vignette| 1922 : un chaman du peuple des Itnegs proposant un bouclier de guerrier (kalasag) en guise d'offrande à l'esprit (anito) vignette| Danseur incarnant la figure d'un chaman lors d'un festival babaylan de Bago, Negros Occidental Le chamanisme aux Philippines, également connu sous divers noms locaux tels que et , est pratiqué par des (aussi appelés entre autres balian ou ), soit des chamans des différents groupes ethniques présents dans les îles philippines précoloniales. Ces chamans se sont spécialisés dans la communication, l'apaisement ou l'exploitation des esprits des morts et des esprits de la nature. Ce rôle spirituel est dévolu presque toujours à des femmes ou quelques hommes, féminisés ( ou ). Les croyances traditionnelles philippines pense que les chamans font appel à des guides spirituels, par lesquels ils pouvaient contacter et interagir avec les esprits et les divinités (anito ou diwata) et le monde des esprits. Leur rôle principal était de servir de médium lors des rituels de pag-anito. Il y avait aussi diverses sous-catégories de plus spécialisées dans la guérison, l'herboristerie, la divination et la sorcellerie.
Terminologie vignette| Rituel des Iraya Mangyan afin de préparer la terre pour le kaingin (agriculture itinérante)
Origines et significations Les termes autochtones les plus courants pour les chamans parmi les groupes austronésiens d'Asie du Sud-Est sont balian, baylan ou apparentés et leurs variantes orthographiques. Ils sont tous issus du proto-malayo-polynésien occidental *balian, signifiant « chaman » (et probablement à l'origine féminin, travesti, ou hermaphrodite) ou « médium ».
Cognats extérieurs aux Philippines En dehors des Philippines, divers mots apparentés (cognats) dans d'autres langues austronésiennes comprennent les termes , , et bobohizan (en kadazan-dusun) ; wadian (en ma'anyan); belian (en iban); (en malais) ; ou (en vieux javanais) ; (en balinais); bolian (en mongondow) ; balia (en uma) ; wulia ou balia (en bare'e); balia (en wolio) ; balian (en ngaju) ; et balieng (en makassar).
Cependant, les termes dérivés de *balian ont largement disparu du vocabulaire des Philippins des basses terres après la christianisation sous le giron espagnol. Certaines exceptions dont le bicol où le terme a persisté et acquis le suffixe féminin espagnol -a comme balyana. Il survit également chez certains Philippins musulmans comme à Maranao avec walian, bien que le sens ait changé après l'introduction de l'islam aux Philippines.
L'étymon *bali contesté Le linguiste Otto Dempwolff a également émis l'hypothèse que *balian pourrait finalement dériver du proto-austronésien *bali (« escorter », « accompagner ») avec le suffixe *-an, au sens de « celui qui accompagne une âme vers l'autre monde (un psychopompe) ». Cependant, les linguistes Robert Blust et Stephen Trussel ont noté qu'il n'y a aucune preuve que *balian soit une forme suffixée, et pensent donc que l'interprétation de Dempwolff est incorrecte.
L'étymon anito Les termes plus généraux utilisés par les sources espagnoles pour les chamans autochtones sur l'ensemble de l'archipel puisent dans le tagalog et le visayan l'étymon anito (« esprit »), ceux-ci incluent des termes comme et . Cependant, la tradition des divers groupes ethniques avance des noms différents pour les chamans, y compris les chamans avec des rôles spécialisés.
L'étymon talon Selon Jaime Veneracion, Katalonan comprend la racine talon qui, en ancien tagalog, signifiait « forêt » (cf. les langues hiligaïnon, masbateño, abaknon, capiznon, palawano, buhid et agutaïnen où talon, signifie « forêt » ou « talus »). D'autres érudits pensaient que l'origine du mot katalon tirait sa racine de talo qui, selon eux, est un mot tagalog signifiant à l'origine « converser », ainsi le mot katalon signifie littéralement « quelqu'un qui converse ou communique avec les esprits (anito) ». Selon Blumentritt, un vieux mot tagalog tarotaro est un terme décrivant les katalonas lorsqu'ils sont possédés par les esprits (anito). Dans certaines langues malayo-polynésiennes comme le tahitien tarotaro signifie « prier », tandis que chez les Rapa Nui, cela signifie « malédiction ou mauvais sort ». En samoan, talo ou talotalo signifie « prière » ou « prier ».. Le linguiste Malcolm Mintz, cependant, offre une étymologie différente. Il détermine que la racine du mot tagalog est tulong qui signifie « aider ». Certains écrivains tels que William Henry Scott et Luciano P. R. Santiago ont favorisé la suggestion de Mintz et ont utilisé le terme catolonan (qui est en fait du pampangue pour désigner les prêtres et les prêtresses des Tagalogs au lieu de katalona ou katalonan.
Rites initiatiques vignette|Chamans du peuple itneg (les deux femmes au premier plan) menant un rituel sayang (vers 1922) La plupart des babaylan ont hérité leur statut d'un babaylan plus âgé, généralement un membre de la famille, auprès duquel ils ont été apprentis. Dans certaines cultures, comme chez les Isneg, les chamans plus âgés peuvent choisir des apprentis parmi les jeunes femmes éligibles du villageDemetrio, Francisco R. (1973). "Philippine Shamanism and Southeast Asian Parallels" https://www.asj.upd.edu.ph/mediabox/archive/ASJ-11-02-1973/demetrio-philippine%20shamanism%20southeast%20asian%20parallels%20.pdf (PDF). Asian Studies. 11 (2): 128–154..
Quelques-uns, cependant, deviennent babaylan après avoir vécu ce qu'on a appelé une « crise initiatique chamanique » (également « maladie chamanique » ou « folie chamanique »). Cette crise inclut les maladies graves ou chroniques, les expériences de mort imminente, les crises épileptiques soudaines et les tremblements, l'état dépressif, les événements ou comportements étranges (y compris grimper aux figuiers de banians ou disparaître pendant plusieurs jours sans se souvenir des événements), les épisodes de folie (y compris ceux induits par un traumatisme psychologique d'un événement passé) et des visions ou des rêves étranges. Ces phénomènes sont considérés comme des rencontres avec les esprits. On parle alors de voyage de l'âme de la personne vers le monde des esprits. Les croyances traditionnelles philippines affirment alors c'est un esprit qui a choisi la personne, plutôt que l'inverse.
Après avoir été choisis, les chamans passent par un rite d'initiation. Ces rites sont destinés à gagner ou à incarner le patronage d'un esprit. Chez les Visayans, ce rituel est connu sous le nom de tupad ou tupadan. Dans le cas de personnes atteintes de « maladie chamanique », ces rites d'initiation sont considérés comme le remède, où l'initié recouvre la santé ou la raison en accédant aux souhaits des esprits et en répondant à l'appel. Lorsqu'ils sont volontaires (souvent désignés d'office), leurs proches sont généralement tenus de payer des frais importants au chaman en chef pour la formation. Les rites initiatiques peuvent aller de la simple induction de transe par des herbes ou de l'alcool à des crises personnelles provoquées par des difficultés physiques ou psychologiques. Parmi les exemples de pratiques rituelles extrêmes pour les apprentis, on peut citer le fait de se faire enterrer vivant ou encore l'immersion aquatique durant toute une nuit.
Après l'initiation, les apprentis sont ensuite formés dans les détails de leur rôle. Cette formation comprend l'apprentissage des rituels, des chants et des mantras, des sacrifices appropriés pour chaque esprit, des histoires orales, des herbes et des pratiques de guérison, et des sorts magiques, entre autres. Ils assistent généralement le chaman en chef pendant les cérémonies jusqu'à ce que leur formation soit terminée, ce qui peut prendre des mois, voire des années. Chaque chaman peut avoir un ou plusieurs de ces apprentis, à différents rangs ou spécialisations.
Esprits-guides thumb|Mumbaki du peuple ifugao observant un dipdipo, rite sacrificiel. Ici, l'offrande est un porc. Le chaman a le pouvoir de communiquer avec le monde des esprits grâce à des guides spirituels qui les conseillent et intercèdent en leur nom. Ces esprits sont la plupart du temps désignés par des euphémismes comme abyan (« compagnon »), alagad ou bantay (« gardien ») ou bien gabay (« guide ») entre autres exemples. Les chamans s'accompagnent tous d'au moins un abyan cependant, les chamans plus puissants peuvent en avoir plusieurs. Les croyances traditionnelles veulent que certains individus comme les chefs ou les guerriers puissants (en particulier ceux qui comptent des chamans dans leur famille) disposent de leur propre abyan qui leur confère des pouvoirs magiques. Les abyan ont aussi la réputation de guider, de former, d'inspirer les artistes et artisans les plus doués de leur société.
Ces esprits-guides peuvent être des esprits d'ancêtres, mais ce sont plus souvent des esprits non humains. Pour leurs compagnons spirituels, les chamans ont trois possibilités : soit les avoir dès la naissance, soit attirer leur attention pendant la « maladie chamanique », soit gagner leur allégeance lors de l'initiation au chamanisme. Les esprits sont considérés comme des êtres sociaux, avec des bizarreries et des personnalités individuelles (bonnes et mauvaises). L'amitié d'un abyan dépend du degré de réciprocité qu'investit le chaman. Les chamans ne leur commandent pas. Pour entretenir de bonnes relations avec labyan, le chaman se doit régulièrement de lui sacrifier des offrandes pouvant être de diverse nature : nourriture, boissons alcoolisées, noix d'arec (ngangà) ou bien sang d'un animal sacrificiel (généralement un poulet ou un cochon)« Ces offrandes dépendent du type de guides avec lequel le chaman souhaite interagir. » (Buenconsejo, 2002). Une fois assurée, l'amitié de l'esprit s'inscrit dans la durée et devient, par essence, partie intégrante de la famille. Souvent, la croyance veut que labyan d'un chaman défunt revienne vers un parent qui décide de se vouer, à son tour, au chamanisme.
Les esprits-guides, abyan, sont essentiels dans les rituels chamaniques car ils empêchent l'âme du chaman de se perdre dans le monde spirituel. Ils communiquent également des supplications au nom du chaman à des entités ou des divinités plus puissantes. Ils participent au combat contre les mauvais esprits lors de rituels de guérison ou d'exorcisme.
Sexe et genre thumb|Le potier de droite est un bayok portant des vêtements féminins (peuple itneg, 1922) Dans la plupart des groupes ethniques philippins, les chamans sont majoritairement des femmes car le rôle du chaman (en particulier le médium) est intrinsèquement féminin. Parmi la minorité des hommes chamans, la plupart appartiennent à une classe spéciale : les hommes féminisés, connus sous le nom d'asog chez les Visayas et de bayok ou bayog à LuçonAsog provient du proto-malayo-polynésien occidental *asug, « chaman en tenue rituelle de travesti » ; and Proto-philippin central *ásug, « stérile » ou « asexué ». Asog est le terme employé pour les chamans travestis chez la plupart des Visayas et dans la région de Bicol. La langue des Visayas inclut d'autres termes tels que bantot, bayog, binabaye et babayenon. Dans le reste de l'île de Luçon, il est plus courant de rencontrer les appellations de bayok (bayoc), bayog, bayogin (bayoguin ou bayoquin), binabae, ou bido. Parmi le peuple sambal, le plus haut rang des chamans est le bayok. Les Subanens les désignent sous le nom de labia, terme qui ne s'applique pas nécessairement à des chamans (Garcia, 2008 ; Kroeber, 1918).