Sillages… , est une suite de trois pièces pour piano composée par Louis Aubert de 1908 à 1912. L'œuvre est créée par le pianiste Lucien Wurmser, le dans la salle Érard. La partition, publiée aux Éditions Durand la même année, est dédiée à Jacques Durand.

Pièces de virtuosité les Sillages… expriment l'appel de la mer, les charmes nocturnes du rêve, la fuite inexorable des heures et la nostalgie de pays lointains, colorés d'une inspiration explicitement basque dans son mouvement central, où apparaît le rythme caractéristique de la habanera qui culminera dans son œuvre avec la Habanera pour orchestre, composée à la fin de la première Guerre mondiale.

Bien accueillie par la critique et le public, cette œuvre tombe dans l'oubli après la mort du compositeur, en 1968, dans l'indifférence de ses contemporains. Élève de Fauré, Louis Aubert et sa musique semblaient avoir survécu à leur époque. Les Sillages… sont redécouverts au début des années 1990, grâce à des pianistes comme Marie-Catherine Girod.

Le compositeur et musicologue Guy Sacre considère cette suite comme , un triptyque comparable à Gaspard de la nuit de Ravel, et l'une des plus importantes partitions impressionnistes françaises du début du , pour le piano, avec La Maison dans les dunes de Gabriel Dupont, Le Chant de la mer de Gustave Samazeuilh et les Clairs de lune d'Abel Decaux.

Le philosophe et musicologue Vladimir Jankélévitch estime que cette partition, avec le cycle de mélodies des Six Poèmes arabes de 1917 et la Sonate pour violon et piano de 1926, porte la marque de .

Composition vignette|gauche|redresse=1.4|alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe d'hommes debout autour de deux hommes assis au piano.|Les créateurs de la Société musicale indépendante, en 1910. De gauche à droite, debout : Louis Aubert, l'éditeur A.Z. Mathot, Maurice Ravel, André Caplet, Charles Koechlin, le critique Émile Vuillermoz, Jean Huré. Au piano : Gabriel Fauré et Jean Roger-Ducasse.

Louis Aubert compose les pièces de Sillages… de 1908 à 1912, comme beaucoup de ses œuvres. Dans l' qu'il lui consacre en 1921, Louis Vuillemin présente ces comme l'aboutissement de la du compositeur, et , après la première Guerre mondiale. Guy Sacre mesure, .

Le compositeur, né à Paramé, près de Saint-Malo, a déjà .

Ces liens d'amitié avec Maurice Ravel méritent d'être signalés : Marcel Marnat rappelle que . En 1911, assuré de ses qualités de pianiste virtuose, il lui avait confié la première audition publique des Valses nobles et sentimentales, lors d'un concert de la SMI particulièrement houleux pour l'interprète. Reconnaissant, Ravel lui dédie cette partition .

Louis Aubert et Maurice Ravel ont collaboré sur plusieurs œuvres ou arrangements et en participant à des collections de pièces commandées par La Revue musicale, comme lHommage à Gabriel Fauré en 1922 et le Tombeau de Ronsard en 1924.

En , dans un moment de découragement, conséquence d'une envers Diaghilev et les ballets russes, Ravel propose à Louis Aubert de composer le finale de Daphnis et Chloé qu'il achèvera lui-même en , après les Valses nobles et sentimentales. Louis Aubert en témoigne, peu de temps avant sa mort :

Les Sillages… .

Création L'œuvre est créée par le pianiste Lucien Wurmser, le dans la salle Érard, lors d'un concert organisé par l'éditeur Jacques Durand. Le programme du concert sans que la suite, impressionniste, passe pour de la musique à programme. Louis Aubert avait dédié sa Valse-Caprice, à Lucien Wurmser en 1902.

La partition, publiée aux Éditions Durand la même année, est dédiée . Elle est parfois présentée comme l' de son auteur.

Présentation L'œuvre est en trois mouvements, formant un : « Sur le rivage » ; « Socorry » la habanera centrale à ; « Dans la nuit » .

En associant .

La durée d'exécution est d'environ vingt-deux minutes.

Parcours de l'œuvre Guy Sacre présente les Sillages… de Louis Aubert, avec Le Chant de la mer de Gustave Samazeuilh, comme de . De fait, .

I. « Sur le rivage » La première pièce, Sur le rivage, plus proche des Houles (La Maison dans les dunes) de Gabriel Dupont que dUne barque sur l'océan (Miroirs) de Ravel, selon Guy Sacre.

Vladimir Jankélévitch entend dans . Selon lui, et . Dans les deux volets externes des Sillages… s'établit .

vignette|center|upright=4.4|alt=partition|Sur le rivage, mesures 3 et 4.

Dans cette , l'interprète ressent . La pièce présente l'.

Après . Ainsi, .

Enfin, .

II. « Socorry » vignette|redresse=1|alt=Cadran solaire avec l'inscription en latin Vulnerant omnes, ultima necat.|Inscription sur le cadran solaire de l'Église Saint-Vincent d'Urrugne.

Après l' d'une pièce qui porte, en exergue :

Louis Aubert avait lu cet adage sur les heures, . Cette inscription avait inspiré à Théophile Gautier un poème, L'Horloge, publié dans son recueil España en 1845 :

Socorry est . En effet, dans ce mouvement qui qui évoque .

Après un début , un rythme de habanera .

vignette|center|upright=3|alt=partition|Socorry, mesures 1 à 4.

Dans cette pièce, où , apparaît nettement chère au compositeur de la Nuit mauresque. Michel Dimitri Calvocoressi admire ce mouvement . Le rythme d'une habanera qui cette deuxième pièce revient, , dans la troisième.

vignette|center|upright=4.1|alt=partition|Socorry, premières mesures de habanera.

redresse=1|vignette|gauche|alt=Cimetière marin à stèles discoïdales au Pays basque.|Cimetière marin de Notre-Dame-de-Sokorri, aux stèles discoïdales anonymes (Urrugne).

Ce thème .

Vladimir Jankélévitch, analysant l'importance et le caractère de la danse dans la musique de Ravel, insiste sur . Cette pièce centrale de Sillages... et la suivante annoncent la Habanera, qu'il compose à la fin de la première Guerre mondiale. Le rythme de habanera . Dans son œuvre, ce motif remonte à la Vieille Chanson espagnole, une mélodie composée en 1894, ressurgissant ici comme , pour caractériser .

La conclusion de Socorry appelle une comparaison avec Debussy, .

Jankélévitch suggère le message de la suite dans son ensemble : .

III. « Dans la nuit » Cette pièce . Ici, .

Dans la nuit, en fa dièse majeur, (, , ) en ce qu'il . Guy Sacre y trouve, , culminant dans une .

vignette|center|upright=3|alt=partition|Dans la nuit, mesures 1 à 3.

Marcel Landowski et Guy Morançon, suivant le programme, redoutent cette nuit .

Vladimir Jankélévitch tient en haute estime . Ainsi, .

Finale , avec , cette compte parmi les . Toujours selon Jankélévitch, .

Postérité Sillages… est considéré, au début du , comme , comparable à Gaspard de la nuit de Ravel. Guy Sacre observe que,

Accueil critique Lors de la première audition publique des trois pièces, en 1913, le critique de la S.I.M. conclut : . Michel Dimitri Calvocoressi admet que, . Un critique américain déclare :

En 1921, Louis Vuillemin consacre une monographie à Aubert, où il fait l'éloge de la partition : . Pour Marcel Landowski et Guy Morançon, .

En 1930, René Dumesnil considère que les trois pièces de Sillages… . En 1933, un journaliste aborde un entretien avec le compositeur en lui demandant

Après l' Esquisse pour lHommage à Gabriel Fauré, en 1922, Aubert ne compose plus pour piano seul. Guy Sacre s'interroge :

En 1967, Marcel Landowski et Guy Morançon s'interrogent :

Oubli

Louis Aubert meurt en 1968, . L'auteur du Tombeau de Chateaubriand se considérait déjà, non sans raisons, comme . L'année suivante, Roland de Candé mentionne seulement dans son Dictionnaire de la musique, témoignant pour un compositeur qui se sera montré .

En 1944, Gustave Samazeuilh oublie les Sillages… dans un aperçu de ses œuvres dont il mentionne, entre autres, les Six poèmes arabes. En 1949, Émile Vuillermoz mentionne seulement la partition . En 1954, Louis Aguettant nomme Louis Aubert en premier parmi les , présentés dans l'ordre alphabétique, mais il ne commente aucune de ses partitions. En 1960, l'historien de la musique Paul Pittion ne fait mention, dans son œuvre pour piano, que des Trois esquisses et de celle sur le nom de Fauré. En 1982, le Dictionnaire de la musique dirigé par Marc Vignal mentionne que Louis Aubert mais il ne donne le titre d'aucune de ses œuvres…

En 1987, Aubert est absent du Guide de la musique de piano réalisé sous la direction de François-René Tranchefort. En 1993, Michel Fleury s'indigne de : .

Vladimir Jankélévitch en est désolé : avec , il déclare : .

En 1998, Guy Sacre place les Sillages… en tête de avec La Maison dans les dunes de Gabriel Dupont, Le Chant de la mer de Gustave Samazeuilh et la dernière pièce des Clairs de lune d'Abel Decaux. Il proteste également contre . Les Sillages… en particulier .

Au début du , la question demeure : Or, .

Redécouverte Guy Sacre soutient que .

Parmi les salués par Guy Sacre, Marie-Catherine Girod puis Jean-Pierre Armengaud ont donné des interprétations de .

Analyse Jean-Pierre Armengaud témoigne du dans les Sillages… : .

Guy Sacre, évaluant l'importance des Jeux d'eau de Ravel dans l'histoire de la musique française, s'amuse en constatant : .

Pour Vladimir Jankélévitch, .

Socorry, , adopte . Par son , Sillages… exprime la .

Louis Aubert est .

Discographie Marie-Catherine Girod — Pièces pour piano du Tombeau de Claude Debussy, Sillages de Louis Aubert, Clairs de lune d'Abel Decaux et la Stèle pour le Tombeau de Paul Dukas de Florent Schmitt, 3D 8005, Paris, (premier enregistrement mondial) ; Cristina Ariagno — Louis Aubert, Piano Works, Brilliant Classics 9064, 2009 ; Jean-Pierre Armengaud — Louis Aubert, Sillages, Sonate pour violon et piano (avec Alessandro Fagiuoli), Habanera et Feuille d'images (pour piano à quatre mains, avec Olivier Chauzu), Grand Piano GP 648, Paris, 14- ; Stéphanie Moraly (violon), Romain David (piano) — Louis Aubert, Intégrale de l'œuvre pour violon et piano (Sonate pour violon et piano, Caprice, Aubade, Madrigal), Sillages, Romance, Lutins, Trois esquisses, Azur AZC 166, Festival international Albert-Roussel, 22- ; Aline Piboule — Clair de lune au large (extrait du Chant de la mer) de Gustave Samazeuilh, Clairs de lune d'Abel Decaux, Types de Pierre-Octave Ferroud et Sillages de Louis Aubert, Printemps des arts de Monte-Carlo PRI035, 2021.. Florian Caroubi — Sillages de Louis Aubert, Voiles sur l'eau (extrait de La Maison dans les dunes) de Gabriel Dupont, Reflets dans l'eau (extrait des Images, Première série) de Claude Debussy, Le Soir dans les pins (extrait de La Maison dans les dunes) de Gabriel Dupont, Une barque sur l'océan (extrait des Miroirs) de Maurice Ravel, Clair d'étoiles (extrait de La Maison dans les dunes) de Gabriel Dupont, Le Chant de la mer de Gustave Samazeuilh, Éditions Hortus Hortus 210, 2022..

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Partition (D. & F. 8668).

Ouvrages généraux . .

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Monographies . .

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Articles . . . . .

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Notes discographiques

Liens externes

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