Tommaso Campailla (né à Modica le et mort dans la même ville le ) est un philosophe, poète et naturaliste italien. Il est considéré comme un des penseurs les plus originaux de la première moitié du .

Biographie Tommaso Campailla naquit à Modica, dans le Val di Noto, province de Syracuse, le . Son père Antonio était de très noble famille : sa mère se nommait Adriana Giardina. À seize ans, il fut envoyé à l'Université de Catane pour étudier la jurisprudence, mais il la négligea pour l'astrologie et composa sur ces matières des écrits aujourd'hui perdus. Il s'adonna surtout à la poésie. À l'âge de vingt ans, il avait composé quantité de vers et même des drames, sous le pseudonyme académique de Serpilla Leonzio. Il appartenait, en effet, à plusieurs Académies : l'Académie « del Buon Gusto » et celle des « Pastori Ereini », de Palerme ; celle des « Pericolanti » de Messine. Plus tard, Muratori le fit inscrire parmi les « Assorditi » d'Urbino, et le poète Domenico Rolli lui obtint l'honneur d'être admis dans l'Académie d'Arcadie avec le pseudonyme de « Andremone ».

Après avoir embrassé la philosophie de Descartes, il se voua à l'étude des mathématiques, de la physique, de l'anatomie et de la médecine, dans laquelle il acquit de grandes connaissances. Il s'y appliqua sans maître, suivant son habitude, et l'exerça ensuite gratuitement avec succès.

Campailla dédia plusieurs années à écrire son poème l’Adamo, un immense traité de physique, de métaphysique, de théologie, de morale. Il ne s'agit point ici d'un froid exposé en vers, mais d'une conception poétique grandiose évidemment inspirée par le Paradis perdu de Milton et par la Divine Comédie de Dante.

Après la publication de l’Adamo (1727) et grâce surtout à l'amitié de Muratori, Campailla vit son nom connu dans toute l'Italie et même au-delà, Bientôt il eut des correspondants dans toutes les villes de la péninsule.

Il fut frappé d'une attaque d'apoplexie le et mourut le lendemain, sans avoir recouvré ses sens. Il était âgé de soixante-douze ans.

Dès ses jeunes années, Campailla avait subi l'influence de Muratori. Il était membre de l'Académie du « Buon Gusto » où l'on s'occupait de réaliser le désir du grand érudit en combattant le marinisme. Campailla a été en correspondance avec BerkeleyBerkeley rencontra Campailla fin 1717 ou début 1718, alors qu’il effectuait le tour de la Sicile à pied pour у faire des observations portant tout autant sur les particularités naturelles de l’île que sur son architecture antique. Il proposa à Campailla de présenter ses travaux à la Royal Society, emmenant pour ce faire avec lui quelques exemplaires de l’édition 1709 de l’Adamo et du Discorso del moto degli animali de 1710, et lui recommandant d’en faire parvenir d’autres par la suite grâce à son intermédiaire ou à celui de marchands anglais avec qui il était en contact. Cette rencontre permit à Berkeley d’évoquer à Campailla la pensée de Newton, que ce dernier ne connaissait sans doute pas à l’époque, et de lui proposer de lui faire découvrir grâce à l’envoi des Principia mathematica à son retur., Muratori et Fontenelle, et a été complimenté par ce dernier pour les objections qu'il produisit, dans ses opuscules philosophiques, contre le système de Newton.

Œuvres Jeune encore, Campailla avait publié une suite de quatre sonnets, sous le titre d'Emblèmes. Il écrivit un court poème, resté inédit, « i vagiti dell'ingegno » ; et un certain nombre d'œuvres dramatiques, tragédies et mélodrames, dont les titres seuls nous ont été conservés : « La pace fra i pastori ; l'Unione ipostatica ; Elmira ; il Ciro di Babilonia ; San Giorgio ; San Guglielmo ». On remarquera son goût pour les sujets religieux. Comme il avait mis en vers dans l’Adamo les vérités philosophiques et scientifiques, il n'avait pas de plus cher désir que de donner la forme poétique aux mystères de la théologie chrétienne. C'est à réaliser cette conception qu'il consacra les dernières années de sa vie. Son poème de l'Apocalypse est une vision mystique et allégorique, imitée du Paradis de Dante. Dans la dédicace, adressée aux membres de l'Académie des Ereini de Palerme, le poète de Modica déclare vouloir célébrer les mystères de la Grâce. C'est là toute la matière de son poème, auquel les querelles des Jansénistes donnaient alors un vif intérêt d'actualité.

Traités en prose : Problèmes naturels ; Dialogues sur Newton La plupart des ouvrages en prose de Campailla servent à expliquer, à développer, à défendre les doctrines exposées dans l’Adamo. Les « Problèmes naturels » notamment, ne sont guère qu'un commentaire du poème et, bien que publiés plus tard, furent composés à la même époque. Ils sont dédiés à Giuseppe Prescimone, le généreux Mécène qui avait supporté les frais de la publication de l’Adamo. Ces problèmes se rapportent tous à la force d'attraction, « la Virtù attrativa », dont il a déjà été question dans le poème et qui sera enocre le sujet du dialogue « sur le système de Newton ». Ils sont suivis, sous le titre de « problèmes sur l'écho », d'un petit traité d'acoustique, où Campailla cherche à établir une complète analogie entre les phénomènes sonores et les phénomènes lumineux. thumb|Opuscoli filosofici, 1738 Quelque temps après les problèmes naturels, Campailla fit paraître sous le nom d'« Opuscules philosophiques » deux dissertations : l'une sur les éruptions de l'Etna, se rattache à la physique ; l'autre sur les causes de nos erreurs appartient à la psychophysiologieRagionamento del disordinato discorso dell'uomo : come la mente umana è delusa a sentire, discorrere e giudicare pazzamente. Dédié à Muratori (Dans le volume : Opuscoli filosofici, dédié « al marchese Franc. Gastone, patrizio Catanese ». Palermo, Gramignani, 1738).. Il expose d'abord l'anatomie du cerveau, le rôle des esprits animaux dans la formation des images et les phénomènes de mémoire. Il s'efforcera ensuite d'expliquer, d'après les principes une fois posés, les phénomènes anormaux : délire, rêve, folie, etc. Comment les images se forment-elles en nous ? (Problème I). Les esprits animaux, répond-il, sont quelque chose d'analogue à la lumière. Ils transmettent au cerveau les images des choses perçues par l'œil ou les mouvements perçus par les autres organes et qui sont les signes des choses, les autres organes et qui sont les signes des choses, les « caractères » qui nous les représentent comme les lettres représentent un mot. Ces images, une fois arrivées aux corps striés, siège du sens commun, influencent notre âme, qui, bien que spirituelle, reçoit l'impression de ces images comme l'œil reçoit celles des objets visibles. Par là s'expliquent les phénomènes de l'imagination, et de la mémoire : des corps striés, l'image va se refléter dans le corps calleux, comme en un miroir, mais un miroir capable de recevoir et de fixer les moindres impressions de la lumière : une sorte de plaque photographique extrêmement sensible, comme nous dirions aujourd'hui.

Suivant cette théorie toute Cartésienne, Campailla cherchera à expliquer le délire de l'ivresse, de la fièvre, de la folie. L'ivresse s'explique par l'influence de l'alcool sur les esprits animaux. Dans la folie, les esprits, tel un torrent, emportent les images du corps calleux dans les corps striés : l'âme les y voit, et, par suite d'un faux jugement, croit ces images causées par la présence des objets extérieurs qu'elles représentent. Dans le cas de rage, tout s'explique, pour Campailla, par une « transfusion d'esprits animaux, ceux du chien agissant sur ceux de l'homme d'une façon toute mécanique, et les transformant en partie d'après leur propre ressemblance ».

Les cinq derniers problèmes (VI à XI) se rapportent aux phénomènes qui se produisent durant le sommeil. Campailla étudie d'abord le rêve. Régulièrement, dans l'état de sommeil, les esprits animaux ne pénètrent point dans le cerveau. Mais ils peuvent affluer au cervelet, et de là, forçant l'accès du cerveau, y pénétrer en quantité plus ou moins grande : c'est ainsi que l'état de l'estomac, en provoquant un mouvement des esprits, influe sur l'imagination, c'est-à-dire sur l'âme. Mais il y a plus. Nous ne nous contentons pas d'imaginer durant notre sommeil ; nous extériorisons les images. D'où vient cette illusion ? Et d'abord, est-ce bien l'âme qui agit ? Sans doute ; car un mouvement fortuit des esprits sans intervention de l'âme, ne saurait expliquer l'enchaînement des images. D'ailleurs ne peut-on assimiler le rêveur au fou ou à l'homme pris de boisson ? Or, chez le fou, l'âme agit ; et Campailla en apporte tout de suite un exemple : Est-il, en effet, de plus grand fou que ce philosophe qui, sur l'autorité d'Aristote et contre la raison, affirme l'existence dans les choses des qualités secondes, de la chaleur dans le feu ou de la « vertu dormitive » dans l'opium ? Et cependant il juge, quoique follement ; et pour déraisonner, il fait usage de sa raison. Enfin, il est constant que dans le sommeil, les phénomènes d'imagination sont souvent accompagnés de jugements, de raisonnements, de volitions véritables. Si donc le rêve a son côté organique – et Campailla le décrit tout au long – il offre aussi un côté mental et psychologique : il y a une action de l'âme, un jugement et un jugement erroné, auquel d'ailleurs l'âme ne saurait se soustraire. Là est même la grande différence entre le songe et la rêverie. Quand on rêve éveillé, une foule d'images hantent le cerveau qu'elles pénètrent dans les corps striés, et le rêve deviendra hallucination.

Campailla résout encore quelques problèmes relatifs aux songes : « pourquoi l'état de l'estomac influe sur les rêves ; – d’où viennent les illusions que l'homme éprouve quelquefois immédiatement après son réveil ; – comment s'explique la croyance aux incubes ». Il passe ensuite à la mélancolie, qu'il attribue à l'action des humeurs sur les esprits animaux : ceux-ci, devenus « épais, visqueux et flasques », ne produisent plus que des images obscures, des « idées noires ». Il termine par quelques observations sur les phénomènes du somnambulisme, alors imparfaitement connus. « Le trop-plein des esprits contenus dans le cervelet se répand, dit-il, le cerveau restant endormi, dans le cervelet, et y provoque des mouvements, sans que la partie supérieure de l'âme y soit pour rien : d'où le manque de conscience. En quoi les somnambules sont semblables aux brutes qui, tout en possédant des sens, agissent à l'instar de machines, sans se rendre aucun compte de leurs opérations.