Jane Aubert-Krier, née le à Loudun et morte le à Rennes, est une économiste française considérée comme l'une des pionnières de la science économique en France et plus particulièrement de la science de gestion.
Professeure à l'université de Rennes de 1950 à 1979, elle fonde l'Institut d'administration des entreprises de Rennes, qu'elle dirige entre 1956 et 1962.
Biographie Jane Aubert est née le à Loudun et passe sa jeunesse à Châtellerault. Fille de commerçant, elle étudie au collège Descartes, puis au lycée Berthelot avant de partir à l'université de Poitiers où elle est licenciée en lettres.
Thèse d'économie sous l'occupation Un peu moins d'un an après la libération de Poitiers, Jane Aubert soutient sa thèse de doctorat intitulée Essai sur la courbe d'offre en théorie économique le à l’université de Poitiers. Ces premiers travaux scientifiques sont réalisés sous la direction de Daniel Villey. Cette thèse fera l'objet d'une publication sous le titre La courbe d'offre en 1949 aux Presses universitaires de France. Edward Chamberlin, rencontré lors de son séjour de recherche à l'institut Radcliffe de l'université Harvard en 1946, préface l'ouvrage de Jane Aubert. Jane dédie son ouvrage à son frère, Jean Aubert (1916-1940), mort pour la France dans les Ardennes.
À son retour en France, Jane Aubert devient chargée de cours à la faculté de Poitiers jusqu'en 1948.
Première agrégée d'économie Au milieu du , l'économie n'est pas encore une discipline totalement autonome à l'université. Depuis 1896, l'agrégation des facultés de droit comporte quatre sections : la section de droit privé et criminel ; la section de droit public ; la section d'histoire du droit ; la section des sciences économiques. Il faut attendre 1971 pour que soit institué une agrégation de sciences politiques puis 1976 pour l'agrégation des sciences de gestion.
En , Jane Aubert est reçue au concours d'agrégation des facultés de droit option sciences économiques. Elle termine cinquième. Il s'agit de la première femme à obtenir l'agrégation d'économie. Le candidat reçu premier au concours d'agrégation n'est autre que son futur époux, Henri Krier (1920-1992), qu'elle épouse le . Le couple aura cinq enfants.
À la suite de l'obtention de l'agrégation, elle est envoyée à la faculté de droit de Caen puis elle est nommée professeure agrégée à la faculté de droit de Rennes en 1950, où elle fera le reste de sa carrière.
Si dès le , des femmes deviennent économistes (Jane Marcet, Harriet Martineau, Zoé Gatti de Gamond, Clémence Royer), il faut attendre la deuxième moitié du pour que des femmes intègrent l'université en devenant assistantes puis professeures : au Royaume-Uni, Joan Robinson (1903-1983) ne devient professeure qu'à 62 ans ; en France, Magdeleine Apchié (1906-1972), docteure en 1932, chargée de mission à l'Insee et secrétaire de rédaction de la Revue d’économie politique, Huguette Biaujeaud (1909-1989), docteure en 1933 avec un Essai sur la Théorie ricardienne de la valeur, unique publication de l'auteure qui n'a pas poursuivi une carrière d’économiste.
Son directeur de thèse estime que deux femmes européennes sont reconnues en économie au début des années 1950 : Joan Robinson et Jane Aubert-Krier.
En 1956, Jane Aubert-Krier participe au Dictionnaire des sciences économiques de Jean Romeuf. Les derniers dictionnaires d'économie en langue française dataient du : le Dictionnaire de l'économie politique de Charles Coquelin et Gilbert Guillaumin (1853-1854) et le Nouveau Dictionnaire d'économie politique, par Léon Say et Joseph Chailley (1891-1892). Si le résultat final a été critiqué, la notice sur la demande rédigée par Jane Aubert-Krier fut qualifiée d'excellente par René Courtin.
Développement de la gestion en France Jane Aubert-Krier crée l'un des quatre premiers instituts d'administration des entreprises qui voient le jour à Bordeaux, Rennes, Dijon et Toulouse. L'IAE de Rennes est créé en 1956 et Jane Aubert-Krier en assure la direction durant deux mandats, jusqu'en 1962, année de naissance du cinquième enfant du couple Aubert-Krier. L'IAE permet de développer l'enseignement de la gestion à l'université de Rennes et traduit l'importance pour Jane Aubert-Krier des . Roger Percerou lui succède à la direction de l'IAE, mais Jane Aubert-Krier reste directrice honoraire, siège au conseil de perfectionnement et est directrice de recherche de l'institut jusqu'en 1974.
Elle publie en 1962 deux ouvrages de références : un ouvrage de comptabilité privée qui présente et la première édition de Gestion de l'entreprise. L'ouvrage est réédité jusqu'en 1981. Pour Patrick Fridenson, il s'agit du .
La même année, Jane Aubert-Krier rejoint le « Groupe 85 ». Cette commission, présidée par Pierre Guillaumat, est composée d'une quinzaine d'experts français, dont dix permanents : Jean Bernard, Eugène Claudius-Petit, Marcel Demonque, Louis Estrangin, Jean Fourastié, Claude Gruson, Bertrand de Jouvenel, Philippe Lamour, Georges Levard. Le Commissaire général au plan charge la commission de réaliser une étude prospective afin d'imaginer la France de 1985. Le rapport final fut tiré à 100 000 exemplaires et même traduit en japonais.
Sa direction de thèses montre également son attrait pour la science de gestion. Entre 1972 et 1995, Jane Aubert-Krier dirige 23 thèses, dont 9 en sciences économiques et 14 en sciences de gestion. Cinq docteurs sur 23 ont poursuivi leur carrière à l'université et ont dirigé au moins une thèse chacun.
Enfin l'enseignement est également une source d'innovation. Jane Aubert-Krier introduit les méthodes d'enseignement américaines à l'université : la méthode des cas et le jeu d'entreprise.
Première présidente de l'AFSE Il faut attendre 25 ans pour que l'Association française de science économique (AFSE) soit présidée par une femme. Jane Aubert-Krier devient la première femme à présider l'association professionnelle des économistes en 1975. Elle succède à Jean Marczewski et est remplacée par Raymond Barre en 1976.
En 1974, Jane Aubert-Krier obtient un contrat au CNRS pour réaliser une grande enquête sur les budgets-temps des familles afin d'étudier l’influence de la famille sur l’apprentissage de la consommation. En 1977, elle organise un séminaire dédié au commerce et au comportement des consommateurs.
Mort et hommages
thumb|Entreprise et organisations : mélanges en l'honneur de Madame le Professeur Jane Aubert-Krier (1982).
Jane Aubert-Krier prend sa retraite anticipée en 1979. Georges Legris, doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques et d'économie appliquée à la gestion de Rennes, rend hommage à sa collègue en publiant des mélanges en 1982. En 2019, un séminaire dédiée à ses travaux est organisé par l'université de Rennes.
Jane Aubert-Krier meurt le à Rennes. Un amphithéâtre de l'IGR-IAE de Rennes porte son nom depuis le .
Travaux Dans l’ouvrage The theory of imperfect competition publié en 1933, Joan Robinson démontre que la concurrence n'est ni pure ni parfaite. En réalité, la détermination des prix s'effectue en grande partie par les entreprises elles-mêmes (différenciation des produits, utilisation de la publicité) et non par un simple rapport entre l'offre et la demande. La même année, dans The theory of monopolistic competition, Edward Chamberlin « souligne qu'il est important de mettre l’accent sur le degré de liberté stratégique dont dispose une entreprise lorsqu'elle combine utilisation du prix et de la publicité, ainsi que la différenciation du produit pour assurer la distinction sur un marché ». Les travaux de Jane Aubert-Krier sont un prolongement des théories de la concurrence monopolistique d'Edward Chamberlin afin de démontrer s'il existe une courbe d'offre lorsque des entreprises monopolistiques s'affrontent sur un marché.
Puis, petit à petit, les travaux de recherche de Jane Aubert-Krier se sont orientés vers le domaine de la gestion.
Distinctions (1991). . sans_cadre|50x50px Chevalier de l'ordre de l'Économie nationale.
Publications (sélection) Articles . . . . .
Ouvrages La courbe d'offre, Presses universitaires de France, 1949, 266 pages. Préface d'Edward Chamberlin.
Gestion de l'entreprise, Presses universitaires de France, 1962, 615 pages. Rééditée à plusieurs reprises jusqu'en 1981.
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Julie-Victoire Daubié (1824-1874), première femme bachelière en France en 1861 et première licenciée en lettres en 1871. Sarmiza Bilcescu (1867-1935), première femme licenciée en droit en France et première docteure en droit en 1890. Charlotte Béquignon-Lagarde (1900-1993), première femme agrégée en droit privé en France en 1931. Suzanne Basdevant (1906-1995), première femme agrégée en droit public en France en 1932. Colette Nême (1931-2015), deuxième femme agrégée d'économie en 1960. Elinor Ostrom (1933-2012), première femme à recevoir le prix dit Nobel d'économie en 2009. Esther Duflo (2012-), première franco-américaine à recevoir le prix dit Nobel d'économie en 2019.
Notes et références
Liens externes
Séminaire Jane Aubert-Krier en 2019
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