Cheikh Mouhamadou Moustapha Sy dit Al-Mourchid, né le à Tivaouane, fils de Serigne Cheikh Al-Maktoum et de Sokhna Safiétou Deme, fille d'El Hadji Amadou Dème, est le responsable moral du Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty (DMWM) (Cercle des hommes et des femmes à la quête de la bonne direction) et président du Parti de l'Unité et du Rassemblement - PUR.
Sa réputation dans la sphère religieuse a fait de lui une figure publique importante au Sénégal"Il est devenu un acteur influent sur la scène sénégalaise", TRIAUD Jean-Louis, « La Tidjaniya, une confrérie musulmane transnationale », Politique étrangère, 2010/4 (Hiver), . DOI : 10.3917/pe.104.0831. URL : https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2010-4-page-831.htm rivalisant avec les personnalités de l'élite politique traditionnellePatrice Correa, « Parler politique du religieux et discours religieux du politique, quand les frontières communicationnelles se brouillent », in Frédéric Lambert, Prières et politique. Études de la prière dans les arènes publiques, Hermann, 2014, pp. 203 à 224..
La Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty s'inscrit dans un ensemble de nouveaux mouvements islamiques au Sénégal qui demeurent liés à leur confrérie d'origine mais s'en distinguent par une forte tendance à la politisation. Ils s'adressent aux jeunes, auxquels ils promettent une « renaissance identitaire», et veulent « réislamiser la société par le bas ».
Serigne Moustapha Sy a été emprisonné de à , et les activités du mouvement des Moustarchidina Wal Moustarchidaty ont été interdites sur le territoire national par le Gouvernement d'Abdou Diouf en 1994. Cette mesure administrative fut levée en 1996.
Études Serigne Moustapha n'a pas suivi d'études universitaires ni mêmes scolaires. Il n'a ni diplôme, ni qualification attestée par les structures modernes d'enseignement ; il n'a fréquenté ni l'école française, ni l'école moderne arabo-musulmane. Il le dit lui-même à l'occasion de ses causeriesSerigne Moustapha Sy, Conférence sur « Le contexte social de l'évolution de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif » - Grande Mosquée de Dakar - 1984..
Cette absence de parcours académique ne signifie pas qu'il n'a suivi aucune formation ; il a bénéficié d'une initiation religieuse à Tivaouane dans le cercle familial. Il s'agissait vraisemblablement d'un choix de ses parents et grands-parents qui voulaient préserver chez lui et chez son frère aîné Serigne Mansour Sy, l'authenticité de l'enseignement de la confrérie religieuse ou la zawiya de Tivaouane, implantée par son arrière grand-père El Hadji Malick Sy et présentée par Paul Marty comme étant « une véritable université populaire ».
De cette école de Tivaouane, il acquit les connaissances qui lui permettent d'aborder les sujets actuels et historiques, relatifs au monde occidental, oriental ou africain.
Dans un article de presse, il est présenté comme quelqu'un qui :
Cette vision plus ou moins élogieuse de la culture de Moustapha Sy peut être relativisée par les propos de l'anthropologue Fabienne Samson qui affirme que :
Fabienne Samson reconnaît quand même les aptitudes de Serigne Moustapha à bien structurer son discours :
Acteur culturel Très tôt, Serigne Moustapha, avec son frère Serigne Mansour s'impliquent dans des activités culturelles, en proposant des spectacles à travers une association qu'ils ont eux-mêmes fondée (ASCA - Association Sportive et Culturelle des Arabisants), un mouvement de jeunes dépendant de l'association éducative islamique. Cet engagement dans les activités culturelles leur valu un trophée national du théâtre populaire dans les années 1970.
Homme religieux Fils de Serigne Cheikh, petit-fils de Serigne Babacar et arrière petit-fils d'El Hadji Malick, réputés pour leurs activités religieuses, Serigne Moustapha s'inscrit dans le sillage de ses ascendants. Toutefois son engagement est singulier à plus d'un titre. Il cible un public urbain et jeune, qu'il veut convaincre des méfaits de la vie citadine moderne. Moustapha Serigne est le «promoteur d'un islam total qui englobe l'ensemble de la vie des fidèles, il s'engage pour la réislamisation du Sénégal et la transformation du territoire, citadin notamment, en un espace islamisé.», selon l'anthropologue Fabienne Samson.
Création ou Renaissance du DMWM Des auteurs comme VillalonKANE Ousmane, VILLALóN Leonardo Alfonso, « Entre confrérisme, réformisme et islamisme. Les mustarshidin du Sénégal. Analyse et traduction commentée du discours électoral de Moustapha Sy et réponse de Abdou Aziz Sy Junior », dans : Ousmane Kane éd., Islam et islamismes au sud du Sahara. Paris, Karthala, « Hommes et sociétés », 1998, p. 263-310. DOI : 10.3917/kart.kane.1998.01.0263. URL : https://www.cairn.info/islam-et-islamismes-au-sud-du-sahara--9782865378913-page-263.htm et autres situent la création du mouvement moustarchidine aux alentours des années 1980, mais la vérité est que cette période concerne plutôt la renaissance, mais la création du mouvement date de bien avant, précisément en 1973 selon Makhary Mbaye auteur d'un mémoire de maîtrise sur le thème soutenu en 2002 à l'Université Cheikh Anta Diop.
D'ailleurs, à l'occasion d'une interview Makhary déclare :
Selon Rassoul Keïta, un des pionniers du mouvement à Dakar, le DMWM est né à Tivaouane au début des années 1970. À l'entame c'était un mouvement de femmes et le nom Dahiratoul Moustarchidaty leur fut donnéRassoul Keïta, « Sur Les Traces de Serigne Moustapha : Les débuts du DMWM à Derklé, Stratégie et méthodes », Vidéo documentaire sur MAKTOUM PROD TV.
Fabienne Samson relate la création du DMWM en disant:
Serigne Moustapha Sy confirme ces propos en disant qu'au début, il s'agissait d'une organisation de dix femmes dont la plupart étaient membres de la famille de Serigne Babacar SY. Cette organisation s'appelait . Le problème, se désole le futur Responsable Moral, est que l'aspect religieux était quasiment inexistant dans le programme de ce groupe. C'est pourquoi il prit l'attache de sa cousine Sokhna Oumou Kalsoum Mbaye pour réorienter indirectement la vocation de ce groupe en les invitant à intégrer dans son programme l'aspect religieux.
C'est ainsi que le groupe évolua et organisa son premier gamou avec la participation de deux(2) hommes seulement: Lui Serigne Moustapha Sy en tant que conférencier et initiateur, et un autre dénommé Moustapha Fall. C'est à la suite de ce gamou que leur oncle, Serigne Abdoul Aziz, donna aux femmes le nom "Dahiratoul Moustarchidate".
Ces propos sont en conformité avec les déclarations de Serigne Abdou qui ajoutait qu'après l'intégration des hommes, et sur invite de Serigne Mansour, grand frère de Serigne Moustapha, il rebaptisa le mouvement en Dahiratoul Moustarchidina Wal Moustarchidaty (Mouvement des hommes et des femmes à la quête de la droiture)Serigne Abdoul Ayiy Sy, présidant la conférence de Serigne Moustapha Sy sur « Le contexte social de l'évolution de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif » - Grande Mosquée de Dakar - 1984.Serigne Abdoul Aziz Sy, « Discours de réponse à Serigne Moustapha et d'introduction à Serigne Cheikh » - Conférence Keur Dieumb (Thiès) - 1988.
Seulement, ce mouvement Moustarchidine des années 1970 n’avait rien d’extraordinaire. Comme tout autre dahira de tivaouane de l’époque, ses activités ne sortaient pas du cadre local. Tout se limitait dans le cercle restreint des limites de ville...
Renaissance du mouvement D'après Rassoul Keïta, le , Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy, le guide spirituel confirme le caractère officiel de ce mouvement Moustarchidine Wal Moustarchidate. Et c'était à l'occasion du grand gamou de Tivaouane.
Par la suite, lors de la tenue d'une conférence publique à Keur Dieumb (Thiès) en 1979, Serigne Cheikh commente dans ces termes la crise internationale de et ses conséquences: . Aussi invite-t-il les jeunes à une prise de conscience et à mettre à profit les dix années suivantes (1978-1988) pour rattraper le temps "perdu".
C'est en ce moment là que Serigne Moustapha, pour concrétiser la vision de son guide, décida de développer le DMWM à partir de la capitale Dakar, et précisément à Derklé.
Le développement consistait à implanter des sections sur tout le territoire national et à définir la structure administrative en créant des commissions, sous commissions et cellules. C'est dans ces péripéties que le titre de lui fut attribué par une assemblée.
La Da'wa
L'appel de Serigne Moustapha en direction des jeunes a pris une forme originale.
Au stade embryonnaire du DMWM, Serigne Moustapha déménage de son Tivaouane natal, pour s'installer à la capitale Dakar, précisément à Derklé. Cette initiative visait à impliquer le maximum de jeunes dans son projet.
Chaîne à musique en bandoulière et muni de tout un arsenal de cassettes musicales, le jeune marabout reprend les codes des membres de sa génération.
Ainsi, il parvient à capter l'attention en s'adaptant aux loisirs des jeunes, pour discuter avec eux des sujets qui les intéressent sans négliger l'aspect religieux. De cette façon il en a rallié un certain nombre à sa cause.
Essor du DMWM Moustapha Serugne tient un discours conservateur, moralisateur, qui présente les boîtes de nuit et bars comme des "lieux de perdition", condamne l'alcool, la drogue, les femmes aux mœurs "légères" qui finissent par s'adonner à la prostitution, et délaisser leurs enfantsFabienne Samson. Nouveaux marabouts politiques au Sénégal. Lutte pour l'appropriation d'un espace public religieux. HOLDER Gilles. L’islam, nouvel espace public en Afrique, 2009, [lire en ligne https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers20-10/010079609.pdf].
Le père de Serigne Moustapha, Al-Maktoum, et son grand-père Cheikhoul Al-Khalifa, comptaient déjà de nombreux disciples et sympathisants, Seigne Moustapha en gagne de nouveaux dans la société sénégalaise et la diaspora en utilisant divers canaux : Des conférences religieuses qui connaissent un succès populaire, Une organisation administrative qui couvre toutes les régions du Sénégal (des coordinations régionales jusqu'aux sections locales), Des programmes annuels qui ciblent des composantes essentielles de la société : - 1987 : Année de la femme, - 1989 : Année de la Jeunesse, - 1990 : Année de l'Enfant.
Synthèse et dissensions au sein du DMWM en 1988 Le discours de Serigne Cheikh en 1978 est à l'origine de la décision de Serigne Moustapha de concrétiser la vision de Serigne Cheikh, à savoir l'organisation de dix années de rattrapage. 1988 représente le dixième anniversaire de cette déclaration. Alors, à l'occasion de la conférence de Keur Dieumb, traditionnel rendez-vous de Serigne Cheikh avec ses sympathisants, Serigne Moustapha prend la parole pour dresser le bilan de ses activités durant les dix dernières annéesSerigne Moustapha Sy, « Discours d'introduction à Serigne Cheikh » - Conférence Keur Dieumb (Thiès) - 1988.
À la suite de son discours, son oncle paternel, Serigne Abdoul Aziz Sy Junior prend la parole pour introduire Serigne Cheikh, mais profite de l'occasion pour parler de l'origine du DMWM et surtout de sa dénomination. Ainsi précise-t-il qu'à l'origine, «Dahiratou Moustarchidine Wal Moustarchidate», littéralement le "Mouvement des chercheurs et des chercheuses" était une organisation de femmes et c'est lui Serigne Abdou, qui leur avait donné la dénomination «Dahiratoul Moustarchidate» (Mouvement des chercheuses). C'est lorsque les hommes ont intégré le mouvement que la dénomination «Dahiratou Moustarchidine Wal Moustarchidate» fut adoptée... Ainsi, se posa plus ou moins, la paternité du DMWM.