L’apprentissage est un ensemble de mécanismes menant à l'acquisition de savoir-faire, de savoirs ou de connaissances. L'acteur de l'apprentissage est appelé « apprenant ». On peut opposer l'apprentissage à l'enseignement dont le but est de dispenser des connaissances et savoirs, l'acteur de l'enseignement étant l'enseignant ; en outre, l'apprentissage peut se faire sans enseignement (autoformation).
Pour la psychologie inspirée du comportementalisme, l’apprentissage est vu comme la mise en relation entre un événement provoqué par l'extérieur (stimulus) et une réaction adéquate du sujet, qui cause un changement de comportement qui est persistant, mesurable, et spécifique ou permet à l’individu de formuler une nouvelle construction mentale ou réviser une construction mentale préalable.
L’historien Philippe Ariès dans son ouvrage L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (Paris, Seuil, 1975), insiste sur l’importance qu’il convient d’attribuer à l’apprentissage. Il force les enfants à vivre au milieu des adultes, qui leur communiquent ainsi le savoir-faire et le savoir-vivre. Le mélange des âges qu’il entraîne lui paraît un des traits dominants de notre société, du milieu du Moyen Âge au René Dinkel, « L'Encyclopédie du patrimoine (Monuments historiques, Patrimoine bâti et naturel - Protection, restauration, réglementation - Doctrines - Techniques - Pratiques)», Notice Apprentissage et Chapitre VIIII Les mécanismes assurant la qualité des travaux à 243, Paris (éditions Les Encyclopédies du patrimoine), septembre 1997 ..
La psychologie du développement étudie les changements, acquisitions et pertes, de la vie embryonnaire à la mort. L'apprentissage est un concept important étudié par cette discipline.
On a découvert en 2016 que l'apprentissage pouvait exister même dans certains organismes unicellulaires..
Définition
L'apprentissage consiste à acquérir ou à modifier une représentation d'un environnement de façon à permettre avec celui-ci des interactions ou des relations efficaces ou de plus en plus efficaces.
L’apprentissage est un « changement dans le comportement d’un organisme résultant d’une interaction avec le milieu et se traduisant par un accroissement de son répertoire. L’apprentissage se distingue des changements comportementaux survenant à la suite de la maturation de l’organisme qui constituent eux aussi des enrichissements du répertoire mais sans que l’expérience, ou l’interaction avec le milieu, ait joué un rôle significatif »Richelle, 1991, .
En béhaviorisme, on distingue généralement les conditionnements « classique » (type pavlovien) et « opérant » tel celui mis en place après les expériences de Pavlov par le psychologue Skinner.
Apprentissage, acquis et inné
La plupart des organismes pluricellulaires sont capables d'apprendre et de se souvenir, par des processus émergents. Certains unicellulaires montrent aussi une certaine capacité d'apprentissage. L'aspect fonctionnel en a d'abord été théorisé par Pavlov, fait intervenir des concepts déjà étudiés par Bayes et Laplace. L'aspect structurel est encore étudié par les neurosciences (voir par exemple Jean-Pierre Changeux). On est dans ce cas encore loin de comprendre des modèles aussi complexes que le cerveau humain. On commence (2008) à modéliser des systèmes perceptifs très simplifiés (voir réseau de neurones) que l'on « éduque » par des méthodes encore assez empiriques et à identifier des gènes directement impliqués dans le processus d'apprentissage et de la mémoire. On a d'abord cru qu'un groupe identifié de gènes contrôlait à la fois le conditionnement passif (Pavlov) et le conditionnement opérant. Des expériences faites sur des drosophiles génétiquement modifiées testées pour leurs capacités d'apprentissage dans un simulateur de vol laissent maintenant penser que les deux formes d'apprentissage dépendent de groupes différents de gènes et que l'apprentissage comportemental dépend de gènes qui n'étaient pas connus comme impliqués dans l'apprentissage. De plus, dans ce cas, les processus pavloviens inhibaient l'apprentissage comportemental. Des gènes qu'on pourrait qualifier de liés aux comportements répétitifs qui entrent en jeu dans l'apprentissage pourraient être aussi liés à des phénomènes de dépendanceVidéo (en anglais) du Prof. Brems expliquant le protocole expérimental des expériences d'apprentissages de drosophiles génétiquement modifiéesCommuniqué de presse du 2008 07 28 (Freie Universität Berlin) et article « Wie Fliegen Erfahrungen speichern », du Tagesspiegel 2008 08 29. l'apprentissage peut être individuel et/ou collectif (ex : technique particulières de chasse en groupe chez certains carnivores et réponses groupées de proies, ou apprentissage collaboratif chez l'Homme) Chacun d'entre nous étant le produit de son hérédité et de son milieu, on peut parler d'intrication personnelle et collective entre inné et acquis, celle-ci constituant ce que nous nommons l'expérience individuelle et de groupe.
Apprentissage, pédagogie et neuroscience
Certains phénomènes très aléatoires, se prêtent mal à l'apprentissage : ce que l'on croit savoir est alors une illusion, mais le sujet ne s'en rend pas compte. Ce « faux savoir » peut être très structurant pour l'environnement, notamment si les générations futures ont été conditionnées pour s'en imprégner.
L'apprentissage peut être un phénomène spatio-temporel individuel ou collectif (c'est une population qui apprend, éventuellement sur plusieurs générations chez l'humain notamment ; c'est une part de la culture commune et partagée). La distinction entre l'individuel et le collectif dépend aussi de l'échelle utilisée : un neurobiologiste, considère métaphoriquement l'apprentissage individuel chez l'être humain ou tout autre être vivant comme un apprentissage collectif effectué par sa population de neurones.
Des recherches récentes utilisant la caméra à positons indiquent que les mêmes zones cérébrales s'activent lors de l'observation d'une chose et de sa pratique (voir neurones miroirs). Outre l'éclairage que donne cette découverte sur le mimétisme comportemental des vulgarisateurs comme Robert Winston en infèrent qu'observer serait déjà « un peu » pratiquer.
L'expérience consistant à mettre deux chatons à deux bouts d'un tourniquet (l'un ayant l'usage de ses pattes pour rendre l'ensemble mobile et l'autre non) montre cependantEncyclopédie Time-Life Le Monde des sciences. qu'à expérience visuelle égale la psychomotricité ne s'acquiert que là où la vue est directement liée à l'action motrice.
Théories
Les « cinq questions définitives pour distinguer les théories de l'apprentissage », par MergelInstructional Design & Learning Theory, Brenda Mergel (en distinguant la section apprentissage, ¶ 1) fournit un cadre pour organiser les différentes théories : Comment l'apprentissage se produit-il ? Quels facteurs influent sur l'apprentissage ? Quel est le rôle de la mémoire ? Comment le transfert du savoir se produit-il ? Quelles pratiques d'apprentissage sont mieux expliquées par cette théorie? (¶ 2) +Les différentes théories d'apprentissageGeorge Siemens, Qu'est-ce que le connectivisme ?, DomainesBehaviorismeCognitivismeConstructivismeHumanismeConnectivismeThéoriciens de l'apprentissageThorndike, Pavlov, Watson, Guthrie, Hull, Tolman, SkinnerKoffka, Kohler, Lewin, Piaget, Ausubel, Bruner, GagnéPiaget, VygotskyMaslow, RogersSiemens, DownesFonctionnement de l'apprentissageBlack box - comportement observables : l'objectif principalStructurés, de calculSignification sociale, créés par chaque apprenant (personnelle)Réflexion sur l'expérience personnelleDistribué dans un réseau, social, technologiquement renforcée, reconnaître et interpréter les modèlesFacteurs d'influenceLa nature de la récompense, la punition, les stimuliSchémas Existants, les expériences précédentesEngagement, participation, social, culturelLa motivation, les expériences, les relationsDiversité du réseau, la force des liens, le contexte de survenue Rôle de la mémoireLa mémoire est le câblage réel d'expériences répétées, où la récompense et la punition sont les plus influentsEncodage, le stockage, la récupérationLa connaissance précédente remixée au contexte actuelDétient l'évolution du concept du soiModèles adaptifs, représentatifs de l'état actuel, existant dans les réseauxComment le transfert se produitStimulus, réponseDuplication de structures de connaissance des « connaisseurs »SocialisationLa facilitation, la transparenceConnexion aux (ou ajout de) nœuds et agrandissement du réseau (social / conceptuel / biologique) Pratiques d'apprentissage expliquées par cette théorie(Task-Based Learning) Apprentissage basé sur des tâches.Raisonnement, des objectifs clairs, la résolution de problèmesAuto-dirigé, autonome Reconnaissant le problème de société qu'est la vision de l'école comme Institution disciplinaire, les mouvements libertaires, anarchistes, ou punks, mettent également en avant d'autres théories de l'apprentissage :
Méthodes
Imitation
vignette|L'enfant apprend en observant et en imitant l'adulte (Le Linge, peinture d'Édouard Manet).
Le plus courant : il suppose de la part de l'enfant la valorisation d'un modèle et la volonté de le posséder, de le prendre. C'est par l'imitation que se font tous les apprentissages « spontanés » de la petite enfance: parole, gestes, mimiques, ainsi que ceux de la dimension esthétique des activités: ton, grâce, style, manière, etc. Le rôle du pédagogue est de montrer l'exemple ou de proposer des modèles, sans devoir faire appel à la rationalité expérimentale et à sa systématisation. Abandonné par la pédagogie scolaire, il reste utilisé pour l'enseignement de tous les arts, qu'il s'agisse de l'équitation, du violon, de la cuisine, du dessin ou de la danse.
Induction
L'induction est une forme d'apprentissage qui fonctionne très bien lorsqu'elle est bien encadrée. Elle consiste à créer une théorie, une loi, à partir d'observations, d'expériencesGérard Fourez, 2004, Apprivoiser l’épistémologie, Bruxelles, Éditions De Boeck Université, 183 p.. Par exemple, si j'observe une seringue remplie d'air que je peux compresser et étirer, j'en induirai que l'air, et les gaz, sont compressibles. Par contre, si un enfant observe une plume et une roche qui ne tombent pas à la même vitesse dans l'air, il induira que les objets lourds tombent plus vite, ce qui est faux. Il faut donc bien encadrer les sujets lorsque l'on utilise cette méthode. Elle se révèle très efficace car elle suscite des interrogations, ce qui établit un maximum de connexions dans notre cerveau, car nous apprenons avec ce que nous savons déjàFrank Smith, 1979, La compréhension et l’apprentissage, Montréal, Éditions HRW, 277 p..
Association
On associe un stimulus nouveau à un mécanisme déjà appris, pour créer un nouveau savoir (exemple : si une réaction à une odeur est déjà apprise, on peut faire apprendre la même réaction à un son en faisant systématiquement précéder l'odeur par le son).
Essais et erreurs
Il s'agit de la méthode essai-erreur. Le sujet est mis en situation, on ne lui donne aucun mode d'emploi (parfois même pas la condition de succès ou d'élimination). Pour fonctionner correctement, il faut que la solution soit assez facile à trouver, compte tenu de ce que le sujet sait déjà.
Pour apprendre des choses complexes, il faut donc s'appuyer sur l'apprentissage par association pour enchaîner des situations de difficulté croissante et permettant de nombreuses répétitions. Cela rend cet apprentissage coûteux. Mais c'est le seul qui fonctionne encore quand la solution doit être découverte, on parle alors de démarche heuristique.