Gilles Alfera (de son nom de naissance Gilles Ferrand) est un peintre et graveur français né le à Neuilly-sur-Seine. Outre la peinture et la gravure, il se consacre également à l’édition de livres d’artiste, souvent inspirés de textes fondateurs, mystiques ou métaphysiques, ainsi qu’à la poésie.

Biographie Aîné d’une fratrie de quatre enfants, Gilles Alfera (alors Gilles Ferrand) passe sa jeunesse à Neuilly-sur-Seine et Courbevoie au sein d’une famille de médecins, d'ascendance germanique (famille Pfeiffer, Palatinat - comportant entre autres l'homme politique Maximilian Pfeiffer ou le diplomate Peter Pfeiffer) et du Nord de la France (famille Caulliez-Mazure). Son père, Guy Ferrand, est chirurgien et sa mère, Madeleine Ferrand, (nom de jeune fille Caulliez), pédiatre. Il a deux frères, Daniel et Alexis, et une sœur, Isabelle. De santé fragile dans l'enfance, il attrape de nombreuses maladies infantiles et une typhoïde qui aurait pu lui être fatale. Sa scolarité est traversée par treize établissements scolaires différents et un certain chaos, pour se clore par deux années de classes préparatoires de Mathématiques supérieures qui n’aboutiront à aucune inscription durable en études universitaires. Après ses études de mathématiques inachevées, il intègre l'Académie Julian à Paris sous la direction de Claude Schürr, puis fait un passage aux Beaux-Arts de Paris, section “Architecture” (1964-65). Décidant de faire de la peinture son activité principale, il s’installe en 1965 à Neauphle-le-Château, où il établit son atelier.

Au cours de son passage universitaire, Gilles rencontre l'organisation politique Socialisme ou Barbarie, avec laquelle il va militer pendant  les années 1961 à 1964, époque de sa découverte de l’œuvre de René Guénon, ésotériste et philosophe orientaliste français. À l'analyse très innovante de la société industrielle et bureaucratique de Socialisme ou Barbarie, l’œuvre de René Guénon apporte un approfondissement inattendu au travers de deux ouvrages : Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps et La crise du monde moderne, livres dans lesquels l'auteur énonce les raisons séculaires de notre situation actuelle. L'ensemble de cette œuvre magistrale va déterminer, jusqu'à aujourd'hui, la peinture de Gilles Alfera.

Démarche Alfera se consacre à une peinture de tendance abstraite sous-tendue par le langage symbolique, ainsi que, (quoique plus tardivement), à une peinture de paysages.

«Peintre, il [Gilles Alfera] travaille par juxtaposition d’aplats, hauts en couleurs tout en étant accordés pour une célébration joyeuse. Son œuvre se partage entre deux tendances. Son inspiration la plus profonde est d’origine spirituelle. Dans les peintures de cette catégorie, les peintures intentionnelles, l’architecture apparemment abstraite de la composition inclut quelques symboles clairs, dont l’autel, la croix, le ciboire. A la seconde tendance ressortent des abstractions paysagées, voire clairement des paysages, qui se souviennent du de Staël de la période d’Antibes, avec lesquels Gilles Alfera se rassure sur son aptitude à apprécier la beauté de la création». Jacques Busse, in Benezit, 1996.

Gilles Alfera peint volontiers à même la nature, voyageant en France et en Europe à la recherche des lieux d’inspiration. Il aime peindre des paysages façonnés par l’homme avec des champs, des haies, des chemins… une église, ainsi que quelques marines. Pour ce qui est de sa peinture symbolique, sans être spécifiquement un art “religieux”, cette partie de son œuvre, qualifiée “d’œuvre intentionnelle” par Jacques Busse, s’inscrit dans l’art sacré contemporain. Plus précisément, il veut  montrer par ses peintures, ses gravures et ses livres d'artiste inspirés des grands textes de la Tradition, que le vocabulaire symbolique de l’Art sacré constitue une source de création.“Gilles Alfera, dont certaines œuvres sont intentionnelles, ne cherche pas à faire de l’art religieux comme certains peuvent l'entendre. Il désire retrouver la foi des symboles (...). Gilles Alfera désirerait, en quelques images très simples, montrer qu'il existe sans doute une sagesse depuis longtemps oubliée. René Déroudille, in Lyon Matin, 24 décembre 1991.

La démarche d'Alfera se caractérise par le souci d'une identification à l'esprit des ouvrages traditionnels.

“L'art d'Alfera essaie de retrouver lucidement, pour aujourd'hui et pour demain, la démarche longtemps commune à tous les arts (et tous les métiers) des civilisations "traditionnelles", civilisations du silence, de la lenteur, de la contemplation du mystère dans la densité même des choses.” Olivier Clément - présentation d'Alfera, 1979 (Plaquette éditée à l'occasion du colloque de St Merri "Langage symbolique et approche du Sacré").Toutefois, il ne revendique aucun rattachement ni dogme, et peint selon ce que lui offre spontanément l'évocation du thème qu'il développe.

"Alfera n'aime pas trop se raconter ni commenter ce qui s'offre dans l'évidence du trait. Il préfère laisser la parole à sa peinture, ou à ceux qu'elle touche". Éric Vinson, Revue Prier, 2003.

Œuvres

Livres d'artiste En poète, Alfera apprécie les textes fondateurs ou les grands textes mystiques. On retrouve cette influence dans les textes personnels qui accompagnent ses livres d'artiste (Graduel, Anna, Cantique...). La présence du Livre d'artiste est donc une caractéristique importante de son œuvre, un format qui lui permet d'exprimer cette appétence pour l'écriture, la mise en page et la typographie. 1978 - Graduel- Textes et douze gravures polychromes de Gilles Alfera. Présenté pour la première fois au public lors du colloque "Formes Célestes et images de ce monde", avec une introduction catalogue par Olivier Clément 1986 - Anna - Recueil de poésies et de gravures originales de Gilles Alfera. 1988 - L'Arrière-garde- Eaux-fortes de Gilles Alfera sur un texte original de Vincent La Soudière, écrivain et poète français ami du peintre mort en 1992. 1989 - Cantique - Douze poèmes de Gilles Alfera accompagnés de ses gravures originales, illustrant les fêtes des trois religions du Livre (Préface par Gérard de Sorval, ancien haut fonctionnaire, dans une seconde édition au format livre d'artiste comportant les textes seuls). Livre d'artiste commandé au peintre par Olivier Clément pour l'Association des Écrivains Croyants d'Expression Francophone à l'occasion de la parution du livre Célébrer Dieu, Editions Univers-Média,1980. 1992 - Tao Te Jing - Livre d’artiste avec des extraits du Livre de la Voie, attribué à Lao Tzeu sur la base de la traduction d'une édition traduite par Pierre Leyris et François Houang, Edition du Seuil dans sa collection Point-Sagesse. 1994 - Bhagavad-Gita. Livre d'artiste comportant des gravures de Gilles Alfera illustrant des extraits de textes de la Bhagavad-Gita traduits par Anne-Marie Esnoul d'après le texte sanskrit établi par Olivier Lacombe ; publiée par la Librairie Arthème Fayard, la traduction fût rééditée aux Editions du Seuil dans la collection Sagesse. En regard de chaque stance figurent les références qui permettent de replacer l’extrait dans le corps du texte - de I à XVIII - et à sa place dans le cadre de la publication intégrale de la BHAGAVAD GITÀ. Postface rédigée par Un moine d'Occident (pseudonyme), portier de la Grande Trappe de Soligny (Orne, 61) et intitulée Il n'y a qu'une métaphysique. 1994 - Supplique pour parvenir au bon usage de l'œuvre (ou La Prière ouvrière) - Anonyme - prière ouvrière préfacée par un moine de L'Abbaye de La Pierre-qui-Vire. 2000 - Granum sinapis (Grain de Sénevé) - poème, né dans la vallée du Rhin au quatorzième siècle attribué à Maître Eckhart. Texte rédigé en Haut-Allemand, traduit par Antoine de Vial. Au regard de chaque strophe figure la composition originale du manuscrit Hs.K1222 de la Badische Landesbibliothek de Karlsruhe.

Collaborations

Les rencontres et projets émaillent le parcours de Gilles Alfera, avec toujours le fil rouge des grands textes, du symbolisme, ou de l'art roman. Dès 1972, il est invité à un dialogue avec Angelico Surchamps qui est publié dans la Revue Zodiaque N° 93, D'une peinture moderne symbolique, sous-titre dialogue autour d'un art moderne symbolique. En 1979, il participe au Colloque Langage symbolique et approche du Sacré en l'église Saint-Merri de Paris (3ème) -Gilles Alfera a connu Xavier de Chalendar dans ses fonctions d’aumônier de la Paroisse du Lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. Cette exposition se complètera par un Colloque de deux mois (avril à ) ayant pour titre Langage symbolique et approche du sacré, et pour lequel Gilles Alfera réalisera un audiovisuel intitulé Formes célestes et images de ce monde où il montre la proximité de son travail avec l'esprit de l'Art Roman (images puisées au fonds photographique des Editions Zodiaque). Seront également intervenants à ce colloque Jean Tourniac, Frédérik Tristan, Marie-Madeleine Davy, Paul Barba Negra, Olivier Beigbeder, Olivier Clément, Georges Jouven, Nadjm Oud-Din Bammate et Jean-Pierre Bayard. En 1980, à l'occasion de l'Année de Saint Benoît [célébration des 500 ans de la mort de Saint Benoît], il est invité au Cloître des Prémontrés de Pont-à-Mousson à une exposition itinérante [tirages grand format d'art roman] intitulée L'Entrée dans le cloître, fruit d'une collaboration avec Dominique Ponnau et le Père Lin de Saint-Benoît-sur-Loire, avec le soutien de la Délégation aux célébrations nationales. En 1993, il illustre le livre de Marcel Rist Ici ailleurs : en deux itinéraires et un au-delà, et en 1998 un texte de Jean-Yves Hameline La Croix, la trace et le regard pour Chroniques d'art sacré. En 1999, il illustre le Missel des dimanches aux Editions du Cerf. 2011 est l'année de naissance de son livre d'artiste réalisé à quatre mains Obéir à Gavrinis: ce livre d'artiste comporte 18 eaux-fortes polychromes accompagnées de 18 aphorismes poétiques du poète Antoine de Vial, avec une préface de Charles-Tanguy Leroux, conservateur général du patrimoine de Bretagne et préhistorien, et une postface de Denis Vialou, professeur émérite en préhistoire de Sapiens. Les travaux d'illustration ainsi que les textes et poèmes sont directement inspirés des dalles gravées du site archéologique de Gavrinis, Cairn de Larmor-Baden, Ile de Gavrinis (56). Pour les illustrations, Alfera s'est aidé des relevés de l'archéologue irlandaise, le professeur Elizabeth Twohig, du University College Cork. En 2012 paraît le livre Obéir à Gavrinisd'Antoine de Vial aux Editions Orizons, L'Harmattan, illustré de 18 reproductions en noir et blanc d'eaux-fortes polychromes de Gilles Alfera [issues du livre d'artiste Obéir à Gavrinis, 2011]. En 2016, les Éditions Scriptoria publient Alfera et Rufus aussi, ouvrage à deux mains fruit d'une collaboration avec Rufus, acteur : dans cet ouvrage, Rufus partage sa vision de l'art de Gilles Alfera, au regard de chaque photo de tableau. En 2019, Alfera réalise un Chemin de Croix pour l'église Saint-Paul du Sanitas à Tours, dont il est fait mention dans un documentaire diffusé sur France 2.

Expositions personnelles