Gaston Doumergue, né le à Aigues-Vives (Gard) et mort le dans la même ville, est un homme d'État français. Il est président de la République française du au .

Chargé d'importants portefeuilles ministériels, il est, une première fois, nommé président du Conseil en 1913, mais est contraint de laisser le pouvoir quelques mois après sa nomination. Élu président du Sénat en 1923, il est l'année suivante élu président de la République pour un mandat de sept ans ; il succède à Alexandre Millerand, démissionnaire.

À l'issue de son mandat, refusant de concourir à sa succession, Doumergue se retire mais préside ensuite un gouvernement d'union nationale lors de la crise créée par les émeutes du 6 février 1934.

Situation personnelle Origines protestantes Gaston Doumergue est issu d'une famille d'agriculteurs protestante languedocienne relativement modeste. Son père, Pierre Doumergue, est propriétaire vigneron à Aigues-Vives. Sa mère, Françoise Pattus., l'élève dans la foi protestante. et l'admiration des idées républicaines...

Il est le grand-oncle de la dramaturge Colette Audry. et de la réalisatrice de films Jacqueline Audry.

Gaston Doumergue est scolarisé au lycée de garçons de Nîmes, futur lycée Alphonse-Daudet..

Élève brillant, il affirme avoir appartenu à la , après la défaite de 1870..

Rien ne le destine à la politique mais un de ses ancêtres était activement engagé dans les affaires communales. En 1836 son grand-père avait refusé sa nomination comme maire du village en raison de la modestie de sa fortune à cette époque où le suffrage était censitaire..

Magistrature Après une licence et un doctorat de droit à la faculté de droit de Paris, il s'inscrit en 1885 au barreau de Nîmes et participe au procès retentissant du député-maire socialiste de Nîmes Numa Gilly sur le site de l'Assemblée nationale.. (poursuivi pour avoir accusé de corruption - mais sans preuves tangibles - la majorité des membres de la commission du budget) avant d'entrer en 1890 dans la magistrature et être affecté en tant que substitut à Hanoï, en Indochine..

Son séjour est bref car à la mort de son père en 1891, il revient en métropole .Sa mère est morte en 1920., avant d'être nommé juge de paix en Algérie française, dans le canton d'Aïn El Arbaa..

Parcours politique Débuts au Parlement (1893-1901) En 1893, Gaston Doumergue revient dans son lieu de naissance à Aigues-Vives. Encouragé par sa mère qui suit pas à pas sa carrière., il se porte candidat à une élection législative partielle en , destinée à pourvoir avant l'ouverture de la prochaine session parlementaire le siège d'Émile Jamais, ami de longue date, certes réélu en août 1893 mais mort subitement le .

vignette|160px|gauche|Gaston Doumergue.

Gaston Doumergue est élu député radical de Nîmes, battant au second tour, avec , le maire de Nîmes, Gaston Maruéjol, qui n'en obtient que 24Gaston Maruéjol (1847-1912), Imprimerie coopérative la Laborieuse, Nîmes, 1921, 204 pages...

Il assiste au banquet donné à Lyon par le président Sadi Carnot le lors duquel ce dernier est mortellement poignardé par l'anarchiste italien Caserio. Cet événement lui fait prendre conscience du sérieux et du danger de l'exercice du pouvoir..

Gaston Doumergue est réélu député le , au premier tour du scrutin, par contre le conservateur Albert de Nesmes-Desmarets. Très impliqué dans la politique coloniale de la France, ses interventions à la tribune sont bien accueillies sur les bancs de gauche, car il reproche aux gouvernements successifs leur interventionnisme militaire, notamment l'occupation de Madagascar.. Dès 1894, il avait dénoncé la de l'opinion publique vis-à-vis des dérapages de la politique coloniale, masquant selon lui des pillages dans les territoires conquis et une certaine violence de l'administration..

Ses convictions laïques et républicaines lui font prendre fait et cause pour le capitaine Alfred Dreyfus. Ses mandats successifs sont aussi l'occasion pour lui de défendre les petits producteurs agricoles. Son influence au sein de la gauche grandit. Gaston Doumergue est élu député pour la troisième fois le , dès le premier tour.

Franc-maçon depuis 1901, Gaston Doumergue a été initié au sein de la loge L'Écho du Grand Orient à l'Orient de Nîmes, Grand Orient de FranceJournal de la GLDF, novembre 2008 et Dictionnaire de la franc-maçonnerie, sous la direction de Daniel Ligou, PUF, Paris..

Portefeuilles ministériels (1902-1910) Sous la présidence d'Émile Loubet, Gaston Doumergue est nommé ministre des Colonies dans le gouvernement dirigé par Émile Combes, de 1902 à 1905.

Il sera ministre sans interruption de 1906 à 1910, d'abord au Commerce et à l'Industrie, où il crée la direction de la marine marchande, puis à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts, à partir de 1908, en remplacement d'Aristide Briand. À ce titre, Gaston Doumergue prononce le un discours, au nom du gouvernement, lors du transfert des cendres d'Émile Zola au Panthéon, louant l' de l'écrivain., de même qu'il a, le précédent, défendu l'organisation de la cérémonie de translation à la tribune de l'Assemblée, contre les anti-dreyfusards..

Fervent partisan de l'école laïque, il déclenche la guerre scolaire la plus violente de l'histoire de France en déposant en deux projets de visant à punir les familles qui empêchent leurs enfants de suivre un enseignement, même anticatholique. Il reçoit à cette occasion du polémiste Édouard Drumont le surnom d'.. Dans le domaine scolaire, Gaston Doumergue plaide en faveur de l'enseignement de l'arabe en Algérie..

Gaston Doumergue devient par ailleurs vice-président de la Chambre des députés durant une année, de à , entre ses deux ministères. En 1910, il est élu sénateur du Gard., après le décès de Frédéric Desmons. Gaston Doumergue est réélu en 1912 et en 1921..

Premier gouvernement (1913-1914) vignette|180px|gauche|Gaston Doumergue, président du Conseil. Du au , il est président du Conseil et ministre des Affaires étrangères à la demande du président Poincaré, qui cherche en Doumergue un conciliateur capable de former un cabinet « d'entente républicaine ».. Dès lors, il s'attache à concilier les revendications du parti radical et l'intérêt du pays, dans un horizon international qui s'obscurcit : l'homme d'État prend le pas sur l'homme de parti... Gaston Doumergue doit défendre la loi du service militaire de trois ans, qu'il a votée, non sans scrupule, en : .. La proposition de création d'un impôt sur le revenu par son ministre des finances Joseph Caillaux déclenche une polémique au sein des conservateurs, mais est finalement votée en par un Sénat qui y était hostile depuis cinq ans. L'« affaire Calmette » qui aboutit à la démission du ministre met en difficulté le gouvernement alors que se termine la législature et que s'amorce une campagne électorale délicate. Doumergue avait cependant prévenu qu'il ne ..

L'heure est à la politique de réarmement et de resserrement des alliances, que mènent à bien Poincaré et Doumergue.. Il ne perd pas pour autant de vue la situation internationale et les chancelleries sont continuellement tenues en alerte.. Le parti radical arrive largement en tête des élections législatives du printemps 1914 et cette majorité de gauche, élue sur le thème de la paix, occasionne au Président un grand embarras pour constituer un cabinet pouvant succéder à Doumergue.. Ce dernier profite de la fin de ses fonctions pour entreprendre un voyage en Haute-Autriche..

Le , le jour même de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, marquant le début de la Première Guerre mondiale, le nouveau président du Conseil René Viviani fait appel à lui pour le remplacer au ministère des Affaires étrangères, lors de la composition de son éphémère premier gouvernement. Puis, il est ministre des Colonies dans les gouvernements qui se succèdent du au (gouvernements Viviani II, Briand V et VI). Durant ce mandat, en pleine guerre, il assure la sécurité des possessions françaises et met en place avec le tsar Nicolas II de Russie un traité de paix — qui devient cependant caduc à la suite de la révolution d'Octobre.

En , il est élu président du Sénat, en remplacement de Léon Bourgeois.

Président de la République (1924-1931) Élection à la présidence vignette|droite|redresse|Gaston Doumergue lors de sa parade d'investiture, en , à bord d'une Renault 40CVSerge Bellu, « 1924, la Bugatti 35. Une folie pour gentlemen drivers », Le Figaro, 4 août 2014, p. 14.. Sa carrière culmine avec son élection à la présidence de la République, le , pour un mandat de sept ansLe Petit Parisien, 13 juin 1924, .. Cette accession à la tête de l'État est le résultat de plusieurs événements politiques successifs. Les 11 et qui précédent voient la victoire aux élections législatives du Cartel des gauches, malgré un nombre de voix supérieur pour la droite et grâce à une loi électorale accordant une prime aux alliances.. Raymond Poincaré, président du Conseil depuis 1922, désavoué, remet sa démission au président Millerand. Les cartellistes réclament le pouvoir dans les .. Paul Painlevé est porté à la tête de la Chambre grâce aux voix du Cartel emmené aussi par Blum, Herriot et Briand, contre le candidat des droites, André Maginot. La nomination de François-Marsal est prise comme une provocation et son gouvernement ne tient que deux jours.

Ainsi, la gauche, qui a obligé Alexandre Millerand à démissionner, croit alors pouvoir porter Painlevé à la présidence, mais les modérés déjouent ses ambitions en se reportant massivement sur Gaston Doumergue, qui bénéficie déjà d'une partie des voix de gauche. Il obtient 515 voix sur 815 votants, contre 309 à Painlevé et 21 à Camélinat, premier candidat communiste à une élection présidentielle.

Politique intérieure Sans surprise, il nomme le maire de Lyon, Édouard Herriot, à la tête du gouvernement et le charge d'établir une politique de changement symbolique pour satisfaire l'électorat.. L'État cartelliste est installé, les présidences des commissions parlementaires étant majoritairement tenues par ses membres, de même que les grands postes de l'administration.. Le scandale des irrégularités de la Banque de France renverse le gouvernement et Doumergue se résout à nommer Paul Painlevé à la présidence du Conseil afin de souder les voix radicales et socialistes., jouant habilement des désignations selon le balancier parlementaire.

Le , Gaston Doumergue proclame l'ouverture officielle des Jeux de la Olympiade - Paris 1924, lors de la cérémonie d'ouverture se tenant au Stade de Colombes, en présence du président du Comité international olympique Pierre de Coubertin, des membres du CIO, du président du Comité olympique français Justinien Clary, des membres du COF, des 44 délégations participantes et de 40 000 spectateursLe déroulement de la cérémonie d'ouverture, Rapport officiel des Jeux de 1924, p. 79..

Le septennat de Doumergue est marqué par la prospérité de la France d'entre-deux-guerres et les années folles, mais aussi par une forte instabilité ministérielle et des difficultés financières engendrées par la chute du franc. Appelé au ministère des Finances en , Poincaré instaure une politique d'austérité en ramenant le franc à sa valeur réelle par une forte dévaluation, ramène la confiance et parvient à doper une économie en berne. Cette politique néo-libérale engendre aussi une période de prospérité économique et financière, à l'heure où les États-Unis sont touchés de plein fouet par l'effondrement boursier de 1929. Les progrès de l'industrie technique, en particulier dans la sidérurgie et l'automobile, contribuent à la croissance du pays. La capacité de production augmente ainsi de 45 % sur la décennie 1920. Pour accompagner ce développement, Doumergue renforce une politique centriste et institue les assurances sociales ouvrières.