La ligne d'Oran à Kénadsa, via Saïda et Béchar, ou ligne Sud-orannais, est une ancienne ligne ferroviaire algérienne qui reliait la ville portuaire d'Oran, située nord-ouest de l'Algérie, à la ville de Béchar, au nord-ouest du Sahara algérien, avec un prolongement vers la ville minière de Kenadsa.
Longue de , à voie unique et à écartement étroit de , la ligne a été mise en service en plusieurs étapes entre 1879 et 1921. La construction de la partie nord de la ligne, entre le port d'Arzew et la ville de Saïda, dans les Hauts Plateaux, a pour principal objectif le transport de l'alfa récolté dans la région de Saïda. Son prolongement vers le sud, vers Mécheria, Aïn Sefra et Colomb-Béchar (actuelle ville de Béchar) est motivée par des raisons militaires pour permettre à l'armée de faire face rapidement aux mouvements insurrectionnels qui se sont produits dans le Sud-oranais à partir de 1881 et pour pacifier la zone frontalière entre le Maroc et l'Algérie dans la région de Figuig.
La ligne est totalement fermée au début des à la suite de la création d'une nouvelle ligne entre Redjem Demouche et El Biod et la transformation en voie normale de la section historique entre El Biod et Béchar permettant ainsi la constitution de la ligne de Oued Tlelat à Béchar, nouvel itinéraire pour la liaison Oran – Béchar en remplacement de l'itinéraire via Saïda.
Histoire
Ligne d'Arzew à Saïda vignette|redresse=0.75|L'alfa, plante abondante de la steppe des Hauts Plateaux algériens.
Dans une convention établie le , la Compagnie franco-algérienne obtient du général Alfred Chanzy, gouverneur général de l'Algérie, le privilège exclusif de l'exploitation de l'alfa sur de terrains des Hauts Plateaux et la concession d'une ligne ferroviaire d'Arzew à Saïda. La convention stipule que la ligne de chemin de fer doit être construite sans subvention ni garantie d'intérêt. Le décret du entérine la convention, accorde à la Compagnie franco-algérienne la concession de la ligne et la déclare d'utilité publique avec un prolongement de dans la direction de Geryville.
La ligne, à caractère essentiellement agricole, a pour objectif d'acheminer l'alfa vers le port d'Arzew pour son importation en France métropolitaine. Elle est mise en service le , pour le transport de l'alfa mais aussi au service voyageurs. Longue de , elle dessert outre Arzew et Saïda, les villes de Perrégaux (actuelle Mohamadia) au croisement avec la ligne d'Alger à Oran et de Tizi, origine de la future ligne vers Mascara.
Le , la compagnie met en service une première extension de la ligne sur , de Saïda à Khralfallah (dans l'actuelle commune de Sidi Ahmed), sur les initialement prévus.
Prolongements vers Mécheria et Aïn Sefra vignette|redresse=0.75| Inauguration de la ligne ferroviaire de Saïda à Djenien-bou-Rezg par le gouverneur Edouard Laferrière, dessin du Petit Journal du 18 février 1900.
En 1881, l'armée française doit faire face dans le Sud-oranais à des soulèvements de tribus menées par Cheikh Bouamama. Pour permettre un acheminement rapide des troupes, le ministère de la guerre décide la construction du prolongement de la ligne d'Arzew à Saïda en direction de Mécheria. Les travaux sont réalisés en à peine quatre mois, la section Saïda – Le Kreider (actuelle El Kheiter) est ouverte pour les militaires le et celle du Kreider à Mécheria le . La Compagnie franco-algérienne n'assure l'exploitation aux voyageurs qu'à partir du .
Quelques années plus tard, l'armée entreprend un nouveau prolongement de la ligne en direction de Aïn Sefra. L'objectif étant de faciliter la pacification de la région de Figuig, à la limite entre le Maroc et l'Algérie, où des troubles réguliers ont lieu depuis Traité de Lalla Maghnia (1845) qui n'avait pas défini de frontière fixe dans cette zone ; seule la souveraineté de chaque puissance (Maroc et France) sur diverses tribus ou fractions de tribus avait été formalisée. Cette section, entre Mécheria et Aïn Sefra, est ouverte le .
Prolongements vers Béchar vignette|gauche|Embarquement à Béni Ounif des troupes du sultan pour le Maroc après « l'attaque » du train inaugural le 21 avril 1906. Par la suite, la loi du déclare d'utilité publique le prolongement de la ligne en direction de Colomb-Béchar. L'ouverture de cette extension s'effectue par étapes successives : le pour la section Aïn Sefra – Duveyrier, le pour la section Duveyrier – Béni Ounif, le pour la section Béni Ounif – Ben Zireg et le pour la section Ben Zireg – Colomb-Béchar.
Le train inaugural de la section Ben Zireg – Colomb-Béchar, rempli de personnalités, est attaqué le par des cavaliers marocains qui manifestent leur mécontentement de voir la ligne de chemin de fer traverser les oasis de Figuig dont le Maroc revendique l'entière possession. Cette attaque « symbolique » provoque peu de dégâts, seules quelques vitres brisées sont à déplorer. Mais elle a pour conséquence que le général Hubert Lyautey, alors gouverneur militaire des territoires du sud de l'Oranie, impose au sultan du Maroc un tracé de la frontière algérienne à l'ouest de la voie ferrée dans la région de Figuig de sorte que toute la ligne se situe en territoire français. Les attaquants marocains sont ramenés au Maroc par train via Perrégaux.
Ligne d'Oran à Aïn El Bia
Précédemment, en 1898, le département d'Oran avait accordé à la Société des chemins de fer algériens, société ferroviaire créée par l'ingénieur français Charles Lartigue., la concession d'une ligne d'intérêt local pour relier Oran à Damesme (actuelle Aïn El Bia), ville située au sud-est d'Arzew sur la ligne du Sud-oranais, afin de connecter la capitale de l'Oranie aux villes desservies par la ligne ferroviaire d'Arzew à Béchar. Cette concession à la société de Charles Lartigue est un dédommagement accordé par le département pour compenser l'échec de la réalisation d'une ligne de basée sur le système de monorail Lartigue dans le sud du département pour le transport de l'alfa au travers du désert algérien. La ligne est déclarée d'utilité publique le et mise en service le . À partir de cette date, Oran est le nouveau point de départ de la ligne, la courte section de entre Arzew et Damesme devient une antenne de la ligne d'Oran à Colomb-Béchar longue de .
Rachat de la Compagnie franco-algérienne Entre-temps, La Compagnie franco-algérienne, peu prospère car ses lignes sont peu rentables, connaît des difficultés financières qui l'amène en 1888 à affermer son réseau à la Compagnie de l'Ouest algérien pour une durée de cinq ans. Elle dépose finalement son bilan en 1890 mais conserve ses concessions quelques années. Le décret du autorise l'exploitation en régie par l'État français des lignes de la Compagnie franco-Algérienne. Le réseau est racheté le et placé sous la tutelle de l'Administration métropolitaine des chemins de fer d'État.. Il est transféré à la Compagnie des chemins de fer algériens de l'État en 1912.
Prolongement de Béchar à Kénadsa
Après la découverte en 1917 d'un gisement de houille dans la région de Kénadsa, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Colomb-Béchar, l'État français décide la mise en exploitation de la mine grâce au prolongement de de la ligne Sud-oranais jusqu'à Kénadsa.
La ligne reliant Oran à Kénadsa a maintenant une longueur de .
Évolutions et fermeture de la ligne vignette|Plan du réseau SNTF en 1977, où figure la ligne entre Mohammadia et Béchar.
En 1958, la voie étroite de la section entre Damesme et Perrégaux est transformée en voie normale, ce qui permet sa jonction avec ligne d'Alger à Oran en gare de Perrégaux (actuelle gare de Mohammadia). Parallèlement, la section entre Oran et Damesme est fermée la même année..
La ligne de Mohammadia à Béchar reste ouverte aux circulations jusqu'au début du . Elle est définitivement fermée et déclassée, entre Mohammadia et El Biod, à l'issue d'une part, de la création d'une nouvelle ligne à voie normale entre Redjem Demouche et El Biod et, d'autre part, la mise à voie normale de la ligne entre El Biod et Béchar en 2010. Ces deux sections de ligne prolongent ainsi la ligne préexistante entre Oued Tlelat et Redjem Demouche pour constituer la nouvelle ligne de Oued Tlelat à Béchar en 2010, ligne devenant ainsi le nouvel itinéraire pour la liaison Oran – Béchar en remplacement de l'itinéraire via Saïda.
Sept ans plus tard, Saïda, qui avait été isolée du réseau ferroviaire en 2010, est de nouveau desservie par train depuis 2017 à la suite de la mise en service de la ligne de Moulay Slissen à Saïda (connectée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar), dans le cadre de la construction de la rocade des Hauts-Plateaux.
Chronologie des sections de la ligne
+ Dates de déclaration d'utilité publique et d'ouverture des sections de la ligne Section Longueur(en km) Date deDUP Dated'ouverture Remarques Arzew - Damesme 4,1 Détachée de la ligne en 1900 (section devenue la ligne d'Arzew à Damesme)Transformée en voie normale en 1958Fermeture ? Damesme - La Macta 16,5 Transformée en voie normale en 1958Fermeture ? La Macta - Perrégaux 29,8 Transformée en voie normale en 1958Fermeture ? Perrégaux - Saïda 120,1 Fermeture en 2010 Saïda - Khralfallah 43,5 Trafic militaire puis trafic civil en 1883Fermeture en 2010 Khralfallah - Modzbah 23,4 Trafic militaire puis trafic civil en 1885Fermeture en 2010 Modzbah - Le Kreider 33,4 Trafic militaire puis trafic civil en 1885Fermeture en 2010 Le Kreider - El Biod 51,9 Trafic militaire puis trafic civil en 1885Fermeture en 2010 El Biod - Mécheria 28,8 Trafic militaire puis trafic civil en 1885Transformée en voie normale en 2010et rattachée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar Mécheria - Aïn Sefra 102,3 Transformée en voie normale en 2010et rattachée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar Aïn Sefra - Duveyrier 117,8 Transformée en voie normale en 2010et rattachée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar Duveyrier - Beni Ounif 27,4 Transformée en voie normale en 2010et rattachée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar Béni Ounif - Ben Zireg 60,1 Transformée en voie normale en 2010et rattachée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar Ben Zireg - Béchar 51,0 Transformée en voie normale en 2010et rattachée à la ligne de Oued Tlelat à Béchar Oran - Damesme 42,4 Fermeture en 1958 Béchar - Kénadsa 21,7 Fermeture ? DUP : déclaration d'utilité publique
La ligne
Caractéristiques Longue de , c'est une voie unique à écartement étroit de et non électrifiée.
Profil vignette|redresse=0.75|Vue de la ligne en 2023, au , aux environs d'El Kheiter, dans les Hauts-Plateaux, entre Saïda et Mécheria.
La ligne, qui relie à la mer les confins nord-ouest du Sahara, traverse les trois grandes régions montagneuses du nord-ouest de l'Algérie : l'Atlas tellien, les Hauts Plateaux et l'Atlas Saharien.
Son point de départ est la gare d'Oran (PK 0) située sur le plateau de Karguentah qui domine la ville portuaire à une altitude de . Son point d'arrivée est la gare de Kenadsa (PK ), gare désormais fermée située à une altitude de , dans le nord-ouest du Sahara algérien.
Le point culminant de la ligne se situe à une hauteur de , dans les monts des Ksour, au niveau de la gare de Mékalis dans la commune de Aïn Sefra. Le point le plus bas est à , au niveau de l'ancienne gare de Saint-Leu (dans l'actuelle commune de Bethioua) à proximité de la ville portuaire d'Arzew. Sur près de la moitié de son parcours, l'altitude de la ligne est au-dessus des , dans sa traversée des Hauts-Plateaux et de l'Atlas saharien entre Saïda et Beni Ounif.
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Le rayon minimum des courbes de raccordement est de . La pente ou rampe maximum par mètre est de . Les longueurs des principales rampes ou pentes sont : rampe de sur entre Tizi et Bou Hanifia, dans l'Atlas tellien ; rampe de sur entre Aïn El Hadjar et Bou Rached dans les Hauts-Plateaux ; rampe de sur entre Tizi et Bou Hanifia, dans l'Atlas tellien.
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Dans les plaines côtières