Elisabeth Guttenberger, née Schneck le à Stuttgart et morte le , est une Sinti allemande, survivante du Porajmos, le génocide des Roms. Elle témoigne lors des procès d'Auschwitz au sujet du « camp de gitan » qui était le zigeunelager. Son rapport est une source d'information de grande importance et souvent exploitée.
Biographie
Enfance Elisabeth Schneck est née en à Stuttgart où elle vit confortablement avec ses parents jusqu'en 1936, et ses quatre frères et sœurs nés entre 1925 et 1930. Son père, Josef Schneck est un marchand d'antiquités et d'instruments à cordes. Pour lui et sa femme Sofie, il est important de donner une bonne éducation à leurs enfants, ce qui inclut des cours de musique et de chant. Les enfants fréquentent le jardin d'enfants et l'école primaire d'Ostheim, un quartier de Stuttgart. Les enfants sinté y sont souvent harcelés, mais, grâce à une enseignante, ancienne députée et opposante au régime nazi, Elisabeth Schneck peut achever les huit années d'enseignement primaire. Elle raconte que cette institutrice lui a sauvé la vie, son instruction lui ayant permis de travailler dans les bureaux à Auschwitz.
Après 1933, les possibilités d'obtenir un emploi deviennent faibles pour les Sinté et les Roms, de même que l'accès aux professions indépendantes, en raison des critères raciaux, de plus en plus stricts.
La famille s'installe à Munich en 1936.
Cependant, malgré ses bons résultats, Elisabeth Guttenberger n'est pas autorisée à fréquenter une école secondaire. Elle doit également abandonner son apprentissage dans une confiserie après l'intervention de la Gestapo. Elle est alors soumise au travail forcé dans une usine de munitions.
Déportation Le décret du , dit , ordonne que tous les Tziganes vivant encore sur le territoire du Reich allemand soient déportés vers le camp d'Auschwitz. Ce décret est la conclusion logique d’un projet ourdi dès 1938 et déjà partiellement mis en œuvre, à savoir l’extinction complète des « Tsiganes ».
Elisabeth Guttenberger, alors âgée de 17 ans, et toute sa famille sont arrêtés le à Munich. Elle est déportée le à Auschwitz, où elle reçoit le numéro de prisonnière Z 3991.
Le camp se compose de 32 étables remplies de couchettes à trois étages. Jusqu'à mille personnes sont entassées dans une seule étable.
Les numéros de prisonniers Z 3988 à Z 3992 sont répertoriés dans le livre principal des femmes du camp tzigane comme membres de la famille Guttenberger. Les dates de mort notées sont le pour la grand-mère, le 9 octobre 1943 pour la mère, le 27 septembre 1943 pour la sœur née en 1927. Les hommes de la famille sont répertoriés sous les numéros Z 3542 à 3543 dans le registre des hommes ; la date d'entrée dans le camp, différente de celle des femmes, est le 16 mars 1943. Les frères et la sœur aînée d'Elisabeth Guttenberger sont morts de faim dans le camp. Sa nièce de trois ans, inscrite sous le numéro Z 3990 ne survit pas non plus. Trente membres de la famille d'Elisabeth Guttenberger, originaires de différentes villes, meurent à Auschwitz.
Elisabeth Guttenberger est d'abord soumise au travail forcé et affectée à la construction de la route du camp. À partir de , elle est affectée à un travail administratif. Elle doit transcrire les listes de transport et ajouter les dates de décès au registre des hommes du camp de gitans. Quelques jours après avoir commencé cette tâche, elle doit enregistrer la mort de son père.
Elle est transférée le au camp de concentration de Ravensbrück puis dans un camp satellite de Flossenbürg, à Kraslice. Son numéro de prisonnière à Kraslice est le 51750. Heinrich Himmler ayant ordonné l'évacuation de tous les camps, ; le camp satellite de Flossenbürg est fermé à partir du . Les prisonniers sont dégagés dans une marche de la mort vers Marienbad, certains sont fusillés en marche. Les troupes américaines libèrent les survivants fin avril 1945.
Après les camps Après la guerre, Elisabeth Guttenberger fait partie des rares témoins à témoigner au titre des « minorités » au procès d'Auschwitz qui a lieu à Francfort-sur-le-Main de 1963 à 1965. Pour des raisons de santé, elle n'est pas présente en personne au tribunal mais ses trois témoignages sont lus, l'un devant une commission spéciale le , un autre devant le juge d'instruction le dans des affaires contre Albrecht et le dernier devant le , le . D'après le journaliste Dietrich Heissebüttel, elle n'aurait probablement pas supporté le procès car .
Effectivement, le tribunal juge que son témoignage contre est insuffisant pour une condamnation : vignette|Mémorial aux Sintés et aux Roms européens assassinés pendant le nazisme, conçu par Dani Karavan. Elisabeth Guttenberger témoigne régulièrement comme lors de la commémoration au Reichstag de Berlin, à l'occasion du 50e anniversaire du « Décret d'Auschwitz » en 1992Klaus Härtung: Auf einer Gedenkveranstaltung im Berliner Reichstag erinnerte der Zentralrat der Sinti und Roma an den 50. Jahrestag des „Auschwitz-Erlasses“ „Von unliebsamen Mitmenschen befreit“. in: Die Zeit vom 25. Dezember 1993, en 1997, à l'ouverture du ..
Le , le anniversaire de la « liquidation du camp de gitans » à Auschwitz-Birkenau est célébré par un événement organisé par le Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe et le Roma Trial e. V. La contribution d'Elisabeth Guttenberg y est lue par l'écrivaine lors d'un service commémoratif au Mémorial aux Sintés et aux Roms européens assassinés pendant le nazisme .
Hommages Depuis , un stolperstein au nom d'Elisabeth Guttenberger, ainsi que cinq autres pour les membres de la famille Schneck, sont apposés devant leur ancien domicile de Stuttgart, Stöckachstraße 28. Les élèves et les enseignants de l'école primaire et secondaire d'Ostheim, qui ont connu Elisabeth Guttenberger et ses frères et sœurs, sont présents lors de la pose.
Le groupe d'histoire de l'école remporte le prix de l'Association des persécutés du régime nazi (VVN) en 2008 avec un projet sur la famille Schneck / Guttenberger. Elisabeth Guttenberger, qui a visité plusieurs fois son école primaire, est présente à la cérémonie de remise du prixVerleihung des Alfred-Hausser-Preises 2008: Eine Brücke von der Vergangenheit in die Zukunft..
Récits autobiographiques Elisabeth Guttenberger raconte son histoire dans plusieurs livres :
Références
Articles connexes Camps d'extermination nazis Roms au Porajmos
Liens externes
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