Le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon est un musée municipal créé en 1694. Il s'agit du plus ancien musée de France, près d’un siècle avant le musée du Louvre.
Il est situé sur la place de la Révolution à Besançon (France) dans l'ancienne halle aux grains de la ville, conçue par l'architecte Pierre Marnotte. Il présente une collection riche et diversifiée (art moderne, égyptologie, beaux-arts, arts graphiques, collections archéologiques)
Après plusieurs chantiers architecturaux, l'édifice actuel est inauguré le en présence du président de la République Emmanuel Macron, du ministre de la culture Franck Riester et du maire Jean-Louis Fousseret. La fréquentation est alors en hausse avec comptabilisés à la fin de l'année 2019.
Un concept architectural en trois temps
1843 : Le Musée-Halle de Pierre Marnotte L’architecte de la Porte Noire est chargé en 1842 de la construction de la Halle aux blés qui allait devenir le musée des beaux-arts et d’archéologie. Le bâtiment, clairement inspiré de la Halle aux blés de Paris, devait être à l’origine doté d’une coupole qui prendrait place au centre de l’édifice. L’hommage au Panthéon de Rome se retrouve dans cette forme circulaire qui est pensée comme aboutie durant l’antiquité romaine. Ce projet ne verra malheureusement jamais jour.
La façade du bâtiment est en pierre de taille, de style néoclassique, typique donc des édifices du XIXe siècle. Cette architecture classique confère à un style d’ordre et de pérennité institutionnelle et culturelle. Cette façade donne à l'œil une compréhension des espaces utilisés sobres mais à la fois monumentaux. Le rez-de-chaussée du bâtiment servait donc de Halle aux grains grâce à l’espace proposé par Marnotte tandis que le premier étage contenait les collections du musée et des donations de la ville. Cette disposition originale permet de ce fait, une double lecture architecturale.
1970 : La rupture brutaliste de Miquel Élève du Corbusier, Louis Miquel est chargé du réaménagement du musée entre 1967 et 1970. Le bâtiment de Marnotte est jugé obsolète et surtout inadapté aux nouvelles exigences imposées pour un musée moderne. En effet, la circulation, la sécurité et les espaces d'exposition ne conviennent plus.
Miquel refuse l’idée d’une simple modernisation du bâtiment. Selon l’architecte, il faut vider l’intérieur de ce qu’avait conçu Marnotte pour proposer une nouvelle structure autonome. Le style nouveau proposé est dit brutaliste, c’est-à-dire qu’il utilise le béton brut de décoffrage comme matériau quasi dominant. La rampe hélicoïdale accompagnée de sa rampe symbolisent la parfaite croissance et élévation du bâti. Cette conception du musée à croissance illimitée est héritée de son maître, Le Corbusier. L’idée de Miquel est de proposer une nouvelle muséologie audacieuse et nouvelle basée sur l’alternance d’un circuit nécessaire et de déambulation complètement libre du public.
Nécessités et problématiques d’un nouvel édifice Lors des travaux en 2014, un changement majeur a eu lieu : les plafonds ont été retravaillés pour filtrer la lumière naturelle qui est désormais présente dans l’ensemble des pièces du musée. Des puits de lumière ont fait leur apparition dans plusieurs salles d’exposition ainsi qu’au sein du carré Besson.
La version proposée par Miquel s’est vue repensée pour créer des nouveaux espaces et enrichir le parcours scénographique. Les arcades et les passages intérieurs comme extérieurs avaient été complètement murés au fil des années, privant le musée d’une lumière beaucoup plus naturelle. Les espaces d’exposition devenaient trop petits pour valoriser l’ensemble des collections de ce musée avec plus de 2000 tableaux, 800 sculptures, 2000 objets d’art et 30000 objets archéologiques.
D’un point de vue préventif, les conditions n’étaient plus d’actualité. Besançon est une ville humide et les conditions hygrométriques n’étaient plus du tout adaptées face à ce changement de climat progressif. La mise en sécurité des œuvres était donc primordiale.
En somme, le projet nécessitait une réflexion globale : augmenter les surfaces d’exposition pour passer de 1500 m² à 3600 m², rénover la grande verrière, créer un hall d’accueil fonctionnelle et une nouvelle boutique. Le tout en ne négligeant pas le passé architectural de l’édifice et en préservant l’héritage de Marnotte et Miquel.
Dans ce contexte, c’est en 2011 que le cabinet d’architecture Scaranello est retenu pour repenser à bien cette opération de réconciliation entre trois siècles d’architecture. Le musée ferme ses portes le 13 avril 2014 pour ne les rouvrir qu’en novembre 2018.
Intervention d’Adelfo Scaranello : réconciliation architecturale
Parti-pris architectural Ne négligeant pas les deux architectures précédentes, l’architecte adopte une idée radicale, celle de vider le bâtiment comme l’avait déjà fait Miquel. Les mezzanines sont ainsi condamnées par les nouvelles réserves, les culs-de-sac sont systématiquement supprimés pour empêcher des circulations interrompues et incohérentes du public. Quant aux bureaux administratifs du musée, ils sont délocalisés, profitant ainsi à une surface de 1500 m³ supplémentaires et accessibles par le public. Les outils immatériels comme la lumière et la transparence sont adoptés afin que l’ancien bâtiment en pierre se transforme en un nouvel objet. L’architecte refuse une simple mise aux normes et cherche à penser l’édifice comme un dialogue entre les strates historiques. De ce fait, il réutilise l’escalier en béton de Miquel décollée des murs existants pour devenir un objet exposé au cœur du musée. En effet, c’est la première chose que le visiteur remarque lorsqu’il entre dans le bâtiment. Le classicisme et la dissymétrie sont donc un nouveau parti-pris architectural et cohabitent avec des arcs en plein-cintre. L’intervention permet d’affirmer le musée comme un élément central sur une place centrale. Elle redonne du lien entre les œuvres et le lieu où elles sont exposées.
Matières et lumière L’architecte se doit de répondre à des enjeux multiples en particuliers ceux qui appartiennent à son temps. Les exigences réglementaires imposent une mise en sécurité, des accès PMR et une modernisation des systèmes de conservation des œuvres. La charpente historique en bois massif d’une portée de 29 mètres a été renforcée pour supporter la nouvelle verrière de 23 tonnes. Cette dernière est effectivement remaniée afin de mieux gérer l’impact thermique et lumineux du soleil. Elle est en acier, en aluminium et en verre filtré et remplace l’ancienne couverture devenue opaque et inefficace. Les panneaux vitrés mesurant 13 mètres de haut diffusent largement cette lumière.
Ainsi, l’utilisation de la lumière naturelle est primordiale. Pour la partie centrale du musée, plus la hauteur du vide est importante, plus la toiture s’ouvre pour faire descendre la lumière. Dans les ailes du carré Marnotte, la lumière zénithale permet de donner de l’importance aux linéaires de cimaises. L’abaissement des allèges des fenêtres rue Goudimel et rue Courbet permet un meilleur éclairage naturel des galeries. Le contraste entre la pierre claire de Marnotte et le béton de Miquel s’enrichit au fil de la journée et de la lumière du jour.
S’il y a lumière naturelle, il y a aussi lumière artificielle. En effet, elle suit la même logique du lieu pour éclairer les œuvres directement ou sur le côté. On retrouve ainsi une lumière globalement chaude qui contraste avec la blancheur de la pierre et réchauffe la pièce.
La présentation de l’oeuvre est une problématique à prendre en compte et le blanc de Meudon utilisé dans les vitrines et sur les socles révèlent les oeuvres et l’architecture par les variations de la lumière naturelle.
La charpente historique en bois massif d’une portée de 29 mètres a été renforcée pour supporter la nouvelle verrière de 23 tonnes. Enfin, pour unifier les différentes parties du musée, des chapes de béton noir ont été coulées dans l’ensemble du bâtiment ce qui crée une continuité lisse et parfaite entre les espaces d’exposition. Le sol est donc sombre et fait écho au béton brut de Miquel.
Origine des collections Les collections du musée sont essentiellement le fruit de quatre grandes donations. L'abbé Boisot lègue en 1694 ses collections à son couvent bénédictin de la ville (Saint-Vincent), à condition qu'elles soient accessibles au public deux fois par semaine. Ces collections se composent de manuscrits, de livres imprimés, de monnaies (antiques et modernes), ainsi que de onze tableaux et quatre bustes provenant de la famille des Granvelle (Nicolas Perrenot de Granvelle et son fils Antoine Perrenot de Granvelle).
Cette collection devient ainsi le plus ancien musée public en France (presque un siècle avant le Louvre, qui est fondé le ). Cette « bibliothèque-musée Boisot » est fréquentée durant tout le . La collection fut par la suite enrichie à la fin du par les confiscations révolutionnaires.
En 1819, l'architecte du roi, Pierre-Adrien Pâris, lègue au musée 38 peintures et 183 dessins dont ceux de Fragonard. Puis le musée reçoit en 1894 le legs de Jean Gigoux composé de plus de et de (des écoles espagnoles, anglaises, nordiques, allemandes…). La dernière grande donation est celle de George Besson et de son épouse en 1960, avec 112 tableaux et 220 dessins de l’époque moderne et contemporaine.
Les collections Les collections du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon se répartissent en trois catégories : l'archéologie ; les beaux-arts ; le cabinet de dessins.
Archéologie La collection égyptienne présente les momies de Séramon, scribe royal de la , et d'Ânkhpakhéred, dessinateur du domaine d'Amon et fils d'un prêtre-ouab de la mais aussi une série de statuettes de dieux, d'ouchebti...
La collection de la période préhistorique et protohistorique présente des objets du néolithique, de l'âge du bronze et de l'âge du fer.
La collection la plus importante de la partie archéologique est consacrée à la période gallo-romaine avec notamment des mosaïques (mosaïque du Neptune et mosaïque de la Méduse trouvées dans la domus du collège Lumière), des objets trouvés dans les fouilles de la ville ou la statue en bronze du taureau à trois cornes d'Avrigney, dit « Taureau d'Avrigney ». En alliage cuivreux, il fut découvert en 1756 et témoigne de l’art cultuel gallo-romain et de la persistance de la mythologie celtique après la romanisation.
La collection médiévale présente statues, sarcophages en pierre et autres reliquaires...
Beaux-Arts Les collections de peinture illustrent les principales tendances de l’art européen du .
Europe du Nord Parmi les collections flamandes, allemandes et hollandaises du musée on trouve notamment des œuvres telles que le Retable de la Vierge aux sept douleurs, attribué à Bernard van Orley, Adam et Ève, La Nymphe à la source et Courtisane et Vieillard par Cranach l'Ancien, une Tête de vieillard par Hans Baldung, des tableaux de Pierre Paul Rubens, Jacob Jordaens, Jan Brueghel l'Ancien, Jan Lievens, Jacob van Ruisdael, Albert Cuyp, Willem Claeszoon Heda, Jan van Goyen, Pieter de Grebber L'Angleterre : Thomas Lawrence, Portrait du Duc Armand-Emmanuel de Richelieu (1766-1822) et John Constable, Le Moulin.
Italie Dans les collections du musée, la peinture italienne est représentée depuis la Renaissance jusqu'au , avec des œuvres de première importance pour le : en particulier L'Ivresse de Noé par Bellini, dernier tableau peint par le maître vénitien et La Déploration sur le Christ mort retable monumental de Bronzino. On trouve également des tableaux de Francesco Francia, Gaudenzio Ferrari et Dosso Dossi, un Portrait d'homme (peut être le Duc de Ferrare) par Titien, un Gentilhomme par Le Tintoret.