vignette|Manifestation à Timișoara à l'intersection de la route Tudor Vladimirescu et de l'avenue du . L’affaire des charniers de Timișoara est l'histoire de fausses informations diffusées sur les victimes de la répression du régime communiste de Roumanie dirigé par Nicolae Ceaușescu en , au début de la révolution roumaine de 1989. Une vingtaine de corps de personnes mortes avant le début des événements ont été photographiés et filmés par les médias internationaux, et sur la base de fausses informations propagées par les , données comme des victimes des forces de sécurité. Une fois la vérité rétablie, cet épisode a déclenché une vive polémique sur l'incapacité de la presse à enquêter de façon professionnelle sur les événements. En France, cet incident a été interprété comme le résultat d'une campagne de désinformation et de manipulation des médias, même si aucun élément matériel n'a jamais permis d'établir que l'exhumation de ce charnier ne soit autre chose que le produit du désordre généré par l'insurrection dans la ville.

Contexte Sous le régime communiste, la ville de Timișoara () était la plaque tournante des passeurs qui, contre rémunération, aidaient les candidats à l'exil à échapper à la dictature à travers la frontière yougoslave. La ville était particulièrement surveillée par la police politique (la Securitate) et les garde-frontières, créant une ambiance de terreur et de paranoïa, volontairement entretenue pour dissuader les fuyards..

Alors que le rideau de fer avait commencé à s'ouvrir depuis le et que le mur de Berlin était tombé le , ce n'est donc pas par hasard que la révolution roumaine commence à Timișoara le avant de se propager à Bucarest.

Entre le et le , des combats violents éclatent. À Timișoara, plus de sont tuées et 300 autres blessées, dont 253 par balles. On compte et pour la seule journée de manifestation du .

Dans la nuit du au , 43 cadavres sont évacués de l'hôpital départemental de Timișoara et incinérés secrètement dans la banlieue de Bucarest., le pouvoir voulant faire passer les disparus pour des « traîtres à la patrie socialiste » ayant passé la frontière yougoslave. Ces disparitions conduisent les familles et les proches des victimes à rechercher partout dans la ville les corps disparus. C'est cette ambiance désespérée et paranoïaque qui poussa les habitants de Timișoara, dans le chaos des événements et des rumeurs contradictoires, à fouiller les jardins publics, les canaux, les terrains vagues et les principaux cimetières, pour finalement exhumer les corps du charnier de la morgue de la rue de Lipova (strada Lipovei) ..

Scandale médiatique Les corps déterrés sont présentés aux journalistes occidentaux autorisés à entrer dans le pays comme ceux des victimes de la répression des jours précédents, avec une estimation des victimes à plusieurs milliers.. Les rédactions occidentales provoquent une polémique en accolant les photographies des corps exhumés à la morgue de Timișoara à des informations fantaisistes des médias roumains. Depuis, cette affaire est devenue un cas d'école pour former les journalistes, pour mettre en garde contre la « chasse au scoop » des médias d'information.

Parmi les chiffres repris par les médias occidentaux, et en particulier français, sans concertation avec les reporters présents sur place, et qui mélangent les sources de Bucarest et de Timișoara :

TF1 : « Ceaușescu, atteint de leucémie, aurait eu besoin de changer son sang tous les mois. Des jeunes gens vidés de leur sang auraient été découverts dans la forêt des Carpates. Ceaușescu vampire ? Comment y croire ? La rumeur avait annoncé des charniers. On les a trouvés à Timișoara. Et ce ne sont pas les derniers ».. Le magazine L'Événement du jeudi du titre même : « Dracula était communiste »Analyse du phénomène sur Acrimed.. Gérard Carreyrou lance un appel à la formation de brigades internationales prêtes à « Mourir à Bucarest ». Le quotidien Libération avec Serge July titre « Boucherie ». On y lit : « Timișoara libéré découvre un charnier. Des milliers de corps nus tout juste exhumés, terreux et mutilés, prix insupportable de son insurrection ». Le Monde félicite La Cinq d'avoir « révélé l'horrible charnier des victimes des manifestations du dimanche précédent »Le Monde, ..

Ces mêmes allégations et graves approximations sont également reprises par ailleurs : Le renommé journal espagnol El País avance qu'« à Timișoara, l'armée a découvert des chambres de torture où, systématiquement, on défigurait à l'acide les visages des dissidents et des leaders ouvriers pour éviter que leurs cadavres ne soient identifiés ». The New York Times, tout en soulignant que ces chiffres n'ont pas été confirmés par des sources indépendantes, avance que auraient été massacrées en trois jours..

Découverte du faux Dès le , les journalistes de l'AFP estiment que le bilan de dans toute la Roumanie est probablement très surévalué.. L'imposture du charnier ne sera établie que fin janvier.

Le , Colette Braeckman publie Je n'ai rien vu à Timisoara. dans les colonnes du Soir, où elle remet en question les images montrées sur les télévisions du monde entier.

C'est le journal Le Figaro qui, dans son édition du , annonce qu'il s'agissait d'un faux, que les morts montrés à la télévision avaient été déterrés du « cimetière des indigents » de la ville.. En 2019, on ignore précisément qui est à l'initiative de la tromperie, les journalistes manipulés accusant .

Paolo Rumiz, journaliste à La Repubblica, a déclaré en 2011 qu'il avait l'impression d'être , que ces corps avaient été descendus dans la rue pour le tromper, lui et d'autres journalistes, et pour blâmer les forces de sécurité roumaines..

Chronologie médiatique

Le journaliste de La Croix parle de selon des « sources locales ». , victimes des émeutes des et , (Tanjug), fusillés par la Securitate. Sources : agences hongroise, est-allemande et yougoslave, repris par l'AFP à . , . Sources : Guillaume Durand (La Cinq), France Inter.

: . Source : Libération. Éditorial de Serge July, titré Boucherie : .

: en Roumanie, dont 90 et 147 à Timișoara. Source : Libération.

: polémique sur l'éthique journalistique. Source : L’Événement du jeudi.

Interprétation L'affaire semble essentiellement due à une compétition des médias entre eux, chacun reprenant l'information du concurrent en l'amplifiant. Le sociologue Pierre Bourdieu a appelé ce phénomène « la circulation circulaire de l'information »..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Révolution roumaine de 1989 Scandales journalistiques

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