Le Royaume de Nri (Igbo : Ọ̀ràézè Ǹrì) est un ancien État africain situé dans l'actuel Nigeria. Le royaume existe sous forme de sphère d'influence religieuse et politique sur l'ensemble de l'Igboland, avant son expansion, et est administré par un roi-prêtre nommé Ézè. Le siège religieux du Royaume de Nri se situe dans la ville de Nri, aujourd'hui Agukwu Nri, tandis que le siège politique et économique se situe à Igbo-Ukwu. À la mort de l'Ézè Nri, sept ans s'écoule avant la nomination de son successeur. Les Ézè Nri gèrent le commerce et la diplomatie au nom du peuple Nri, un sous-groupe du peuple de langue Igbo, et possèdent l'autorité divine en matière religieuse.
Le royaume est un refuge pour tous ceux qui sont rejetés dans leurs communautés et aussi un lieu où les esclaves sont libérés de leur servitude. Le royaume Nri se développe grâce à la conversion et l'allégeance des communautés avoisinantes, et non par des conquêtes. La tradition attribue à Eri, un être céleste selon la religion, la fondation du royaume. Il serait descendu sur terre afin d'y établir la civilisation. L'un des vestiges les plus connus de la civilisation Nri se manifeste dans les artefacts d'Igbo ukwu. La culture de Nri représente la principale influence des Igbo du Nord et de l'Ouest, notamment à travers la religion et les tabous.
Le royaume maintient son autorité régionale jusqu'au et son influence atteint son apogée au , aux côtés de l'expansion du royaume du Bénin, d'Igala, ainsi que de la traite des esclaves. Le royaume décline ensuite, mais la hiérarchie Ézè persiste jusqu'à l'établissement du Nigéria colonial en 1911. En 1974, le renouveau socioculturel du Nigéria moderne permet au Royaume de Nri de devenir un État traditionnel du Nigéria.
Histoire
Contexte
Mythologique Le royaume Nri est un royaume de la région Igbo du Nigeria. Nri et Aguleri, à l'origine du mythe de la création Umueri-Igbo, se trouvent sur le territoire du clan Umu-Eri, qui retrace leurs lignées jusqu'à la figure du roi légendaire, Eri. L'origine d'Eri n'est pas claire, bien qu'il soit décrit comme un être céleste envoyé par le dieu Chukwu. Il est crédité d'avoir d'abord donné l'ordre sociétal aux habitants d'Anambra. L'histoire de Nri peut être divisée en six périodes principales : la période pré-Eri, la période Eri, la migration et l'unification, l'apogée de l'influence, le déclin et le renouveau socioculturel. Dans la tradition orale, le Royaume de Nri est considéré comme celui des premiers Igbos.
Archéologique
L'un des plus importants sites archéologiques du Nigéria, situé à Igbo-Ukwu fournit un large éventail de matériel archéologique datant d'avant la fondation estimée du royaume Nri. Il s'agit des premiers bronzes du pays Igbo découverts, avec ceux d'Ezira, une ville à 24 km à l'Est d'Igbo-Ukwu et 12 km au sud de la ville de Nri. Plusieurs de ces objets semblent témoigner d'une culture matérielle propre à cette région du Nigéria au , avant les productions d'Ife qui est considérée comme le berceau de la métallurgie nigériane. La totalité des objets découverts proviennent d'un même tombeau.
Le sanctuaire dans lequel se trouve cette chambre mortuaire contient également plus de soixante mille perles, de nombreuses poteries et des objets correspondant à un personnage de rang ozo dans la hiérarchie igbo. L'un des bronzes représente également une femme portant des scarifications typiques des rituels Nri, l'. Selon la mythologie, seule la fille d'un Ézè Nri a le droit de porter ces marques. Ces indices permettent d'émettre l'hypothèse que ce tombeau est celui d'un précurseur Ézè Nri ou du premier Ézè Nri selon la légende orale. Les données archéologiques démontrent que l'hégémonie nri en pays Igbo daterait du et qu'elle se fonde sur les idéologies, doctrines et symboles religieux. Cette datation est fortement antérieure à celles estimées par la légende orale.
Les fouilles archéologiques mettent en évidence l'existence de voies commerciales transsahariennes insoupçonnées jusque-là, transportant des ressources identifiées dans le tombeau de provenance lointaine. Certaines billes de verres semblent provenir de Venise et d'Inde. Les représentations artistiques dans les bronzes présentent également des indices surprenant tels que des chevaux et des coquillages alors que le territoire d'Igbo-Ukwu est très reculé de la mer et que les maladies ne permettent pas aux chevaux d'y survivre.
Origine L'origine de la culture nri et de la fondation de son royaume fait l'objet de plusieurs hypothèses sur base des découvertes archéologiques et de la tradition orale. Cette méthode, employée par M. A. Onwuejeogwu, est fortement critiquée par Nwankwo Nwaezeigwe qui qualifie certaines associations de mensongères et fallacieuses. D'après lui, les découvertes à Igbo-Ukwu ne permettent pas d'être associées au royaume de Nri, mais en primeur à la culture oraeri, puisque les découvertes se situent sur leur territoire. L'origine des Oraeris est intrinsèquement liée à une crise qui s'est déroulée entre les royaumes de Diodi-Akamkpisi et Nri, menant à l'appropriation du trône de l'Ézè-Nri par les Nri, et l'éviction des Oraeris de leur territoire, migrant en territoire IdigoL'auteur de cette critique sur la méthode de datation affirme qu'elle s'appuie sur de la fabrication de faits concernant la question des origines des Igbo..
Trois pistes sur les origines culturelles des Igbo, et du sous-groupe nri, sont avancées : la théorie de l'autochtonie, basée sur l'ancienneté des établissements et les preuves archéologiques ; la théorie de la confluence Niger-Bénoué, qui explique la dispersion et la différenciation linguistique des groupes ethniques de la région ; et la théorie de l'origine juive des Igbo, qui est souvent abusée dans des écrits historiques douteux.
Fondation alt=Carte sur laquelle se trouve la mention de Nri.|vignette|300x300px|Hémisphère oriental à la fin du montrant Nri et d'autres civilisations. La date exacte de la fondation du royaume Nri, par la nomination du premier Prêtre-Roi (Ézè Nri) est incertaine. L'archéologie démontre une influence dès le sans pouvoir certifier la présence d'un Ézè Nri. Cette datation est appuyée par le chercheur M. A. Onwuejeogwu qui appuie son hypothèse sur les découvertes archéologiques, les données dynastiques des Nri et la tradition orale. Ce dernier considère que la fondation daterait de 948. Cependant la tradition orale considère que le premier Ézè Nri, Ìfikuánim, suit la fondation du royaume par le légendaire Eri en 1043. Selon Douglas B. Chambers, historien, la datation se situerait plutôt 1225, sur base d'autres datations effectuées sur la chambre funéraire. Enfin, d'autres auteurs considèrent que l'instauration de la culture Nri pourrait dater du . Cette dernière considération semble erronée puisque l'influence et la présence d'une structure politique Nri dans l'Igboland est confirmée au moins depuis le .
L'identification chronologique est complexe à cause du mode de succession des Ézè Nri qui sont, en 1911, connus qu'au nombre de 19. La liste ne permet pas d'établir une succession chronologique cohérente en raison des longs interrègnes entre les intronisations. En effet, la tradition veut qu'au moins sept ans s'écoulent à la mort de l'Ézè Nri avant qu'un successeur puisse être déterminé. Cet interrègne sert de période de divination des signes du défunt qui communiquerait son choix de successeur d'outre-tombe durant les années qui suivent son décès. Cette période marque le début de la royauté Nri en tant qu'institution centralisée.
Apogée L'expansion du royaume de Nri s'effectue par l'envoi de mbùríchi (prêtres), ou de convertis, dans les communautés voisines. L'allégeance à l'Ézè Nri s'obtient par un serment rituel, et non par des conquêtes militaires. Dans la zone d'influence, l'autorité religieuse est dévolue au chef local et les liens sont maintenus par les mbùríchi itinérants.
À la fin du , l'influence de Nri s'étend bien au-delà de la région septentrionale de l'Igboland jusqu'aux colonies d'Igbo sur la rive ouest du Niger et aux communautés soumises à l'empire du Bénin. Il existe des preuves solides indiquant l'influence des Igbo bien au-delà de la région d'Igbo jusqu'au Bénin et dans les régions du sud d'Igala comme l'Idah. À son apogée, le royaume de Nri a une influence sur plus de la moitié de l'Igboland et au-delà. La ville d'Onitsha et son fonctionnement représentent un compromis résultant de la conjonction des systèmes politiques nri et binis.
L'influence de Nri dans une grande partie du nord-ouest et de l'ouest d'Igboland s'étend des règnes du quatrième au neuvième Ézè Nri. À partir du dixième règne, des conflits internes surviennent, probablement à cause de l'importance commerciale de la traite des esclaves. Elles durent jusqu'au quatorzième règne.
Déclin Les intérêts du commerce avec les européens dégradent fortement l'influence diplomatique et religieuse du royaume Nri qui ne participe pas au commerce triangulaire. Le déclin s'amorce dès le début du . Cependant, un première exemple de discordance existe déjà antérieurement. La ville d'Arochukwu, géographiquement éloignée du centre religieux, développe progressivement son identité religieuse avec son propre oracle et s'engage dans le commerce des esclaves avec les États du delta au .
Au cours du , plusieurs États situés sous l'influence Nri refusent progressivement de respecter les règles en matière de traite des esclaves. Cependant, afin de légitimer leur pouvoir, ces états continuent de faire appel aux rituels Nri pour le couronnements de leurs rois. Le royaume Igala par exemple déclare également descendre de Nri, le fils d'Eri qui aurait fondé la ville sacrée de Nri. De plus, les différentes chefferies et États de la zone d'influence Nri qui ne possèdent pas de gouvernements centralisés souffrent également des raids destinés à capturer des esclaves. Les ports du delta oriental du Niger sont les plus importants ports d'exportation des esclaves de l'Afrique occidentale. Les populations Igbo, majoritairement sous influence Nri, sont considérées comme l'une des communautés les plus touchées de la traite négrière.
Cependant, le royaume survit jusqu'en 1911 où il ne reste qu'une forme de gouvernance très réduite. Une expédition menée par la Royal West African Frontier Force soumet l'Ézè Nri à la reddition. Ce dernier renonce au pouvoir rituel de la religion nommée ìkénga, mettant fin au royaume de Nri en tant que pouvoir politique.
Malgré cela, la ville de Nri, aujourd'hui Agukwu Nri, préserve un statut symbolique important pour les pratiquants du culte Igbo et sert toujours de sanctuaire malgré l'absence d'Ézè Nri en place. La hiérarchie sociale persiste via le système de titre de noblesse, permettant aux prêtres itinérants de continuer d'intervenir dans les rituels locaux.
Rétablissement socioculturel Dans les années 70, les anciens États réclament une forme d'autonomie auprès du gouvernement nigérian. L'établissement et l'installation de ces chefs traditionnels suit une recommandation de 1976 qui permet au royaume de Nri de réinstaller un Ézè-Nri. La procédure légale prévoit que le chef traditionnel possède un support populaire et que sa communauté soit en mesure de fournir une constitution et un code moral. Dès 1974, l'Ézè-Nri est réinstauré et participe au couronnement de plusieurs États découlant de ce rétablissement socioculturel.
Gouvernement
Contexte D'après la tradition orale, le royaume Nri aurait créé le système hiérarchique de titres pratiqué dans les politiques locales, en particulier celle des ozo. Cependant, on connait mal les mécanismes de la centralisation politique nri et son lien aux loges ozo.