Le coup d'État de 2023 au Niger intervient le lorsque le président Mohamed Bazoum est séquestré dans le palais présidentiel par des militaires de la garde présidentielle, tandis que l'armée encercle le bâtiment et menace de donner l'assaut pour délivrer Bazoum. Dans la soirée, un autre groupe de soldats annonce sa destitution et la formation d'une junte militaire sous le nom de Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). La junte décrète la fermeture des frontières du pays, la suspension des institutions étatiques de la Septième République et un couvre-feu sur tout le territoire.

En réponse, le ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massaoudou, fidèle de Mohamed Bazoum, déclare assumer la présidence par intérim et appelle la population et l'armée à s'opposer au coup d'État.

Le , les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) réunis sous la présidence tournante du président nigérian Bola Tinubu fixent un ultimatum à la junte militaire, exigeant la libération immédiate du président Bazoum et le retour à l'ordre constitutionnel dans un délai d'une semaine. À défaut, la Cédéao déclare qu'elle et que .

Il s'agit du septième .

Contexte Arrivée au pouvoir de Mohamed Bazoum en 2021 Le président Mahamadou Issoufou, du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, n'est pas candidat à sa réélection lors de l'élection présidentielle nigérienne de 2020-2021, la constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. Le respect de cette limitation est un engagement maintes fois répété de Mahamadou Issoufou, qui déclare dès 2017 mais avoir au contraire pour ambition une passation de pouvoir dans le cadre d'élections libres et transparentes... Cette position lui vaut l'agacement de plusieurs de ses pairs africains ayant fait modifier ou ayant l'intention de modifier la constitution de leur pays pour la contourner..

Deux ans avant l'élection présidentielle de 2020-2021, le président sortant désigne publiquement un « dauphin présidentiel » en la personne du ministre de l'Intérieur Mohamed Bazoum, un fait rarissime sur le continent. En raison de son engagement à se limiter à deux mandats, Mahamadou Issoufou se voit attribuer le prix Mo-Ibrahim, qui récompense la bonne gouvernance et le leadership démocratique des dirigeants africains..

Le scrutin intervient dans un climat de tensions sécuritaires, sociales, sanitaires et électorales. puisque le nouveau Code électoral comme le fichier électoral sont contestés et que la candidature de Hama Amadou, principal leader de l’opposition, a été invalidée.. Au premier tour de l'élection présidentielle, Mohamed Bazoum obtient 39,3 % des voix et finit en première position. Au second tour, le , il affronte Mahamane Ousmane..

La victoire attendue de Bazoum à l'élection présidentielle de 2020-2021 malgré son appartenance à une ethnie minoritaire au Niger, les Oulad Souleymane , est perçue comme un signe d'une bonne santé de la vie politique nigérienne, qui se détacherait d'un vote à prédominance communautaire auquel le pays était jusque-là habitué. Bazoum ne bénéficie ainsi d'aucun fief électoral acquis à sa candidature. Cette appartenance ethnique n'est cependant pas dépourvue de polémique identitaire, une partie de l'opposition l'utilisant pour jeter le doute sur la légitimité, voire la légalité, de sa candidature en faisant courir le bruit qu'il serait né à l'étranger, appelant les électeurs à ne pas élire un et à , en référence à son teint relativement clair. Cet argument identitaire est alors commun dans la région, ayant notamment déjà été utilisé par le passé contre son principal opposant, Mahamane Ousmane..

Dans la nuit du 30 au , une tentative de putsch est déjouée... Sa présidence est perçue comme du fait de son tandem avec son prédécesseur, et échoue à se défaire de la tutelle de ce dernier. Quelque temps avant le putsch, Bazoum tente de limoger Abdourahamane Tiani, le chef de la garde présidentielle.. Celui-ci est considéré comme un fidèle de l'ancien président mais il est soupçonné de la tentative de putsch de 2015.. Une seconde tentative de putsch a lieu en .. C'est cependant Tiani qui déjoue les deux tentatives..

Situation au Sahel Déstabilisés par la montée en puissance des groupes djihadistes, les pays du Sahel sont touchés depuis plusieurs années par des coups d'État conduisant à la mise en place de juntes militaires au Mali, en Guinée et au Burkina Faso. Le gouvernement malien s'appuie notamment sur le groupe Wagner, marquant une prise de distance par rapport aux États-Unis et à la France, qui soutenaient les gouvernements précédents... Cette situation amène ces deux pays à s'appuyer fortement sur le Niger pour mener leur lutte contre le djihadisme dans la région.. La France dispose alors d'une force de , tandis qu'environ soldats américains sont installés sur la base aérienne 201 à Agadez.. Des militaires belges, italiens et allemands sont également présents.

Au début des années 2020, le Niger connait cependant une diminution des violences et des attaques djihadistes. Le , le général Salifou Modi, chef d'État-Major des Forces armées nigériennes, salue notamment l'. L' (ACLED), un projet de l'Université du Sussex, indique au premier semestre 2023 que .

Le président russe Vladimir Poutine, soutien de Wagner malgré une récente rébellion, ouvre le un sommet Russie/Afrique à Sotchi dans ce qui est perçu comme une dans le contexte de l'isolement géopolitique de la Russie après son invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Il reçoit notamment le soutien affiché d'Assimi Goïta et d’Ibrahim Traoré respectivement à la tête des juntes maliennes et burkinabés...

Déroulement du coup d'État

Le , la présidence nigérienne annonce que la garde présidentielle, dirigée par le général de brigade Abdourahamane Tiani, est engagée dans une manifestation anti-républicaine et tente d'obtenir le soutien d'autres forces de sécurité. Le président Mohamed Bazoum et sa famille ont été détenus au palais présidentiel de Niamey, et le ministre de l'intérieur Hamadou Adamou Souley a également été arrêté.......

Une manifestation de soutien au président Bazoum est dispersée par des tirs de sommation, tandis que des heurts de manifestants hostiles éclatent devant le siège du parti présidentiel, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme. Le palais présidentiel et les ministères adjacents sont bloqués par des véhicules militaires, et jusqu'à partisans de Bazoum tentent de s'approcher du palais, dispersés par la garde présidentielle avec des coups de feu, en faisant un blessé. La situation à Niamey est décrite comme calme et des manifestations en faveur de Bazoum ont eu lieu autour des missions diplomatiques du pays à l'étranger.

Les putschistes échouent selon la présidence à obtenir le soutien de l'armée et de la garde nationale, qui encerclent le bâtiment. Des pourparlers ont lieu tout au long de la journée, sans que les exigences des soldats ne soient alors connues... Par la suite, les putschistes obtiennent le ralliement d'autres composantes des forces armées..

Dans la soirée, le colonel-major de l'armée de l'air Amadou Abdramane annonce que le président Bazoum est démis de ses fonctions et annonce la formation d'un Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Déclarant sur les ondes de la télévision d'État Télé Sahel en raison de la .. Il annonce également la dissolution de la constitution du pays, la suspension des institutions de la septième république, la fermeture des frontières et un couvre-feu national de à heure locale, tout en mettant en garde contre toute intervention étrangère... Outre des membres de l'armée de l'air et de la garde présidentielle, des gradés de l'armée de terre, de la garde nationale, de la gendarmerie, de la police, et des sapeurs-pompiers font partie de la junte..

Le , Bazoum, qui n'a pas démissionné, est toujours détenu en otage, seul un message sur son Twitter officiel étant publié, où il déclare que .. Son ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massaoudou (PNDS-Tarayya) déclare à France 24 que le « pouvoir légal et légitime » du pays restait aux mains du président et a réitéré que Bazoum était en bon état et que toute l'armée n'était pas impliquée.. Il déclare également assumer la présidence par intérim et appelle la population et l'armée à s'opposer au coup d’État. Massaoudou appelle les à rentrer dans le rang et à respecter le pouvoir civil légal du président Bazoum.

La direction des forces armées nigériennes déclare son soutien au coup d'État, invoquant la nécessité de « préserver l'intégrité physique » du président et de sa famille et d'éviter « une confrontation meurtrière qui pourrait créer un bain de sang et affecter la sécurité de la population ».. Le chef d'état-major de l'armée, le général de division Abdou Sidikou Issa, apporte son soutien au putsch en publiant un communiqué dans lequel il annonce que afin d'..

Dans l’après-midi, la junte proteste contre la violation par la France de sa déclaration de fermeture des frontières, un avion militaire français de type Airbus A400M Atlas ayant atterri dans la capitale Niamey..

Une manifestation a lieu dans la capitale en faveur du coup d'État. Les manifestants arborent des drapeaux russes en affichant leur soutien au groupe Wagner avant de mettre le feu au quartier général du PNDS-Tarayya. Le dirigeant de Wagner, Evgueni Prigojine, qualifie quant à lui le coup d’État de ...

Le général Abdourahamane Tiani se proclame président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie. lors d'une allocution sur Télé Sahel. Il déclare que le coup est entrepris pour éviter du pays, et affirme que Bazoum tente de cacher du pays, qu'il qualifie de . Il critique également la stratégie de sécurité du gouvernement pour son prétendu manque d'efficacité et de collaboration avec le Mali et le Burkina Faso, mais ne donne pas de calendrier pour un retour à un régime civil. Sa position de chef de facto de l'État est confirmée plus tard par le colonel Abdramane, qui accuse des responsables du gouvernement de Bazoum de comploter contre le nouveau régime tout en se réfugiant dans des ambassades étrangères et met en garde contre des violences s'ils continuent.....

Conséquences du coup d'État Crise diplomatique Ultimatum et sanctions de la Cédéao Le , la junte militaire accuse la Cédéao dans un communiqué lu par le colonel-major Amadou Abdramane sur Télé Sahel d'avoir l'intention d'approuver « un plan d'agression contre le Niger à travers une intervention militaire imminente à Niamey soutenue par certains pays occidentaux ». Ils ont affirmé que tel était l'objectif du sommet de la Cédéao convoqué pour le lendemain.. Le même jour, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine lance un ultimatum selon lequel si les soldats ne « retournaient pas immédiatement et sans condition dans leurs casernes et ne rétablissaient pas la démocratie constitutionnelle, dans un délai maximum de quinze jours », le bloc serait contraint de prendre « les mesures nécessaires, y compris des sanctions des mesures contre les auteurs »..