vignette|Christ pantocrator, abside de l'église Saint-Clément de Taüll, original au musée national d'Art de Catalogne. Lart en Catalogne désigne l'art produit dans la communauté autonome de Catalogne, en Espagne. Il a connu une évolution parallèle à celle de l'art européen, suivant à sa manière les multiples tendances qui ont marqué l'art occidental.

L'art catalan est le fruit de l'amalgame social et culturel apporté par les différents peuples s'étant établis sur le territoire de la Catalogne : aux premiers habitants préhistoriques succèdent divers peuples sorothaptiques (Celtes et Ibères), arrivés à l’âge des métaux ; ils se mêlent aux premiers colonisateurs issus des civilisations méditerranéennes, les Grecs ; puis viennent les Romains, qui font de la Catalogne une nouvelle province de leur empire; après la chute de celui-ci, la Catalogne fait partie du royaume des Wisigoths et connait plus tard l'invasion islamique. Le Moyen Âge marque le début de la culture catalane comme entité propre et bien définie, avec sa propre langue, dérivée du latin, et la formation du premier État catalan. C'est une époque faste pour l'art catalan, et le roman et le gothique sont des périodes très fécondes pour le développement artistique de la principauté. À l'Époque moderne, avec les liens forts avec l'Espagne et la succession de crises économiques et culturelles, l'art tombe en décadence, la Renaissance et le baroque n'étant pas des styles particulièrement remarquables dans l'histoire de l'art catalan. Enfin, depuis le , avec la revitalisation économique et culturelle, l'art refleurit et le modernisme est l'une des périodes les plus brillantes de l'art catalan. De même, au , les artistes catalans produisent différents styles qui se rattachent aux courants internationaux, avec des maîtres de premier ordre au niveau mondial tels que Salvador Dalí, Joan Miró et Antoni Tàpies.

Préhistoire Les premiers vestiges d'une activité artistique en Catalogne remontent à environ , époque de l'apparition de l'homme de Cro-Magnon. Les premiers habitants du territoire sont de petits groupes de chasseurs-cueilleurs vivant généralement dans des grottes et abris formés par le terrain, qui se mettent à pratiquer ce qu'on appelle aujourd'hui l'art rupestre, consistant en des peintures réalisées sur des rochers ou sur les parois des grottes. Il s'agit là du premier moyen d’expression utilisé par l'être humain avant l'invention de l'écriture. Ces peintures sont le plus souvent liées à des rites religieux et font usage d'un langage symbolique reflétant les modes de pensée des premiers êtres humains..

Art paléolithique En 1964 est découverte la grotte du Tendo, à la Moleta de Cartagena (Sant Carles de la Ràpita). On y trouve l'image d'un bœuf, exécutée selon un tracé en silhouette de couleur noire, que l'on attribue à la période du paléolithique supérieur. Quelques années plus tard, cette peinture est spoliée, mais elle reste l'unique exemple de cet art sur le territoire catalan.

Art levantin

vignette|Peintures rupestres à El Cogul, à au sud de Lérida. Pendant l'épipaléolithique (- avant le présent), les groupes de chasseurs-cueilleurs manifestent leurs croyances dans un art exclusivement pictural, l'art levantin, dont la Catalogne possède d'excellents exemples, notamment dans les provinces de Lérida et Tarragone, leur présence étant plus éparse dans celle de Barcelone. C'est en Catalogne, sur la , à El Cogul, à au sud de Lérida, qu'est découverte, en 1908, la première représentation de l'être humain dans la préhistoire occidentale.

Ces peintures ont toujours été trouvées dans des cavités ou abris sous roche à l'air libre ; elles sont figuratives, minutieuses dans le détail, planes et monochromes. L'instrument utilisé est la plume d'oiseau, le tracé est caractéristique de l'art levantin. Les éléments iconographiques sont essentiellement des animaux et des humains, qui sont traités différemment : les premiers sont plus proches de la réalité, avec des détails très expressifs (par exemple, les cornes et les sabots) ; les représentations humaines reflètent une conception esthétique singulière : des individus au corps allongé et au thorax triangulaire, à la taille étroite, parfois même dessinés en un seul trait, dotés d'un dynamisme très caractéristique, exprimant action et mouvement. Les compositions picturales d'archers et d'animaux sont extraordinairement suggestives et sont toujours prises comme exemples paradigmatiques du monde préhistorique.

Les sites catalans les plus connus sont, dans la province de Lérida, la grotte de Cogul, mentionnée plus haut, la grotte des Vilasos (Os de Balaguer), et la grotte des Punts (L'Albi), dans la province de Tarragone, Cabra Feixet (El Perelló), la grotte du Cingle, deu Ramat (Tivissa), le mas del Llort et le mas d'en Ramon (Montblanc), la grotte de l'Escoda, le Racó del Perdigó et la grotte des Carles à , la grotte de la Caparrella (Rasquera) et le site de la serra de la Pietat (Ulldecona).

Au vu des caractéristiques uniques de l'art levantin, l'UNESCO l'inscrit en 1998 au Patrimoine mondial de l'humanité, sous la dénomination officielle « Art rupestre du bassin méditerranéen de la péninsule Ibérique », qui inclut tous les sites artistiques préhistoriques se trouvant sur ledit territoire, relevant tant de l'art paléolithique que de l'art schématique..

Art schématique

L'autre grand style artistique préhistorique de la péninsule ibérique est appelé art schématique. Il est pratiqué par des groupes du Néolithique ( avant le présent), les premiers à maîtriser l'agriculture et à vivre en habitats regroupés. C'est un art abstrait, monochrome (rouge, noir, très rarement blanc), qui présente trois grands types de motifs : les figures géométriques (points, lignes, triangles, cercles ou ovales, etc.), les taches et enfin, les figurations encore vaguement anthropomorphes ou zoomorphes. Sa technique se base sur l'acte gestuel, dont la facture est d'une actualité surprenante, tout en restant extrêmement énigmatique. Les sites archéologiques les plus représentatifs de ce style se trouvent dans la province de Lérida (Cogul, vallon de la Coma et grotte dels Punts à L'Albi, abris sous roche del Francès et ravin de Vila-seca à Os de Balaguer) et dans celle de Tarragone (grotte del Pi à Tivissa, mas del Gran et à Montblanc, et site près de la cova Pintada à Alfara de Carles).

vignette|Dolmen de la Cova d'en Daina, à Romanyà de la Selva.

C'est pendant le Néolithique qu'apparaissent les premières constructions dédiées à des rites funéraires ou religieux, relevant généralement de la culture dite mégalithique. Il convient de mentionner ici comme principaux monuments les menhirs, comme ceux de Palaus à Agullana et de la Murtra à Sant Climent Sescebes ; les dolmens, comme celui de Creu d'en Cobertella à Roses et du mas Bousarenys à Santa Cristina d'Aro ; ou les galeries couvertes, comme le cimetière des Maures à Torrent, ou la Cova d'en Daina à Romanyà de la Selva. Plus tard, autour de l'an , apparaissent les premières nécropoles, où les cendres du défunt sont déposées dans des urnes de céramique ; de telles nécropoles ont été découvertes à Can Missert (Terrassa), Can Bec de Baix (Agullana) et la Pedrera (Vallfogona de Balaguer).

Ce n'est toutefois qu'à l'âge du bronze (1500-1000 ) que commence la fabrication artisanale d'objets et ustensiles divers, notamment l'orfèvrerie et la céramique, qui se distingue par la production de vases campaniformes. À celui du bronze succède l'âge du fer, qui voit arriver sur le sol catalan des peuples celtes venant du centre de l'Europe, qui nous laissent dans des enceintes funéraires divers objets (armes, vêtements, ornements, céramique), qu'ils enterrent avec les défunts..

Antiquité Art ibérique vignette|Village ibérique d'Ullastret, de la tribu des Indigetes. Bien que des peuples ibériques se soient installés sur le territoire catalan vers le , il n'y a pas en Catalogne de témoignages notables de l'art ibérique, à l'exception de quelques objets d'usage quotidien ou de quelque petite pièce au décor rudimentaire, tel ce petit bronze représentant deux bœufs trouvé sur le site de Castellet de Banyoles, près de Tivissa, un vase de céramique grise, orné d'un paysage, provenant du village ibérique de Turó d'en Boscà (Badalone), ou quelques fragments de sculptures d'un monument funéraire de Sant Martí Sarroca, du , figurant, semble-t-il un roi ibère assis sur un trône..

Les villages ibériques sont les premiers groupes d'habitat stables sur le territoire catalan ; entourés de murailles pour mieux se défendre, construits généralement en position élevée, ils présentent des rues tracées selon une planimétrie urbanistique. Sont dignes de mention les vestiges mis au jour à (Lloret de Mar), au (Ullastret), au (Palamós) et au mas Castellar (Pontós) .

Art grec vignette|Empúries, ancienne ville grecque et romaine.

Les Grecs sont la première grande civilisation méditerranéenne à prendre pied en Catalogne : au est fondée la cité d'Empúries (Empòrion), l'une des premières grandes villes construites sur le sol de la péninsule Ibérique, qui devient un important centre commercial et sert de porte d’entrée à la culture grecque. Appelée Néapolis, la ville grecque d'Empúries s'articule autour du port, avec un plan urbanistique très développé, où se détachent de grands édifices publics, notamment le temple, dédié au dieu de la médecine, Asclépios..

Empúries voit notamment se développer la céramique grecque, dont témoignent les vases d'Attique, peints de scènes de diverses typologies, dans un style naturaliste de grande qualité, comme cette coupe trouvée à la Néapolis d'Empúries, datée approximativement du , où est représentée la déesse grecque Pallas Athéna. L'art grec influence aussi les populations ibériques autochtones de Catalogne, qui entretiennent des relations commerciales avec les Grecs, comme le montre le trésor trouvé dans le village ibérique de Castellet de Banyoles, près de Tivissa, où l'on remarquera quatre patères d'argent doré ornées de motifs mythologiques..

C'est aussi d'Empúries que proviennent les premiers témoignages de sculpture grecque trouvés en territoire catalan, tels que la célèbre statue du dieu Asclépios, mise au jour en 1909 dans le sanctuaire sud de la Néapolis, œuvre d'un grand naturalisme et d'une exécution magistrale., ou le buste de la déesse Aphrodite, du , d'époque helléniste, qui accuse une nette influence praxitélienne.

Art romain

Au , lors de la deuxième guerre punique entre Rome et Carthage, les Romains arrivent à la péninsule Ibérique, entamant un processus de colonisation, qui culmine avec l'incorporation de l'Hispanie dans l'Empire romain. En , le général Scipion fonde Tarraco (Tarragone), qui sera la première ville romaine d'une importance notable en Catalogne. La première œuvre d'art romain est un relief inclus dans la muraille de Tarraco, représentant la déesse Minerve, avec lance et bouclier, de deux mètres de hauteur..

Les Romains sont de grands experts en architecture civile et en ingénierie et construisent en Catalogne des chemins, des ponts, des aqueducs ainsi que des villes au tracé rationnel et comportant des infrastructures essentielles telles que des égouts, de même que des temples, des thermes, des cirques, des théâtres, etc. En un lent processus de colonisation sont fondées en Catalogne plusieurs villes, colonies dont la population est essentiellement constituée d'anciens légionnaires : Baetulo (Badalone), Iluro (Mataró), Iesso (Guissona), Aeso (Isona), etc. De même, la ville d'Empúries devient romaine, une nouvelle cité étant construite à côté de la néapolis grecque.. C'est ainsi que commence un processus d'assimilation de la langue et de la culture romaines, dont le catalan, issu au Moyen Âge du latin vulgaire, est l'un des héritiers.