Le grand-duché de Luxembourg (en néerlandais : Groothertogdom Luxemburg) est un territoire ayant existé de 1815 à 1890, lorsqu'il appartient aux souverains néerlandais de la maison d'Orange-Nassau. À ce titre, il formait une union personnelle avec le royaume uni des Pays-Bas (puis avec les Pays-Bas après la scission du royaume à la suite de l'indépendance de la Belgique de 1830).

Il était également un état membre de la confédération germanique jusqu'à sa dissolution en . Il est l'ancêtre de l'actuel état du Luxembourg, depuis lors indépendant de la couronne néerlandaise, qui conserve le nom officiel de grand-duché de Luxembourg.

Il trouve ses origines médiévales dans l'ancien duché de Luxembourg. Après l'annexion de celui-ci par la Première République française en 1795, le duché fut remodelé pour devenir le département des Forêts jusqu'à la chute de Napoléon Bonaparte et du Premier Empire. C'est lors du démembrement de ce dernier que le territoire fut créé le par le congrès de Vienne et élevé au rang de « grand-duché ». Il fut octroyé à titre personnel à Guillaume Ier d'Orange-Nassau, souverain du nouveau royaume uni des Pays-Bas, créé la même année. Guillaume devint donc le « roi-grand-duc » : roi des Pays-Bas, nation indépendante, et grand-duc de Luxembourg, sa possession privée héréditaire.

Après la participation luxembourgeoise à la Révolution belge de 1830, la quasi-totalité du territoire fut temporairement annexé par la Belgique entre le et le , date de signature du traité des XXIV articles. Celui-ci mit en oeuvre la scission du Grand-duché de Luxembourg sur base de critères linguistiques : la partie occidentale (la plus vaste, de langues romanes) revint à la Belgique, qui y créa sa neuvième province (la province de Luxembourg), tandis que la « partie cédée », la partie orientale, délimitée par les frontières actuelles du Luxembourg et de langues germaniques (dont le luxembourgeois), repassa sous le giron de la monarchie néerlandaise.

Le grand-duché va alors progressivement entamer la route vers son indépendance avec, notamment, la création de la première constitution luxembourgeoise en 1841, la révolution luxembourgeoise de 1848 ou encore la fin de la confédération germanique en 1866.

Le , le décès sans héritier mâle du troisième (et dernier) « roi-grand-duc » de la maison d'Orange-Nassau, Guillaume III, libère le grand-duché de l'union personnelle qui le liait aux Pays-Bas et lui permet de devenir de facto l'état indépendant luxembourgeois tel qu'il existe aujourd'hui .. Il conserva son titre de grand-duché et couronna, comme nouveau grand-duc, Adolphe Ier de la branche des Nassau-Weilbourg.

Histoire

Après la Révolution française, les armées révolutionnaires envahissent les Pays-Bas autrichiens et leur région et les annexent à la République française après le siège de la forteresse de Luxembourg remporté en 1795. L'Assemblée nationale divise alors l'ensemble du « nouveau » territoire français en départements. Parmi eux se trouve le département des Forêts dont le chef-lieu est Luxembourg-ville et qui contient la majeure partie de l'ancien duché de Luxembourg.

La défaite de Napoléon lors des batailles de la campagne d'Allemagne entraine le départ des Français du Luxembourg dès , lorsque les armées alliées franchissent la Moselle et investissent la forteresse de Luxembourg.

Création vignette|Le Grand-Duché de Luxemburg, au sud du Royaume uni des Pays-Bas. Après la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo en 1815, les puissances européennes victorieuses se réunirent lors du congrès de Vienne pour décider du sort des anciens territoires français annexés. Elles décident de la création d'un nouvel état tampon entre la France et la Prusse : le royaume uni des Pays-Bas, qui regroupe les anciens Pays-Bas autrichiens, le territoire historique de la république des Provinces-Unies et la principauté de Liège. Les puissances décident alors que cet état sera une monarchie, dans le but de faire barrage à d'éventuelles nouvelles volontés expansionnistes françaises et de contrer les idées républicaines qui y persistent encore.

Elles choisissent alors Guillaume Ier de la maison d'Orange-Nassau comme nouveau roi des Pays-Bas. Ce choix n'est pas anodin puisque Guillaume est le fils de Guillaume V d'Orange-Nassau, dernier stathouder des Provinces-Unies et descendant de Guillaume d'Orange, meneur de la révolution des Pays-Bas espagnols contre le roi d'Espagne, Philippe II, qui conduisit à indépendance de la république dès 1581 lors de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

Guillaume possédait une série de principautés en Westphalie (Nassau-Dillenbourg, Siegen, Hadamar et Dietz) qu'il dut céder au royaume de Prusse et à la confédération germanique après des négociations signées le avec son beau-frère et cousin, Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse. En échange, le nouveau roi des Pays-Bas reçoit un territoire au sud de son nouveau royaume qui reprend grosso modo les frontières de l'ancien département des Forêts jusqu'à la Sûre et l'Our formant dès lors l'actuelle frontière entre l'Allemagne et le Luxembourg. Le congrès de Vienne élève alors ces nouvelles possessions au rang de grand-duché, qu'il créé le avec Guillaume Ier pour premier grand-duc de Luxembourg. Le territoire formant une union personnelle avec le royaume uni des Pays-Bas, Guillaume porte donc le double titre de roi et de grand-duc, malgré l'article 29 de la constitution du Royaume des Pays-Bas qui dispose que . C'est également un état-membre de la confédération germanique.

Formation territoriale

Le territoire du grand-duché est défini dans l'article 68 de l'acte final du congrès de Vienne du :

Ses frontières reprennent le tracé de celles du départements de Forêts, à l’exception de la frontière orientale, marquée par des découpes accordées au royaume de Prusse. En effet, l'article 25 du même traité définit l'attribution des nouvelles possessions prussiennes sur la rive gauche du Rhin., formalisant les frontières du royaume de Prusse en ce qui est, encore aujourd'hui, la frontière entre l'Allemagne et le Luxembourg.

Cette dernière phrase créé le condominium germano-luxembourgeois, confirmé par les traité d'Aix-la-Chapelle du et du entre le royaume uni des Pays-Bas et le royaume de Prusse.

Cela se traduit de manière concrète par le passage de plusieurs territoires de l'ancien duché de Luxembourg situés dans l'Eifel vers la nouvelle province prussienne appelée le grand-duché du Bas-Rhin. Ceux-ci appartenaient autrefois à deux anciens départements français : le département des Forêts, dont les territoires concernés sont quatre des cinq cantons de l'arrondissement de Bitburg, à savoir : Arzfeld, Bitburg, Dudeldorf et Neuerburg, ainsi qu'une partie des cantons de Grevenmacher, Echternach, Vianden et Clervaux. le département de la Sarre, dont les cantons de Daun et de Gerolstein

Côté occidental, les frontières sont celles toujours en vigueur entre la Belgique et la France et entre la France et le Luxembourg, le « Luxembourg français » ayant été attribué dès 1790 aux départements de la Meuse et de la Moselle et laissé à ces derniers en 1815.

Gouvernance sous Guillaume vignette|gauche|Guillaume Ier de la maison d'Orange-Nassau, roi des Pays-Bas et premier grand-duc de Luxembourg dès sa création en 1815. Guillaume I agit comme un souverain ambitieux mais autoritaire, voire despotique sur les Pays-Bas méridionaux .. Le mariage forcé entre les différents peuples ne se passe pas comme prévu, tant d'un point de vue religieux (majorité catholique au sud et protestante au nord), social (l'imposition du néerlandais comme seule langue dans le royaume), que politique, avec de fort avantages octroyés aux « hollandais ». Administration Le roi des Pays-Bas administre également le Luxembourg comme la dix-huitième province de son royaume mais sans jamais le reconnaitre officiellement. Par exemple, une loi datant du dispose que : Par les pouvoirs qui lui sont confiés dans l'article 67 de l'acte final du congrès de Vienne, Guillaume nomme un gouverneur du Luxembourg, le premier étant Franz Edmund Josef von Schmitz-Grollenburg de 1814 à 1815, avant que Jean-Georges Willmar ne lui succède. Le Grand-duché était également représenté aux États provinciaux et soumis à la loi fondamentale de la constitution du royaume des Pays-Bas, ce qui est contraire à ce que prévoyait le congrès de Vienne lors de la création du grand-duché. Celle-ci précise, dans son article 79, que le Luxembourg bénéficie ainsi de quatre députés sur cent-dix à la seconde Chambre des États généraux, qui siège à La Haye. Parmi eux, on trouvera, entre autres, Antoine Pescatore, Charles Auguste de Tornaco, Édouard d'Huart, François d'Hoffschmidt, Gaspard-Théodore-Ignace de La Fontaine ou encore Jean-Baptiste-Anne de Gerlache de Biourge. Certains, les « orangistes », étaient fidèles à la politique de Guillaume tandis que d'autres prirent plus tard le parti de la révolution belge et de l'annexion du Luxembourg à la Belgique. En effet, en 1828, les bourgeoisies catholiques et libérales s'unissent pour élaborer un programme commun d'exigences, c'est la naissance de l'unionisme belge, auquel se rallient certains luxembourgeois.

Économie D'un point de vue économique aussi le « roi grand-duc » traite le Luxembourg non comme une province néerlandaise et l'exploite même tel un territoire colonial. En effet, à leur création par le congrès de Vienne, les Pays-Bas ont déjà accumulé une énorme dette publique provenant d’avant 1815. En 1814 cette dette a atteint le niveau astronomique de 1,25 milliard de florins néerlandais. Guillaume fait alors participer la Belgique et le Luxembourg au remboursement de cette dette dans laquelle ils n'ont aucune responsabilité historique, malgré les protestations des différents députés. A cette fin, il décide d'une fiscalité démesurée s’abat sur le Grand-Duché. Elle est conçue et adaptée aux territoires des anciennes Provinces-Unies, qui était l'une des grandes puissances économiques et militaire au cours du siècle d'or néerlandais et a bénéficié d'un développement considérable, ce qui n'était pas le cas des Pays-Bas méridionaux, qui ne faisaient pas parties des Provinces Unies et demeuraient des territoires essentiellement agraires et, dans le cas du Luxembourg, particulièrement isolé par la géographie et le relief.

Plusieurs impôts sont particulièrement inappropriés et impopulaires : l’impôt sur le vin (particulièrement dans la région viticole de la Moselle) l’impôt sur les eaux de vie, car il faut les payer avant la vente du produit, ce qui est catastrophique pour les petits exploitants. l’impôt sur la mouture : l’impôt doit être payé avant d'aller moudre le grain au moulin. l’impôt sur le droit d’abattage : l’impôt doit être payé avant d'aller faire abattre les bêtes.

Aspects militaires Hormis le corps de la gendarmerie grand-ducale, en place depuis le , le Grand-duché ne dispose pas d'armée lors de sa création. Cependant, le , la loi sur l'organisation de la milice nationale crée la milice luxembourgeoise. Elle sera abolie en 1841, tandis que l'armée luxembourgeoise verra le jour en 1881.

Plusieurs unités militaires de l'armée du Royaume uni des Pays-Bas stationnaient dans le Grand-duché : Une garnison néerlandaise était maintenue conjointement à des troupes de l'armée prussienne dans la forteresse de Luxembourg, selon les termes de l'article 5 de la convention militaire signée à Francfort-sur-le-Main le entre le roi Grand-duc Guillaume et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Celui-ci stipule que la forteresse de Luxembourg devait être occupée par un quart de troupes néerlandaises et trois quarts de troupes prussiennes. L'article 9 stipulait qu'en temps de paix, la garnison devait compter même si, en pratique, ce niveau ne fut jamais été atteint.