Le gambit de Budapest est une ouverture du jeu d'échecs inventée par Géza Maróczy en 1896, et qui commence par les coups :
1. d4 Cf6 2. c4 e5.
Il est rare à haut niveau mais on peut le trouver à l'occasion au niveau joueur de club. Il est recommandé comme arme pour ces derniers par Tony Rubin dans son livre-témoignage (coécrit avec John Emms) Chess for the rank and file (Éd. Tournament Chess ). Tony Rubin y avance l'argument suivant :
Le gambit de Budapest a deux codes ECO : A51 (1.d4 Cf6 2.c4 e5) et A52 (1.d4 Cf6 2.c4 e5 3.dxe5 Cg4)
Le second coup des Noirs attaque le centre des Blancs, sacrifiant, au moins temporairement, un pion pour ce faire. La plupart du temps, les Blancs ne s'accrochent pas au pion car cela posterait leurs pièces défensivement et donnerait un avantage de développement aux Noirs. Au lieu de cela, les Blancs développent leurs pièces et espèrent une avance de développement pendant que les Noirs récupèrent leur pion. Après 3.dxe5 (la seule tentative sérieuse d'obtenir un avantage), les Noirs doivent jouer leur cavalier à nouveau.
La réponse la plus fréquente est 3...Cg4 avec trois variantes principales : La ligne Adler : 4.Cf3 Fc5 5.e3 Cc6 et les Blancs cherchent un avantage d'espace dans le centre avec leurs pièces. 4.Ff4 Cc6 5.Cf3 Fb4+ et les Blancs adoptent : soit la ligne Bernstein 6.Cbd2 et rendent le pion pour garder la paire de fous, soit la ligne Rubinstein 6.Cc3 et les Blancs tentent de garder le pion la ligne Alekhine 4.e4, avec laquelle les Blancs recherchent un avantage spatial conséquent avec leurs pions.
Les Blancs ont aussi d'autres possibilités au quatrième coup, la plus intéressante étant 4.e3, les autres (4.f4?!, 4.Dd4?!, 4.Dd5, 4.e6) n'étant pas prometteuses.
Au , les Noirs peuvent aussi adopter la variante Fajarowicz 3... Ce4 qui met l'accent sur un jeu de pièces rapide.
Pratique en compétition
Origines
La première partie connue avec un gambit de Budapest est la partie Adler-Maróczy à Budapest en 1896. En 1916, Stephan Abonyi, avec ses compatriotes Zsigmond Barasz et Gyula Breyer, développent cette ouverture lorsqu'ils affrontent le chirurgien néerlandais Johannes Esser dans un petit tournoi à Budapest. C'est à Berlin en 1918 que ce gambit fut employé contre un joueur de classe mondiale pour la première fois, quand Akiba Rubinstein n'obtient qu'un maigre ½-2½ en trois parties contre Milan Vidmar, Carl Schlechter et Jacques Mieses qui jouent tous le gambit contre luiViktor Moskalenko, The fabulous Budapest Gambit, .
Pratique par des joueurs de haut niveau
Le gambit de Budapest n'a jamais été utilisé largement par les Noirs par les joueurs du top 10 mondial : Réti l'a employé trois fois contre des adversaires plus faibles, marquant 1½ point. Tartakover l'a utilisé trois fois dans un seul tournoi (Bad Kissingen 1928) mais ne marque que 1½ contre une forte opposition (Bogoljubov, Capablanca, Rubinstein). Mieses l'utilise deux fois, gagnant contre Rubinstein (Berlin 1918) mais perdant contre Euwe (Hastings 1923) Spielmann l'emploie également deux fois, gagnant contre Euwe (Bad Pistyan 1922 Max Euwe vs Rudolf Spielmann (1922)) mais perdant contre Sämisch (Copenhague 1923).
Certains joueurs de haut niveau ont essayé le gambit une seule fois contre des joueurs plus faibles, généralement avec de bons résultats :
Alekhine gagne contre Ibanez (Buenos Aires, 1926). Chirov gagne contre Bacrot (Bosna SuperGM, 2000) alors que Bacrot ne figure pas encore dans le top mondial. Flohr gagne contre Staehelin (Berne, 1932). Breyer gagne contre Esser (Budapest, 1916). Maróczy gagne contre Adler (Budapest, 1896).
D'autres forts joueurs ont utilisé le gambit contre des joueurs de force similaire, pour les surprendre ou parce qu'ils estimaient que le gambit ne convenait pas au style positionnel de leur adversaire :
Vidmar gagne contre Rubinstein (Berlin 1918). Schlechter fait nulle Rubinstein (Berlin 1918). Bronstein gagne contre Tolouch (Moscou, championnat d'URSS, 1944). Speelman gagne contre Browne (Taxco, Tournoi interzonal, , 1985). Short perd contre Karpov (Linares, match des candidats, , 1992). Mamedyarov gagne contre Van Wely (Ciudad Real 2004).
D'autres encore l'ont employé dans leur jeunesse, puis l'ont abandonné au moment d'accéder au top mondial :
Svidler l'a utilisé en 1991-1992 alors qu'il avait 15 ans. Topalov l'a utilisé contre Dreev alors qu'il avait 14 ans.
Utilisation contre des joueurs de haut niveau
Les joueurs de l'élite mondiale ont rarement été confrontés au gambit : Rubinstein obtient des résultats catastrophiques au tournoi de Berlin 1918 contre le gambit (½/3), mais quelques années plus tard il améliore ce score en gagnant contre Daniuszewski (Łódź, championnat de Pologne 1927) puis contre Tartakover (Bad Kissingen, 1928). Alekhine marque 3/4 avec des victoires contre Euwe (Amsterdam, 1921), Rabinovich (Baden-Baden, 1925) et Seitz (Hastings, 1926), mais perd contre Gilg (Semmering, 1926).
Autres pratiquants
En dehors de l'élite mondiale, le gambit est surtout utilisé par des joueurs moins connus, dont beaucoup de Hongrois : GM Georg Mohr obtient 2½/6 avec le gambit entre 1994 et 2002. MI Miklos Kaposztas obtient 3½/6 entre 1974 et 1994. Elek Bakonyi marque 3/6 entre 1927 et 1974.
Thèmes stratégiques et tactiques
L'attaque du roque par la tour
Dans la variante 4.Cf3 (variante Adler), les Noirs ont souvent l'occasion de développer leur Ta8 agressivement par la avec la manœuvre a7-a5, Ta8-a6-h6. Ceci peut se produire avec des coups comme 1.d4 Cf6 2.c4 e5 3.dxe5 Cg4 4.Cf3 Fc5 5.e3 Cc6 6.Fe2 Cgxe5 7.Cxe5 Cxe5 8.a3 a5 9.0-0 0-0 10.Cc3 Ta6 11.b3 Th6.
La tour est alors utilisée dans une attaque de pièces contre le roque ennemi. Les Noirs amassent facilement des pièces contre le roi blanc, avec la tour en h6, la dame en h4 et un cavalier en g4. Si les Blancs tentent de se défendre avec h2-h3, le Fc8 peut être sacrifié sur h3 pour ouvrir la colonne h.
Le Fc5 n'a pas l'air particulièrement utile dans cette attaque. Par la pression sur e3, il rend f2-f4, chassant le cavalier noir, difficile pour les Blancs, et l'attaque sur e3 est parfois renforcée par un doublement de pièces lourdes sur la colonne e. Il y a plusieurs possibilités de sacrifice en e3. D'autre part, le Fc5 peut parfois être recyclé sur la diagonale b8-h2 via Fc5-a7-b8, pour mettre encore plus de pression sur h2. Il peut aussi rester sur la diagonale a7-g1 pour mettre de la pression sur f2, si les Blancs poussent e3-e4 plus tard dans le jeu.
La tour de Budapest est une innovation revigorante pour le gambit dans les années 1980, et elle lui donne une nouvelle vie. Cependant, certains ennuis découlent du retard de la poussée ...d6 pour permettre cette manœuvre : le fou dame doit attendre longtemps son développement, et toute attaque sur le Fc5 est potentiellement ennuyeuse pour les Noirs (puisqu'elle signifie la fermeture de la avec ...d6 ou ...b6, abandonnant la diagonale active a7-g1, ou entravant le chemin de la tour en a7). Ceci, ainsi que des risques tactiques à l'aile roi (Cf5 prendrait en fourchette la Th6 et la Dh4), et le plan étroit des Noirs (avec aucune alternative s'il vient à échouer), ont fait regretter à certains les lignes anciennes, où c'est la tour roi qui arrive en h6. La tour dame peut alors être utilisée pour des opérations sur l'aile dame (après avoir repris le Fc5 avec le pion b par exemple).
Les avantages de ...Fb4+
Dans la plupart des variantes, les Noirs ont l'occasion de jouer Fb4+. La recommandation de ce coup dépend des réponses blanches possibles : si les Blancs doivent jouer Cc3, alors les Noirs devraient capturer le Cc3 seulement si les Blancs doivent recapturer avec le pion b. À ce moment, le pion isolé et les pions doublés c3 et c4 sont des avantages positionnels pour les Noirs qui compensent totalement la perte de la paire de fous, et même du pion du gambit. Si les Blancs peuvent reprendre avec une pièce (généralement Tc1, Fd2 ou Dc2), la capture du Cc3 serait désavantageuse pour les Noirs puisqu'elle abandonne la paire de fous ; si les Blancs doivent jouer Cbd2, alors ils ne font qu'une petite concession positionnelle, parce que le cavalier atteindra plus difficilement sa case idéale d5. Cependant, si les Noirs sont forcés de prendre en d2, les Blancs ont l'avantage de la paire de fous ; si les Blancs doivent jouer Fd2 alors les Noirs devraient échanger les fous seulement si les Blancs sont forcés de recapturer avec le Cb1, parce qu'alors ce cavalier est légèrement mal placé pour atteindre sa case idéale d5.
Par exemple, on trouve les variantes suivantes :
dans la ligne Adler, après 4...Cc6 5.e3 les Noirs n'obtiendraient rien par 5...Fb4+ parce que les Blancs pourraient répondre 6.Fd2 et à 6...Fxd2+ 7.Dxd2 ; dans la variante 4.Ff4, après 4...Cc6 5.Cf3 les Noirs devraient jouer 5...Fb4+ car les deux réponses avec le Cb1 ont leur problème habituel et 6.Fd2 perd un tempo ; dans la variante Alekhine, après 4.Cec6 5.Fe3 les Noirs peuvent jouer 5...Fb4+ comme plus haut, et 6.Fd2 cède la diagonale a7-g1 aux Noirs avec 6...Fc5.
La pression sur les cases e4 et e3
Dans la variante 4.Cf3, quand les Blancs ont joué f2-f4, le pion e3 devient un pion arriéré sur une colonne ouverte. Les Noirs peuvent alors appliquer de la pression sur la colonne e en général, et sur le pion e3 et la case e4 en particulier.
Les coups typiques de ce plan sont la manœuvre Ce5-d7-f6, et le placement des pièces lourdes sur la colonne e avec Tf8-e8 et Dd8-e7. Le Fc5 est déjà bien placé pour menacer le pion e3. En fonction des autres paramètres, le Fc8 peut aussi être placé en b7 ou f5, et contrôler e4 dans les deux cas.
Ce plan doit être évoqué seulement si certaines conditions sont remplies : la case d7 est disponible pour le Ce5, de sorte qu'il puisse aller en f6 plus tard ; les Blancs ne peuvent pas facilement avancer le pion e3 en e4, où il serait défendu convenablement par le Cc3 et un éventuel Ff3 ; les Blancs n'ont pas le temps de lancer une attaque rapide sur le roque noir avec f4-f5-f6.
La poussée c4-c5
Dans les lignes principales, la poussée c4-c5 donne souvent un avantage positionnel aux Blancs.
Dans la ligne Bernstein, après 7.a3 Cgxe5 8.Cxe5 Cxe5 9.e3 Fxd2+ 10.Dxd2 les Blancs obtiennent la paire de fous et un avantage d'espace. De façon à exploiter cet avantage, ils peuvent lancer une attaque de minorité sur l'aile dame, dans le but de réaliser la poussée c4-c5 dans de bonnes conditions. Cette poussée peut donner plusieurs avantages aux Blancs : l'amélioration de son fou de cases claires ; la création d'une colonne semi-ouverte pour l'attaque avec les tours ; la création d'un pion arriéré isolé en d6 après l'échange c5xd6. Par exemple, après le naturel mais fautif 10...0-0?! (diagramme), les Blancs peuvent immédiatement réaliser leur objectif stratégique avec Lalic, The Budapest Gambit, page 32M. Gourevitch-N. Miezis, Bad Godesburg 1996 si les Noirs acceptent le sacrifice temporaire, après 11...Dxc5 12.Tc1 Dd6 13.Dxd6 cxd6 14.Td1 les Blancs récupèrent le pion et ont créé un pion faible en d7. si les Noirs refusent le pion, ils ont des difficultés pour développer l'aile dame, par exemple 11...d6 serait suivi par 12.cxd6 Dxd6 13.Dxd6 cxd6 et le pion en d6 est faible. Les Noirs essayent donc d'empêcher la poussée c4-c5 avec des coups comme d7-d6, b7-b6 ou Tf8-d8 (si cela crée un vis-à-vis entre la Td8 et la Dd2).
De façon similaire, dans la ligne Adler, après 4...Fc5 5.e3 Cc6 6.Fe2 0-0 7.0-0 Te8 8.Cc3 Cgxe5 9.b3 a5 10.Fb2 Cxf3+ 11.Fxf3 Ce5 12.Fe2 Ta6 13.Dd5 De7 14.Ce4 Fa7 (diagramme), les Blancs ont une belle occasion de pousser 15.c5Borik, Budapest Gambit, page 17Akesson-Tagnon, Berlin open 1984 car : cela clôt la diagonale pour le Fa7 pour le moment ; cela rend plus difficile le développement du Fc8, car b7-b6 (ou d7-d6) peut être contrecarré par cxb6 (dxc6 respectivement) en créant un pion faible en d6 ; cela améliore les perspectives du Fe2.