Callirhoë, , est un ballet symphonique sur un livret d'Elzéard Rougier et une musique composée par Cécile Chaminade. L'œuvre est créée le au Grand Théâtre de Marseille.
Composition Cécile Chaminade compose son ballet en 1888 sur un livret d'Elzéard Rougier dont le thème est inspiré de celui de Callirrhoé, une princesse esclave dont s'est éprit Alcméon. Elzéard Rougier s'est inspiré de la lecture d'un poème d'Anacréon pour écrire son livret. Il l'avait d'abord présenté à Benjamin Godard, mais ce dernier, occupé avec son opéra Jocelyn, renvoya l'écrivain vers Cécile Chaminade.
Argument L'action se passe dans un bourg de Patras. Les esclaves d'Alcméon viennent remplir leurs amphores à la fontaine d'un parc en bord de mer. Callirhoé, princesse esclave dont est épris Alcméon, ne rêve que de retrouver sa liberté et refuse donc ses faveurs au jeune homme. Plongée dans un ennui mortel, ses compagnes l'invitent à danser. Elle esquisse quelques pas de danses avant de se retirer du côté de la mer. Alcméon arrive, interrompant la musique et les danses, cherchant Callirhoë. Lorsqu'il la trouve, il lui déclare son amour, mais cette dernière reste de marbre face aux suppliques et aux prières du guerrier. Il décide alors de lui offrir des biens précieux : colliers, bracelets, tissus… C'est une écharpe noire qui attire son regard, et elle s'en drape comme d'un vêtement de deuil, esquissant alors quelques pas mélancoliques avant de s'éloigner vers la mer. Alcméon, resté seul, médite sur sa situation, lorsqu'un éclair embrase la statue de Vénus, comme un présage, poussant le guerrier à lui faire une offrande. Un cortège religieux entoure alors la statue de la déesse, sous un ciel sombre, lui prodiguant offrande et prières jusqu'à ce qu'un rayon de soleil frappe la mer. Vénus sort de la mer en majesté, et vient jusqu'à Alcméon, congédiant la foule. Vénus promet à Alcméon le cœur de Callirhoë, avant d'envoyer des Amours chercher la princesse esclave. Callirhoë résiste au pouvoir de la déesse, aux tentations des Amours et aux plaisir qui lui sont offerts. Irritée, Vénus ordonne à ses Amours de poursuivre la princesse de flèches, obligeant la princesse à fuir jusqu'à se jeter dans la mer du haut d'une falaise. Vénus transforme alors Callirhoë en statue de marbre. Alcméon en reste stupéfié, et Vénus lui dit d'oublier ses amours douloureuses pour la jeune femme, tout en lui expliquant que la fontaine à laquelle il va boire sera désormais appelée la Fontaine Callirhoë et que quiconque y boira sera guéri du mal d'aimer. Mais Alcméon préfère la souffrance d'un amour perdu à l'oubli de celle qu'il aimait. C'est alors que surviennent des pâtres et des bergères touchés du mal d'aimer. Alcméon les invite alors à boire l'eau de la fontaine, ce qu'ils font, et commence alors une fête joyeuse pour célébrer la liberté retrouvée de leurs cœurs. Le maître des lieux n'est cependant toujours pas prêt à oublier Callirhoë et il préfère mourir. Vénus, touchée par l'amour qu'éprouve le jeune homme, ranime alors la statue. Callirhoë revit et a comme l'air de s'éveiller d'un songe : elle peut enfin aimer Alcméon. À cette union, tout le monde prend part, de la déesse aux esclaves, tous fêtent ce bonheur enfin acquis dans une farandole bondissante et radieuse.
Structure Si le ballet comprend vingt-et-un mouvements, il existe aussi deux versions, n'ayant pas le même nombre de mouvements. La suite d'orchestre comprend quatre mouvements, tandis que la suite pour piano en contient six.
Ballet Le ballet se compose de vingt-et-une parties :
Prélude Scherzo (musique de scène) Pas des Amphores Entrée d'Alcméon (musique de scène) Pas du Voile Pas des Écharpes Orage (musique de scène) Marche religieuse – Cortège – Entrée de Vénus Callirhoë est livrée à Vénus et aux Amours (musique de scène) Scherzetto Divertissement Andante Pas du Guerrier Variation Danse orientale Valse Comprend : Callirhoë est changée en statue par Vénus Désespoir d'Alcméon Scène pastorale La statue s'anime. Callirhoë ouvre enfin son cœur à l'amour Valse finale
Suite d'orchestre Elle se compose de quatre mouvements :
Prélude Pas des écharpes Scherzettino Pas de cymbales
Suite pour piano Elle se compose de six mouvements :
Air de ballet Pas des amphores Pas des écharpes (Scarf Dance) Callirhoë Danse pastorale Dans orientale
Création L'œuvre est créée au Grand Théâtre de Marseille le du fait de la difficulté de monter un ballet à Paris. La mise en scène est faite par Victor Natta. L'œuvre est jouée sous la direction d'Édouard Brunel. Le troisième mouvement, le , est bissé le soir de la première. Elle est rejouée dans plusieurs villes du sud de la France, comme à Lyon en 1891, à Bordeaux en 1901 ou à Cannes en 1913. L'œuvre est aussi rejouée à Toulouse en 1910. Elle est aussi et Deauville, bien qu'on ne connaisse pas les dates.
Critique et postérité
Création et années 1890 Lors de la création à Marseille, le ballet est bien accueilli et la compositrice est considérée comme une bonne continuatrice de Léo Delibes. La diffusion de l'œuvre se fait néanmoins par le concert et non par la scène. Dans le journal Angers-artiste, Callirhoë y est décrit comme profitant de l'élégance et de la variété des motifs. Le journal mention l'édition de l'œuvre aux éditions Enoch et Costallat, mais soulignent aussi la difficulté du jeu pour les pianistes. Dans La Vedette, Callirhoë est encensée, louant à la fois la musique de Cécile Chaminade mais aussi le poème d'Elzéard Rougier. Le Figaro fait double coup lors de la création : il en parle dans un court article comme d'une réussite, mais offre aussi une réduction pour piano de la Danse pastorale.
Charles Lamoureux programme des extraits d'une suite pour orchestre tirée de l'œuvre dès 1889 mais cette suite pour orchestre ne sera jouée dans son intégralité qu'en 1890 par l'Orchestre Colonne. Quelques critiques lui trouvent une ressemblance avec le poème symphonique Le Rouet d'Omphale de Camille Saint-Saëns. Cependant, sous les louanges faites à Cécile Chaminade se cachent des préjugés misogynes, à l'exemple du Gil Blas qui écrit . Le , c'est donc les Concerts Lamoureux qui programment deux extraits de la suite pour orchestre, le Scherzettino et le Pas des Cymbales, aux côtés de la Symphonie de Felix Mendelssohn, le duo de Béatrice et Bénédict d'Hector Berlioz, un concerto pour piano de Piotr Ilitch Tchaïkovski (soit le Concerto pour piano , soit le Concerto pour piano ), Rêves (l'un des Wesendonck-Lieder) et les Adieux de Wotan (extrait de l'acte de La Walkyrie) de Richard Wagner et enfin l'ouverture dEuryanthe de Carl Maria von Weber.
Le , l'œuvre est jouée au Théâtre du Châtelet par l'Orchestre Colonne parmi d'autres œuvres comme la Symphonie de Franz Schubert, des variations de Robert Schumann, un scherzo de Camille Saint-Saëns, le poème symphonique Psyché de César Franck ainsi que la marche du Tannhäuser de Richard Wagner. La presse confirme, après ce concert, l'intérêt du public pour l'œuvre, et notamment pour le troisième mouvement, le Scherzettino, tout en félicitant la concision et l'orchestration, cette dernière étant d'. La même année, au Casino de Monte-Carlo, c'est la suite pour orchestre qui est jouée pour la première fois avec succès, aux côtés d'œuvres comme une , qui est probablement la Symphonie de Wolfgang Amadeus Mozart, l'ouverture symphonique Béatrice d'Émile Bernard et des fragments symphoniques de Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns.
En a lieu la première représentation du ballet au Grand Théâtre de Lyon, sous la direction d'Alexandre Luigini et dansé par , avec un grand succès.
En 1892, la suite d'orchestre est jouée au Casino de Monte-Carlo à Monaco, pour la deuxième fois, aux côtés d'œuvres comme la Symphonie de Károly Goldmark, des fragments symphoniques de Die Meistersinger von Nürnberg de Richard Wagner, et les pastiches d'airs et de danses du Roi s'amuse de Léo Delibes. En parallèle, des morceaux de l'œuvre sont aussi joués à la salle Érard à Paris à quatre mains par la compositrice elle-même accompagnée de Léon Delafosse, dans un concert centré sur les œuvres de Cécile Chaminade, avec notamment l'un de ses deux trios pour piano, violon et violoncelle, des romances parmi lesquelles L'Anneau d'argent, des pièces de musique de chambre ainsi que des fragments de La Sévillane. Toujours cette année là, le ballet est repris au Grand Théâtre de Marseille, cette fois avec sur une chorégraphie de .
Des morceaux de Callirhoë sont joués au concert, comme à la salle Pleyel le , où des parties du ballet sont au piano par et la compositrice elle-même. Le , c'est un concert à la salle du Trocadéro qui est donné au bénéfice de , ancienne pensionnaire de la Comédie-Française. En plus de Callirhoë sont joués : une sonate pour orgue de Félix Mendelssohn, les mélodies Manon au Cours-la-Reine et Les Ailes de Charles-René, une scène dOrphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck, le grand air du Prophète de Giacomo Meyerbeer, un air des Saisons de Jean-Baptiste Lully, le duo du Roi d'Ys d'Édouard Lalo, une mazurka d'Henryk Wieniawski, I Tre Giorni de Jean-Baptiste Pergolèse et une Fantaisie pour violoncelle. Deux fragments de Callirhoë ont été interprétés par Cécile Chaminade elle-même secondée de Gabrielle Turpin : L'''Intermède et le Pas du Voile qui a été bissé. Entre temps, le , le ballet est repris au Grand-Théâtre de Marseille, avec toujours le même succès, dansé par . Enfin, le , au Jardin d'acclimatation de Paris, la suite orchestrale est jouée avec l'ouverture des Dragons de Villars de Louis-Aimé Maillart, les Scènes alsaciennes de Jules Massenet, La Vision de Jeanne d'Arc de Charles Gounod, l'ouverture Patrie de Georges Bizet, la de Ludwig van Beethoven (il s'agit probablement du Trio à cordes ) et la Schiller-Marsch de Giacomo Meyerbeer.
En 1895, le ballet est rejoué à nouveau à Marseille, toujours avec succès. La suite d'orchestre est, quant à elle, jouée au Casino municipal de Nice, lors d'un concert où sont aussi joués parmi les modernes de l'époque, le Nocturne de l'acte de La Navarraise et la Méditation de Thaïs de Jules Massenet. Cette fois, cependant, c'est Le Pas des Cymbales qui est remarqué. Cette même année, Émile Risacher publie son neuvième Annuaire des artistes et de l'enseignement dramatique et musical, dans lequel il mentionne Cécile Chaminade au travers de Callirhoë et de sa symphonie dramatique Les Amazones, chacune des deux œuvres ayant été jouées par Lyon et Marseille.
En 1898, le Pas du Voile et le Scherzettino de la suite pour orchestre sont joués aux Concerts Colonne.
Années 1900 et postérieures
Années 1900 En 1901, le journal stambouliote Istanboul annonce que le catalogue des œuvres de Cécile Chaminade (édité notamment chez Durand, Hamelle, Heugel, Grus, Ricordi et Enoch) classe la musique de Callirhoë parmi les musiques dramatiques. La même année, au Nouveau-Théâtre, les concerts Colonne jouent à nouveau la pièce avec l'ouverture dEuryanthe et le Concertstuck pour piano de Carl Maria von Weber, le Trio no 2 de Cécile Chaminade et Lola de Camille Saint-Saëns.
En 1906, la Revue musicale de Lyon mentionne une nouvelle représentation du ballet, qualifié de ballet-pantomime, à Marseille, en pendant du ballet Javotte de Camille Saint-Saëns.
Années 1910