La tour Saint-Jacques est l'ancien clocher, construit entre et , de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, église dont ce clocher-tour est l'unique vestige. Aujourd'hui, elle se dresse au milieu du square qui porte son nom, dans le de Paris.

Certains éléments sont du style Louis XII contemporain, mais l'ensemble de l'édifice reste fidèle pour l'essentiel au gothique flamboyant du passé : il illustre ainsi le peu de pénétration, dans l'architecture parisienne religieuse du temps, des nouveautés amenées d'Italie ..

Un style entre tradition et nouveautés gauche|vignette|upright=0.8|Le côté nord de la tour Saint-Jacques, depuis la rue Nicolas-Flamel. Si l'architecture générale de l'édifice reste fidèle pour l'essentiel au style gothique flamboyant du , elle n'en reprend pas moins certaines nouveautés induites par le nouveau style qui triomphe alors en marquant une transition entre l'art gothique et la Première Renaissance.

Sous cette influence, les baies du clocher, donnant autrefois sur la chambre des cloches, ainsi que dans l'ensemble des niches, font montre d'une tendance bien marquée à se séparer de l'arc ogival pour se rapprocher du plein cintre tandis que triomphent les arcs en cloche, en accolade ou autres contre-courbes brisées bien caractéristiques de ce nouveau style.

Si à la différence du château de Blois ou de Chateaudun qui lui sont contemporains, aucun apport d'ornements proprement italiens ne vient enrichir encore le répertoire flamboyant, on s'achemine peu à peu vers un art plus mesuré et épuré rompant avec la surcharge décorative diluant les lignes de l'architecture que l'on pouvait observer une décennie plus tôt sur la Tour du Beurre de la cathédrale de Rouen..

Ce retour de la muralité marqué par l'utilisation d'un véritable quadrillage de la façade et une utilisation nouvelle de formes souples et arrondies annonce déjà les réalisations hybrides de l'église Saint-Eustache, qui achevée tardivement à la fin du en subissant de plein fouet les influences de l'art de la Renaissance, n'en restera pas moins gothiques par son architecture.

Histoire vignette|gauche|Église Saint-Jacques-de-la-Boucherie sur le plan de Truschet et Hoyau ().|269x269px

La tour Saint-Jacques est un ancien clocher constituant le seul vestige de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, dédiée à saint Jacques le Majeur.

vignette|L'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (gravure publiée par Manesson Mallet en ).|alt=L'église Saint-Jacques-la-Boucherie (gravure publiée par Manesson Mallet en 1702).

Ce véritable sanctuaire abritait une relique de saint Jacques et constituait un lieu de pèlerinage réputé ainsi que le lieu de culte des commerçants du quartier.. Si le Guide du pèlerin ne mentionne pas la ville, la Chronique du Pseudo-Turpin affirme que l'église a été fondée par Charlemagne, ce qui lui a valu son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en avec bâtiments ou lieux en France. Cette Chronique qui forme un des Livres du Codex Calixtinus a été considérée comme authentique jusqu'à la fin du . Mais la légende de la construction par Charlemagne est restée. Elle est le seul lien de cette tour avec Compostelle connu des études historiques. En revanche, un lien a été créé par l'Espagne en avec le don à la ville de Paris d'une plaque qui a fait de cette tour un point de départ historique des pèlerins de Compostelle.

Ce clocher-tour est construit entre et par Jean de Felin, Julien Ménart et Jean de Revier. Il mesure Site de la ville de Paris. jusqu'à la balustrade. En , Rault, reçut . Cette statue colossale mesurait, dit-on, de haut.

L'église, devenue bien national, est détruite après sa vente en . L'entrepreneur l'ayant achetée fait commerce de ses pierresFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, p. 345-346. L'acheteur de l'église aurait eu comme condition de ne pas démolir la tour, mais l'existence de cette condition est contestéeFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, p. 346..

En , un industriel achète la tour pour y installer une fonderie de plombs de chasse, la transformant en tour à plomb. Les cinquante mètres du clocher sont suffisants pour que les gouttes de plomb refroidissent et forment des billes à l'arrivée.. Il est envisagé d'y installer un corps de sapeurs-pompiers. La tour aurait permis de guetter les incendies.. En , après deux incendies, la tour est rachetée par la Ville de Paris. En , le Moniteur rapporte qu'on installe au sommet un Procès-verbal de la Commission du Vieux Paris, 10 novembre 1906, ..

En , les travaux engagés à l'occasion du percement de la rue de Rivoli font décider de la restauration du « délicieux beffroi de Nicolas Flamel ». Les travaux colossaux, ordonnés par l'architecte Victor Baltard et dirigés par Théodore Vacquer et l'ingénieur Roussel sont nécessités par le nivellement de son environnement pour le passage de la rue en contrebas à sa proximité immédiate, ce qu'Haussmann explique en ces termes : .. La tour est entièrement reprise depuis les fondations, les parties basses presque entièrement refaites, ainsi que plus de vingt statues. En la restauration est confiée à l'architecte Théodore Ballu.

La statue de saint Jacques, abattue à la Révolution, est remplacée par une autre, due à Jean-Louis Chenillon, lequel a fait une maquette en plâtre, haute de . L'église Saint-Jacques d'Illiers-Combray, chère à Marcel Proust, en conserve la tête, réalisée en pour servir de modèle au sculpteur. Elle fut offerte par au conseil municipal qui en avait fait la demande..

Au pied de la tour, fut créé en , à l'emplacement de la butte arasée et de l'ancien quartier de Saint-Jacques-la-Boucherie, le premier square de Paris (le square de la tour Saint-Jacques). Au pied de la tour, à la fin du , a lieu l'embauchage en plein air des ouvriers. C'est le lieu de réunion de ceux-ci, tout comme l'était la place de Grève (actuelle place de l'Hôtel de Ville) toute proche..

En 1886 est créé par Joseph Jaubert le laboratoire d’études physiques de la tour Saint-Jacques, d'abord à titre privé. Puis, le conseil municipal de Paris, saisi de l’occupation durable de la tour, donne satisfaction à J. Jaubert qui sollicitait l’autorisation de l’occuper jusque fin 1887, grâce à l’intervention de son ami le Dr. Chassaing, conseiller municipal. À compter de cette date, des expériences scientifiques y furent menées (ex : l’expérience du pendule, relative à la rotation de la terre). Le conseil municipal de paris reconduit l'autorisation d'occupation pour J. Jaubert de 1889 à 1893. En 1891, il devient un observatoire subventionné par la ville de Paris, dont le directeur est Joseph Jaubert (1861-1916). En contrepartie, un programme lui est assigné : « Contribution au progrès des sciences en général au moyen des recherches expérimentales pour lesquelles la situation de la Tour Saint Jacques est des plus favorables ». Outre la nécessité de tenir des conférences pour leur diffusion, la station visait à étudier la climatologie de Paris mais aussi la pollution de l’atmosphère par les fumées et poussières, ainsi que les trépidations du sol, sur l’eau de la Seine… J. Jaubert y fonde la revue L’Atmosphère, recueil de documents météorologiques publié par les soins de l’observatoire de la Tour Saint-Jacques. D’abord mensuel, il deviendra quotidien. En 1893, J. Jaubert devient météorologiste subventionné par la ville de Paris.

Un arrêté préfectoral du prenant effet le (signé par le préfet Eugène Poubelle) crée le Service physique et météorologique de la ville de Paris, remplaçant les anciens services météorologiques. J. Jaubert est nommé chef du Service météorologique municipal de la ville de Paris au palais de Montsouris. L’observatoire de la tour Saint-Jacques est alors supprimé, les instruments sont laissés sur place. En 1896, après en avoir démontré l’utilité, on procède à la réouverture de l’observatoire de la tour Saint-Jacques, qui devient une annexe de Montsouris. Joseph Jaubert est nommé chef des deux services réunis, qu’il dirigera jusqu’à sa mort en 1916.

Au , une chanson sentimentale et nostalgique d'Édouard Hachin, dont l'intrigue se passe près de la tour Saint-Jacques, intitulée La Tour Saint-Jacques, connut un immense succès.

vignette|gauche|Plaque commémorative, . Depuis , une plaque offerte par l'Espagne à la ville de Paris, à « l'initiative de la Société des amis de Saint Jacques », en fait un point de départ de pèlerins de Compostelle. René de La Coste Messelière a même écrit à son sujet qu'elle était « la première et la plus haute borne du chemin de Saint-Jacques », affirmation sans fondement historique. La plaque indique que des « millions de pèlerins » y ont pris le départ pour le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, chiffre symbolique qui souligne l'importance donnée à ce pèlerinage à partir du . L'origine de cette présentation de millions de pèlerins vient de la mention de foules dans des textes médiévaux, en particulier le Codex Calixtinus. Ces foules ne correspondent pas à des dénombrements comme cela a été compris mais au fait que pour faire sa promotion, Compostelle s'est appliquée à elle-même les textes du Nouveau Testament parlant de la Jérusalem céleste.

Sur la plate-forme a été installée une petite station météorologique, de jusqu'en . Elle dépendait de l'Observatoire de Montsouris. Les symboles sculptés des quatre Évangélistes, le lion (Marc), le taureau (Luc), l'aigle (Jean) et l'ange (Matthieu), apparaissent dans les angles. Les statues actuelles datent du début du , à l'instar des gargouilles et des dix-huit statues de saints qui décorent les parois de la tour. Les sculptures datent de deux époques. Les unes sont de l'origine de la construction au , d'autres ont été créées aux .

Depuis la fin de travaux de restauration en , lancés dix ans auparavant, les visites sont de nouveau possibles. Elles sont organisées par une association habilitée par la Ville de Paris et sont limitées à par heure, notamment en raison de l'étroitesse de l'escalier, .

Protection

La tour Saint-Jacques appartient à la Ville de Paris qui l'a acquise en . La tour fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de ..

Campagnes de restauration Aux , la tour Saint-Jacques a fait l'objet de quatre campagnes de travaux de restauration en particulier par Théodore Ballu (entre et ), par Jean Camille Formigé (au début du ). En , la tour a été entièrement échafaudée pour protéger le public. De à , une étude complète de la tour a été réalisée.Après validation du projet de travaux par la Commission supérieure des monuments historiques, une nouvelle campagne de travaux a pu démarrer. Ce chantier, commencé en , (pour un coût de d'euros TTC, financés à 50 % par l'ÉtatLe Moniteur du 15 août 2008, page 9. et à 50 % par la ville de Paris, propriétaire de l'édifice) et prévu pour se terminer en , (plus six mois pour la remise en état du square) s'est finalement achevé en .

Dans la culture Art En 1845, dans Vingt ans après, suite aux Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas donne le nom de cette tour à son chapitre, où Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, prépare le renversement du cardinal de Mazarin dans le contexte de la Fronde..

Le chansonnier Édouard Hachin évoque l'édifice dans La Tour Saint-Jacques, au . Le poète André Breton en parle comme d'un lieu magique dans Nadja.

Revue En 1955, est créée la revue ésotérique Tour Saint-Jacques. Elle est dirigée par l’écrivain Robert Amadou. Ses bureaux étaient situés au rue Saint-Jacques, page 133..

Galerie

Accès La tour Saint-Jacques est desservie par les lignes 1, 4, 7, 11 et 14 à la station Châtelet et les lignes 1 et 11 à la station Hôtel de Ville.

Notes et références

Annexes

Bibliographie . . . . .

Articles connexes Église Saint-Jacques-de-la-Boucherie