right|vignette|500x500px|L'Empire ottoman était frontalier des territoires chrétiens au sud-est de l'Europe, se trouvant ainsi au contact de minorités calvinistes, luthériennes et unitariennes. Cette carte montre l'expansion du protestantisme aux , sur fond des frontières étatiques actuelles. Le protestantisme et l'islam sont entrés en contact dès le début du , d'une part lorsque l'expansion de l'Empire ottoman dans les Balkans lui a fait rencontrer les communautés calvinistes présentes en Hongrie et Transylvanie actuelles, et d'autre part lorsque le contexte de l'avancée de l'Empire ottoman en Europe centrale a conduit d'abord Luther puis d'autres réformateurs protestants à s'intéresser à la religion musulmane. Malgré leur différence majeure et évidente en matière de christologie, les protestants et les musulmans ont rapidement établi des rapports de compréhension et de tolérance mutuelle, se considérant même parfois plus proches les uns des autres que du catholicisme. Rapprochés politiquement par leur opposition commune à l'empereur romain germanique et à ses alliés catholiques, les deux groupes connaissent de nombreux échanges, donnant lieu à l'exploration de leurs similarités religieuses et des possibilités de commerce et d'alliance militaire.

En effet, la poussée ottomane en Europe orientale a conduit l'empereur Charles Quint à y consacrer l'essentiel de ses forces militaires et à signer la paix de Nuremberg avec les princes protestants, puis à accepter la paix de Passau et la paix d'Augsbourg, ce qui revenait à reconnaître formellement l'existence du protestantisme en Allemagne et à renoncer à son éradication par la force.. De plus, l'Empire ottoman s'est avéré tolérant à l'égard des populations chrétienne et juive dans ses territoires, alors que le roi d'Espagne ne tolérait pas la religion protestante. Divers groupes religieux, tels que des huguenots, certains anglicans, quakers, anabaptistes ou même des jésuites ou des capucins, ont ainsi pu trouver refuge dans l'Empire ottoman, où ils ont obtenu droit de résidence et liberté de culte. Le pouvoir ottoman a protégé les calvinistes en Transylvanie et en Hongrie, et contribué à leur survie dans des temps difficiles. De nombreuses tentatives d'alliance entre d'une part les grandes puissances musulmanes (l'Empire ottoman et le royaume du Maroc), et d'autre part les puissances protestantes (Pays-Bas, Angleterre) ont émaillé les .

Les relations devinrent moins amicales pendant la suite de la période moderne, notamment en raison de la persistance de la piraterie maritime et de la capture de chrétiens par les pirates pour alimenter les marchés d'esclaves orientaux. Aux , le développement des activités missionnaires chrétiennes en terre d'islam a également été source de tension et de réaction de la part des musulmans, dont la création de la Société des Frères musulmans.. Des initiatives de dialogue et de rapprochement ont vu le jour au ..

En termes de religion comparée, il existe des similarités intéressantes, particulièrement entre l'islam sunnite et le protestantisme, tandis que l'islam chiite est souvent cité comme plus proche du catholicisme.Cette assertion se trouve dans de multiples publications :

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Développement historique des relations islamo-protestantes

Position des réformateurs sur l'islam Dans son pamphlet de 1528 intitulé De la guerre contre les Turcs, écrit alors que le catastrophique siège de Vienne se profile à l'horizon, Martin Luther appelle les Allemands à résister à l'invasion ottomane de l'Europe, mais il exprime des opinions relativement modérées sur l'islam, notamment en comparaison de son discours virulent contre le catholicisme (voire plus tard contre le judaïsme).

Dans cet ouvrage, Luther, qui est centré sur sa prédication sur la damnation et la justification par la foi, critique d'abord longuement les principes de l'islam, estimant que le Coran est dépourvu de toute parcelle de vérité divine. Pour lui, si « le pape est l’esprit de l’antéchrist, le Turc est la chair de l’antéchrist » ; se présentant à visage découvert, le Turc est donc le moins dangereux des deux, sans être intrinsèquement meilleur.. Les connaissances de Luther sur le sujet étaient basées sur la Réfutation du Coran, un ouvrage médiéval polémique écrit vers 1300 par le dominicain Ricoldo da Monte Croce, qui était alors la référence européenne en la matière. En 1542, réalisant l'insuffisance de sa documentation après avoir traduit cet ouvrage, Luther écrivit une lettre au conseil municipal de Bâle pour lever l'interdiction qui pesait sur la traduction du Coran en latin par l'érudit thurgovien Theodor Buchmann, dit Bibliander. Grâce à cette intervention, la traduction de Bibliander peut paraître en 1543, avec une préface de Martin Luther lui-même. Ayant ainsi eu accès à une traduction plus précise du Coran, Luther comprend que certaines des critiques de Ricoldo sont partiales, mais il demeure néanmoins d'accord avec la plupart d'entre elles.. Au fond, Martin Luther considère surtout les Ottomans comme des alliés contre la papauté, et comme « le bras armé de la colère de Dieu contre les péchés de l'Europe. ». Bibliander souligne quant à lui que Mahomet, présenté comme l'Antéchrist dans les écrits chrétiens (souvent inspirés par les chrétiens orientaux), s'avère particulièrement respectueux envers Jésus et plus proche des valeurs chrétiennes que beaucoup d'auteurs ou philosophes païens.

La conviction de Luther est aussi d'appliquer à l'islam la même tolérance que celle accordée aux autres religions : Pour lui, laisser le Coran « parler de lui-même » permet de mettre en lumière les écarts entre l'islam et le christianisme et d'apporter ainsi aux musulmans une réponse chrétienne appropriée.

Martin Luther est également cité comme ayant dit : « Un Turc intelligent est un meilleur prince qu'un chrétien stupide. ».

D'autres auteurs, par exemple le philosophe et théoricien politique réformé Jean Bodin, soulignent la tolérance exercée par le sultan Mourad III :

Débuts de l'islamologie Après la publication du travail magistral de Bibliander, les savants protestants se rendirent compte que la langue arabe était au fond assez proche de l’hébreu biblique. Bibliander et ses disciples redonnèrent ainsi des lettres de noblesse aux écrits musulmans, les mettant a priori au même niveau que ceux de l’Antiquité païenne dont l'université médiévale faisait traditionnellement l'étude détaillée. Mahomet se trouvait ainsi réinséré dans l’histoire de l’Église chrétienne, fût-ce sous forme d'une hérésie. En un siècle, des intellectuels protestants vont alors développer une véritable discipline scientifique d'étude de la langue arabe et de l'islam, les savants catholiques continuant quant à eux à se référer aux auteurs chrétiens orientaux.

C’est à l'université de Leyde que les études orientales prirent, à partir de 1593, un essor spectaculaire sous la direction de l'érudit franco-italien et protestant réformé Joseph Scaliger. Dès son arrivée sur place, il y organisa l'étude et l’enseignement de l’arabe et du Coran. Même si l'objectif de la réfutation de l'islam restait en toile de fond, la philologie et l'approche scientifique étaient privilégiées. Scaliger et ses disciples se piquaient d'ailleurs également de mathématiques. Son plus grand disciple fut Thomas van Erpe, dit Erpenius. Élevé à la dignité de professeur en 1613, il produisit une grammaire arabe qui fit autorité durant deux siècles, créa une imprimerie en caractères arabes, traduisit le Pentateuque en arabe… Son œuvre fut poursuivie par Jacob Gool dit Golius, qui produisit de nombreuses éditions de livres arabes et publia un dictionnaire en 1653. Golius, qui était aussi ingénieur, profita des efforts de rapprochement diplomatique entre les puissances protestantes et musulmanes (voir paragraphe suivant) pour voyager longuement au Proche-Orient et au Maghreb. En 1622, alors qu'il accompagnait la délégation des Provinces-Unies au Maroc, il étudia les possibilités de construction d’un port près d’Agadir et il put acquérir plusieurs manuscrits à Marrakech. Il voyagea aussi en Syrie et aux alentours, puis résida à Constantinople (il maîtrisait également le persan et le turc) et en revint avec des dizaines de manuscrits. Il déposa plus deux cents manuscrits à la bibliothèque de l’université de Leyde, en complément de ceux réunis par Scaliger et Ersenius. « En un demi-siècle, ces trois savants protestants réformés avaient fait de Leyde « La Mecque des études arabes », » dotée d'un fonds oriental ancien inégalé.

Par la suite, le philologue zurichois Johann Hottinger complétera ces débuts scientifiques avec ses monumentales Archeologia orientalis (1662) et Historia orientalis. Cette dernière étudie en détail la vie du Prophète et raccorde les origines de l’islam avec le judaïsme, le christianisme ancien et le paganisme antique.

Les premiers Corans imprimés mis à la disposition des savants seront produits par des érudits protestants : les Allemands , puis Gustave Leberecht Flügel..

Efforts de rapprochement diplomatique Les Ottomans se sentaient également plus proches des protestants que des catholiques. En 1574, Soliman le Magnifique a ainsi écrit aux , affirmant qu'il se sentait proche d'eux, ... vignette|Peinture anti-catholique montrant l'opposition entre le roi d'Angleterre Édouard VI et le Pape (datation : entre 1547 et 1570). Cette notion de similitudes religieuses a été reprise dans les échanges épistolaires entre Élisabeth d'Angleterre et le sultan Mourad III. Dans l'une de ces correspondances, Mourad estime que l'islam et le protestantisme ont , et plaide pour une alliance entre l'Angleterre et l'Empire ottoman.

Dans sa lettre de 1574, Mourad III prend la peine de mettre en lumière les points d'accord entre les principes protestants et musulmans :

Ces déclarations étaient bien sûr faites sur fond de considérations politiques, afin de créer un terrain favorable à la conclusion d'alliances. La reine Elizabeth fait elle aussi des efforts pour minimiser les différences et faciliter les relations avec les Ottomans.. Dans sa correspondance avec le sultan Mourad, elle met en avant le monothéisme et l'opposition à l’idolâtrie de sa propre religion, se décrivant elle-même comme :

En échange d'une intervention de Mourad III pour libérer certains de ses sujets retenus comme esclaves dans les galères turques, elle assure le sultan qu'elle implorera « Dieu (qui seul est au-dessus de toutes choses et de tous les hommes, et est un vengeur le plus sévère de toute idolâtrie, et est jaloux de son honneur contre les faux dieux des nations) pour accorder à Votre Altesse Impériale très invincible avec toutes les belles bénédictions de ces dons, qui seuls et à juste titre, sont considérés comme les plus dignes d'être demandés. »

Coopération militaire contre Charles Quint vignette|left| (gauche) et Soliman le Magnifique (droite) inaugurèrent une alliance franco-ottomane à partir des années 1530. Soliman proposa également un soutien militaire aux "Luthériens" des Flandres.|alt=François et Soliman, par Titien, vers 1530.