Le clan Oyoko ou Ayoko est l'un des huit clans matrilinéaires issus de la migration Akan et suivant les rites et coutumes ashantis. La structuration des clans selon la tradition dictée par la culture akan, lAbusua définit la structure sociale en positionnant la famille comme base de l'identité et le clan matrilinéaire en est la plus grande subdivision identitaire reconnue par la tradition. Un Ashanti ne se définit pas comme originaire d'une ville ou d'une province mais comme appartenant à un clan. Parmi les huit clans connus, le clan Oyoko regroupe l'ensemble des familles pouvant prétendre aux fonctions suprêmes du royaume Ashanti, lesquelles sont le roi (ou Asantehene) et la reine-mère (ou Asantehemaa).

Histoire

Origine À partir du , l'actuelle région Ashanti du Ghana traverse une série de changements dont une importante migration de population, formant les premiers Akan. Ces mouvements s'observent jusqu'au et permettent la fondation de plusieurs États centrés autour de clans selon la tradition de l'''Abusua.

Dans la culture Akan, lAbusua est ce qui détermine l'organisation sociale et familiale des clans qui en découlent. Ce concept, enraciné sur un lignage matrilinéaire est à la racine de la formation de huit clans, dont le clan Oyoko. Chaque clan de l'Abusua possède ses propres caractéristiques socio-politiques ainsi qu'un totem qui représentent leurs ancêtres ainsi que leur identité.

Selon la tradition orale, le clan Oyoko aurait migré depuis le royaume de Bono dans l'actuelle Côte d'Ivoire sous le règne d'un dénommé Asare Mintel afin de se diriger vers l'actuelle région Ashanti. Le mythe de l'arrivée des Oyoko est relié à une ancêtre fondatrice : Ankyewa Nyame. Le clan Oyoko s'installe à Kumasi et dans ses environs. D'autres hypothèses accompagnent la question de la migration et de l'origine du clan Oyoko et par extension des Akan. Selon Meyerowitz et Niangoran-Bouah, ils seraient originaires d'Égypte et partagent des liens avec les Hébreux, cette théorie est partiellement partagée par d'autres auteurs du et du début du . Selon Rattray, ils proviendraient de l'Adansi nord.

Ankyewa Nyame L'ancêtre commune de tous les Oyoko est Ankyewa Nyame dont le récit originel peut se résumer comme suit : Dans la région d'Akyem, un chasseur part en expédition, il s'apprête à tirer à la vue d'une antilope lorsque celle-ci l'apostrophe en ces termes : Le lendemain, après un formidable coup de tonnette, un héraut descend du ciel et annonce « une création ». Le grand bassin de cuivre, avec une chaîne en or à l'intérieur, descend du ciel, suivi par une femme nommée Adofa tenant un siège blanc qu'elle pose dans le bassin. Ankyewa Nyame descend alors de la chaîne en or et prend place sur le siège. Les gens du village l'entourent et lui demandent ce qu'elle veut. Elle prononce ses premiers mots : . Elle quitte le village et rejoint Asantemanso et s'installe sous un arbre appelé Atouar avec le bassin et la chaîne d'or. C'est à cet emplacement que les Oyoko et les Dako émergent d'un trou dans le sol.Dans ce récit, le premier lieu d'apparition des Oyoko serait Asiakwa, puis Asantemanso dans un second temps. Selon la tradition, il n'y a pas deux origines, mais deux étapes d'un même parcours. Enfin, malgré le caractère merveilleux du récit, Gérard Pescheux note plusieurs indications intéressantes. Le site sur lequel arrive Ankyewa est déjà habité, mais il s'agit probablement d'une population non akan puisqu'elle refuse de s'établir dans une région où l'identité de la population ne peut lui être d'aucune aide pour ses projets.

Le récit fondateur Oyoko et les traditions orales du clan Aduana mettent en lumière une répartition des fonctions entre les deux clans. Les Oyoko ont la charge du pouvoir temporel tandis que les Aduana, en qualité de premiers arrivés, ont la responsabilité des fondements sacrés et rituels de ce pouvoir. Et, en effet, les Asantehene sont encore aujourd'hui interdits de séjour à Asantemanso et au sein des rituels fondateurs des Ashantis qui s'y déroulent.

Le récit légendaire de l'arrivée d'Ankyewa Nyama est attribué à Prempeh I qui en fait un argument pour la restitution d'un objet de la regalia ashanti, un bassin qu'il relie aux premiers souverains ashanti et à Ankyewa Nyame. Ce bassin de cuivre, pris par les Anglais lors de la capture de Kumasi en 1896, ne sera jamais restitué.

Asantemanso D'après la tradition orale, le berceau du clan Oyoko se trouve à Asantemanso. Comme dans de nombreux autres mythes fondateurs, il est dit que le clan Oyoko est sorti de terre à cet emplacement. D'après Eva Meyerowitz, Asantemanso serait la capitale d'un État fondé vers 1600, cependant Terray la situe plutôt entre 1610 et 1630. Après un développement rapide, la ville est détruite une cinquantaine d'année plus tard lors d'une guerre civile. Il ne reste de la ville qu'un bosquet qui est encore actuellement un lieu de rite important pour les Ashantis. Les deux hypothèses de la fondation de la ville se rejoignent en indiquant que cette fondation émane d'une faction du clan Aduana ayant émigré depuis le royaume d'Akwamu vers un village appelé Amakum établi par le clan Asenee, à proximité de l'actuelle Kumasi. Ils fondent Asantemanso à proximité, dans un territoire sous domination Bono. Cette ville deviendra la capitale de l'État de Domaa.

Il est important de noter que des fouilles archéologiques réalisées en 1986 sur le site traditionnel d'Asantemanso dévoilent quant à elles une occupation remontant à plusieurs siècles avant J.-C. et l'existence d'une communauté importante pouvant appartenir à la culture Guan. Cette hypothèse remet en question l'histoire du peuplement de la région et les relations entre les Guan et les premiers Akan.

La ville n'a, à ce moment-là, aucun lien avec le clan Oyoko qui se situe alors à Kokofu. Asantemanso prospère sous le règne du premier et second Domaahene (roi de Domaa). Les conflits externes au royaume de Bono provoquent durant cette période de nouvelles migrations. Sous le règne d'Ansa Puni (second Domaahene), le clan Oyoko quitte Kokofu à la suite des invasions militaires du royaume de Denkyira émergeant. Ils sont emmenés par leur chef, Akyempon Tenten, et nouent une alliance forte avec le Domaahene qui leur octroie un quartier, Nampansa.

À la suite de cela, une seconde vague de migrants Oyoko a lieu depuis Juaben et Nsuta afin de se concentrer à Asantemanso. Cependant, au sein du clan Oyoko se trouvent plusieurs maisons dynastiques qui possèdent chacun leur abusuahene (chef de clan). Akyempon Tenten, tout comme ses deux fils à sa succession Twum et Anti, ne sont donc chef que du groupe issu de la première migration.

Après 1650, cette expansion démographique mène à une guerre civile qui oppose les trois clans Oyoko aux Domaa et Aduana. Ce conflit mène à la chute d'Asantemanso. La tradition orale ashanti tend à occulter cette guerre afin de favoriser le mythe fondateur qui entoure Osei Tutu et Okomfo Anokye. En effet, ce conflit est perçu comme un échec puisque la ville est détruite et abandonnée. Plusieurs raisons appuient cet abandon en plus de la destruction : d'une part, l'explosion démographique et le manque de terres arables à cet emplacement, d'une autre l'attrait pour le commerce avec le nord et le rapprochement des voies commerciales.

Cette destruction provoque la dispersion des différents clans. Le premier clan Oyoko, dirigé par Akyeampon Tenten, retourne à Kokofu. Le second clan Oyoko, dirigé par Oti Akenten, s'installe à Kwaaman, ancien nom de Kumasi. Le troisième clan Oyoko tente de s'installer également à Kokofu, puis rejoignent Oti Akenten à Kwaaman. Cette dispersion provoque également l'émergence de nouvelles maisons dynastiques au sein du clan matrilinéaire. Chacune s'installe dans des villes environnantes telles que Juaben, Bekwai, Dadiasi et Mampon. L'origine commune de tout ces clans situés à Asantemanso en font effectivement le berceau du clan Oyoko et des futurs Ashantis.

Premiers chefs du clan Jusqu'à la chute d'Asantemanso, les dirigeants des clans Oyoko sont multiples. Ce n'est qu'après cela qu'apparaitraient les premiers chefs représentant l'ensemble des clans. Les versions qui couvrent cette période de l'histoire sont très confuses. Dans l'ordre chronologique, le nom d'Akyeampon Tenten apparait dans certaines versions comme le premier dirigeant mâle représentant l'ensemble des clans. Ses actions sont en lien direct avec la chute d'Asantemanso et son pouvoir se renforce lorsqu'il installe le clan à Kwaaman (Kumasi). Cependant, sa chronologie et son origine exacte sont difficiles à déterminer à cause de confusion et d'homonyme au sein d'autres clans migrant à Kwaaman. Selon la généalogie officielle établie par Prempeh , Akyeampon Tenten ne serait en réalité qu'un chef de famille et non pas un souverain Oyoko. Selon les versions, il serait même mort lors du conflit interne d'Asantemanso.

On attribue dès lors les actions antérieures à la chute d'Asantemanso à ses successeurs, les frères Twum et Antwi qui seraient les petits fils d'Ankyewa Nyame. Ils auraient été les premiers dirigeants de Kwaman. Là encore, la version officielle est débattue et la chronologie des faits semble indiquer qu'ils seraient également morts lors du conflit d'Asantemanso. Kwabia Amanfi aurait succédé à Antwi et emmené le clan à Kokofu en emportant avec lui la chaîne en or d'Ankyewa Nyame et le bassin de cuivre. Il est lui aussi considéré en simple chef de famille.

Concernant Oti Akenten, la chronologie révisée par les historiens attribue la fondation de Kwaman à Oti Akenten, vers 1660-1670. Cependant, la version selon laquelle son successeur, Obiri Yeboa, serait le premier leader de la migration est incompatible avec la chronologie des migrations ainsi que de nombreux éléments de la tradition orale. Oti Akenten aurait été adopté dans le lignage Oyoko par Kwabia Amanfi, présentant le cas d'une première réécriture généalogique.

État de Kwaaman Le clan Oyoko intègre la cité-État de Kwaaman, déjà occupée et dirigée par le clan , le septième clan de la migration Akan. L'installation du clan Oyoko s'effectue de façon pacifique et les premiers dirigeants de la confédération asante sont probablement Aduana, et non Oyoko.

Selon la tradition orale, les premiers chefs du clan Oyoko sont les fils d'Ankyema Nyame, Twum et Antwi. Ils gouvernent de 1564 à 1607. En tant que chef, ils portent le titre de noblesse Nana. Kwabia Amamfi leur succède de 1608 à 1638, suivi d'Oti Akenten de 1642 à 1677 et enfin d'Obiri Yeboah de 1679 à 1696. Après Obiri Yeboah, les chefs du clan Oyoko sont également roi du royaume Ashanti.

Le mythe fondateur de Kwaaman dans la tradition orale indique qu'Oti Akenten aurait négocié avec le chef de Tafo pour l'obtention d'une parcelle de terre sous un arbre nommé Kum. Cette parcelle s'appellerait ensuite Kum-ase (en twi "sous l'arbre), donnant naissance au nom de Kumasi. Cependant, d'autres traditions indiquent qu'Oti Akenten s'établit sur une terre nommée Kwaaman et que c'est son successeur, Obiri Yeboa qui crée Kumasi. Si le nom du fondateur est débattu dans les traditions orales, celles-ci s'accordent que le choix du site relève d'une action d'Okomfo Anokye qui plante deux graines de l'arbre Kum afin d'identifier la terre la plus fertile sur laquelle s'établir. Ce mythe est étroitement lié à la formation de la confédération ashanti par Osei Tutu Ier.

À la suite des enquêtes et révisions chronologiques menées par les historiens, la version historique la plus acceptée au fait d'Oti Akenten le fondateur de Kwaman, permettant à la migration du clan Oyoko de s'y installer de 1650 à 1660. Obiri Yeboah lui succède en tant que Kwamanhene (chef de Kwaman) vers 1660 et concentre la majorité des clans Oyoko ayant migré depuis Asantemanso. L'installation du clan se fait probablement pacifiquement et Obiri Yeboa se trouve au coeur de nombreuses alliances avec les micro-États de Tafo, Kaase et Amakum.