Juan Bautista Sánchez González (Íllora, province de Grenade, 1893 — Puigcerdá, province de Gérone, 1957) était un militaire espagnol.
À l’issue de sa formation militaire, il servit dans quelques régiments en métropole, avant d’être versé en 1920 dans des unités combattantes au Maroc espagnol, où il se distingua et connut une ascension rapide pour mérites de guerre, participant notamment au débarquement d'Al Hoceïma (1925). Lors du coup d’État de juillet 1936, il fut le premier, à la tête de son tabor de Regulares à Melilla, à se rebeller contre la République. Engagé à partir de 1937 dans la Guerre civile en Espagne même, il y joua un rôle de premier plan dans nombre d’opérations militaires importantes, à Belchite, à Brunete, dans les Asturies, sur l’Èbre, lors de la conquête de la Catalogne Après le conflit, et bien qu’ayant ostensiblement adhéré à l’opposition monarchiste juaniste, il fut nommé à de hauts postes de commandement en métropole, en particulier à celui de capitaine général de Catalogne, auquel titre il sut s’acquérir, par sa notoire droiture, l’estime de la population de Barcelone, notamment en s’abstenant, à l’encontre des ordres de Franco, de lancer ses troupes contre des grévistes en 1951.
Sa mort inopinée en 1957, considérée généralement comme naturelle (des suites d’une crise cardiaque), a donné lieu à diverses spéculations, dont l’une voulant y voir un lien avec son implication dans une hypothétique conspiration monarchiste. En effet, Sánchez González avait ouvertement manifesté le souhait de voir sans retard le régime franquiste se transformer en monarchie, avec nomination d’un chef de gouvernement et avec Franco dans le rôle de régent, dans le but en particulier de mettre fin à la mainmise sur l’État par une Phalange corrompue ; le mode opératoire aurait consisté à soulever la garnison de Barcelone, sous la conduite de Sánchez González et avec l’appui d’amples secteurs de la société barcelonaise. S’il semble toutefois qu’aucune démarche concrète en ce sens n’ait été entreprise, il reste que Franco, sur la foi de rumeurs, avait décidé de le destituer. L’événement de cette mort, d’ailleurs magnifié outre mesure, eut pour conséquence politique immédiate la mise au pas de l’opposition monarchiste et le renforcement du pouvoir de Franco.
Biographie Formation et carrière d’officier combattant au Maroc Né en 1893 à Íllora, petite ville de la province de Grenade, Juan Bautista Sánchez González suivit à partir d’ une formation à l’Académie militaire de Grenade, avant de passer à l’Académie militaire de Tolède, dont il sortit diplômé en avec le grade de lieutenant en second...
Ses études achevées, il reçut une affectation dans un régiment en garnison à Cadix, qu’il quitta en , pour se voir assigné à un régiment à Bilbao, où il ne resta que jusqu’en juin de l’année suivante, avant de rejoindre le régiment Córdoba caserné à Grenade, où il fut promu premier lieutenant en . Quand, en , en raison de la grève générale, l’état de guerre fut décrété à Grenade, Sánchez González fut appelé à remplir des missions de patrouille dans les rues de la ville.
Il passa ensuite au bataillon de chasseurs Madrid , dans les rangs duquel il embarqua à destination du Maroc, où allait se dérouler le reste de sa carrière militaire avant l’éclatement de la Guerre civile. Au Maroc, il fut aussitôt exposé au feu, quoique seulement dans des escarmouches de faible ampleur, principalement pendant l’accomplissement de tâches de protection de convois et de points d’eau. Il participa aux combats de la guerre du Rif à la tête de différents régiments d’infanterie et de tabores (bataillons) de Regulares (supplétifs autochtones), ce qui lui valut (ainsi qu’il sied aux militaires « africanistes ») une promotion rapide pour mérites de guerre et plusieurs décorations, dont, en , la croix du Mérite militaire.
Amené ensuite à participer à de multiples actions de guerre, il sut s’y distinguer et fut cité pour son comportement dans la plupart des opérations où il était intervenu, se voyant octroyer en 1922 la croix du Mérite militaire de première classe. En 1924, combattant sans relâche, soit dans de simples escarmouches, soit dans des opérations de plus grande envergure, il monta au rang de commandant pour mérites de guerre en octobre et reçut la charge du tabor, à la tête duquel il prit part à la retraite de Chefchaouen (appelée par les Espagnols retirada de Xauen) le , où son unité assumait le dernier échelon de cette opération de repli tactique. Il eut une part active dans le débarquement d'Al Hoceïma le , dans la phase finale de la guerre du Rif, puis participa aux opérations subséquentes ayant pour but de conquérir des positions dans les environs immédiats. Pendant la bataille, il fut grièvement blessé de trois balles dans le bras gauche et fit l’objet d’une citation de la part du commandant de sa colonneArchivo General Militar (AGM), Expedientes Personales, Tte. Gral. J. B. Sánchez-González, feuillet ..
En , il accéda au grade de lieutenant-colonel pour mérites de guerre et alla rejoindre en tant qu’attaché le QG du général en chef de la zone de Ceuta (partie occidentale du Protectorat).
En , il fut versé dans la Mehal-la Jalifiana (unité militaire composée de supplétifs sous les ordres d’officiers espagnols) Tafersit , avec laquelle il eut à réaliser d’incessantes opérations. Dans l’une d’elles, en mai de la même année, il fut victime d’une mauvaise chute qui ranima son ancienne blessure, ce qui nécessita une brève hospitalisation. En octobre, placé au commandement des Regulares Alhucemas , il obtint la croix de Marie-Christine de classe, qui lui fut épinglée personnellement par le roi Alphonse XIII en , avant de se voir décerner en novembre la croix de l’ordre de Saint-Herménégilde. Nommé en commandant de la Mehal-la Jalifiana du Rif et chef de la Centrale d’interventions de ce territoire, c’est en cette qualité qu’il prêta serment de fidélité à la République en . En , il obtint son brevet de colonel.
Soulèvement de juillet 1936 et Guerre civile Rébellion dans le Maroc oriental Juan Bautista Sánchez González fut le premier — avant même Sanjurjo, Mola ou Franco — à se rebeller lors du soulèvement du 17 juillet 1936 dans le Maroc espagnol. Dès la nuit du en effet, dans la ville de Torres de Alcalá (alias Villa Jordana, actuelle طوريس القلعة), il mit en route le Movimiento Nacional dans le Rif en incitant le tabor de Regulares d’Alhucemas à se soulever et en donnant ordre au commandant Ríos Capapé de mettre secrètement ses troupes en ordre de marche en direction d’Al Hoceïma (alias Villa Sanjurjo), dont Ríos Capapé réussit à s’emparer, avant de faire mouvement le lendemain vers Melilla et de rallier la garnison de cette ville qui s’était déjà insurgée. Ce fait d’armes constitue la première action militaire de la guerre civile en devenir... Le lendemain, sitôt qu’il eut appris le soulèvement de Melilla, et nonobstant qu’il n’ait pas encore reçu le mot d’ordre téléphonique convenu avec Ceuta, Sánchez González souleva le reste des garnisons du Rif, et se rendit maître de toute la région rifaine, laquelle fut ainsi incorporée à l’Espagne nationaliste à huit heures du soir le AGM, Expedientes Personales, Tte. Gral. J. B. Sánchez-González, feuillet .. Ainsi l’unité de Sánchez González avait-elle été la première à se soulever.. ; cette conduite valut à Sánchez González d’être définitivement démis de ses fonctions militaires par les autorités républicaines le , ainsi qu’il ressort du journal officiel Gaceta de la República.
Franco allait plus tard déformer ces faits, en affirmant que Sánchez avait été mis en détention dans les premiers jours du soulèvement, « car on n’avait pas grande confiance en lui ». Une fois nommé commandant général de Melilla, il « facilita le départ des francs-maçons de là-bas, qui risquaient que les phalangistes se chargent d’eux ». Cependant Sánchez González n’avait pas d’antécédents maçonniques, et sa feuille de service fait état d’une attitude sans aucune ambiguïté lors du coup d’État de , à telle enseigne qu’il était réputé avoir été le « premier insurgé »..
Guerre civile vignette|Juan Bautista Sánchez (probablement en 1939). Sánchez González garda son poste jusqu’à , date à laquelle il fut désigné commandant en chef de la Circonscription orientale du Maroc, mais reprit ses fonctions antérieures fin , toujours sans avoir participé aux combats dans la métropole. Le , il fut finalement muté pour l’Espagne, où il assuma le commandement de la brigade Navarra, laquelle était composée de requetés. C’est à ce titre qu’il participa à la campagne de Biscaye (aidant à briser la « ceinture de fer » de Bilbao), qu’il prit part à la campagne de Santander, qu’il s’empara de la basilique de Covadonga, puis, promu général de brigade en et placé à la tête du corps d’armée, qu’il s’engagea dans la campagne d’Aragon, de l’Èbre et du Levant, qu’il participa aux batailles de Brunete et de Teruel, et qu’il contribua à la reconquête de Belchite. Il figura dans les rangs des troupes qui en réussirent à couper en deux la zone républicaine en poussant jusqu’à Vinaròs, ville sise sur le littoral méditerranéen. Il joua aussi un rôle de premier plan dans la campagne de Catalogne, où il se rendit maître des villes de Tarragone, Barcelone, Badalone, El Masnou, Mataró et Sabadell, avant de parvenir au point de passage frontalier de La Junquera, en face du Perthus.
Une des raisons de la prise de distance de Sánchez González vis-à-vis de Franco a pu être le fait qu’en , nonobstant qu’il ait été le premier à atteindre Barcelone, il ne lui fut pas accordé d’entrer triomphalement dans Barcelone à la tête de sa brigade Navarra ; c’est le général Juan Yagüe qui eut cet honneur à sa place le dans la matinée, Sánchez González n’ayant été autorisé à faire son entrée dans la capitale catalane que dans l’après-midi. Cet arrangement aurait permis aux phalangistes de prendre possession de la ville, en alléguant que les carlistes tramaient un complot « pour diriger économiquement et politiquement la Catalogne ».
Le à , une fois terminées les quelques rares escarmouches qui avaient précédé la prise de Barcelone, Sánchez González prononça une allocution à la radio, dans les termes suivants :
Pour ses actions sur l’Èbre et au Levant, il fut cité par ses supérieurs comme « l’une des figures les plus marquantes de l’armée ». Le général Franco pour sa part exprima l’opinion que Sánchez González était « bon soldat, coriace comme un bœuf, pas très intelligent ; il a des haines africaines et ne pardonne jamais ».
Carrière en métropole : Capitaine général de Catalogne (1949-1957) Par la suite, la Guerre civile terminée, Sánchez González exerça plusieurs hauts commandements militaires en métropole. En , il fut promu général de division, et passa au cadre de réserve dans la région militaire (Andalousie) jusqu’à , date où il fut nommé capitaine général des Baléares. En octobre, il prit le commandement du corps d’armée, avant de se voir confier à nouveau la capitainerie générale des Baléares en . En 1943 lui furent décernées la grand-croix du Mérite naval et celle du Mérite militaire, chaque fois avec insigne distinctif blanc, et il monta au grade de lieutenant-général en décembre de la même année.
Plus particulièrement, il fut désigné, sur décision du conseil des ministres du , capitaine général de Catalogne, poste dont il prit possession le . Il allait acquérir à ce titre une certaine popularité, spécialement pendant les grèves du printemps 1951, en même temps qu’il acquit une réputation (justifiée) d’homme austère et intègre. Selon l’historien Gabriel Cardona, il devint « une institution », apprécié tant de ses subordonnés que des autorités locales :
vignette|Siège de la Capitainerie générale à Barcelone.