En , une série de manifestations écologistes commence à Belgrade et dans d'autres villes de Serbie. Les manifestants exigent l’arrêt du projet minier de lithium de Rio Tinto dans la vallée du Jadar, accusé de nuire aux espaces naturels et agricoles de la région, et le retrait des modifications aux lois sur l'expropriation et sur les référendums, accusées de faciliter la mise en place de ce type de projet. Les manifestations continuent jusqu'à la dissolution de l'Assemblée nationale, le et aboutissent à l'arrêt du projet Jadar et de tout contrat de Rio Tinto avec le gouvernement, et l'amendement des modifications de lois.

Contexte

Projet Jadar En , autorisée à effectuer des recherches géologiques par le gouvernement Koštunica, la société minière anglo-australienne Rio Tinto découvre de la jadarite, minerai à forte concentration en lithium et en bore, dans la vallée du Jadar . Les limites de la zone de recherche sont ensuite étendues par autorisation des gouvernements dirigés par le Parti démocrate (DS) puis ceux dirigés par le Parti progressiste serbe (SNS).

En 2017, le Gouvernement Brnabić autorise à Rio Tinto de mettre en œuvre le projet Jadar, projet minier visant à extraire la jadarite de la vallée du Jadar. Il est alors prévu que la mine ouvre en 2023 et que la production de batteries au lithium commence en 2027 . Tandis que le gouvernement assure que le projet est d'une importance économique capitale pour le pays, Rio Tinto promet que le projet respecterait « les normes environnementales les plus élevées» et que le lithium extrait sera mis «au service de l'environnement».

Au contraire, de nombreux chercheurs et universitaires reconnus, comme le géologue Branislav Božović, le botaniste Vladimir Stevanović, et le doyen de la Faculté de foresterie Ratko Ristić,déclarent que le projet Jadar polluerait et créerait des dommages irréversibles à des milliers d'hectares de terres fertiles dans la région .

Modifications de lois de novembre 2021 En , l'Assemblée nationale débat de modifications potentielles à la loi sur l'expropriation et à la loi sur le référendum et l'initiative populaire .

Bien que la loi sur l'expropriation n'autorise la saisie de biens privés que si cela est dans l'intérêt public, les modifications proposées élargissent la définition de l'intérêt public, de sorte qu'une propriété privée puisse être également expropriée dans un but de mise en œuvre de projets d'entreprises privées. Cette proposition de modification est dénoncée par les opposants au projet Jadar, comme un moyen de permettre les expropriation nécessaires à la mise en œuvre de projets de ce type, ce que la première ministre Ana Brnabić nie. Ils critiquent également le fait que cette modification puisse permettre des atteintes à la propriété privée des personnes pour des intérêts privés économiques d'entreprises. Un groupe d'avocats, dirigé par Čedomir Kokanović, critique ainsi les modifications proposées à la loi sur l'expropriation, comme permettant de nombreux abus.

La loi sur le référendum est quant à elle proposée à la modification pour que le taux de participation de 51 % ne soit plus nécessaire pour que le référendum soit adopté. Cette modification est également contestée par l'opposition, notamment pour le fait de permettre au gouvernement de passer des lois par referendum avec le vote positif de moins de 26% des citoyens.

L'Assemblée nationale adopte ces modifications de la loi sur le référendum et l'initiative populaire et de la loi sur l'expropriation le 25 et .

Précédentes manifestations du mouvement écologiste en Serbie En Serbie, les premières manifestations du mouvement climat sont organisées dès 2019 . En , l'association Eco Guard et l'activiste organisent une manifestation contre la pollution à Belgrade, baptisée Manifestation pour un air sans danger, à laquelle participent entre 2 000 et 3 000 manifestants.

Deux mois plus tard, Ćuta et son organisation Défendez les rivières du Grand Balkan organisent une manifestation nommée le « Soulèvement écologique » devant l'Assemblée nationale de Serbie, en présence de plusieurs milliers de manifestants et de 45 organisations environnementales. Les organisateurs exigent alors la suspension de tous les projets nuisibles à l'environnement, dont le projet Jadar de Rio Tinto .

Chronologie des manifestations anti-Projet Jadar

2021

11 septembre Le , le mouvement Soulèvement écologique (EU)de Aleksandar Jovanović Ćuta organise la première manifestation en opposition au projet Jadar devant la résidence présidentielle. D'autre part, des manifestants bloquent le pont de Branko pendant deux heures. La manifestation reçoit le soutien de nombreux partis d'opposition, dont le Parti démocrate (DS), le Parti de la liberté et de la justice (SSP), le Parti populaire (Narodna), Ensemble pour la Serbie (ZZS) et Ne laisse pas tomber Belgrade (NDB).

6 et 19 novembre Le , des lanceurs d'alerte rendent public que le projet Jadar doit être mis en place à l'emplacement du village de Gornje Nedeljice . Des organisations environnementales, menées par EU, organisent une manifestation dès le lendemain devant le bâtiment de la Radio-Télévision de Serbie (RTS), qui avait diffusé une publicité promouvant Rio Tinto et le projet Jadar, que les manifestants estiment illégal. La manifestation réunit plusieurs centaines de manifestants . Kreni-Promeni, une ONG, organise une autre manifestation le , devant le bâtiment de la RTS, en réponse à son refus de diffuser une publicité anti-Rio Tinto.

22–24 novembre Soulèvement écologique organise une manifestation à Makiš, Belgrade, le , jour du début de la construction du métro de Belgrade. Ćuta affirme que cette construction mettrait les sources d'eau et les infrastructures proches en danger. La manifestation est suivie par des figures du SSP, de Narodna et du Mouvement des citoyens libres.

Le , l'organisation Assemblée de la Serbie libre (SSS) organise une manifestation devant l'Assemblée nationale, alors en train débattre des propositions de modification de la loi sur l'expropriation et de la loi sur le référendum .

Un jour plus tard, Savo Manojlović, le porte-parole de Kreni-Promeni, annonce l'envoi par plusieurs organisations de la société civile d'une pétition à l'Assemblée nationale, comptant 68 000 signataires – elle en compte désormais plus de 300000 – opposés à la modification de la loi sur le référendum et l'initiative populaire . Le même jour, une manifestation écologiste est organisée devant la présidence de la Serbie en opposition aux deux modifications de lois débattues Des milliers de personnes participent à la manifestation.

27–29 novembre Le , des manifestations et des barrages routiers ont lieu dans plusieurs villes et réunissent des milliers de manifestants. À Belgrade, le pont Gazela et l'échangeur de Mostar sont bloqués. Des affrontements entre la police et des manifestants se produisent, et à Novi Sad plusieurs manifestants sont arrêtés. SSS, DS, Narodna et NDB exigent alors leur libération.

À Šabac, des hommes masqués s'attaquent aux manifestants à l'aide de matraques pour ouvrir les routes aux bus transportant les partisans du président vers un rassemblement du SNS à Belgrade. Des tracteurs et des bulldozers sont également utilisés pour faire fuir les manifestants. Trois autres manifestations écologistes sont organisées dans les jours suivants, deux à Belgrade le et une à Loznica le .

4 décembre Préalablement aux manifestations de décembre, plusieurs personnalités publiques, dont le joueur de tennis Novak Đoković, l'ancien président serbe Boris Tadić, l'acteur Bojana Novaković et le réalisateur Emir Kusturica déclarent en leur soutien aux mouvement de protestation. Un sondage d'opinion publié en révèle également que la majorité des personnes interrogées soutiennent les manifestations.

Le , Soulèvement écologique annonce plus de 50 blocages de routes pour la manifestation du lendemain. Ainsi, le , à Belgrade, le pont de Gazela est bloqué par plusieurs milliers de manifestants. En réponse, un groupe d'hommes masqués lance des torches sur les manifestants. A Novi Sad, des manifestants sont également attaqués. Des rassemblements de soutien aux manifestations sont organisés à New York, Berlin, Paris et Londres.

Pendant les manifestations, le président Vučić donne une conférence de presse et annonce qu'en raison des oppositions, les modifications apportées à la loi sur l'expropriation seraient changées. ZZS et Soulèvement écologique proclament alors les manifestations du comme une victoire . Vučić estime à 31 000 le nombre de manifestants ayant pris part aux manifestations du jour, tandis que , le président de ZZS, affirme qu'ils étaient 110 000.

Un jour après les manifestations, sur le plateau du talk-show Utisak nedelje, Zelenović exprime son soutien à la poursuite des manifestations, dans l'objectif de voir plus de revendications aboutir. Manojlović, au contraire, affirme que les demandes des citoyens sont satisfaites et déclare l’arrêt des actions de blocage par son mouvement, Kreni-promeni.

11–14 décembre Le , des manifestations ont lieu dans cinquante villes de Serbie et des milliers de manifestants y prennent part. Ćuta affirme qu'«il n'y aura pas de paix tant que l'exploitation du lithium ne sera pas interdite et Rio Tinto renvoyé de Serbie». Le lendemain, une manifestation est organisée à Zrenjanin et le , quelques centaines d'élèves du secondaire manifestent contre Rio Tinto à Čačak.

16–18 décembre Le , l'Alliance des organisations écologistes serbes (SEOS) organise une manifestation à Jagodina contre l’installation d'une autre mine de lithium dans la vallée de la Morava . Le , Soulèvement écologique organise une manifestation devant le siège du gouvernement. Le même jour, des manifestations ont également lieu à Gornji Milanovac, Užice et à Zrenjanin.

24–25 décembre Le , un groupe de lycéens organise une manifestation contre Rio Tinto à Čačak . Un jour plus tard, ZZS organise une manifestation à Šabac, tandis qu'une manifestation à Laznica est organisée par Soulèvement écologique.

2022

3 janvier Le , de nouvelles manifestations sont organisées par SEOS, SSS et Soulèvement écologique. Huit blocages routiers ont lieu en Serbie, tandis qu'une manifestation à Londres devant le bâtiment Rio Tinto, est également organisée.

8–12 janvier Les manifestations du sont organisées dans sept villes de Serbie. Un jour plus tard, une autre manifestation se tient à Gornji Milanovac.

A Loznica, des militants de l'association Nous n’abandonnons pas Jadar lancent des œufs sur le bâtiment du Rio Tinto Info Center, et l'un d'eux est arrêté. SEOS et Soulèvement écologique organisent une manifestation le devant le siège du gouvernement. Ils exigent que le gouvernement publie tous les documents liés à Rio Tinto au public.

15–16 janvier Des manifestations sont organisées le . Un jour plus tard, un groupe de citoyens serbes organise une manifestation à Bruxelles en soutien.

18–22 janvier Manojlović et Kreni-Promeni organisent une conférence de presse devant l'Assemblée nationale le , à la suite du rejet de leur proposition d'examiner l'interdiction de l'exploitation du lithium . Le , une nouvelle manifestation se tient devant la présidence de la Serbie. Manojlović demande alors au gouvernement un moratoire sur l'interdiction de l'extraction du lithium et du bore. Soulèvement écologique organise une autre manifestation le à Loznica.

27 janvier–3 février Kreni-Promeni organise une manifestation le devant la présidence de Serbie puis sur la place de la République, et devant le siège du gouvernement. Eco Guard en organise une autre le à laquelle Manojlović et de NDB sont présents.