Manuel Henri Martin est un Déporté du travail et résistant français, exécuté par les Nazis en , à . Il est connu en particulier pour la lettre d'adieu écrite à ses parents avant son exécution.

Biographie

Origines familiales Manuel Henri Martin naît le à Moux, village audois entre Carcassonne et Lézignan. Il est le fils d’Éloi Martín et de Félicie de la Fuenté, tous deux natifs de Mombeltrán (Castille-et-León, Espagne), émigrés espagnols installés à Moux. Il est le troisième enfant d’une fratrie de six. Son prénom usuel est son deuxième prénom, Henri.

L’ensemble des membres de la famille acquiert la nationalité française en 1927Décret de naturalisation du 23 novembre 1927, consultable sur France Archives, cote BB/34/461. Naturalisation de DE LA FUENTE (Félisa), femme MARTIN, née le 10 juillet 1890 à Mombeltran, Espagne (cote 18189 x 27, page 21), et de MARTIN (Eloi), ouvrier agricole, né le 13 septembre 1888 à Mombeltran,  ainsi que sa fille Bénédicte, née le 4 janvier 1916 à Mombeltran (cote 18189 X 27, pages 63 et 64). .

Cantonnier à la SNCF Après avoir travaillé quelques mois comme entonneur chez un négociant en vins de MouxCertificat de travail, Héritiers Paul Lignères, Moux, daté 8 octobre 1955, disponible au Service Historique de la Défense, Vincennes, cote AC 21 P 264599, consulté le 13 septembre 2023., Henri est embauché par la S.N.C.F. en au poste de cantonnier auxiliaire et affecté à la gare de MouxCopie du certificat de travail SNCF, daté 30 septembre 1955, disponible au Service Historique de la Défense, Vincennes, cote AC 21 P 264599, consulté le 13 septembre 2023.. La gare de Moux est alors un nœud ferroviaire, situé sur la ligne de Bordeaux à Sète et relié à Caunes-Minervois, et compte .

Entre et il doit interrompre son travail à la S.N.C.F. pour effectuer son Chantier de Jeunesse, qui remplace alors le Service MilitaireCopie du certificat de moralité et d'aptitude, Chantiers de Jeunesses, Groupement 28, Groupe Strasbourg, daté 30 octobre 1942, disponible au Service Historique de la Défense, Vincennes, cote AC 21 P 264599, consulté le 13 octobre 2023..

Service de travail obligatoire et résistance Henri est réquisitionné pour le Service du travail obligatoire, institué par le gouvernement pétainiste par la loi du Loi du 16 février 1943 portant institution du service du travail obligatoire, publiée au Journal Officiel de l'État Français du 17 février 1943, page 461. et visant dans un premier temps les jeunes nés de 1920 à 1922Décret du 16 février 1943 pris pour l'application de la loi du 16 février 1943 portant institution du service du travail obligatoire, publié au Journal Officiel de l'État Français du 17 février 1943, page 462.. Il quitte Moux le et est contraint de travailler comme cheminot pour la Deutsche Reichsbahn à la gare de Seddin située à Neuseddin, à au sud-ouest de Berlin.

Avec d’autres travailleurs déportés français, Pierre LevelPierre Edouard Marcel LEVEL, né le 31/01/1922 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), décédé à Saint-Mandé (94) le 29/12/1988 (à ). de Nancy, Jérôme PardoJérôme PARDO, né le 11/02/1922 à Santiago (Espagne), décédé à Cuxac-Carbadès (Aude) le 30/09/2016 (à ). d’Albi (Tarn) et Pierre PujolsPierre Étienne PUJOLS, né le 15/08/1922 à Barsac, décédé le 9/07/1989 à Langon (Gironde), à . de Barsac (Gironde), il contribue à l’évasion de prisonniers de guerre français. Il héberge des prisonniers et leur permet de monter dans des wagons plombés en replombant les portes après les y avoir introduits. Cette filière a permis l’évasion d’environ 300 prisonniers, provenant principalement du Stalag III-A, situé à Luckenwalde, à de la gare de SeddinTémoignage de Pierre Villarzel, Déporté du Travail et témoin à charge lors du procès de Rastatt (1946), reproduit dans "Le STO pendant la seconde guerre mondiale", Jean-Louis Quereillahc, Éditions De Borée - Témoignage, avril 2010, , proposé en édition numérique, format ePub par FeniXX, , avril 2019..

Henri refuse lui-même de s’évader, préférant donner la priorité à son frère, prisonnier de guerre.

Arrestation, jugement et exécution À la suite d'une dénonciation, Henri Martin, Pierre Level, Jérôme Pardo et Pierre Pujols sont arrêtés par la police allemande le . Ils sont torturés et écroués à la prison de Potsdam. Pendant , sous régime de rigueur, ils ne reçoivent chaque jour que de pain et un demi-litre d’eau.

Ils comparaissent devant un tribunal militaire allemand à Berlin le , en présence d’une commission d’officiers français comprenant deux commandants et deux lieutenants. Au cours du jugement, Henri Martin revendique pour lui seul la responsabilité des évasions. Reconnu personnellement coupable de l’évasion de 50 à 60 prisonniers, il est condamné à mort. Ses trois camarades sont, eux, condamnés à des peines de prison : à perpétuité pour Pierre Level, 5 ans pour Jérôme Pardo et 3 ans pour Pierre Pujols.

Après lecture du verdict, ils sont internés à la prison de Berlin-Moabit.

Henri Martin est transféré à la prison de Brandebourg-Görden (située à Brandebourg-sur-la-Havel) le , où il est exécuté le jour même, par décapitation, à 12h12.

Ses trois camarades resteront internés jusqu'à leur libération par les Russes en 1945 et leur prise en charge par la Croix-Rouge. Ils rentreront ensuite en France.

Lettre d'adieu vignette|Lettre d'adieu écrite par Henri Martin le 14 août 1944, avant son exécution.

Retranscription de la lettre écrite par Henri Martin à son frère le , avant son exécution :Brandenburg, le 14 août 1944

Bien cher frérot : c'est aujourd'hui que je pars pour l'autre monde. On vient de m'annoncer ça, c'est pour . Pour un lundi, c'est réussi. Si j'écris mal, ne crois pas que c'est la mort qui fait trembler ma main. C'est qu'ils ont eu la gentillesse de me laisser les menottes. À l'heure qu'il est, c'est-à-dire à peu près , je n'ai pas peur, malgré que ma dernière heure soit proche. Car cette fin, je l'entrevois un peu comme une délivrance. Car depuis dix mois que je suis enfermé, j'ai appris à connaître ce qu'est la vie ici-bas. Aussi, ça sera presque sans regret que je quitterai pour toujours la terre. Le seul regret à qui je ne veux pas trop penser. C'est vous tous la famille. Papa, maman surtout, ainsi que vous tous frères et sœurs.

Quand tout cela sera terminé, que tu reviendras chez nous, cher Clément, ta présence bouchera le trou que je creuserai. Je suis heureux tout de même d'avoir un remplaçant dont le petit Henri-Clément Barrau. Faites comme s'il était venu au monde pour me remplacer. Que ma chère maman l'aime comme si c'était moi. Mais j'espère qu'il sera plus sage que moi et ne fera pas inquiéter sa mère et toute sa famille comme moi j'ai fait.

À toi Thérèse, je t’en remercie infiniment et tu ne peux pas comprendre tout le plaisir que tu m'as fait en pensant à moi. Aussi, d'ici même, j'embrasse de tout mon cœur ton fils ainsi que toute ta famille.

Pour mes dernières volontés, voici. Je ne veux pas que vous vous en fassiez pour moi. Car je ne le mérite pas et surtout cela ne me ferait pas revenir. Aussi, s'il y a du bon, prenez-le et ne pensez plus à moi. L'argent que j'ai à la Poste, je le cède à papa et à maman quand ils seront plus vieux. Je veux leur payer comme ça tout ce que je leur ai fait souffrir. Je voudrais que Félicie fasse un heureux mariage avec Baichette. Que vous soyez tous heureux et surtout que vous preniez bien du plaisir : ne faites pas comme moi qui n'ai pas su en profiter. Que mon souvenir ne vous arrête pas, au contraire qu'il vous encourage. Ce que je voudrais de mieux, c'est que jamais vous n'abandonniez papa ni maman. Que vous restiez toujours unis comme vous l'avez été tout le temps. Que ma pensée vous tienne tous unis autour de nos parents. Je sais que vous êtes tous de bons fils et de bons frères et sur ce sujet je suis tranquille.

Je sais par une lettre de Félicie que Papa est bien malade. J'ai beaucoup prié pour lui et espère le rejoindre là-haut. J'ai à vous dire que je meurs en chrétien et en croyant. J’ai confessé trois fois et reçu de même l'absolution. J'espère que cela vous fera plaisir. Je termine car l'heure approche.

Je vous envoie mes derniers et nombreux baisers à vous tous. Ma dernière pensée sera pour vous tous. Je n'oublie personne et plus particulièrement ma chère maman qui j'espère sera courageuse. Votre fils et frère qui saura mourir avec courage.

Bien des choses à tous les camarades et amis ainsi qu'à tous ceux qui me connaissent. Maman me l'avais toujours bien dit que je devais mourir vêtu. Pour toi Clément, va chercher mes affaires au camp.

Encore bien d'embrassades et à vous tous mes dernières pensées.

Henri Martin

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Toujours courageux et brave en vrai MartinCette lettre d’Henri Martin a été jointe à celle de Guy Môquet par l’Académie de Montpellier lors de la journée de « Commémoration du souvenir » du , pour être lue aux élèves.

Témoignages de prisonniers évadés Des prisonniers ayant pu s'évader grâce à l'aide d'Henri Martin ont témoigné après-guerre de son action de résistant et de son courage.

Témoignage de Henri GuérinExtrait de la copie de la lettre de Henri Guérin à Mademoiselle Martin, écrite à Poitiers le 15 août 1945, disponible au Service Historique de la Défense, Vincennes, cote AC 21 P 264599, consultée le 13 septembre 2023. :(...) je connais sa vie (...) dans les camps de New Seddin où nous avons vécu, lui dans son camp de S.T.O. et moi dans mon Commando disciplinaire. Nous nous aidions mutuellement pour le ravitaillement qui était bien médiocre. Nous parlions souvent des nombreuses évasions qu'il a fait seul, souvent passant ses nuits à chercher des wagons pour embarquer des prisonniers et S.T.O. qui venaient de Berlin ou d'ailleurs car ce cher Henri était très connu pour ces exploits sans pareil, il n'a pas ménagé sa vie ce beau garçon de vingt ans, franc et loyal et d'un pur patriotisme car lui ce qu'il a fait il l'a fait de tout cœur et non par intérêt que d'autres savaient profiter dans le malheur, car (...) ceux qui comme moi ont vécu des années en exil savent apprécier ce que c'est de retrouver la liberté et pour ça il n'y a pas de prix. Lui aussi ce cher Henri voulait s'évader mais son grand cœur lui dictait toujours de faire partir des prisonniers qui depuis des années attendaient ce jour de libération, "l'arrivée en France".