlos Santana, Al Di Meola et John McLaughlin, le cinéaste Carlos Saura, et d'autres grandes figures du flamenco telles que Camarón de la Isla, Tomatito et Antonio Gades, avec lesquelles il a modernisé les concepts de base du flamenco originel.
Avec quelques enregistrements novateurs et controversés du (chanteur de flamenco) Enrique Morente (de la même génération que Paco de Lucía), considérés par certains « puristes » de la tradition flamenca comme « iconoclastes », Paco et Camarón représentent les grands initiateurs du courant de la génération suivante, qui expérimente la fusion avec de nombreuses musiques du monde. Malgré le rayonnement international que Paco de Lucía a donné à sa musique, malgré sa maîtrise de la guitare flamenca dans toute sa dimension traditionnelle, ces puristes ne lui ont jamais pardonné ses ouvertures (au jazz notamment) et estiment qu’il a « trahi » les racines idiomatiques du flamenco originel.
Tout au long de sa carrière, de 1961 à 2014, il a gravé en propre sous son nom , et participé à des créations musicales de chanteurs de flamenco ou d'interprètes de genres musicaux très variés.
Biographie Enfance et débuts Enfance vignette|gauche|alt=Photographie d'une maison blanche, vue depuis la rue|Maison natale de Paco de Lucía au 8, rue San Francisco, quartier de Fuentenueva, Algésiras en Andalousie.
Paco de Lucía naît dans le quartier de La Fuentenueva (rue San Francisco) et vit enfant dès l’âge de cinq ans dans le quartier de La Bajadilla (rue Barcelone) du port andalou d'Algésiras, une des deux communes les plus au sud de la péninsule Ibérique, juste à l'ouest de Gibraltar. Ce sont des quartiers populaires à prédominance gitane.. Dans la rue comme dans sa famille, il baigne depuis sa plus tendre enfance dans une ambiance musicale marquée par le flamenco.
Il est le plus jeune des cinq enfants du couple formé en 1934 par Antonio Sánchez Pecino (1908-1994) et par Lúzia Gomes Gonçalves (son nom en portugais, hispanisé en Lucía Gómez Gonzálvez ; mais Paco lui rendra hommage en 1998 sous son prénom portugais dans l’album intitulé Luzia). Sa mère est originaire du village de Montinho, pas très loin de la ville de Castro Marim (nom d’un autre album en 1981) au Sud du Portugal, et tout proche de la frontière espagnole.
La fratrie est composée de María Luisa, l’aînée et unique sœur (née en 1935), puis Ramón (né en 1938), Antonio junior (né en 1942), Pepe (diminutif de José, né en 1945) et enfin Paco (diminutif de Francisco, né en 1947). Les enfants sont tous les cinq initiés au (chant flamenco) ou au (jeu de la guitare flamenca), mais seuls Ramón, Pepe et Paco en feront leur métier.
Le père fait vivre, difficilement, sa famille nombreuse comme marchand de tissu ambulant, et, à l'occasion, marchand de fruits, ou encore ouvrier à l’usine. Mais il est aussi un bon guitariste de flamenco amateur, et sous le nom de scène d’« Antonio de Algeciras », il arrondit les fins de mois en jouant la nuit dans les et les fêtes locales. Là, il se rend compte qu’il y a pléthore de (chanteurs de flamenco, variante dialectale andalouse du castillan qui signifie chanteurs en général), pas toujours par défaut d’accompagnement, justement parce qu’on manque de guitaristes ; c’est pourquoi il initie promptement la formation professionnelle de ses fils en les orientant vers cet instrument. Le flamencologue américain Donn E. Pohren considère même que le père a conçu très tôt pour ses enfants un grand projet de carrière artistique, à son sens plus lucrative que les travaux subalternes dans lesquels il s’épuisait le jour tout en vivant chichement. Les Sánchez sont donc une famille , mais entre les fêtes et le petit commerce, ils vivent dans une telle proximité avec la communauté des Gitans que ceux-ci iront jusqu’à surnommer Antonio père .
vignette|redresse|alt=Photographie en vue partielle, en noir et blanc, en plan rapproché, d'un guitariste assis, au visage vu de trois quart profil, concentré, tenant sa guitare assez haute|Paco de Lucia en 1972, au regard concentré et « brûlant de duende » (voir ci-dessous la section consacrée au duende de Paco, ainsi que la photo complète à la section Convergence).
Dès son plus jeune âge, l'environnement de Paco de Lucía est donc favorable à l'apprentissage du flamenco, tout d'abord par son père, qui lui donne ses premières leçons dès l'âge de cinq ans. et lui impose bientôt de travailler douze heures par jour, seul ou en compagnie de ses frères Pepe et Antonio.
Selon une tradition andalouse, il doit son surnom au prénom de sa mère, Lucía., portugaise de naissance ; il était désigné tout jeune comme . ou , ce qui par la suite deviendra le titre d'un ouvrage qui lui sera consacré.. Au moment de prendre un pseudonyme, il a voulu lui rendre hommage, tout comme son frère Pepe de Lucía, alors que leur frère aîné Ramón de Algeciras avait choisi, comme beaucoup de chanteurs de rue, et aussi comme leur père Antonio, de prendre le nom de leur ville ou village.
Après leur travail, les que fréquente leur père (entre autres les guitaristes Melchor de Marchena et El Titi de Marchena, qui sera son premier professeur)., prolongent les nuits festives dans le patio de la maison familiale. Puis ses frères aînés stimuleront aussi son premier apprentissage : Ramón de Algeciras déjà reconnu comme guitariste de talent et Pepe de Lucía qui mène très tôt une carrière de chanteur de flamenco. Il explique lui-même ainsi sa vocation et sa précocité : Il quitte définitivement l'école à onze ans. Son père estime que les finances familiales ne permettent plus à son fils de suivre une formation scolaire, et préfère qu'il se consacre exclusivement à la guitare, espérant que le talent qu'il a décelé en lui puisse aider à subvenir aux besoins de la famille. Le travail acharné que fournit Paco, tout au long d'un apprentissage étroitement encadré par son père, finit par payer. En 1958, à seulement onze ans, il donne sa première représentation à la radio locale d'Algésiras. Sa prestation est alors considérée comme stupéfiante, sa technique déjà très sûre.
Premières prestations, premiers prix et engagements À Jerez de la Frontera, à l'âge de quatorze ans, Paco participe avec son frère Pepe au Concours international ou d'Art Flamenco de 1962. Pepe y gagne le premier prix du chant pour ses , et Paco pour sa part, trop jeune pour être dans la catégorie générale, remporte le prix spécial, ou prix Javier Molina, créé tout exprès pour lui. La même année, toujours à quatorze ans, il est engagé comme guitariste dans la compagnie de danse José Greco et effectue sa première tournée aux États-Unis.. À New York, il rencontre Mario Escudero et Sabicas, deux guitaristes espagnols réputés qui l'encouragent à mener une carrière de soliste. Sabicas en particulier l'encourage à composer sa propre musique, plutôt que de reprendre les succès d'el Niño Ricardo, son maître. Paco confesse que cette phrase de Sabicas fut pour lui une révélation qui a changé sa vie, et qu'il raconte ainsi :
Premiers enregistrements Dès 1961, à treize ans, Paco enregistre ses premiers disques chez Hispavox comme accompagnateur de son frère le Pepe de Lucía, sous le nom de , trois disques de quatre chansons chacun, qui seront réédités remastérisés en CD en 2016, Warner Music Group, .. Puis en 1963, les mêmes Chiquitos de Algeciras enregistrent un LP de douze titres sous le titre cante flamenco tradicionalHispavox HH 10-218 : ., réédité en 1982, puis en CD en 1995, en 2003.., et enfin en 2016 en un double CD réunissant treize titres de 1963 (les douze initiaux plus un bonus) et quinze titres de 1961 (les douze déjà enregistrés en trois EP plus trois inédits).
En 1964, il enregistre son premier disque en solo, (un super , ou EP, de ). L'accueil réservé à ses compositions personnelles dans le milieu du flamenco et le succès de ses concerts font que son talent et sa technique instrumentale commencent à être plus largement reconnus. S'ouvrent alors à lui d'autres horizons musicaux.
Envol international Enregistrements et rencontres importantes vignette|alt=Photographie montrant un homme jouant de la guitare.|gauche|Paco de Lucía au festival Málaga en Flamenco (2007).
De 1964 à 1967, il enregistre quatre albums LP, d'abord avec le guitariste Ricardo Modrego qu'il avait connu quand ils travaillaient ensemble pour le () José Greco, et qui avait ses entrées dans la compagnie Philips Music, puis avec son frère aîné Ramón de Algeciras. Ces disques montrent un Paco à la fois très enraciné dans la tradition flamenca la plus pure, et maîtrisant déjà solidement les techniques de la guitare flamenca moderne. Au cours de l'année 1967, Paco enregistre aussi son premier album complet en solo sous le titre La fabulosa guitarra de Paco de Lucía, rappelant le titre de son premier super en solo (extended play, de ) de 1964 : La guitarra de Paco de Lucía (réédité en CD en 2003 sous le titre Por descubrir, en complément de l'intégrale publiée en par Philips puis Universal Music).
Après l'effondrement du nazisme en 1945, la dictature instaurée par Franco réaffirme son anticommunisme, et rejoint le camp occidental alors que s'ouvre la période de guerre froide. Dans les années 1950, la culture espagnole, marquée par le conservatisme et le nationalisme du régime franquiste depuis la guerre civile d'Espagne de 1936, s'expose de nouveau aux influences extérieures, notamment américaines.. Le jazz, banni dans les années 1930 des diffusions radiophoniques et des scènes musicales, est de retour dans le pays. Dans le courant des années 1960, en plein développement du miracle économique espagnol, l'ouverture au monde de l'Espagne s'approfondit. À son niveau, Paco de Lucía y contribue..