est le premier album studio du groupe américain de punk rock du même nom, sorti le par Sire Records aux États-Unis et au Royaume-Uni et par Philips Records en Europe et au Japon. Repérés début 1975 par la rédactrice de magazines musicaux Lisa Robinson sur la scène du club new-yorkais CBGB et gérés par l'ancien manager des Stooges Danny Fields, ils produisent une première démo la même année afin de signer leur premier contrat auprès du label Sire Records. Avec un budget de , ils enregistrent en cinq jours leur premier album avec le producteur Craig Leon au studio Plaza de New York au mois de , se servant de techniques d'enregistrement en studio similaires à celles des Beatles (utilisation de canaux en stéréo, re-recording et doublement de voix), en les exagérant.
Abordant des thèmes comme le nazisme, la violence, la prostitution masculine, la drogue ou encore l'amour avec dérision et sarcasme, les Ramones sont considérés comme ayant popularisé la culture punk rock avec une musique minimaliste et rapide sur trois accords. L'album influence de nombreux groupes comme les Sex Pistols et le groupe The Clash, mais aussi des genres musicaux tels que le heavy metal, le thrash metal, l'indie pop, le grunge et le post-punk, bien que son succès soit resté assez confidentiel à sa sortie avec seulement une au Billboard 200. Rejeté ou incompris sur le moment par la critique, il est malgré tout classé parmi les du magazine Rolling Stone et figure régulièrement dans les premières positions de nombreuses listes des albums les plus influents du rock et du punk.
La pochette en noir et blanc, sur laquelle les quatre membres du groupe sont adossés à un mur en brique, inspire par la suite de nombreuses couvertures d'albums des Ramones. Elle est aussi un modèle du genre, se classant des du magazine Rolling Stone en 1991.
Historique Contexte Au début des années 1970, le rock progressif des King Crimson, Genesis, Jethro Tull, Mike Oldfield ou Pink Floyd et le soft rock des Billy Joel, Elton John, Chicago, America ou encore Fleetwood Mac atteignent leur apogée commercial. En réaction, d'autres artistes souhaitent revenir aux basiques du rock 'n' roll, inspirés par les groupes de garage rock des années 1960 tels que les Kingsmen, les Standells ou Shadows of Knight. Ainsi, MC5, les Stooges, les New York Dolls et Patti Smith jouent un rock dépouillé, sauvage, vulgaire et très cru, lançant la vague protopunk . À Forest Hills, dans le Queens (New York), Douglas Colvin et John Cummings partagent la même passion pour ces groupes ; ils ne ratent aucun concert des Stooges. Au début de l'année 1974, ils invitent Jeffrey Hyman, chanteur du groupe de glam rock Sniper, à former un groupe avec eux . Au départ, Douglas Colvin est au chant et à la basse, John Cummings à la guitare et Jeffrey Hyman à la batterie, mais lors des répétitions, le premier se rend compte qu'il ne peut pas chanter et jouer en même temps. Hyman passe alors derrière le micro et Thomas Erdelyi, un ami de l'école secondaire de Cummings, est engagé comme batteur. S'inspirant de Paul McCartney, qui se faisait appeler à l'occasion « Paul Ramon » au début de sa carrière, Douglas Colvin adopte le pseudonyme de Dee Dee Ramone. Il convainc alors les autres de choisir un nouveau nom. John Cumings devient Johnny Ramone ; Jeffrey Hyman, Joey Ramone et Thomas Erdelyi, Tommy Ramone : la famille Ramone est née.
vignette|droite|Le CBGB, club new-yorkais où les Ramones ont commencé à se produire.|alt=Entrée d'un bâtiment avec un store blanc portant l'inscription CBGB en rouge dessus.
Les Ramones commencent à se produire régulièrement en concert au cours de l'année 1974, principalement au club rock new-yorkais CBGB et au Performance Studio, qui appartient au batteur du groupe, Tommy Ramone, et au manager Monte Melnick. Ils font rapidement l'objet d'articles élogieux dans des journaux locaux tels que le SoHo Weekly News, le Trouser Press, le New York Rocker et The Village Voice. Leur participation au festival rock organisé par le CBGB en est saluée dans le magazine musical britannique NME, qui les classe dans la . Plusieurs A&R assistent à différents concerts du quatuor, mais les maisons de disques doutent de la capacité du groupe à interpréter sa musique en studio. À la fin de l'année, les Ramones effectuent quelques sessions d'enregistrement et préparent une démo à partir de quinze titres enregistrés et produits par Tommy Ramone dans un studio de Long Island. Cette première production leur coûte environ .
La rédactrice en chef des magazines Hit Parader et Rock Scene, Lisa Robinson, assiste à une représentation des Ramones au CBGB au début de l'année 1975, et rédige par la suite plusieurs articles sur le groupe dans les publications qu'elle dirige. Joey Ramone raconte : Lisa Robinson contacte Danny Fields, l'ancien manager des Stooges, afin de le convaincre de devenir celui des Ramones. En février, Tommy Ramone rédige une chronique dans le magazine musical Creem, ce qui pousse Fields à assister à un de leurs concerts au CBGB. Il accepte de les gérer juste après leur prestation en faisant remarquer que le groupe et déclare que Le quatuor impose néanmoins une condition à Danny Fields : le financement d'un nouveau kit de batterie. Il leur obtient ensuite une audition chez Sire Records le . Ce petit label de New York, dirigé par Seymour Stein et Richard Gottehrer, ne signe pourtant que des groupes ayant déjà un contrat en Europe. À la suite de l'audition, les Ramones se voient offrir un contrat pour sortir un single avec la chanson . Le groupe et Danny Fields rejettent cette offre car ils souhaitent enregistrer un album entier. Deux jours avant l'entrevue chez Sire Records, ils avaient auditionné pour d'autres maisons de disques telles que Blue Sky et Arista Records.
Le , les Ramones enregistrent une seconde démo, comprenant et , aux studios 914 ; elle est produite par Marty Thau, le manager des New York Dolls . Elle ne sera pas publiée par la suite car le groupe estime qu'elle n'est pas . En revanche, elle est envoyée auprès de labels potentiels pour promouvoir le groupe et lui obtenir un contrat. Lorsqu'ils contactent par la suite toutes les maisons de disques, celles-ci n'ont gardé aucune trace de la cassette et on leur fait remarquer que personne n'a pris la peine d'écouter plus de trente secondes de leur enregistrement. Warner leur répond même que .
Même si les Ramones ont rejeté leur offre en juin, Sire Records et notamment Seymour Stein gardent un œil sur le groupe, ce dernier restant convaincu de leur potentiel. Craig Leon, producteur et A&R pour la maison de disques, qui les avait vus sur scène à l'été 1975 au CBGB, fournit d'ailleurs la seconde démo au président de Sire peu de temps après. Linda Stein, l'ex-femme de Seymour Stein, attire également l'attention sur le groupe en vantant la chanson . Avec beaucoup de persuasion, Craig Leon et elle parviennent à faire auditionner les Ramones devant des employés de Sire Records dans le but de les faire signer. Une partie d'entre eux, dont le cofondateur Richard Gottehrer, reste persuadée que le label doit continuer à produire des groupes de rock progressif, ne considérant pas que la musique des Ramones soit suffisamment vendeuse. Mais après six mois de négociations, celui-ci quitte la maison de disques las de cette situation et le groupe signe finalement son contrat avec Sire Records en pour un montant de . Le batteur rappelle ensuite que . L'avance fournie par Sire Records doit servir à enregistrer et produire le premier album des Ramones, mais aussi à l'achat de nouveaux instruments et d'une sonorisation pour les concerts. À la suite de la signature de leur contrat, les Ramones organisent plusieurs petits concerts.
Enregistrement et production vignette|droite| est enregistré au huitième étage du Radio City Music Hall.|alt=photo de nuit d'un bâtiment éclairé par les inscriptions Radio City.
En , après presque deux ans à jouer ensemble et quatre-vingts concerts, les Ramones interrompent temporairement leur tournée afin de préparer l'enregistrement de leur premier album. Ils ont alors une trentaine de titres à leur disposition et arrivent en studio avec . À la demande de Sire Records, l'enregistrement se déroule au studio Plaza à Manhattan, un complexe au huitième étage du Radio City Music Hall créé dans les années 1930 pour les émissions de radio accueillant des orchestres symphoniques et des grands groupes . Le producteur, Craig Leon, décrit le lieu comme et le compare aux studios Abbey Road d'EMI à Londres. Tommy Ramone confirme plus tard que la taille du studio était inhabituelle pour les membres du groupe. Avec sa double casquette de batteur et d'assistant de production, celui-ci doit faire face à des problèmes de communication, car la partie batterie est divisée en trois salles, de plus éloignées de la cabine de contrôle pour l'enregistrement et le mixage. Craig Leon suggère que chaque instrument soit enregistré individuellement dans une pièce séparée, les musiciens ne communiquant ainsi que par le casque.
L'enregistrement débute le et dure quatre jours (deux pour les instruments et deux autres pour le chant et le re-recording), pour un budget de . Pour gagner du temps, au vu du coût du studio, les membres des Ramones ne demandent pas les bandes son après les avoir enregistrées, sauf si l'ingénieur du son les arrête. Le mixage des enregistrements est ensuite effectué dans un de quatorze heures afin que le travail en studio ne dépasse pas cinq jours. Les pistes sont ainsi enregistrées dans l'ordre de leur création, un schéma repris sur les deux albums suivants du groupe. En 2004, Craig Leon admet qu'ils ont enregistré l'album rapidement en raison des restrictions budgétaires, mais estime qu'ils n'avaient pas vraiment besoin de davantage de temps.
Le processus d'enregistrement est une exagération délibérée des techniques utilisées par les Beatles lors de leurs sessions d'enregistrement du début des années 1960, avec des appareils d'enregistrement à quatre voies. Le groupe se sert des mêmes techniques de placement de microphone que de nombreux orchestres. Les guitares peuvent être entendues séparément sur les canaux stéréo, avec la basse électrique sur le canal gauche et la guitare rythmique sur le canal droit. La batterie et le chant sont mélangés au milieu. Le mixage des enregistrements utilise également les techniques les plus modernes : le re-recording, une technique utilisée par les studios d'enregistrement pour ajouter un son enregistré supplémentaire sur les éléments déjà enregistrés, et le doublement, où la voix utilisée est doublée.
L'album est produit par Craig Leon, le batteur Tommy Ramone étant crédité comme . Le studio d'enregistrement de l'album a été élargi par Mickey Leigh et Craig Leon pour les effets de percussion. Lorsque Seymour Stein rend visite au groupe lors de leur premier jour, environ trois heures après le début de l'enregistrement, pour s'enquérir de l'avancement, Johnny Ramone, inexpérimenté et connu pour son impatience, lui dit . Le président de Sire Records raconte plus tard que . Nicholas Rombes décrit la qualité de production comme mais conclut qu'ils ont abordé le processus d'enregistrement avec un .
Parution et réception vignette|droite|Les Ramones en concert à Toronto en 1976.|alt=photo en noir et blanc de trois hommes en jean et blouson en cuir noirs sur scène.
est publié le en vinyle sur le label Sire Records aux États-Unis et au Royaume-Uni, et sur Philips Records en Europe et au Japon . Deux singles en sont tirés : , qui sort au mois de juillet avec en face B, et , qui sort au mois d'octobre avec deux faces B, et . L'album ressort au format CD en 1987 aux États-Unis et en 1990 en Europe sur le label Sire Records et en 1990 au Japon sur Warner Music Japan. Deux versions remasterisées paraissent ensuite en vinyle en 2001 et 2007, respectivement sur Rhino Records et Warner Music Japan.