Bertrand de Maud'huy, né le à Baccarat (Meurthe-et-Moselle) et mort le à Lorry-Mardigny (Moselle), est un homme politique français.
Militant nationaliste d'extrême droite dans l'entre-deux-guerres (aux Croix-de-Feu puis au Parti populaire français), résistant sous l'Occupation, il est conseiller général de la Moselle après la Seconde Guerre mondiale, cumule les présidences d'associations et d'organismes et devient une figure du développement économique régional et de l'aménagement du territoire.
Biographie Milieu social et formation Bertrand Marie Adrien de Maud'huy est issu d'une famille aristocratique originaire de Lorraine ; il porte le titre de comteMichel Planchais, « Un gentilhomme lorrain, ou l'anticonformisme dans la tradition », dans . Il est le fils du général Louis de Maud'huy, gouverneur militaire de Metz après la Première Guerre mondiale et député de la Moselle de 1919 à sa mort en 1921.
Il est élève dans un collège britannique et à l'École des Roches, . Il est diplômé de l'École libre des sciences politiques, licencié ès lettres, docteur en droit et en économie. Il échoue en revanche au concours de l'inspection générale des finances.
Dans sa jeunesse, il devient membre de cercles parisiens huppés comme l'Automobile Club de France en 1928, le Cercle de l'union en 1929 - il a pour parrains le prince Jean-Louis de Faucigny-LucingeQui le présente comme son ami dans et le comte Stanislas de Castellane - et le Cercle des veneurs en 1930.
Il épouse en 1940 Maria de Yturbe, issue d'une famille de l'élite mexicaine qui a des attaches en France et est intégrée au « monde » parisien. La famille de Yturbe possède un hôtel particulier à Paris, l'hôtel de Yturbe, 16 place des États-Unis. Maria de Yturbe est la fille de Miguel de Yturbe, diplomate qui a vécu à Paris, comme son père et son grand-père, et de María Teresa Limantour, fille de José Yves Limantour, qui a été ministre des finances au Mexique avant de s'installer aussi en France.
Débuts
Il intègre en , en tant que secrétaire particulier, le cabinet du ministre des finances Louis Loucheur, où il a pu côtoyer deux inspecteurs des finances, Jacques Barnaud (chef des services techniques du cabinet) et Paul Baudouin (chef de cabinet adjoint)Olivier Dard, Jean Coutrot : de l'ingénieur au prophète, Besançon, Presses universitaires franc-comtoises, 1999, , . Il est aussi un temps le secrétaire d'Aristide Briand.
Il travaille ensuite pour une banque privée américaine, la Blair Foreign corporation, où Jean Monnet l'a fait entrer. Il est envoyé en Europe centrale pour étudier la stabilisation des monnaiesEric Bussière, « Monnet et la stabilisation monétaire roumaine », dans . Il séjourne également aux États-Unis et devient le correspondant du quotidien Le Temps en 1932-1933Collection du Temps dans Gallica (articles signés B. de Maud'huy)..
Il entre ensuite en 1934 à la banque Worms.
Militant politique nationaliste
Matraqué selon ses dires lors de l'émeute parisienne du 6 février 1934, il adhère deux jours plus tard aux Volontaires nationaux (V-N), une organisation satellite des Croix-de-Feu du colonel François de La Rocque lancée en pour regrouper les hommes trop jeunes pour avoir fait la guerreJean-Paul Thomas, « Les jeunes dans le mouvement Croix de Feu/PSF », Recherches contemporaines, n° 6, 2000-2001 : Lire en ligne. Il devient rapidement l'un des deux chefs des V-N avec Claude Popelin, un des délégués à la propagande, donnant des discours aux côtés de La Rocque à Paris et en provincePar exemple à Metz : .
Il fait partie de l'équipe du « plan du » patronné par Jules Romains, un programme de gouvernement, aux côtés de personnalités comme Jean Coutrot, cheville ouvrière de ce plan, Pierre Pucheu ou Bertrand de Jouvenel ; il participe à sa commission économique aux côtés notamment de Paul Marion.
Il démissionne des V-N en comme d'autres cadres tel Pucheu : c'est l'épisode de la démission collective des « Maréchaux » (une dizaine, surnommés ainsi par dérision) du colonel de La Rocque. Leur démission est annoncée et commentée par la presse mais elle ne provoque pas une vague de démissions au sein des V-N et des Croix-de-Feu. Leur démission peut s'expliquer par leurs désillusions à l'égard de La Rocque alors qu'ils mettaient en avant leur volonté de rénovation sociale et économique. Hommes jeunes pressés et ambitieux, conscients de leurs capacités intellectuelles, ils ont pu être déçus par la tutelle des Croix-de-Feu à l'égard des V-N. Selon La Rocque, ils ont été grisés par leurs succès oratoires et ont participé à un complot mené par les dirigeants de la banque Worms qui ont d'abord voulu le contrôler avant de vouloir son départ. Selon La Rocque, Maud’huy était en relation avec deux dirigeants de la banque Worms (Jacques Barnaud et Gabriel Le Roy Ladurie) et un autre banquier, Paul Baudoin. Popelin, démissionnaire (quelque temps avant Maud'huy), affirme dans ses mémoires que ce dernier l'invita à dîner chez Baudouin, en compagnie de Barnaud et Le Roy Ladurie. Popelin écrit : « Il m’apparut aussitôt qu’après avoir beaucoup appuyé le colonel ils étaient revenus de leur jugement sur lui et pensaient l’abandonner à son sort » (chap. VI).
Resté proche des dissidents des V-N, il entre en contact avec Gaston Bergery ou Jacques Doriot en pour discuter d'un regroupement éventuel de dissidents de diverses formations politiques. Il adhère comme certaines de ses relations, Claude Popelin par exemple ou Pierre Pucheu, au Parti populaire français fondé par Doriot en et devient membre de son comité central, en Selon le témoignage ultérieur de . Il accompagne Doriot dans une tournée de propagande en Algérie à cette date (Il affirme à Oran que les membres du PPF ne sont pas antisémites).. D'abord animateur du PPF à Paris, il est ensuite en 1937 délégué régional de ce parti en LorraineJean-François Colas, Les Droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Université de Paris X-Nanterre, 2002, . Il succède à Adolphe Frantz (qui devient un temps le délégué de la Moselle). En Lorraine, l'implantation du parti a été limitée et assez tardive. Maud'huy a tenté d'implanter le PPF et de l'organiser aux échelles régionale et départementale. La Moselle est cependant le seul département où Doriot a pu réunir plusieurs centaines de personnes pour ses meetings. Le PPF y a un élu local en octobre 1937, le docteur Wolff, conseiller général et président de la section messine (Le Messin, 28 octobre 1937). Wolff est battu aux élections cantonales de 1945 (par celui qu'il avait battu en 1937) mais reste conseiller municipal de Metz (élu pour la première fois en 1938). Doriot à Metz, avec Maud'huy à ses côtés : Le Messin, 5 octobre 1937, Le Messin, 2 juin 1938 (Maud'huy affirme que le PPF n'accepte ni la dictature de l'URSS ni (sic) et que les dirigeants allemands se trompent s'ils croient ), Le Messin, 4 décembre 1938 (congrès fédéral du PPF).. Il intègre le bureau politique comme suppléant en . En tant que délégué régional du PPF, il intègre le comité directeur du Rassemblement national lorrain (RNL) qui a accepté en le Front de la liberté proposé par DoriotJean-François Colas, op. cit., ..
Selon plusieurs sources, il quitte le PPF comme d'autres cadres du parti tels Bertrand de Jouvenel, Paul Marion ou Pierre Pucheu, après la crise de Munich de ou début 1939Dominique Lormier, Les vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale, éditions du Rocher, 2019, , , . D'autres sources affirment qu'il ne démissionne pas mais se met en retrait du parti, à l'instar de PopelinJean-Paul Brunet, Jacques Doriot, Balland, 1986, Victor Barthélemy, op. cit. . Selon Barthélémy, il ne participe plus aux activités de propagande et aux travaux de la direction. Barthélémy écrit plus loin () qu'il quitte le parti tout en continuant à y conserver des liens amicaux.. La presse du parti le cite en tout cas jusqu'en , signalant notamment sa participation à des réunions du PPF en Lorraine au début de l'été 1939Jean-François Colas, Les Droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Université de Paris X-Nanterre, 2002, . Réunions du PPF : L'Émancipation nationale, 7 juillet 1939, L'Émancipation nationale, 14 juillet 1939. Mobilisé en 1939, il donne de ses nouvelles, lors d'une permission (L'Émancipation nationale, 13 octobre 1939) ou par courrier (L'Émancipation nationale, 17 novembre 1939). . Il donne un texte à l'hebdomadaire du PPF, L'Émancipation nationale, sur la Lorraine, « bastion de la France ». Son article, patriote et xénophobe, est publié en .
Seconde Guerre mondiale Lieutenant de réserve depuis 1937Journal officiel de la République française, août 1937, il est mobilisé en 1939 dans l'aviation, comme commandant d'une escadrille d'observation. Il est promu capitaine début 1940 .
Sous l'Occupation, il rejoint la Résistance et prend la tête avec un avocat alsacien, Paul-Jacques Kalb (alias Jacques d'Alsace), d'un mouvement de résistance formé d'Alsaciens-Lorrains en zone Nord, selon une source imprécise sur ce point. Avec sa sœur Hélène, il participe à l'organisation de l'évasion d'Alsaciens et de Mosellans. Il entre en Lorraine en 1944 et participe à la Libération à l'installation à Metz du préfet, aux côtés de personnalités comme Raymond Mondon.. Il reçoit en 1946 la médaille de la résistanceLe Messin, 2 octobre 1946.
Après-guerre
Candidat indépendant, il est élu en 1945 conseiller général du canton de Metz-Ville-2Le Messin, 25 septembre 1945Conseil général de la Moselle, 1945 (Il siège au sein du conseil à la commission des finances et à la sous-commission de la reconstruction, de la récupération et de l'approvisionnement, dont il a proposé la création). Une voix (la sienne ?) s'est portée sur lui pour l'élection du président du conseil général le 29 octobre 1945 ().. Il fait partie de la majorité de droite au conseil, présidé par Robert Sérot. Il adhère ensuite au Mouvement républicain populaire (MRP)Annales de l'Est, 1997/2. Il est réélu jusqu'à son retrait en 1967. Il figure sur une liste du MRP menée par Robert Schuman aux élections législatives de novembre 1946 mais il n'est pas élu député ; il n'occupait que la place de la liste. Il n'est de même pas élu sénateur en 1952L'Est républicain, 19 mai 1952, France-soir, 20 mai 1952.
Il est alors le délégué pour la Moselle de l'Entraide française, une association qui vient notamment en aide aux sinistrés et réfugiés, nombreux à l'issue de la Seconde Guerre mondialeRapports et délibérations du Conseil général de la Moselle, 1945, « L'activité de l'Entraide française en Moselle», Le Messin, 5 février 1947, « L'entr'aide française », Le Messin, 26 mars 1946, Le Messin, décembre 1945. Il devient en le dirigeant départemental de la Fédération des Engagés volontaires alsaciens-lorrains (FEVAL), présidée par Me Kalb. Il préside aussi la fédération des associations locales de sinistrés, fondée en 1947-1948Le Républicain lorrain, 11 juillet 1948, Le Républicain lorrain, 25 décembre 1948, Le Républicain lorrain, 3 juillet 1949, L'Est républicain, 21 avril 1950.
Il est administrateur de diverses sociétés, notamment l'Union industrielle de crédit (pour la reconstitution)Cote Desfossés, 22/23 mai 1954, Annuaire Desfossés, 1952Historique de l'Union industrielle de crédit. Il est aussi à l'échelle nationale le Commissaire général du Mouvement national pour la défense et le développement de l'épargne, qui revendique en 1949 (date de son premier congrès, présidé par André Siegfried) 150 000 adhérents« Le congrès du mouvement national de l'épargne », Le Républicain lorrain, 17 décembre 1949, La Croix, 10 juillet 1949. Il occupe encore cette fonction en 1951 : Le Réveil économique, 30 novembre 1951. Les Cahiers du Musée social lui attribuent encore cette fonction en 1963 : Les Cahiers du Musée social, 3/1963. Il a été nommé par le ministre des finances à ce titre membre de la commission supérieure des caisses d'épargne, en 1948.