Le Rallye du Maroc 1972 ( Rallye du Maroc), disputé du 27 au , est la vingtième manche du Championnat international des marques (IRC) courue depuis 1970 et la quatrième manche du Championnat international des marques 1972.

Contexte avant la course Le championnat international des rallyes pour marques

Alors que le championnat d'Europe des rallyes pour conducteurs fut créé en 1953, ce n'est que quinze ans plus tard, en 1968 qu'apparut le championnat d'Europe des rallyes pour marques (ERC), Ford devenant cette année-là le premier constructeur titré dans la discipline. En 1970, le championnat devint intercontinental et fut rebaptisé championnat international des rallyes pour marques (IRCM) en intégrant une épreuve africaine, le Safari, le Rallye du Maroc venant s'ajouter à son calendrier dès l'année suivante. Le calendrier 1972 comprend dix manches (sept en Europe, deux en Afrique et une en Amérique du Nord). Le barème d'attribution des points vient d'être modifié, correspondant à celui prévu pour le futur championnat du monde des rallyes qui sera mis en place en 1973. Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales thumb|upright=1.1|right|alt=Citroën SM|La Citroën SM de l'équipage Jean Deschazeaux/Jean Plassard, victorieuse de l'édition 1971 du Rallye du Maroc.

Bien que n'ayant encore remporté aucune victoire cette saison, Porsche pointe en tête du championnat grâce aux trois secondes places acquises lors des trois manches déjà disputées. Le constructeur de Stuttgart n'envisage cependant pas une participation active pour les épreuves suivantes, contrairement à la Scuderia Lancia qui, galvanisée par la victoire de Sandro Munari au Rallye Monte-Carlo, figure au rang des équipes favorites alors que la déroute inattendue d'Alpine-Renault a sérieusement compromis les chances de la marque française de conserver le titre obtenu en 1971.

L'épreuve

Quelques éditions du Rallye du Maroc furent disputées avant guerre, mais ce n'est qu'à partir de 1949 que cette épreuve commença à être régulièrement organisée. De 1956 à 1966, durant les dix premières années d'indépendance du pays, la course n'eut cependant pas lieu et ce n'est que fin 1967 que le Rallye du Maroc put être de nouveau couru, le pilote franco-marocain Robert La Caze remportant la victoire au volant d'une Renault 8 Gordini. Couru principalement sur terre, c'est un rallye particulièrement éprouvant, certains secteurs chronométrés dépassant les deux cents kilomètres. L'épreuve a été intégrée au calendrier du Championnat international des marques en 1971. En s'imposant cette année-là au volant d'une SM, l'équipage local Jean Deschazeaux/Jean Plassard a permis à Citroën d'y obtenir sa troisième victoire consécutive, Robert Neyret ayant remporté les deux éditions précédentes sur une DSRevue L'Automobile , juin 1971.

Le parcours départ : de Rabat arrivée : à Casablanca distance : 4254 km, dont 1465 km sur 12 épreuves spéciales surface : asphalte (16%) et terre (84%) Parcours divisé en trois étapesRevue Moteurs , 25 septembre 1972

Première étape Rabat - Fès - Aknoul - Ouazzane - Fès - Missour - Rich - Marrakech, du 27 au 7 épreuves spéciales, 615 km

Deuxième étape Marrakech - Tizi N'Test - Irherm - Foum Zguid - Ouarzazate, du 28 au 3 épreuves spéciales, 409 km

Troisième étape Ouarzazate - Zagora - Rissani - Rich - Casablanca, le 2 épreuves spéciales, 441 km

Les forces en présence thumb|upright=0.9|right|alt=Citroën DS 21|En plus des trois SM engagées, quatre Citroën DS21 seront au départ, dont deux versions Groupe 1, très proches de ce modèle de série, confiées à Francisco Romãozinho et à Raymond Ponnelle. Alpine-Renault Le constructeur dieppois a soigneusement préparé sa participation à l'épreuve marocaine et vise la victoire, afin de se maintenir dans la course au titre international. Trois berlinettes A110 1600 S Groupe 4 sont confiées aux équipages Jean-Luc Thérier/Claude Roure, Ove Andersson/Arne Hertz et Jean-Pierre Nicolas/Pierre Thimonier. Craignant que le nombre minimal de cinquante équipages ne soit pas atteint, le directeur sportif Jacques Cheinisse a engagé deux A110 supplémentaires, une pour René Trautmann/Dominique Guichard, la seconde pour lui-même avec Marcel Callewaert pour copilote. Ces deux voitures ne sont là que pour faire nombre et ne disputeront que le début de la première étape. Les trois autres ont été équipées d'une suspension renforcée, à débattement augmenté par rapport à la configuration asphalte. Un blindage a été boulonné sous la coque et la prise d'admission d'air a été déplacée à l'intérieur de l'habitacle afin de permettre le franchissement des gués ou des oueds. Le poids des voitures atteint 900 kg. Placé en porte-à-faux arrière, le moteur quatre cylindres de 1596 cm3, alimenté par deux carburateurs double-corps Weber, développe 160 chevaux. Les Alpine sont chaussées de pneus MichelinRevue Sport Auto n°125 - juin 1972.

Citroën L'équipe dirigée par Marlène Cotton a engagé un total de six voitures : trois coupés SM (deux en Groupe 2 pour Rauno Aaltonen/Henry Liddon et Björn Waldegård/Fergus Sager et un en Groupe 1 pour Jean Deschazeaux/Jean Plassard) ainsi que trois berlines DS 21 (une Groupe 2 pour Robert Neyret/Jacques Terramorsi et deux Groupe 1 pour Francisco Romãozinho/José Arnaud et Raymond Ponnelle/Pierre de Serpos). Les Citroën sont toutes des tractions. Les SM sont animées par un V6 d'origine Maserati, d'une cylindrée de 2670 cm3. Alimenté par trois carburateurs Weber à double-corps, il développe 170 à 5500 tr/min pour la version de série, la préparation Groupe 2 permettant d'atteindre 220 chevaux. Le poids de ces voitures est de l'ordre d'une tonne et demie. Le quatre cylindres de 2175 cm3 des DS 21 est alimenté par injection électronique Bosch et développe, de base, 125 chevaux à 5250 tr/minRevue L'Auto-Journal - numéro spécial 16/17 - 26 août 1971. La version Groupe 2 hérite du moteur de la future DS 23 (2347 cm3), gonflé à 180 chevaux. Les DS pèsent plus de 1300 kg. L'équipage autrichien Richard Bochnicek/Kurt Nestinger dispose d'une version Groupe 2 semblable à celle de Neyret/Terramorsi et bénéficie de l'assistance d'usine. Les Citroën ont des pneus Michelin.

Lancia La Scuderia Lancia avait initialement engagé deux coupés Fulvia HF Groupe 4 mais l'équipage Harry Källström/Gunnar Häggbom, retenu pour les reconnaissances du Rallye de l'Acropole, a déclaré forfait et l'unique Fulvia présente est aux mains de Simo Lampinen, navigué par Sölve Andreasson. En version piste, cette traction pèse environ une tonne. Son moteur V4 de 1584 cm3, alimenté par deux carburateurs Dell'Orto à double-corps, fournit près de 160 chevaux à 7000 tr/min. Les pneus sont de marque Pirelli.

Peugeot thumb|right|alt=Peugeot 504|Les quatre 504 engagées sont pratiquement identiques aux modèles de série. Le constructeur sochalien n'est pas officiellement présent, mais les quatre berlines 504 engagées par Jean Guichet ont été préparées en usine, avec le support du bureau d'études de la marque. Assisté de Jean Todt, Guichet prendra le départ sur une version Groupe 1 (transmission classique, moteur quatre cylindres de 1971 cm3 alimenté par injection mécanique Kugelfischer, 104 chevaux à 5200 tr/min), tout comme l'équipage britannique Tony Fall/Mike Wood. Les voitures de Guy Chasseuil/Christian Baron et de Hannu Mikkola/Atso Aho bénéficient de petites évolutions Groupe 2, leur puissance est de l'ordre de 110 chevaux. Les 504 pèsent plus de 1200 kg et sont chaussées de pneus Michelin.

Renault Le pilote belge Jean-Marie Jacquemin, navigué par Jacques Jaubert, s'aligne sur une Renault 12 Gordini Groupe 2. Parmi les Renault 16 TS Groupe 2 au départ, on note la présence de l'équipage féminin Claudine Trautmann/Marie-Odile Desvignes et celle des pilotes locaux «Dupré»/«Le Tahitien».

DAF Spécialiste de la marque néerlandaise, Claude Laurent (secondé par Yves Dion) est au volant de la Daf 55 Groupe 2 avec laquelle il a disputé le dernier Rallye Monte-Carlo. Il utilise des pneus Goodyear.

Mercedes-Benz Le concessionnaire parisien du constructeur allemand, Paul-Henry Archambeaud, a engagé deux grosses berlines 280 SE Groupe 2 (transmission classique, moteur six cylindres en ligne, 2778 cm3, 160 chevaux) pour les équipages Raymond Touroul/Pierre Lafont et Pierre Pagani/Michel Malherbe.

Déroulement de la course Première étape Les cinquante-deux équipages s'élancent tous de Marrakech le mercredi matin pour gagner Rabat où est donné le départ du Rallye du Maroc.

Rabat - Fès thumb|right|upright=1.1|alt=Tiddas|Les alentours de Tiddas, sur le parcours de la première épreuve spéciale. Le début du rallye se déroule dans l'Atlas. Les concurrents parcourent tout d'abord une centaine de kilomètres afin de rejoindre Maâziz. Engagé uniquement pour assurer un nombre suffisant de participants, René Trautmann (Alpine-Renault) a déjà volontairement renoncé, son directeur sportif Jacques Cheinisse l'imitera un peu plus tard. Deux autres Alpine se mettent en évidence dans la première épreuve chronométrée, empruntant une route sinueuse et goudronnée au milieu des collines de la région de Tiddas. Ove Andersson devance de quelques secondes Jean-Pierre Nicolas, mais leur coéquipier Jean-Luc Thérier a perdu près de trois minutes à cause d'une crevaison. La Lancia de Simo Lampinen est troisième, devant les trois Citroën SM de Björn Waldegård, Rauno Aaltonen et Jean Deschazeaux. Le deuxième secteur chronométré, entre Fès et Taza, permet à Thérier de rattraper une bonne partie de son retard, le pilote normand reprenant près de deux minutes à ses coéquipiers et remontant en quatrième position au classement général, juste derrière Lampinen. L'équipe Citroën a été durement touchée : Deschazeaux a abandonné, une roue brisée ayant provoqué une sortie de route entraînant la casse d'un bras de suspensionRevue L'Automobile , juin 1972, et Richard Bochnicek a également dû renoncer, moteur grippé à cause d'un problème de pompe à huile sur sa DS. Claudine Trautmann a perdu plusieurs heures à cause de multiples problèmes sur sa Renault 16 et a plongé dans les profondeurs du classement. Dans les épreuves suivantes, toujours sur bon revêtement, Lampinen fait jeu égal avec les pilotes d'Alpine. Nicolas a pris le commandement de la course mais, au regroupement de Fès, il possède à peine une minute d'avance sur la Lancia. Andersson et Thérier sont à plus de deux minutes de leur coéquipier. Ils devancent Waldegård, cinquième à plus de cinq minutes de l'équipage de tête. Sur l'autre SM, Aaltonen a chuté à la douzième place à cause d'un problème d'embrayage. Beaucoup moins puissantes que leurs concurrentes, les Peugeot 504 de Guy Chasseuil et d'Hannu Mikkola ont été distancées sur cette première partie de rallye, assez roulante. Elles occupent les sixième et septième places, comptant respectivement près de quatorze et dix-neuf minutes de retard. Ralenti en début de parcours par un problème d'échappement, Jean-Marie Jacquemin (Renault 12 Gordini) est remonté en huitième position, à une minute de Mikkola. Il reste trente-neuf équipages en course.