La étape du Tour de France 1952 s'est déroulée le entre les villes de Brest, qui accueille pour la première fois le départ d'un Tour, et de Rennes, qui est une ville-étape du Tour pour la sixième fois de son histoire. Le parcours franchit les reliefs bretons à travers les départements du Finistère, des Côtes-du-Nord et de l'Ille-et-Vilaine, sur une route accidentée longue de . Il passe notamment les villes de Morlaix, Guingamp et Saint-Brieuc.
Cette première étape des vingt-trois prévues lance la du Tour de France, dont Fausto Coppi a pris le départ en tant qu'immense favori en l'absence d'Hugo Koblet, vainqueur de l'édition précédente, et de Louison Bobet, alors champion de France.
La course est remportée par le Belge Rik Van Steenbergen devant son compatriote et coéquipier Maurice Blomme, tous les deux membres de l'équipe de Belgique. Ils sont accompagnés sur le podium par un jeune coureur français, Pierre Pardoën, membre de l'équipe régionale Nord-Est / Centre, récemment passé professionnel et inconnu du grand public, qui a réussi à se maintenir jusqu'à l'arrivée dans ce trio d'échappés.
La course est marquée par un grand nombre de tentatives d'échappées principalement dans la première partie, dont celles de plusieurs favoris du Tour (Raphaël Géminiani et Fausto Coppi notamment) qui se sont systématiquement neutralisés, avant qu'une échappée de cinq coureurs (lancée au km 143) dans laquelle se trouvent les trois premiers coureurs à l'arrivée, parvienne à prendre un avantage définitif sur le peloton. Un seul coureur, Mustapha Chareuf, membre de l'équipe Afrique du Nord, abandonne sur les partis de Brest.
La victoire de Rik Van Steenbergen, qui franchit la ligne d'arrivée à Rennes plus de six minutes avant le peloton, lui permet de prendre le maillot jaune du leader du classement général individuel avec une avance confortable et à l'équipe de Belgique de remporter le classement par équipes de la première étape. Pierre Pardoën remporte quant à lui le prix de la combativité.
Profil de l'étape Le parcours est exactement le même que celui qui est utilisé par l'épreuve Paris-Brest-Paris jusqu'à sa disparition en 1951 (dans sa phase retour).. Il emprunte la RN12 (la « route de Paris ») sur la quasi-totalité de l'étape jusqu'à Rennes. Le profil est accidenté et quasiment dénué de portion plane. Les difficultés du jour sont décrites par plusieurs journaux comme les « montagnes russes du pays breton »..
La première partie commence à la sortie de Brest et ne présente pas de réelle difficulté ( de dénivelé cumulés sur ) excepté une petite côte aux abords de Guipavas. La deuxième partie est caractérisée par une succession de côtes dont les pentes sont plus ou moins raides ( de dénivelé cumulés sur ). Parmi elles, la côte de Saint-Thégonnec au km 43 (avec un passage à 5 % de dénivelé), la côte de Saint-Laurent-Plouegat au km 72 (avec un passage à de dénivelé), la côte de Belle-Isle-en-Terre au km 90 (avec un passage à de dénivelé) et la côte avant Saint-Brieuc km 137 (avec un passage à de dénivelé). La dernière partie, après Quédillac au km 203, si elle n'est pas plate, ne présente plus de pente significative ( de dénivelé cumulés sur ). L'étape se termine à Rennes par une traversée de la ville et enfin un tour du circuit du vélodrome..
Dans les colonnes de L'Équipe, l'organisateur déclare que les conditions du parcours sont propices à la formation . Cependant, il met en garde contre l'influence possible d'un vent défavorable qui pourrait compromettre les chances d'une échappée. Si cette situation ne se présente pas, il anticipe la possibilité . + Détail du parcours de la étape . Département Lieu km Département Lieu kmFinistèreBrest0Côtes-du-NordTrémuson135Guipavas5Saint-Brieuc143Landerneau18Langueux147Landivisiau34Yffiniac150Saint-Thégonnec44Saint-René153Morlaix57Lamballe163Plouigneau67Noyal167Le Ponthou72Plestan171Saint-Laurent-Plouégat75Langouhèdre179Côtes-du-NordPlounerin80Saint-Jouan-de-l'Isle200Kéramanach83Ille-et-VilaineQuédillac203Plounévez-Moëdec87Montauban-de-Bretagne212Belle-Isle-en-Terre91Bédée220Louargat96Saint-Gilles229Grâces107Rennes (entrée)241Guingamp111Rennes (stade vélodrome)246Plouagat123
Contexte au départ de l'étape
La ville de Brest célèbre le départ du Tour
Pour la troisième fois seulement de son histoire, le Tour ne part pas depuis la capitale (cela a été le cas en 1926 depuis Evian et en 1951 depuis Metz). En 1952, l'organisation a sélectionné la ville de Brest pour lancer « la grande boucle ».. Bien que cette ville ait déjà accueilli le peloton à vingt-trois reprises depuis 1903 en tant que ville-étape du Tour, les parcours des éditions précédentes organisées depuis 1947 (le premier Tour depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale) avaient systématiquement évité la commune la plus peuplée du Finistère.. En effet, Brest était encore en pleine reconstruction à la suite des bombardements subis pendant la bataille de Brest en 1944. Le retour du Tour et l'événement exceptionnel que représentait le grand départ organisé dans cette ville ont offert à la presse française l'opportunité d'observer sa transformation. Cependant, malgré les travaux de reconstruction en cours en 1952, la ville portait encore de nombreuses stigmates des destructions....
Pour autant, durant trois jours, les importantes festivités du grand départ (un concert avec trois cents joueurs de binious, un autre des mousses de Loctudy, des défilés folkloriques et les foules de locaux en costumes traditionnels..) et la foule de spectateurs, la vue des nombreuses ruines. et des baraquements (les logements provisoires des habitants de Brest)..
Le forfait de plusieurs favoris du Tour
Avant même son départ, le Tour est confronté à une situation délicate : en l'espace d'une semaine, l'organisation apprend les forfaits de deux coureurs de renom, le vainqueur de l'édition précédente, le Suisse Koblet. (non remplacé par son compatriote Kübler vainqueur en 1950) et de Bobet, le champion de France en titre.. Ces deux coureurs, parmi les favoris désignés de cette édition, manquent ainsi à l'appel. De nombreux observateurs prédisent alors une victoire trop facile pour Coppi.., récent vainqueur Tour d'Italie 1952 et grand favori de cette édition en raison de son retour au meilleur de sa forme.. L'organisateur, par l'intermédiaire du journal L'Équipe se voit contraint de défendre l'idée que le Tour réserve encore bien des incertitudes malgré ces défections, afin d'apaiser ceux qui craignent une absence de spectacle.
Par ailleurs, la veille du départ, deux nouveaux forfaits sont signalés aux organisateurs, cette fois-ci dans l'équipe du Luxembourg. Faute de temps, il est impossible de les remplacer, le peloton est réduit à au lieu de 124 au départ à Brest.
L'équipe de France sans véritable leader désigné En l'absence de Bobet, l'équipe de France (dont la composition est scrutée par une grande partie de la presse française) aborde ce Tour sans véritable leader désigné.. Au regard de leur récent palmarès, plusieurs coureurs français sont régulièrement cités dans les journaux pour prétendre à ce titre.. :
Géminiani a terminé du Tour 1951 et en 1950 et vient de terminer du Tour d'Italie.. Coureur performant dans les courses par étapes, ses qualités de grimpeur (en attestent ses victoires au classement de la montagne sur le Tour de France et d'Italie) et son endurance physique lui ont permis de signer des bons résultats sur des épreuves de trois semaines. ; Robic, vainqueur du Tour 1947, effectue un retour inattendu dans l'équipe de France (pour laquelle il n'a pas été sélectionné depuis 1948). Son état de forme interroge, même s'il a signé quelques bons résultats dans les mois qui ont précédé le Tour. ; Lazarides a terminé du Tour 1951 mais n'a obtenu aucun grand résultat lors de son début de saison 1952.. ; Dotto, vainqueur du Critérium du Dauphiné 1952., est réputé pour ses qualités de grimpeur (il est recordman du temps d'ascension de plusieurs cols de prestige). ; Lauredi, double vainqueur du Critérium du Dauphiné (1950 et 1951) et en 1952., a rarement abordé le Tour dans les bonnes conditions physiques, ce qui a eu un impact sur ses résultats finaux. Préparé spécifiquement pour le Tour il prétend .. Son directeur sportif, Antonin Magne ajoute que .
Marcel Bidot, directeur technique de l'équipe refuse à Brest de désigner un leader et déclare attendre les premières étapes pour évaluer la forme de chacun. Néanmoins, il est décidé qu'en cas de crevaison d'un des cinq hommes forts de l'équipe, ils recevraient une roue de leurs coéquipiers..
Des tensions internes toujours présentes dans l'équipe d'Italie entre Coppi et Bartali vignette|alt=Photo en noir et blanc montrant deux hommes, celui de gauche est en tenue de cycliste, celui de droite plus âgé porte une casquette et des lunettes de soleil.|Alfredo Binda (sélectionneur de l'équipe d'Italie) et Fausto Coppi. La presse ne manque pas de relater les tensions toujours persistantes entre les deux champions italiens, qui se retrouvent tous deux en position de favoris du Tour... Bien qu'ils soient inscrits pour courir au sein de l'équipe italienne, les choses auraient pu en être autrement. Quinze jours avant le départ, Coppi exprima publiquement sa défiance envers Bartali quant à sa volonté à l'accompagner vers un éventuel doublé Giro-Tour. Il le soupçonne d'avoir des intentions contre-productives et le considère davantage comme un adversaire que comme un coéquipier. La déclaration surnommée par , a même menacé la participation officielle d'une équipe italienne au Tour de France.. Elle trouva finalement un dénouement avec « le pacte de Recaniti », conclu entre les différents protagonistes, qui permit d'organiser leur cohabitation dans l'équipe pendant l'épreuve..
Néanmoins, les tensions au sein de l'équipe demeurent, comme l'indique le directeur technique Alfredo Binda : La méfiance est telle que Bartali fait même vérifier ses plats avant d'y goûter, de peur d'être empoisonné. La stratégie établie par Binda pour maintenir la cohésion au sein du groupe reste un mystère pour la presse au moment du départ de Brest. Il déclare par ailleurs , laissant entendre que l'équipe aborde le Tour sans leader prédestiné..
Déroulement de la course
Résumé de l'étape
Départ de Brest et premières tentatives d'échappées vignette|alt=Photo en noir et blanc montrant le peloton de cycliste qui circule sur une grande avenue en bordure de mer avec de nombreux spectateurs.|Défilé des du Tour de France devant la rade de Brest avant le grand départ.Au matin du , les dernières festivités ont lieu à Brest et les cyclistes ont un programme précis à suivre avant le départ de la course : : signatures et ravitaillement place des Fusillés ; : présentation des équipes. Jean Pierre-Bloch président de la Société nationale des entreprises de presse (SNEP) propriétaire du Tour de France ouvre la au peloton en coupant le ruban tricolore sous les yeux des coureurs.. ; : départ du défilé par le cours d'Ajot, rue Salaun-Penquer, avenue Clemenceau, rue Jean Jaurès, place de Strasbourg à Rennes ; : départ de l'étape à l'entrée de la route de Paris.
La météo prévue est ensoleillée et chaude, le vent est nul à tendance favorable.