Le grand orgue de l'église Saint-Sulpice est l'orgue situé en tribune en fond de nef, à l'intérieur de l'église Saint-Sulpice, dans le sixième arrondissement de Paris. Il est en particulier l'œuvre du facteur d'orgue français, Aristide Cavaillé-Coll, dont il est le plus grand instrument.

À l’époque de sa construction, au , l’orgue de Saint-Sulpice était le deuxième plus grand orgue de France, après celui de la basilique Saint-Martin de Tours. Il est en 2024, par le nombre de jeux, le quatrième plus grand orgue de France, derrière celui de la cathédrale Notre-Dame de Paris (115 V/P), celui de l'église Saint-Vincent-de-Paul de Marseille (105 V/P) et celui de la basilique cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille de Lille (104 IV/P). Toutefois, le Grand orgue de l'église Saint-Eustache (101 V/P) le surpasse en taille () et en nombre de tuyaux (7952).

Il est l'un des deux orgues de l'église, l'autre étant dans le chœur.

Histoire Orgues anciens et projet avorté vignette | gauche | Proposition d'un buffet d’orgue sans tuyaux apparents par l' abbé Languet de Gergy.

En 1748, juste avant de quitter ses fonctions dans la paroisse de Saint-Sulpice pour devenir abbé de Notre-Dame de Bernay pour la dernière année de sa vie, Jean-Baptiste Languet de Gergy demande aux architectes Louis-Jean Laurent (partie supérieure, pour l’emplacement de l’orgue) et Giovanni Niccolò Servandoni (partie inférieure, pour la tribune) un projet de buffet d’orgue sans tuyaux apparents. La gravure est alors exécutée par Étienne Fessard. Cette « invention toute nouvelle » fut aussitôt relatée au Mercure de FranceAnnoncé au Mercure de France, dédié au Roi, avril 1749, page 181. qui eut le mérite de diffuser largement l’idée.

Christian Lutz fait remarquer que « Le projet de Saint-Sulpice présente d’indéniables parentés avec celui de l’église Saint-Jacques de Lunéville »Christian Lutz, « Le buffet sans tuyaux apparents : une modernité sans descendance », in « Lunéville ― France 1751 », livret de CD accompagnant le deuxième volume de la collection dédiée à l’univers de l’orgue « Ugab », Alpha Productions, 2010, Lire en ligne ., parfaitement contemporain à la gravure commanditée par l’abbé. Il faudra attendre presque trente ans pour que naisse un autre projet, cette fois poussée à son terme. Mais ce sera, alors, devenu l’époque où l’ Académie Royale des Sciences, et sa publication-phare de la Descriptions des arts et métiers, est en pleine effervescence. Et, avec elle, un rationalisme qui a déjà perdu le goût des représentations finalement jugées puériles à force de se projeter séraphiques. Ainsi, tant Dom Bédos de Celles qu’André-Jacob Roubo critiquent avec force analyses circonstanciées ce qu’ils décrivent tous deux comme manquant de vraisemblance autant que de raisonIl est notable que les deux points de vue, tant du menuisier que du moine facteur sont parus la même année : Dom François Bedos de Celles, L’art du Facteur d’Orgues, Seconde partie, , page 474, Réflexion sur les Orgues sans Tuyaux apparents et , Paris, 1770. André-Jacob Roubo, L’art du Menuisier, Seconde partie, page 246, note de bas de page « * » sur E-rara, ', Paris, 1770..

L’orgue de François-Henri Clicquot vignette | gauche | Dessin du buffet par Jean-François Chalgrin annexé au devis du 17 avril 1776.

Le grand orgue fut construit par François-Henri Clicquot entre 1776 et 1781 derrière un buffet original de style Louis dessiné par l’architecte Jean-François Chalgrin, avec des sculptures de Clodion (figures) et Duret (sculpture d’ornement). L’architecture n’est alors plus à l’esprit des Laurent ou Servandoni ; les goûts et la mode ont changé au profit d’une simplification du propos architecturalOn pourra, par exemple, consulter le « Supplément au Recueil élémentaire d’architecture […] » que Jean-François de Neufforge publia en 1777 et 1778, qui donne une bonne idée de l’esprit du temps..

De Clicquot à Cavaillé-Coll vignette | droite | Dessin du buffet par Marie-Pierre Hamel, 1849.

1834 – 1846 : restauration et modifications par Daublaine-Callinet.

1845 et 1854 : modifications et agrandissement par la maison Ducroquet.

L’orgue d’Aristide Cavaillé-Coll

L’instrument fut reconstruit entre 1857 et 1862 par Aristide Cavaillé-Coll en réutilisant ce que ses prédécesseurs avaient conservé de l’orgue de Clicquot. Il s’agit du plus grand instrument signé par Cavaillé-CollLe grand-orgue. www.aross.fr..

Après Cavaillé-Coll vignette | gauche | Travaux effectués sur l'orgue, probablement en 1903. 1903 : à la demande de Charles-Marie Widor, modifications et ajouts par la maison Mutin-Cavaillé-Coll.

1934 : relevage par la « Société Cavaillé–Coll ».

1989 – 1991 : restauration par la manufacture Jean Renaud de Nantes.

L'orgue actuel

Composition

I - Grand-Chœur13 jeux - C1–G5 - 56 notes. 1. Salicional 8’ C1‑G5 2. Octave 4’ C1‑G5 3. Fourniture IV rangs C1‑G5 4. Plein-Jeu IV rangs C1‑G5 5. Cymbale VI rangs C1‑G5 6. Cornet V rangs D3‑G5 7. Clairon-Doublette 2’ C1‑G5 8. Bombarde 16’ C1‑G5 9. Basson 16’ C1‑G5 10. Trompette 8’ C1‑G5 11. Trompette 8’ C1‑G5 12. Basson 8’ C1‑G5 13. Clairon 4’ C1‑G5● (II / I) ― (III / I) ― (IV / I) ― (V / I).● Octaves graves.● Appel Grand-Chœur.

IV - Récit Expressif21 jeux - C1–G5 - 56 notes. 47. Quintaton 16’ C1‑G5 48. Diapason 8’ C1‑G5 49. Violoncelle 8’ C1‑G5 50. Voix Céleste 8’ C2‑G5 51. Bourdon 8’ C1‑G5 52. Prestant 4’ C1‑G5 53. Doublette 2’ C1‑G5 54. Fourniture V rangs C1‑G5 55. Cymbale IV rangs C1‑G5 56. Basson-Hautbois 8’ C1‑G5 57. Cromorne 8’ C1‑G5 58. Voix humaine 8’ C1‑G5 59. Flûte harmonique 8’ C1‑G5 60. Flûte octaviante 4’ C1‑G5 61. Dulciane 4’ C1‑G5 62. Nasard 2’2/3 C1‑G5 63. Octavin 2’ C1‑G5 64. Cornet V rangs C3‑G5 65. Bombarde 16’ C1‑G5 66. Trompette 8’ C1‑G5 67. Clairon 4’ C1‑G5● Trémolo.● Octaves graves.● Expression par cuillère à droite du pédalier. II - Grand-Orgue13 jeux - C1–G5 - 56 notes. 14. Montre 16’ C1‑G5 15. Principal 16’ D3‑G5 16. Bourdon 16’ C1‑G5 17. Flûte conique 16’ D3‑G5 18. Bourdon 8’ C1‑G5 19. Montre 8’ C1‑G5 20. Diapason 8’ C1‑G5 21. Flûte Harmonique 8’ C1‑G5 22. Flûte Traversière 8’ C1‑G5 23. Flûte à pavillon 8’ C1‑G5 24. Grosse Quinte 5’1/3 C1‑G5 25. Prestant 4’ C1‑G5 26. Doublette 2’ C1‑G5● (I / II).● Octaves graves.

V - Solo-Bombarde21 jeux - C1–G5 - 56 notes. 68. Bourdon 16’ C1‑G5 69. Flûte conique 16’ C3‑G5 70. Principal 8’ C1‑G5 71. Bourdon 8’ C1‑G5 72. Flûte harmonique 8’ C1‑G5 73. Violoncelle 8’ C1‑G5 74. Gambe 8’ C1‑G5 75. Kéraulophone 8’ C1‑G5 76. Prestant 4’ C1‑G5 77. Flûte octaviante 4’ C1‑G5 78. Trompette harmonique(en chamade) 8’ C1‑G5 79. Octave 4’ C1‑G5 80. Grosse Quinte 5’1/3 C1‑G5 81. Grosse Tierce 3’1/5 C1‑G5 82. Quinte 2’2/3 C1‑G5 83. Septième 2’2/7 C1‑G5 84. Octavin 2’ C1‑G5 85. Cornet V rangs C3‑G5 86. Bombarde 16’ C1‑G5 87. Trompette 8’ C1‑G5 88. Clairon 4’ C1‑G5● Octaves graves.● Appel Trompette à forte pression. III - Positif20 jeux - C1–G5 - 56 notes. 27. Violon-Basse 16’ C1‑G5 28. Quintaton 16’ C1‑G5 29. Salicional 8’ C1‑G5 30. Viole de Gambe 8’ C1‑G5 31. Unda Maris 8’ C1‑G5 32. Quintaton 8’ C1‑G5 33. Flûte traversière 8’ C1‑G5 34. Flûte douce 4’ C1‑G5 35. Flûte octaviante 4’ C1‑G5 36. Dulciane 4’ C1‑G5 37. Quinte 2’2/3 C1‑G5 38. Doublette 2’ C1‑G5 39. Tierce 1’3/5 C1‑G5 40. Larigot 1’1/3 C1‑G5 41. Piccolo 1’ C1‑G5 42. Plein-Jeu harmonique III-VI rangs C1‑G5 43. Basson 16’ C1‑G5 44. Baryton 8’ C1‑G5 45. Trompette 8’ C1‑G5 46. Clairon 4’ C1‑G5● (IV / III).● Octaves graves.

VI - Pédale14 jeux - C1–F3 - 30 notes. 89. Principal-Basse 32’ C1‑F3 90. Principal 16’ C3‑F3 91. Contrebasse 16’ C1‑F3 92. Soubasse 16’ C1‑F3 93. Violoncelle 8’ C1‑F3 94. Principal 8’ C1‑F3 95. Flûte 8’ C1‑F3 96. Flûte 4’ C1‑F3 97. Contre-Bombarde 32’ C1‑F3 98. Bombarde 16’ C1‑F3 99. Basson 16’ C1‑F3 100. Trompette 8’ C1‑F3 101. Ophicléide 8’ C1‑F3 102. Clairon 4’ C1‑F3● (I / P) ― (II / P) ― (IV / P). Introduction pneumatique des registres. Appel possible par tirants ; un par plan sonore.

Machine à grêle (dispositif inventé par A. Cavaillé-Coll à la demande de Lefébure-Wely), Rossignol.

Étendue précise et individuelle des jeux établie d'après le site web de l'AROSSFonctionnement de la console. www.aross.fr..

Console vignette | droite | upright=2 |Disposition contemporaine (2024) des jeux et des pédales à la console. Schéma interactif dérivé d’un plan de console manuscrit ancien. La console est séparée, en avant du buffet, derrière la façade du Positif de dos, factice. L'organiste se trouve donc face au chœur. La disposition des jeux est faite en hémicycle avec le bloc des claviers au centre, surmonté par une plaque de la série « A. Cavaillé-Coll & Cie. », et encadré de deux quarts de cercle sur lesquels les tirants de jeux à porcelaines sont disposés par gradins.

+ Disposition des claviers 1862 2024   Récit expressif. Solo / Bombarde.   Positif. Récit expressif.   Bombardes. Positif.   Grand Orgue. Grand Orgue.   Grand Chœur. Grand Chœur.

Autant le texte de Lissajous que le plan de console manuscrit ancien nous laisse voir un arrangement de l’ordre des claviers différent de l’actuel. Cela explique un agencement des tirants de registres répondant à une logique plus primitive, sachant qu’eux n’ont été que très peu modifiés. Dans cet instrument, c’est une des rares choses d’importance qui ne soit pas d’origine. De même, le clavier des « Bombardes » a été renommé par l’usage le clavier du « Solo », voire le clavier de « Solo / Bombarde ». La pédale (cuillère) d’appel du registre de la « Trompette harmonique à forte pression » est aussi un rajout postérieur à la re-création de 1862.

Titulaires de l'instrument Anciens titulaires

Suppléants

Titulaires actuels

Rayonnement de l'instrument De nombreux enregistrements sonores ont été réalisés sur cet instrument.

Une fois par mois, un concert est donné le dimanche après-midiMesse dominicale et audition & Concerts. www.aross.fr..

L'association AROSS (Association pour le rayonnement des orgues Aristide Cavaillé-Coll de l’église Saint-Sulpice) s'occupe activement de la vie de l'instrument.

Facture de l'instrument

La transmission mécanique des notes est assistée par sept machines BarkerComposition du grand-orgue. www.aross.fr..

Bibliographie , « Supplément au Recueil élémentaire d’architecture […] », cahiers à , 23 exemples de buffets d’orgues, Paris 1777-1778, lire en ligne sur la bibliothèque numérique de l’INHA. Georges Schmitt, Nouveau manuel complet de l’organiste praticien [] », Librairie Encyclopédique de Roret, Paris, 1855 : Orgues remarquables de France, page 89, . Abbé Lamazou, Étude sur l’Orgue Monumental de Saint-Sulpice et la Facture d’Orgue Moderne, Paris, 1862, . Jules Antoine Lissajous, Rapport fait par M. Lissajous sur le grand orgue de Saint-Sulpice, à Paris, [reconstruit par M. Aristide Cavaillé-Coll], Société d'encouragement pour l'industrie nationale fondée en 1801, Vve Bouchard-Huzard (Paris), 1865. → Tiré à part : . → Dans le numéro de la  année. Deuxième série. Tome XII. — , lire en ligne sur le site du Conservatoire numérique des arts et métiers. Charles Hamel, Histoire de l'Église de Saint-Sulpice, Nabu Press, . → Édition de 1900 : . → Édition de 1909 : . Faustin-Eugène Foiret, Un marché avec le premier organiste de Saint-Sulpice, Bulletin de la Société Historique du e arrondissement de Paris, premier semestre 1913, page 176, . Félix Raugel, Les Grandes Orgues des Églises de Paris..., Paris, Fischbacher, 1927 . Jesse E. Eschbach III, Some details of voicing techniques at Saint-Sulpice, Paris , in The Organ Yearbook, IX (Buren , Frits Knuf, 1978, . Gregor Klein, Le grand Orgue de Saint-Sulpice, La Flûte Harmonique, publication de l'Association Cavaillé-Coll, spécial, Paris, 1981. Jean-Albert Villard, Analyse des jeux estimés de François-Henri Clicquot, in Bulletin de l’Association François-Henri Clicquot, , .