La littérature gay correspond à l'ensemble de la production littéraire écrite par des hommes gay et parlant d'homosexualité. Le canon n'inclut traditionnellement pas les hommes gays écrivant sur des sujets hétérosexuels, ni les femmes hétérosexuelles écrivant des fictions gay. Il n'inclut pas non plus la littérature lesbienne.

La conceptualisation de l'homosexualité datant du tournant entre le et le , c'est par un travail de réinterprétation que des œuvres antérieures, telles que la relation entre Achille et Patrocle dans L'Iliade, l'anthologie du Yutai xinyong, les poèmes d'Aboû Nouwâs ou d'Ahmad al-Tifachi ou la nouvelle Le Grand Miroir de l'amour mâle au Japon.

Champ d'étude et terminologie Dans son acceptation la plus stricte, la littérature gay décrit une littérature écrite par des homosexuels et parlant d'homosexualité. Le canon n'inclut traditionnellement pas les hommes gays écrivant sur des sujets hétérosexuels, ni les femmes hétérosexuelles écrivant des fictions gay, ce qui est commun dans la littérature récente. Il n'inclut pas non plus la littérature lesbienne.

L'identification d'un mouvement de la littérature gay, qui se confond parfois mais pas toujours avec les ouvrages écrits par des hommes gays ou parlant de relations homosexuelles, date de la fin du en Occident. Les œuvres plus anciennes sont considérées sous ce nouvel angle et ajoutées rétroactivement au mouvement à partir de ce moment. La « tradition littéraire gay » pourrait donc inclure des textes faisant état de relations amoureuses et/ou sexuelles entre deux hommes et composés dès l'Antiquité. À l'époque, ces deux hommes ne sont pas forcément reconnus comme tels : la société de l'époque peut y voir un pénétrant, homme, et un pénétré dont la masculinité est remise en question Amy Richlin, The Garden of Priapus: Sexuality and Aggression in Roman Humor (Oxford University Press, 1983, 1992), ..

Pendant longtemps, les auteurs homosexuels écrivant au sujet de l'homosexualité ont pu refuser de voir leurs œuvres qualifiées d'homosexuelles. Cependant, un certain nombre d'auteurs contemporains « assume[nt] ce statut et le revendique[nt] ».

Homosexualité de l'auteur L'idée d'une « littérature homosexuelle » propre aux auteurs homosexuels fait débat dans la mesure notamment où elle réduirait les écrits de ces derniers à une unique dimension sexuelle ou remettrait en cause « l'unité de la notion censément universelle de littérature », cité dans . La littérature homosexuelle ne le serait ainsi pas tant qu'elle ne serait que la littérature écrite par des homosexuels, voire qu'une littérature lue comme telle par des personnes jugeant que certaines œuvres ont une dimension homosexuelle.

Souvent, sur les œuvres non contemporaines, la lecture d'un sous-texte homosexuel dépend de ce qu'on sait de la vie privée de l'auteur. Ainsi, des lectures gay de Nicolas Gogol naissent en parallèle de recherches sur sa possible homosexualité. Le fait que l'homosexualité d'un auteur ne soit pas prouvable parce que les sources d'époque n'en parlent pas, soit parce qu'il en reste peu, soit parce que le sujet est à l'époque tabou, peut donc fausser la lecture du texte. La littérature gay ne requiert donc pas seulement que l'auteur soit gay : il faut aussi qu'il soit out.

Histoire Œuvres anciennes aujourd'hui considérées comme gay alt=Photographie en noir et blanc d'un homme regardant l'objectif. Il est assis sur un fauteuil luxueux et tient avec élégance un objet entre son index et son majeur. Il porte une veste de costume sur laquelle sont accrochées des fleurs, une cravate et un pantalon rayé |vignette|Photographie d'Oscar Wilde en 1892 parue dans The telegraph L'homosexualité comme concept clair et bien défini en Occident naît à cheval entre le et le , lors de l'avènement de la modernité. De même pour la naissance d'une culture homosexuelle dépassant la relation amoureuse ou sexuelle : il s'agit alors de créer un sentiment de respectabilité du groupe et de se justifier face aux attaques morales subies. Ce faisant, les littérateurs homosexuels de cette période construisent le mythe selon lequel il y aurait une « tradition littéraire gay » qui remonterait au moins à l'époque classique de la Grèce antique.

Il est possible que la première recherche d'une littérature gay soit de Edmund Spenser, qui publie en 1590 une liste de couples d'hommes de la littérature antique dans La Reine des fées, montrant un début de fierté homosexuelle dans la réappropriation de la littérature ancienne.

Dès la fin du dix-huitième siècle, des littérateurs homosexuels jettent les bases d'un corpus littéraire gay. Relisant les textes des siècles passés pour attester l'existence de relations amoureuses et sexuelles entre hommes depuis l'Antiquité, ils entreprennent de dresser des listes de couples mythiques ou historiques, ainsi que des listes de personnages décrits comme ayant une réaction particulière à la vue du corps d'un autre homme, qu'ils lisent a posteriori comme une homosexualité similaire à la leur. Ils pourraient agir ainsi dans le but de légitimer leur propre désir pour d'autres hommes. Don Leon, dont on suppose parfois qu'il a été écrit par Lord Byron, liste des personnalités anciennes connues pour avoir aimé des hommes, de même qu'Oscar Wilde dans Le Portrait de Mr. W. H., une lecture homoérotique des sonnets de Shakespeare.

En 1818, Percy Bysshe Shelley écrit un essai sur la relation des Grecs antiques à l'amour, où il estime que l'homosexualité était un compromis nécessaire dans un monde d'esclavage et de sexisme institutionnalisé. Il réfute la possibilité d'une pénétration anale par les Grecs, sans parler d'autres pratiques sexuelles, dans un premier paragraphe, mais parle bien de pénétration quelques pages plus tard, lorsqu'il estime que l'action est détestable mais finalement pas plus grave qu'une relation sexuelle avec une prostituée . À la fin de son essai, Shelley écrit que l'Angleterre a produit une littérature sur l'amour masculin, mais que celle-ci ne contient pas de références au désir sexuel.

En 1840, Benjamin Jowett introduit l'étude de Platon à ses cours à l'université d'Oxford. Cela marque un tournant dans l'histoire de la subculture gay britannique, les études portant sur les textes composés à l'époque de la Grèce antique devenant un sujet très populaire chez les hommes gays de ce pays (où l'homosexualité est fortement réprimée). Le public de l'université, est composé uniquement d'hommes, interdits de se marier jusqu'en 1884, c'est un espace non-mixte, qui inclut de nombreux homosexuels et qui s'inspirent parfois ouvertement de « l'amour socratique ». Ils publient, parfois « sous le manteau », plusieurs anthologies d'écrits homoérotiques.

Vers la même époque, des manuels de sexologie commencent à publier des listes similaires. Edward Carpenter nomme de nombreux auteurs antiques mais aussi plus récents (Michel-Ange ou Alfred Tennyson par exemple) comme dans son livre Homogenic Love, ensuite incorporé dans The Intermediate Sex à sa publication en 1908. Carpenter publie également en 1902, puis en réédition en 1906, Iolaos, une anthologie « de l'amitié » masculine qui liste de nombreuses histoires connues à l'époque d'homosexuels et de personnes du troisième genre, au point d'être surnommée « la Bible des pédérastes » par les libraires de l'époque.

Loin de se limiter à la production écrite par des auteurs qui, à partir du dix-neuvième siècle et l'invention de ce terme, ont pu s'identifier en tant qu'homosexuels, plus tardivement encore en tant que gays, la « tradition littéraire gay » pourrait inclure des textes faisant état de relations amoureuses et/ou sexuelles entre deux hommes et composés dès l'Antiquité. Dans de nombreuses cultures, des anthologies sont établies, qui compilent des textes vantant l'amour d'hommes pour d'autres hommes ou garçons.

Antiquité grecque

vignette|Achille jouant de la lyre pour Patrocle alors que les envoyés d'Agamemnon arrivent, peinture de Gérard de Lairesse réalisée vers 1670 et conservée au Nationalmuseum La première relation homosexuelle reconnue par le canon contemporain comme homosexuelle est la relation entre Achille et Patrocle dans l'Illiade de Homère. Phanoclès liste les dieux et héros qui aiment les hommes et l'auteur Straton de Sardes, qui a des relations avec des femmes et des hommes, publie une collection intitulée Poèmes pédérastes au deuxième siècle avant notre ère ; il intègre une longue tradition de récits homosexuels dans la littérature grecque de l'Antiquité. Il en est de même pour Théocrite; Pindare et Théognis de Mégare. La mention de la pédérastie est très répandue dans les écrits grecs, au point que ceux qui ne la mentionnent pas sont minoritaires ; de nombreux écrits ne la mentionnent cependant que pour préciser que leur auteur est hétérosexuel. À l'époque, on parle bien de pédérastie et rarement d'homosexualité : la société de l'époque y voit un pénétrant, homme, et un pénétré dont la masculinité est remise en question. Cette approche se retrouve ensuite dans les littératures arabe et latine.

Antiquité romaine Aucun écrivain de la Rome antique dont les travaux sont parvenus au vingtième siècle ne parle exclusivement d'homosexualité. La bisexualité est cependant extrêmement commune : tous les auteurs qui parlent de leur amour des garçons parlent encore plus de leur amour des femmes.

Horace intègre au moins une référence à une femme ou jeune fille dans chaque poème qu'il rédige au sujet de l'amour des garçons. Catulle écrit autant de poésies stigmatisant les actes sexuels entre hommes que d'œuvres la consacrant : il s'agit d'un exemple de littérature incluant un contenu homosexuel, mais ne relevant pas du mouvement de la littérature gay. Cependant il se démarque des auteurs grecs par son ton : là où les Grecs faisaient dans le ton épique ou élégiaque, Catulle n'hésite pas à se moquer des amours homosexuelles. Tibulle écrit des poèmes d'amour pour une femme et pour un homme. Martial commente quant à lui les mœurs de son époque et s'autorise à regarder les hommes nus, du moment qu'ils sont plus jeunes et moins puissants que lui, suivant de près les normes de l'homosexualité antique. Juvénal parle de relations homosexuelles avec humour, comme Pétrone à plus petite échelle dans son Satyricon , cet ouvrage passe parfois pour le seul à présenter des personnages gay et non bisexuels de cette époque. Enfin, Virgile et Ovide incluent des personnages homosexuels, dont l'orientation sexuelle n'a aucune importance particulière pour le récit, dans leurs écrits.

Asie

Monde arabe et persan vignette|Djalâl ad-Dîn Rûmî, miniature d' conservée au premier palais de Valiahd Reza Pahlavi du palais de Saadabad

Les premières heures de l'Islam ont un impact très faible sur le contenu des écrits. Aboû Nouwâs écrit par exemple des poèmes sur l'amour du vin et des jeunes hommes, tous deux en théorie interdits par l'islam. Ahmad al-Tifachi rédige également des poèmes homoérotiques au treizième siècle et cite Aboû Nouwâs plusieurs fois dans son texte Les Délices des cœurs. Cinq des douze chapitres de son ouvrage sont dédiés à l'homosexualité.

al-Tha'alibi, mort en 1038, publie Le Livre des garçons, dont le manuscrit n'est pas parvenu à notre époque tandis que al-'Adili édite à la fois Mille et un garçons et Mille et une filles.

Djalâl ad-Dîn Rûmî écrit beaucoup au sujet de sa relation amoureuse avec Shams ed Dîn Tabrîzî, y compris après l'assassinat de ce dernier. Saadi inclut plusieurs passages érotiques pédérastes dans ses ouvrages, qui sont souvent retirés des éditions modernes de ses œuvres par les maisons d'édition. Hafez, qui connaît le travail des deux auteurs précédents, publie plus de 500 poèmes amoureux, dont plusieurs sont homosexuels et interprétés plus tard comme mystiques et métaphoriques.

Chine